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Et si tu étais là..., par Janick Godard Ferland |
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Et si tu étais là... On me dit, vois. On sait tout de toi, on t'a trituré de tous les côtés. Et tes yeux et ta plaie, on la connaît... Et on t'a nommé et survêtu de Grands Noms, et ils sont multitude à te posséder. Ils t'ont fait belle figure, ils t'ont promené partout dans les grands salons, sous de grandes éditions. Ils ont fait fête autour de toi. Ils ont fait bombance. Ils ont fait rébellion... Et sont partis une nuit, sans t'emmener. Ils t'ont laissé sur papier, et nous on se penche à nouveau, on étudie, on triture on retriture ce qu'on appelle l'Écriture. Et toi tu fais silence. Mais si tu étais là simplement, assis au fond de moi à te bercer de leur absence, à ne plus vouloir être déshabillé. Mais brûlé de naître à nouveau sur un papier. Là simplement en instance d'exister, là sans avoir frappé, parce que tu m'es venu sans que je ne t'aie appelé! Si tu voulais leur être étranger, et passer par une petite porte, sans nom, innomée. Si de toutes façons, je suis trop simple pour t'apprendre, parce que sans mémoire, parce que sans espoir, parce que trop tard. Mais que je n'ai autre douceur que de te porter en moi, toi petit être des étoiles. Parce que de toujours tu es là. Parce que de connivence on se porte l'un en l'autre, toi et moi. Mais je te dis tout de suite, je te serai bien petite. Je n'ai pas la clé des grands salons, des grandes études, je n'ai que tristes mots pour te vêtir, je n'ai que solitude à t'offrir. Je ne sais de mon savoir que peu de toi, mais de l'expérience de ta présence, l'indicible lourdeur de toi, je sais. L'énorme poids de te porter, je sais. Être matrice de tes mots, je sais. Et on me nomme poète parce qu'on te lit à travers moi. Je porte le nom de tes mots. On me dit de toi. Tu n'as besoin que de ma plume, tu te suffis par delà mes écrits. Mais si je te laisse te bercer de mes silences et de mes nuits, si je me tais et t'écris, si simplement je te dis oui... et qu'on se laissent errer, qu'on s'ouvre l'espace de tes délires, qu'on se saoulent d'interdits, qu'on fasse couchette au lit des non avenus, sans rien savoir de plus que de survivre sur un papier inconnu, petit être que feront-ils de notre folie? La frapperont-ils d'hérésie ? |
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Janick Godard Ferland
~ je blesse les mots jusqu'à l'eau fine des larmes j'y tanspleure l'âme ! |