« Christian Chesnot et Georges Malbrunot sont otages depuis
plus de cent jours, nous ne les oublions pas »
« Ingrid
Betancourt est gardée en otage par la guérilla FARC
(Forces Révolutionnaires de Colombie) depuis le 23 février
2002 : Nous ne l’oublions pas »
Je
ne pense pas que je serai encore de ce monde pour commémorer
dans dix ans le centenaire de la Première Guerre
Mondiale mais je ne crois pas qu’on puisse revenir
plus souvent sur cette terrible bataille des tranchées
qu’on ne l’a fait en ce mois de novembre 2004 où
les sujets brûlants d’actualité qui peuvent nous
faire craindre le pire quant à l’avenir de notre planète
ne manquent certes pas.
Est-ce
pour rendre un dernier hommage aux quelques huit ou dix
survivants de la « der des der » que les cinéastes
se sont penchées sur elle, je ne sais, mais après
« Le Voyageur sans bagage » de Pierre
Boutron dont j’ai parlé ici-même il y a quelques
semaines, j’ai pu voir sur Arte « Le soldat
inconnu vivant » qui est, nous dit-on, la véritable
histoire de ce voyageur, moins romantique sans doute que
les héros des écrivains, mais dont le destin était de
représenter tous les hommes qui ont perdu leur identité
à la suite d’une blessure à la tête, d’une
psychose des barbelés, de l’éclat proche d’un obus
ou d’un choc tel que leur mémoire a disparu à
jamais. Neuf millions de morts en Europe, un million et
demi en France durant cette terrible guerre et trois
cents mille hommes disparus sans laisser de cadavre dont
les noms n’apparaîtront jamais sur les Monuments aux
Morts érigés dans toutes les villes et villages de
France pour leur rendre hommage.
Le
prénommé Anthelme Mangin est rapatrié d’Allemagne
le 1er février 1918. Interrogé sur son
identité, il bredouille qu’il s’appelle Anthelme
Mangin et habite Vichy, rue des Célestins. Des
recherches sont faites qui se révèlent négatives. Il
est alors conduit à l’asile de Rodez parce que, une
photo de lui ayant paru dans un journal, une
Louise Vessette qui se dit sa cousine pense le
reconnaître et réclame sa garde. L’homme va être
interrogé jour après jour par le Docteur Fenérou mais
il reste toujours impassible derrière sa lourde
moustache noire. Louise Vessette vient le voir tous les
jours durant les seize ans qu’il passe à Rodez mais
elle n’obtiendra jamais sa garde parce que des
dizaines d’autres familles venues de France, d’Angleterre,
d’Allemagne et même d’Australie, le reconnaissent
également comme le mari, le fils, le frère, le
cousin… disparu, les unes pour des raisons purement
familiales et affectives, les autres dans l’espoir de
toucher une pension qui ne sera jamais accordée à
l’homme.
Il faut dire que sur les trois cent mille amnésiques de
la Grande Guerre, soixante dix mille seulement furent
identifiés légalement et rendus à leur famille.
C’est la raison pour laquelle on désigna en leur
honneur un soldat inconnu dont la tombe fut inaugurée
en Janvier 1921 sous l’Arc de Triomphe. L’ossuaire
de Douaumont est quant à lui le sanctuaire de ces
milliers d’hommes sans mémoire.
Pour
en revenir à Anthelme Mangin, Joseph Montjoin fit le déplacement
depuis Châteauroux pour l’identifier : son frère
qui était né à St Maur sur Indre le 19 mars 1891
avait été fait prisonnier en 1916 et détenu dans
plusieurs camps allemands dont celui de Karlsruhe. Bien
qu’il ne l’ait pas clairement reconnu, il ne fit
aucun doute pour le Docteur Fenérou que son malade était
bien l’homme en question et il décida de l’emmener
à St Maur-sur-Indre près de Châteauroux, estimant que
le choc de revoir son ancien village et ses anciennes
connaissances pourraient aider sa mémoire à ressurgir.
Il n’en fut rien cependant et celui dont le médecin
pensait qu’il était Octave Félicien Montjoin se
retrouva dans son asile de Rodez. Si le Docteur Fenérou
avait l’intime conviction de cette identité, c’est
que l’amnésique n’était pas dépourvu de
connaissances : il savait lire, écrire et
bredouillait même quelques mots d’Anglais. Selon
Joseph Montjoin, son frère avait été serveur à Châteauroux,
à Paris et à Londres, ce qui confirmait encore la
conviction du médecin.
Sur
décision d’un Tribunal parisien, Anthelme
Mangin-Octave Félicien Montjoin fut transporté de
Rodez à l’Hôpital Ste Anne où
l’on pratiqua sur lui d’innombrables tests, parfois
barbares (une fièvre provoquée par une injection
d’essence de térébenthine…), censés lui faire
retrouver la mémoire sans succès. Fin
juin 1937, le même Tribunal rendit un verdict selon
lequel il était bien le frère de Joseph Montjoin sans
toutefois permettre à l’homme de rejoindre sa famille
- le père et le frère sont décédés sans le revoir
juste avant la Seconde Guerre Mondiale qui fit tomber
dans l’oubli l’amnésique et les poilus de 14-18 -
ou lui accorder une pension due et méritée. Il demeura
ainsi jusqu’à la fin dans la précarité la plus
grande. Le matin du 10 septembre 1942, Octave Félicien
Montjoin est mort d’inanition (de faim ?) à Ste
Anne. Il fut tout d’abord enterré dans la fosse
commune du cimetière de Bagneux puis son cercueil fut
transporté dans celui de St Maur-sur-Indre où il
repose depuis lors sous une tombe anonyme qui ne fait
mention ni de sa date de naissance, ni de celle de sa
mort, ni même de son nom. Malgré sa reconnaissance par
un tribunal, il est resté au-delà de la mort le
« soldat inconnu. »
Cette
histoire est, comme je l’ai dit au début, moins
romantique que celle d’Anouilh. Je l’ai racontée
simplement comme je l’ai vue. Elle ne m’a pas donné
l’émotion esthétique du « Voyageur sans bagage »
mais sans doute le regret qu’on ait fait si peu de cas
d’un homme auquel on a rendu son identité sans lui
reconnaître aucun droit même celui de pouvoir vivre décemment
auprès de sa famille. Heureusement pour lui, j’ai
presque honte de le dire, son amnésie a sans doute fait
qu’il ne s’est pas rendu compte de la méchanceté
des hommes et des juges et qu’il est mort innocent
comme s’il venait de naître, comme s’il était mort
sans avoir vécu.
Après
cette histoire émouvante et qui n’est malheureusement
pas unique dans les annales de notre Histoire,
j’aimerais aborder un téléfilm plus réjouissant et
lumineux, la réfection de la Galerie d’Apollon du
Louvre.
« La
Galerie d’Apollon »
Le
27 novembre la célèbre Galerie d’Apollon du Musée
du Louvre a été rouverte au public. Depuis 2001, elle
était fermée pour travaux. Il s’agit de cette
somptueuse galerie d’apparat de 600 m2 avec un plafond
d’une hauteur de quinze mètres, où étaient exposées,
entre autres merveilles, les diamants de la Couronne,
dont le fameux Régent (140 carats), le Sancy (53
carats), et aussi le Côte de Bretagne, un rubis de 105
carats, des trésors qu’on pouvait retrouver
provisoirement installés dans la salle 64 du département
des objets d’art.
C’est
en 1661 que Louis XIV a décidé la construction ou plutôt
la reconstruction de la galerie. Quelques mois plus tôt,
le 6 février, un incendie avait détruit cette partie
du palais, au point de menacer la sécurité des
appartements royaux.
Les travaux commencés sous la direction de
l’architecte Le Vau et du peintre Charles Le Brun ne
furent vraiment achevés qu’en 1851. En tout, plus de
vingt artistes ont participé à l’élaboration de son
décor. Elle a servi de modèle à la galerie des Glaces
du château de Versailles qui elle aussi va connaître
une importante campagne de restauration. C’est ainsi
que les onze peintures sur toile, les trente peintures décoratives
sur plâtre, les trente-six sculptures en stuc et
menuiseries dorées et les vingt-huit tapisseries intégrées
dans les voûtes et les murs sont signés Lagrenée,
Girardon, Le Brun, Delacroix, etc.
Depuis
une quinzaine d’années, la très grande affluence
connue par cette galerie, l’usure du temps et les dégâts
provoqués par l’humidité ont nécessité une
restauration complète des décors, des opérations très
délicates de décrassage, de suppression de
restaurations anciennes, de nettoyage de couches
picturales, de restauration des lambris et de réfection
complète du parquet, travaux menés par des équipes de
restaurateurs de très haut niveau installées sur des
échafaudages.
C’est
ce travail de réfection que nous avons pu admirer grâce
à un documentaire diffusé sur Arte vendredi 26
novembre : « Le Réveil d’Apollon »
de Jérôme Prieur qui est passé de la lecture des
Evangiles à la mythologie grecque et à Louis XIV mais
en employant les mêmes procédés qu’avec Gérard
Mordillat pour leur précédente réalisation. L’histoire
de la Galerie, de ses différentes réfections, du
Louvre, de Louis XIV, de Le Brun… nous est en effet
contée non par lui-même mais par des intervenants
successifs : Alain Mérot,
Universitaire, parle des différentes époques durant
lesquelles s’est élaboré puis construit le Louvre et
la Galerie, Vincent Pomarède (du Musée du Louvre) évoque
le déroulement de l’histoire des Arts jusqu’à
Delacroix, Michel Goutal, Architecte en chef des
monuments historiques, rappelle que la première réfection
de la Galerie eut lieu suite à l’incendie provoquée
peut-être par un flambeau oublié à proximité des
appartements de la reine, Philippe Beaussant, écrivain,
raconte la mort de Mazarin et la prise du pouvoir par
Fouquet dont Jean-Marie Pérouze de Montclos du CNRS
raconte l’ascension puis la chute.
Durant
toutes ces interventions, l’histoire du Louvre se déroule
devant nos yeux, des dessins nous indiquant même le
terrain sur lequel Philippe Auguste entreprit la
construction du premier édifice. Les réfections se
poursuivent et l’on peut apercevoir les traces du
temps que des mains effacent sur des bambins dodus aux
joues roses. Geneviève Bresc et Vincent Pomarède
racontent comment Le Brun coordonnait le travail des équipes
qui travaillaient sous sa direction et mettait son
propre génie créateur au service des peintres dont il
avait la charge. Jean-Pierre Cuzin du Musée du Louvre
et Alain Mérot rappellent que Le Brun devait gérer
l’argent, les tâches administratives et veiller à la
diffusion de l’image et de la gloire du roi. Daniel
Desset de l’Université de Paris Sorbonne montre
comment Louis XIV a pris, après la mort de Mazarin, la
direction des affaires. Peter Burke (Emmanuel College,
Cambridge) indique également que la reconstruction de
la galerie correspond à la prise de pouvoir du roi.
Philippe
Beaussant et Daniel Dessert voudraient qu’on oublie
l’imposant portrait d’un monarque absolu de
cinquante ans pour se souvenir que le jeune
roi était un être très sensible qui
pressentait que la prédominance des Arts serait partie
de sa démarche politique. Suivent les images de
quelques réfections de sculptures et des imposants échafaudages.
Jean-Marie Pérouse de Montclos se souvient que la
Galerie devait servir de promenoir quand il pleuvait ou
faisait trop froid dehors et dans lequel le roi
faisait venir ses propres chiens. Il voulait
cependant que ses hôtes apprennent à lire les
peintures et les sculptures : C’est là même que
l’élite du royaume devait s’identifier. Avec
Catherine Bresc débute le chapitre du Roi Soleil que
Philippe Beaussant reprend pour montrer que le roi se
prit à l’époque pour Alexandre. Le Brun le peint
d’ailleurs en Alexandre et Racine écrit une pièce
sur Alexandre le Grand, roi de Macédoine. Louis XIV
s’identifie, quant à lui, à Apollon, dieu de la
Beauté, de la Lumière et des Arts. Apparaît alors sur
l’écran le portrait du Roi-Soleil tel qu’il apparut
dans « Le Ballet de la Nuit » en 1653
(c’est-à-dire avant la mort de Mazarin et quand il était
encore très jeune.) Toutes les représentations
du Roi-Soleil en pied ou en médaillon étaient si
lumineuses qu’on disait même aux dames éprises de la
blancheur de leur teint de ne pas s’en approcher au
risque de voir leurs joues rosir de leur éclat !
Peter Burk pense que le roi voulait s’inspirer de la
mythologie pour régner mais qu’à travers les
peintures on peut apprécier l’histoire de ce monarque
très chrétien qui voulait régner non seulement sur la
France mais sur l’Europe.
Michel
Goutal revient à Le Brun qui a utilisé à bon escient
le fait que la lumière ne soit venue par les hautes fenêtres
que d’un seul côté, éclairant les peintures murales
qui leur faisaient face plus que les fresques du
plafond. Pour ce qui est de la peinture elle-même, il a
beaucoup employé l’or et l’outre-mer qui étaient
des matériaux très coûteux dont les personnes employées
à la réfection se servent aujourd’hui encore pour
repeindre en particulier les ailes des angelots. Il
pense que la Galerie est une bonne représentation des
Arts Décoratifs, expression qui n’a pourtant été
employée qu’à partir des années 20, parce qu’elle
représente une union de la peinture, de la sculpture,
des fresques, des stucs… Catherine Bresc, quant à
elle, a pu admirer du haut des échafaudages ces stucs
auxquels les sculpteurs, plutôt que de s’attacher aux
détails, ont donné de la force (bestiaires) et la
fureur (expressions humaines.) Pour Gérard Macé, les décors
constituent un univers de fête, un univers théâtral féerique.
La religion et les miracles sont pris en relais par un
monde à demi profane qui peut maîtriser la réalité.
La lumière externe aide mais il faut compter également
avec la lumière de l’esprit.
Quand
Le Brun quitte le Louvre pour aller à Versailles nous
disent Jean-Pierre Cuzin et Alain Mérot, les travaux
dans la Galerie ne s’en poursuivent pas moins jusqu’à
Delacroix. En 1764, sous Louis XV, la Galerie d’Apollon
devient l’Académie des Arts et les jeunes peintres,
pour y entrer, vont devoir présenter des toiles en
rapport avec les décors comme par exemple celui des
Quatre Saisons. On commande des toiles sur le sujet à
Durameau
et à Fragonard mais celui-ci, en raison de ses propres
travaux d’atelier, refuse cette offre. Les peintres se
succèdent mais s’ils ne font que les décors avec
d’autres artistes, chaque style, chaque personnalité
est reconnaissable. Vincent Pomarède le confirme :
Bien que chaque peintre puisse s’exprimer dans son
propre langage, il se coule également dans le programme
élaboré par Le Brun dont on pourra admirer les
techniques et celles de ceux qui ont par la suite exécuté
les travaux en accord avec lui comme si une chaîne s’établissaient
entre les artistes.
Apparaissent
alors sur l’écran des desseins et des peintures de
l’époque napoléonienne qui montrent l’évolution
des bâtiments du Louvre et de tous les quartiers autour
de la Seine. Geneviève Besc rappelle qu’à partir de
1800 on a commandé à des peintres des toiles dont le
sujet central devait être le soleil. En 1848, sous la
Seconde République, il est temps de célébrer la
Galerie d’Apollon-Soleil et non du Roi-Soleil. Témoin
la toile de Delacroix : Apollon-Soleil combattant
le serpent Python. Selon Vincent Pomarède, on veut en
1848 se réapproprier les palais royaux avec des idéaux
républicains. Dolf Oehler, de l’Université de Bonn,
pense que les autorités ont à l’esprit la
transformation du Louvre en Palais du Peuple. Selon
Brunot Foucart (Sorbonne), quand le Prince-Président
Louis-Napoléon Bonaparte inaugure en 1851 la nouvelle
Galerie, personne ne l’a pratiquement visitée depuis
une génération. Pour le peuple, la Galerie c’était
Le Brun et maintenant Delacroix. On oubliait le troisième
homme, le grand architecte Dubant, le plus sensible et
le plus intelligent des architectes de son temps, qui ne
pouvait plus procéder à des réparations parce que la
Galerie s’effondrait.
Selon
Bruno Foucart, Dubant a du pratiquement déposer la
totalité du stuc et des peintures pour refaire la
charpente qui tombait en ruines. Il a été aidé dans
son travail par le jeune Viollet-le-Duc. Il a procédé
à une entreprise très audacieuse et réinventé en
quelque sorte la restauration des œuvres qui contraste
avec l’idée moderne selon laquelle il s’agit de les
conserver ou de les restaurer selon leur conception
première afin de faire travailler l’imagination.
Dubant a voulu réinventer la Galerie. De nouveaux
peintres sont arrivés : Muller et Guichard étaient
des romantiques de la période mais pour Dubant,
Delacroix était l’artiste le plus proche de Le Brun
et même, selon Vincent Pomarède, l’artiste le plus
inspiré par l’histoire des décors. Jean-Pierre Cuzin
ajoute que Delacroix s’est toujours considéré comme
un grand classique, le successeur des peintres de la
Renaissance et de Le Brun. Il désirait entrer à l’Académie
des Beaux-Arts. Il a réussi puisqu’il a hissé
« La lutte d’Apollon avec le serpent Python »
au rang de chef d’œuvre. Pour Arlette Sérulaz, du
musée Delacroix, ce n’était pas une mince affaire
que de réaliser cette immense peinture qui a été exécutée
dans un atelier construit à cet effet. Elle était
tellement grande qu’elle a toujours été pliée en
deux, un symbole peut-être des deux parties dont
l’une représente les ténèbres et l’autre les lumières.
Ce fut également une entreprise titanesque pour le
peintre de coller cette immense peinture au plafond mais
on peut dire que la Galerie d’Apollon est véritablement
née ce jour-là. Elle représente pour Dolph Oehler la
victoire du bien sur le mal, la victoire de la « République
honnête » de 1948 contre la « République
des canailles. »
Je
le laisse seul juge de cette appréciation et je
continue à regarder la galerie, les immenses sculptures
qui représentent « Les Figures de la Nuit »
et paraissent soutenir de toute leur force la voûte
afin que plus jamais elle ne s’écroule. J’admire
les peintures du Louvre, les tapisseries des rois, les
nouveaux quartiers, la Seine qui coule tout près de là.
Je crois avec l’un des intervenants que cette histoire
de la Galerie dont Louis XIV, malgré son départ pour
Versailles, demeure la figure mythique, m’a permis de
remonter un temps immémorial et c’est avec cette
impression grandiose que je m’arrête de raconter une
belle histoire.
L’histoire
de l’homme qu’on appelle Anthelme Mangin est
racontée comme une histoire véritable mais elle
est cependant une adaptation du livre de Jean-Yves
Le Naour publié chez Hachette Littérature en 2002 :
Pendant
la Grande Guerre, explique en voix off Denis Lavant,
« les hommes sont devenus des matricules, des
corps interchangeables. » Une perte
d’identité qu’a vécue, jusqu’à l’absurde,
le nommé Anthelme Mangin, revenu d’un camp de
prisonniers au printemps 1918. Le beau documentaire
de Joël Calmettes retrace avec empathie la « vie
devenue destin» de Mangin…Ce portrait du «soldat
inconnu vivant»
mêle
intelligemment images
d’archives
en noir et blanc et reconstitutions en couleurs avec
acteurs. C’est Pierre Macherez qui incarne ou plutôt
désincarne brillamment ce personnage traversant
l’après-guerre comme un fantôme.
Il
y eut des rencontres avec une cinquantaine de
familles qui toutes, sauf la bonne, crurent contre
l’évidence que le soldat numéro 13 était leur
cher disparu. Treize de ces familles intentèrent
des procès très médiatiques contre les
conclusions des médecins, jusqu’à la Cour de
cassation
« Ce
jour-là, 23 (février), fut dansé dans le
Petit-Bourbon, pour la première fois, en présence
de la Reyne, de Son Eminence et de toute la Cour, le
Grand Ballet royal de la Nuit..., composé de 43
entrées, toutes si riches, tant par la nouveauté
de ce qui s’y représente que par la beauté des récits,
la magnificence des machines, la pompe superbe des
habits et la grace de tous les danseurs, que les
spectateurs auroient difficilement discerné la plus
charmante si celles où nostre jeune monarque ne se
faisoit pas moins connoistre sous ses vestemens que
le soleil se fait voir au travers des nuages qui
voilent quelquefois sa kulière, n’en eussent
receu un caractère particulier d'éclatante majesté,
qui en marquoit la différence... Mais comme, sans
contredit, il y surpassoit en grace tous ceux qui à
l’envy y faisoient paroistre la leur, Monsieur,
son frère unique, étoit aussi sans pareil en la
sienne; et cet astre naissant ostoit si aisément la
peine de le découvrir, par les gentillesses et les
charmes qui luy sont naturels, qu’on ne pouvoit
douter de son rang... Je laisse donc à juger... le
contentement que put avoir l’assemblée,
nonobstant la disgrace qui sembla le vouloir
troubler par le feu qui prit à une toile, dès la
première entrée, et à la première heure de cette
belle Nuit qui étoit représentée par le Roy, mais
ne servit néanmoins qu’à faire admirer la
prudence et le courage de Sa Majesté, laquelle...
ne rasseura pas moins l'assistance par sa fermeté
qu’autrefois César fit le nautonnier qui le
conduisoit... Tellement que ce feu s’étant
heureusement éteint, laissa les esprits dans leur
première tranquillité et fut mesme interprété
favorablement. »
La Gazette de 1653.
Louis
Jean-Jacques Durameau est né à Paris en 1733 et
mort à Versailles en 1781. Une pompe funèbre
sera célébrée en l’honneur de l’impératrice
Marie-Antoinette d’Autriche, six mois après sa
mort, à Notre-Dame de Paris. Les statues exécutées
par Augustin Bocciardi d'après Durameau (La Mort et
la Terre, La France et l’Europe peintes en 1781)
occuperont la base du catafalque.