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A la saison où fleurissent les films d'animation standardisés, aux images pixélisées, aux silouhettes aux rondeurs attendrissantes et aux mélodies sucrées au delà du digestible, il est un film d'une rare poésie qu'il faut aller voir que l'on ait 5 ou 105 ans. Il s'agit du "Chien, du Général et des oiseaux", un film nordique d'après un conte italien illustré par un Russe. Dès le début, la musique classique (mais Dieu merci pas symphonique !) déroule doucement un générique enneigé où les noms des différents collaborateurs du films apparaissent et disparaissent avec une délicatesse ouatée. Apparaît alors un soldat, puis deux, une colonne entière, un canon, un cavalier et bientôt une armée, la Grande Armée avec la silhouette reconnaissable entre toutes et pourtant réinventée de Napoléon. Moscou est à leurs pieds, livrée sans défense... croient-ils. Et c'est l'attaque : la ville est investie... C'est alors que le premier oiseau de feu traverse le ciel et s'engouffre terrifié dans une bâtisse qui s'enflamme aussitôt. Suivent deux, dix, vingt, cent colombes aux ailes enflammées qui allument dans leur panique le brasier qui réduira en cendres les rêves de l'empereur français : le grand incendie de Moscou, l'impossibilité de mettre les troupes au repos, de se fournir en vivres, de passer l'hiver à l'abri. Pour ces soldats effarés impuissants devant cet ennemi inédit, c'est la berezina. Pour le jeune officier russe c'est la gloire et la victoire : c'est lui qui a eu l'idée de mettre le feu aux ailes des oiseaux avant de les lancer sur la ville désertée par ses habitants. Cette cruauté nécessaire qui lui fait sacrifier ces symboles de liberté pour libérer son pays de l'envahisseur pèsera à jamais sur sa vie d'homme. Des années plus tard à Saint Petersbourg, le désormais général, veuf et solitaire, ayant pour seule compagnie son ordonnance de jadis, en est réduit à sortit jour après jour quel que soit le temps avec un parapluie crotté : pas un oiseau en effet dans la ville qui ne fiente sur sa silhouette trottinante pour venger la mémoire de leurs aileus sacrifiés. Le seul qui les écarte et les disperse de leur revanche quotidienne, c'est ce pauvre chien qui s'est pris d'amitié pour le viel homme. Mais deux solitudes suffisent-elles à faire une amitié ? L'engouement inconditionnel du chien suffira-t-il a dégeler l'âme engourdie par la vieillesse et une culpabilité insurmontable ? Et surtout, quand le général décide enfin de vivre pleinement les années qui lui restent et de se racheter en libérant tous les oiseaux de la ville de leurs cages, comment permettre à ce dernier rêve de vieillard de surmonter la réalité bornée des habitant fort attachés, eux, à leurs volatiles captifs ? On pourrait aussi bien raconter la fin parce que ce n'est pas cela l'important : le merveilleux des contes ce n'est pas la surprise ou le suspens mais bien de retrouver dans un récit poétique ce que l'on sait au plus profond de nous. Et dans ce cas précis, ce que l'on sait c'est cela : oui, on peut racheter, même au seuil de la mort, les pires choses que l'on a pu commettre. Oui, l'âme humaine (le coeur, l'esprit, chacun l'appelle comme il veut) est capable de ce retour merveilleux sur elle-même. Et au delà, oui, il est possible d'être prêt à sacrifier sa vie pour le bonheur et la liberté des autres. Et oui, il n'y a pas de plus grande victoire que celle là. Ce conte de paix et de liberté, où même les oiseaux en bois se mettent à voler et où les chiens apprennent l'humanité à leurs maîtres, où la cruauté n'est ni archétypée ni stérile mais tout simplement le revers de la vie, mérite d'être vu avec vos enfants, vos parents, vos petits frères et soeurs (ou vos grands frères et soeurs), vos grands-parents, vos arrière-grands-parents. Pour la beauté de l'histoire, pour la délicatesse des dessins proches de l'univers de Chagall, pour la musique jamais etouffante, jamais redondante, tout simplement évidente. Et surtout parce qu'il n'est jamais trop tard pour s'ouvrir à la liberté vraie, celle qui nous libère de la peur de vivre. Sorti le 22 octobre 2003, il faudra peut-être pour certains le guetter en vidéo ou à Noël prochain sur nos petits écrans. |