Sans
autres nouvelles de Florence Aubenas et de son guide Hussein
Hanoun al Saadi, Ingrid Betancourt et Fred Nérac, ne les
oublions pas.
Je n’avais
pas l’intention de me joindre aux millions de personnes
qui ont évoqué depuis des semaines la figure du pape
Jean-Paul II mais j’aimerais parler de la coïncidence
entre le programme de la 2 : « Stars en duo et
luttons ensemble contre le sida » et l’annonce par
la présentatrice, Daniela Lumbroso, de la mort du saint-Père.
Certaines personnes ont été outrées que la chaîne
n’arrête pas immédiatement son programme. Je suis parmi
ceux qui ne sont pas outrageusement attirés par les variétés
et sans doute étais-je entrain de zapper quand j’ai
entendu l’annonce. Je suis persuadée pourtant qu’il
n’y avait aucune raison d’interrompre une quête aussi
importante pour « faire comme tout le monde. »
Je rappelle tout de même que :
« Il y a 150 000 séropositifs en France. Dans le monde, c’est un
tsunami
par mois ! En Afrique, on dénombre 25 millions de
malades. 25 000 seulement bénéficient de soins ! Plus
que jamais, il faut s’unir et combattre le sida »
explique Line Renaud, vice Présidente de l’association,
qui a été sur France 2 aux côtés de Daniela Lumbroso,
pour une grande émission de chansons en direct intégral,
intitulée Stars en duo et ensemble contre le Sida.
Une pléiade d’artistes, parmi lesquels Amel Bent, Dani,
Etienne Daho, Clémentine Célarié, Lara Fabian, Michel
Fugain viendront interpréter des morceaux en duo.
En fait, je constate une fois de plus la dualité qui
existe en chacun de nous. Il est certain d’une part que
Jean-Paul II a beaucoup œuvré depuis son élection à la tête
de l’église catholique en 1978 pour le rapprochement des
peuples, qu’il a passé tout le temps de son sacerdoce à
visiter le plus grand nombre de pays possible pour y prêcher
« la bonne parole »,
qu’il a -
on nous l’a martelé tant de fois - été le premier pape
à pénétrer dans la synagogue de Rome en 1984, qu’il a
reconnu l’Etat d’Israël en 1988, ce que Jean XXIII
n’avait pas imaginé un seul instant dans son encyclique Pacem
in Terris de 1963 où il reconnaissait que les Juifs
n’étaient pas un peuple déicide et que cette mention
devait disparaître des catéchismes (une décision qui
entraîna la scission de Monseigneur Lefèvre et son
excommunication), qu’il est allé à Auschwitz, s’est
recueilli au Mur Ouest de Jérusalem et a même - nous
dit-on - laissé un billet dans une fente où il demandait
pardon pour les crimes commis par l’Eglise catholique
contre les Juifs, qu’il a visité Yad Vachem… pour ne
parler que d’une bonne action parmi tant d’autres (Je ne
veux pas évoquer ici son action politique que je n’ai pas
toujours appréciée, en particulier sa reconnaissance immédiate
de la Croatie, l’un des Etats les plus proches de
l’Allemagne durant les deux Guerres Mondiales) mais je me
pose parfois la question de savoir si son conservatisme
n’a pas été plus néfaste à l’humanité que ses
bonnes actions. Je me souviens m’être élevée violemment
contre l’interdiction qu’il a imposée aux nones violées
par des soldats serbes de se faire avorter. Ces femmes ont
du porter le fruit de ces actes odieux et j’aimerais
savoir quel a été le sort des pauvres petits nés de ces
unions infernales.
Et puis, surtout, j’ai dans la tête toutes les
images de ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants
africains atteints par la famine, ce qui n’est évidemment
pas le fait du pape, mais par le terrible sida. Là encore,
je ne dis pas que Jean-Paul II est directement responsable
de cette situation parce que les traditions ancestrales des
communautés africaines, surtout quand la polygamie s’y
pratique, sont pour une large part à la base d’une
transmission galopante de la maladie contre laquelle les remèdes
arrivent en misérables quantités. Je reproche surtout au
Saint-Père de n’avoir jamais renoncé à ses appels de
chasteté avant le mariage et à son interdiction formelle
du préservatif. Je n’ose aller jusqu’à dire qu’il
est coupable en l’occurrence de non assistance à
personnes en danger. Si, en fait, je le pense. Je rends
hommage à toutes les femmes africaines qui vont de village
en village pour expliquer aux hommes et aux femmes comment
se préserver d’un virus qui peut être évité en
utilisant les moyens préconisés par la science et la médecine.
Le problème n’en sera pas résolu pour autant mais je
crois que la véritable charité chrétienne consiste à
aider son prochain plutôt qu’à lui proposer des
interdits auxquels il ne peut faire face et qu’il ne peut
respecter qu’au détriment de sa vie.
Quelques jours
après le décès du pape est survenu celui du Prince
Rainier de Monaco dont je n’ai pas personnellement grand
chose à dire, les princes qui nous gouvernent n’ayant
jamais été ma tasse de thé. Quand j’écoute les gens
parler du grand amour qui unissait le Prince à Grâce
Kelly, je me souviens que, poursuivant ses études de
sciences politiques à Paris, il y rencontra une ancienne
bouquetière devenue actrice, Gisèle Pascal. Leur histoire
d’amour devait durer six ans et se terminer par un mariage
mais le Père Francis Tucker, conseiller spirituel du
prince, s’interposa pour l’interdire, arguant que Gisèle
Pascal était d’origine juive polonaise. On raconte que
lorsque Rainier mit fin à son aventure, il dit au Père
Tucker : « Si vous apprenez un jour que mes
sujets pensent que je ne les aime pas, dites leur ce que
j’ai fait pour eux aujourd’hui ! »
Gisèle Pascal épousa par la suite Raymond Pellegrin.
Par
l’entremise du journaliste Pierre Galante (marié à
Olivia de Haviland), une jeune star du cinéma américain,
Grace Kelly, venue au Festival de Cannes pour y promouvoir
le film qui lui valut un oscar « Une fille de province »
et tourner quelques scènes du nouveau film d’Alfred
Hitchcock « La Main au collet », fut conviée au
palais princier pour une séance de photos avec Rainier. La
petite histoire veut que ce soit le père Tucker, originaire
de Philadelphie comme la famille Kelly, qui ait convaincu le
prince de recevoir cette blonde beauté catholique. « Pour
sauver Monaco et le tourisme, il n’y a qu’un mariage du
prince avec Marilyn Monroe ou Grace Kelly », aurait lancé
Onassis, alors maître absolu de la Société des bains de
mer. On connaît la suite : Ils se plurent car ils échangèrent
ensuite une correspondance secrète et, dans l’ombre, le père
Tucker préparait une visite du prince aux Etats- Unis. Après
Noël chez les Kelly, Rainier demanda la main de Grace.
Voici pour ma page « people » mais je
voudrais consacrer maintenant quelques lignes au grand écrivain
américain Saul Bellow, géant de la littérature du XXe
siècle mais aussi chef de file de l’école des romanciers
juifs américains à l’humour corrosif, mort mardi 5
avril, à l’âge de 89 ans. Romancier de l’échec et de
la dérision, Saul Bellow qui a été récompensé par le
prix Nobel de littérature en 1976 a influencé plusieurs générations
d’écrivains américains, alliant une grande érudition à
une culture de masse.
Né au Québec le 10 juin 1915 de parents juifs tout juste
émigrés de Russie, Saul Bellow a vécu une enfance triste,
bercée par la religion. Il a commencé à écrire dans les
années 1940 et obtenu son premier succès avec Les
Aventures d’Augie March, qui reçut le prix littéraire
National Book Award en 1953. Suivront une série de romans où
se forge l’archétype de ses héros, intellectuels et
tourmentés. Bellow impose alors son style : brillant,
ironique et extrêmement drôle.
Son
premier best-seller date de 1964 avec Herzog ou
l’autobiographie d’un Américain névrosé des années
1960 aux prises avec la société. Hanté par les tourments,
sollicité par les femmes qui sont autant d’énigmes, il
finit par flirter avec la folie. Diplômé de sociologie et
d’anthropologie de l’université de Chicago en 1937, il
a aussi enseigné à l’université du Wisconsin ainsi
qu’à Boston en 1993 et servi dans la marine durant la
seconde guerre mondiale. L’œuvre de Bellow, enseignée
dans les universités du monde entier, traite des problèmes
de la minorité judéo-américaine tout en s’attachant à
aborder, par des épisodes comiques ou tragiques, la société
américaine ou les rapports hommes-femmes.
Dans
l’un de ses derniers romans, datant de 1997, Une
affinité véritable, Bellow
qui était alors professeur à Boston fustigeait avec
impertinence le Cretinus americanus et s’acharnait
à ridiculiser la dictature du politiquement correct
qui faisait ravage sur les campus américains. L’écrivain
est resté prolifique jusqu'à ses dernières années avec
notamment la sortie, en 2000, de Ravelstein.
Pourtant, le jour où le prix Nobel de littérature lui a été
décerné, le 21 octobre 1976, l’écrivain connu à l'époque
pour son pessimisme coutumier affichait ses doutes sur sa
production à venir : Les prix Nobel sont rarement une
bonne chose pour les Américains, du moins pour les écrivains.
Sinclair Lewis et John Steinbeck furent rarement sobres après
l'avoir reçu. Quant à Hemingway, il cessa d'écrire, avait-il dit.
Son
dernier roman, Ravelstein, se présente comme un récit
ou une biographie, celle d’un vieil homme dont les dernières
années de vie sont retracées par l’un de ses meilleurs
amis, un juif issu d'une vieille famille européenne. La
critique y a vu une sorte de dédoublement de l’auteur
lui-même. Le jury Nobel avait salué en 1976 sa maîtrise
exemplaire des sujets et de la forme en estimant
notamment que son roman paru en 1956, Seize the Day,
était l’un des classiques de l'époque. Saul
Bellow avait trois fils et plusieurs petits-enfants. Il a
aussi eu une fille, Naomi, née en 1999 de sa cinquième épouse,
lorsqu’il avait 84 ans.
Je
suis allée fouiller dans mes étagères pour retrouver Les
Aventures d’Augie March, traduit de l’américain par
Jean Rosenthal et publié chez Plon en 1959. J’ai eu du
mal à le trouver car il n’était pas avec « les
autres. » C’est en effet un des rares livres
anglo-saxons que je n’ai pas du acheter dans le texte, à
moins qu’il ne me soit venu de mes parents. J’ai décidé
d’ailleurs de le relire car Saul Bellow n’est pas un des
auteurs pour lequel j’ai ressenti une véritable passion
et j’ai sans doute eu tort. Je me permets de transcrire
ici la quatrième
page de couverture pour vous mettre l’eau à la
bouche :
Voici
tout à la fois un roman picaresque et une comédie héroïque
car, pour la première fois peut-être, un romancier moderne
nous donne ici une véritable épopée écrite dans la
tradition comique. Son livre est une célébration de la
vie, en même temps fantastique et réaliste, où le
tragique côtoie le grotesque à chaque page.
Né
dans la cité sombre de Chicago, Augie March émerge des
faubourgs de la grande ville et se fraye un chemin au
travers d’une humanité prodigieusement variée : de
vieilles canailles, de riches veuves, des milliardaires
lunatiques, des femmes excentriques veulent à tout prix
s’attacher ce jeune homme. En face d’eux, la grande
force d’Augie c’est de toujours savoir dire non.
Une
seule femme menacera sérieusement son indépendance sacrée :
c’est la riche et belle Théa qui l’entraîne au Mexique
où elle veut dresser des aigles à la chasse aux lézards.
Mais un aigle aussi sait refuser. Augie Marche est-il un
aigle ? En tout cas, c’est une autre qu’il épousera
finalement, avant de regagner New York puis l’Europe où
chemin faisant il se gagnera lui-même…
« Il
se peut que je sois un raté », confesse Augie March.
« Mais Christophe Colomb devait penser la même chose
quand on le ramena couvert de chaînes. Etait-ce la preuve
que l’Amérique n’existait pas ? »
Je
n’attends pas, je vais m’y mettre tout à l’heure.
C’est si bon de se délecter en silence quand le monde
bouillonne autour de vous parce que deux personnalités sont
mortes, comme si ce n’était pas le sort de chacun
d’entre nous !