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Profitant d'un ciel radieux sur la capitale, je suis allé me promener
dans les jardins du Palais-Royal où près de quarante œuvres du sculpteur
italien Arnaldo Pomodoro sont exposées jusqu'au 4 août 2002.
Cet
artiste vit à Milan, il est né en 1926 dans la région de Montefeltro
en Italie. Ses œuvres sont présentes dans le monde entier,
aussi bien dans son propre pays qu'au Danemark, en Écosse, en Russie,
en Allemagne et même à New-York sur la place des Nations Unies.
Ses
expositions itinérantes vont jusqu'au Japon, en Australie. En tant
que professeur, il enseigne à Stanford University, à Berkeley. Les
prix qu'il a reçus sont nombreux. Il est
honoris causa de différentes universités.
C'est
dire si nous avons devant nous le travail d'un artiste de renommée
mondiale
dans
un panorama complet portant sur près de quarante ans de création
sculpturale.
Ces
œuvres sont essentiellement en bronze avec parfois des ajouts d'acier.
Ce qui surprend c'est l'importance géométrique, le volume imposant
qu'occupent chacune de ces pièces qui pèsent plusieurs tonnes. Ce
qui surprend aussi, c'est le travail de la matière qui est mené
à l'intérieur de cette masse : le bronze est comme arraché, écarté,
écartelé, ouvert, dynamité de l'intérieur comme une explosion venant
du centre de la sphère pour venir affleurer à la surface, dans de
gigantesques craquelures…La carapace extérieure éclatée nous offre
une vulnérabilité, une fragilité de la matière tout à fait inattendue.
Ces
œuvres sont le fruit d'un long, très long travail. D'abord le dessin,
bien sûr, puis la phase du plâtre, grandeur nature, puis c'est le
moment du choix du fondeur en fonction
de sa spécialité, c'est lui, le technicien qui réalisera
l'œuvre. Ce travail peut demander quatre ans : c'est le cas de la
boule qui vous accueille à l'entrée du Palais-Royal intitulée "Sera
di San Leo" qui est une mappemonde en bronze de 5,50m de
diamètre, c'est un œuvre de 1996.
Écoutons
l'artiste afin qu'il nous donne des clefs pour comprendre son travail
: "J'avoue une fascination
pour la technologie et les machines même si je ne sais pas comment
m'en servir. J'ai réalisé que sur le long terme ce sont les scientifiques
qui ont le pouvoir de découvrir les mystères de la vie et de la
matière. Nombre de mes travaux ressemblent à des assemblages de
machinerie. Mais il existe un autre type de sculpture où les éléments
décoratifs émergent. Et ces éléments décoratifs ont été inspirés
par des voyages dans des pays aux civilisations très différentes.
Des gravures primitives, d'anciens signes émanant de graffitis des
temps anciens. J'ai réalisé ma première roue en pensant au calendrier
aztèque qui avait enflammé mon imagination lors de mon voyage au
Mexique. Sur certaines de mes colonnes figurent des signes de mon
voyage en Égypte, une nouvelle
vision des hiéroglyphes
anciens."

Effectivement ces indications quant à la démarche de l'artiste éclairent
d'un jour supplémentaire la lecture de son œuvre ; on comprend mieux
certaines incrustations en acier inoxydable, mis en relief ou émergeant
du fond de la matière comme venant d'un passé très lointain et obscur
à notre culture actuelle.
Dans
le dépliant qu'on peut aller chercher dans un petit bureau en annexe
à l'expo, Pierre Restany parle d'un "langage de lacération…"
et aussi "d'un événement culturel de première importance et
signale que l'approche moderne de la culture latine est tributaire
de l'imagination tellurique de l'Italie profonde" et Jacqueline
Risset voit dans tout cela comme "un saisissement cosmique,
mystère de la vision brusque d'un météorite ou d'une étoile inconnue,
énergie curieusement suspendue et à la fois mouvante". Elle
parle aussi de "stupeur quasi enfantine" devant la grandeur
inattendue des sphère de Pomodoro.
Ce
qu'il faut admirer c'est cette technologie triomphante, démesurée,
sans limite et ce lien avec les signes du passé, cette métaphore
de "l'apparent et du caché" et aussi du support de la
modernité pour une mise en avant des passés les plus lointains.

La disposition de toutes ces œuvres dans les jardins du Palais-Royal,
sous les ombrages des arbres centenaires, de part et d'autre de
l'allée centrale qui borde l'immense bassin d'où des jets d'eau
jaillissent et forment aujourd'hui comme des étoiles sous les rayons
solaires. Toute cette disposition est à l'actif de l'Association
"Sculptures au Palais-Royal". Son travail est remarquable.
D'où
ce conseil : Avant de quitter les lieux, un dernier regard d'ensemble
s'impose pour mesurer la qualité du mariage de la nature et de la
mécanique sculptée dans une mise en scène du meilleur effet.
Un
mot sur l'Association "Sculptures au Palais-Royal", association
(loi de 1901) subventionnée par le Ministère de la Culture et de
la Communication. Elle a été créée en octobre 1997 afin de réaliser
des expositions de sculptures dans les jardins du Palais-Royal.
Commissaire des ces expos : Madame Solange Auzias de Turenne. La
première expo a été "Lipchitz dans les jardins du Palais-Royal"
en mai et août 1998. Pendant l'été 1999, deux femmes sculpteurs
Magdalena Abakanowicz et Beverly Pepper ont été accueillies dans
les jardins. Pour le passage vers le troisième millénaire, ce fut
"L'homme qui marche", réalisé sous le patronage de l'UNESCO
et l'année dernière, l'exposition "Cinquante ans de sculpture
espagnole" fruit d'un partenariat entre la Mairie de Madrid
et la fondation Caja Madrid. Cette année, les jardins du Palais-Royal
mettent à l'honneur le sculpteur italien Pomodoro.
Nous
ne manquerons pas, dans un an, d'être attentif à ce que sera la
prochaine exposition et de venir ici même, je l'espère, vous en
parler.
Bonne
visite et bonnes photos car ces bronzes sous le soleil enflamment
la pellicule!
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