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L'occasion m'a été donnée de visiter l'exposition Deir el-Médineh, au
Louvre, lundi dernier, jour de son inauguration.
L'expo montre le fruit de plus d'un demi-siècle
de fouilles du site Deir
el-Médineh situé en Haute
Égypte, à 725 km au sud du Caire, à proximité
des temples de Louqsor et Karnak.
Ce
site présente la particularité d'avoir été un village d'artistes,
d'artisans, de tailleurs de pierres destinés à travailler aux tombeaux
des pharaons de la Vallées des Rois et de la Vallée des Reines.
Ces gens étaient chargés de creuser et décorer les tombes royales.
Ils faisaient partie d'une institution appelée "la Tombe"
et ils avaient été choisis pour leur qualité et leur savoir-faire.
Ils vivaient dans ce village, en communauté, à l'écart des autres
agglomérations, de 1500 à 1050 avant J-C.
La
communauté fut dissoute à la fin du Nouvel Empire quand les rois
délaissèrent les nécropoles de la région.

Ce site doit son extraordinaire état de conservation à sa situation retirée,
sous un soleil torride et une lumière éblouissante, loin des points
d'eau recherchés par la population actuelle.
Voir
photo du site aujourd'hui.
Cette
exposition nous fait entrer dans la vie quotidienne de ces gens
simples, elle nous montre leur labeur, leurs moments de loisirs,
leurs peines aussi, leurs croyances, leur piété ainsi que leur imaginaire.
L'impression ressentie dès l'entrée est que cette population est proche
de nous, bien qu'elle ait vécue il y a plus de trois mille ans !
Toute
une série de photos conservées par les soins de IFAO, c'est à dire
l'Institut français d'archéologie orientale, nous montre les différentes
étapes de la résurrection du site. En 1886, la mise à jour de la
tombe de Sennifer – tombe intacte – ouvrit une période de fouilles
qui se terminera dans les années 50 et qui furent menées par des
équipes françaises mais aussi italiennes et prussiennes. L'expo
actuelle présente un millier d'objets.
Elle
s'articule suivant quatre axes : vivre, créer, croire et mourir.
Vivre : Le village occupait 5600 m² et était entouré
d'un mur d'enceinte. Il comprenait 68 maisons qui abritaient de
40 à 120 foyers. Les maison occupaient de 72 à 120 m². Une maquette
au 1/20e présente le type d'une de
ces maisons. Les Égyptiens possédaient peu de meubles : pour ranger
leurs vêtements, les objets de toilette et les parures (les Égyptiens
consacraient beaucoup de temps à leur toilette), ils disposaient
de paniers et de coffres aux formes variées. Pour dormir, en guise
d'oreillers, ils avaient des chevets qui, en rehaussant leur tête, les protégeaient des
bêtes nuisibles. Ils se servaient d'une vaisselle en terre cuite
décorée de formes géométriques ; des vases fermés contenaient des
onguents, des poteries dites " cananéennes" importés de
Chypre lesquelles renfermaient des huiles, des résines ou des parfums;
de grandes amphores servaient à conserver du vin, de la bière et
aussi des salaisons; des instruments de musique ont été retrouvés
dans les tombes, comme des lyres et des sistres.
Créer : Ces artisans de Deir el-Médineh avaient été recrutés pour creuser
et décorer les tombes royales. Pour la plupart d'entre eux, c'étaient
de simples carriers, mais il y avait aussi des sculpteurs, des dessinateurs,
des peintres, des scribes, des chefs d'équipe. Très vite leur fonction
devint héréditaire. Des documents nous montrent la gestion des chantiers,
les premières grèves, les conflits, les absences et les motifs de
celles-ci.
Croire : Chose curieuse : ici, la communauté
semblait préférer les dieux secondaires aux dieux habituels, ceux
qui étaient vénérés dans les grandes agglomérations. D'abord, le
roi Aménophis 1er et sa mère Néfertari (dont de remarquables
statuettes en bois nous sont montrées) qu'ils considéraient comme
les saints patrons du village, mais surtout, ils avaient le culte
de l'oreille, qu'ils sculptaient en léger relief en trois dimensions
sur des stèles, en pierre, mais aussi en bois ou en faïence et qu'ils
disposaient au pied des sanctuaires. Le but était d'augmenter la
capacité d'écoute des divinités et ainsi de faciliter la liaison
entre le dieu et l'officiant, sans intermédiaire. Ces gens nous
montrent qu'ils avaient une certaine ouverture d'esprit en adorant
des divinités étrangères comme par exemple un dieu syro-palestinien.
Mourir : pendant leurs temps libres, les
artisans de Deir el-Médineh s'occupaient à bâtir leurs propres sépultures,
souvent à quelques dizaines de mètres de leur domicile, à tailler
les pierres, à assembler les meubles
dont ils auront besoin à leur survie dans l'au-delà. Les enfants
étaient ensevelis au bas de la colline, les adolescents au milieu
et les adultes dans la partie supérieure. Ces tombes ont été retrouvées
intactes avec leurs meubles. Un détail : ces meubles présentaient
des traces d'usure, ce qui signifierait qu'ils faisaient partie
de leur vie quotidienne avant d'être placés dans les tombeaux au
moment du décès. Parmi les tombeaux de famille retrouvés, 53 d'entre
eux présentant des peintures aux couleurs chatoyantes étaient dans
un état de conservation tout à fait remarquable. Les tombeaux se
composaient d'un caveau et d'une chapelle surmontée d'une pyramide
coiffée d'un pyramidion (comme celui de l'obélisque de la place
de la Concorde, à Paris, mais en calcaire ou en grès).
Un
film d'une durée de 13 mn est projeté dans une salle et nous montre
avec des vues aériennes saisissantes l'ensemble de la région étudiée.
L'expo
se termine par la reconstitution grandeur nature du caveau de Sennedjem,
découvert en 1886 par Gaston Maspéro, magnifiquement décoré en peinture
polychrome.
L'expo
mérite qu'on y passe du temps de façon à bien s'imprégner de cette
atmosphère, de détailler tous ces objets présentés avec soin et
accompagnés de petites fiches explicatives et je dois vous
avouer que, comme moi, vous quitterez l'exposition avec regret,
j'en suis sûr!
L'expo
est ouverte du 19 avril au 22 juillet 2002, tous les jours
sauf mardi, de 9h à 17h30 et jusqu'à 21h30 le lundi et le mercredi.
Elle est située au musée du Louvre, hall Napoléon, entrée par la
pyramide.
Prix
de l'expo seule : 5,50€ Bonne
visite !
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