| Dragée 3, par Daniel DUBE |
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Dire doute Il sagit de le dire ou bien sagit-il du dire qui doute? Un titre, deux mots, neuf lettres, toute lambiguité du langage. La peur du cheval. Plaît-il? Voilà autre chose. Quatre mots, aucun verbe. La dénomination simple. Et subito, le dilemme. Le sens? Rien à voir, dit lévasif. Mais encore? De quelle peur parle-t-on au juste? Celle du cheval pardi, répond le candide. Mais plus précisément. Du cheval qui a peur? Ou de qui ou quoi a peur le cheval? On sen fout. Le lecteur est libre, affirme le libertaire. Il faut aménager un espace à son imagination. Va quand le mot porte. Mais sil sonne creu, lempilage de mots couvre le silence. La ligne devient noeud coulant. La sentence martelée, le sort jeté, le bourreau se prend au mot, ricane et tranche. La poule étêtée pilasse son sang dans le sable. Rouge écriture dans tous les sens, dans tous ses sens... Et vive la liberté!. Mais par quel travers napplique-t-on le terme de liberté dexpression quà celui qui parle et déparle? Cette liberté est aussi laffaire de celui qui entend et mésentend. Sous la plume, linterpénétration des deux libertés est de rigueur. Ainsi sengage le dialogue en et hors de soi. Par leur séparation, dans la dissécation de la chair du verbe, dans cet écartèlement du sens, dans la dissonnance récurrente, le sage a mal à los, mal à la moelle. Il dit: "la parole sans silence, la porte sans clef, le visage sans suaire"
Dire doute, est-ce douter du dire? Pas nécessairement. Dire doute, est-ce instaurer une équivalence? Pas plus.Cest laisser planer un peut-être en tous les cas. Dire doute, dire cela, cest au moins ouvrir une porte, cest donner une clef au mot, à la parole pour quils passent le seuil. Quils sortent. Quils entrent. Quils fassent un pas. Quils habitent. Quils voyagent habités. Et quils distribuassent des clefs à leur tour. Sinon. Si non, la relation achoppe sans avoir commencé. Si non, le langage de la force prend le pas sur la force du langage. Alors, le sage a mal à los, mal à la moelle. Il dit: "La parole sous silence, la porte sous clef, le visage sous suaire"
Le double langage aura un temps... Dans la balance, seront pesés les mots. Balancés, ils pèseront sur nous. Cela sentend...Cela se tient. Aucun doute. Daniel DUBE "Cest pourquoi la poésie, qui est une courte parole entre deux longues périodes de silence dans le dialogue de lhomme et dans celui de lhumanité, est notre plus haut refuge avant la mort sur le chemin de la liberté." Brice Parain, Recherches sur la nature et les fonctions du langage, Idées/Gallimard, p.240 |