On
comprendra que je ne soie pas allée plus loin. Une heure et
demie m’a suffi pour éprouver plus de rancœur contre les
Egyptiens et les Français (ma chaîne préférée Arte, le
Ministère de la Culture et le Ministère des Affaires
Etrangères) qui ont permis la réalisation de ce film que
vis-à-vis des Palestiniens eux-mêmes qui apprennent leur
histoire par le truchement d’un scénario. N’étant pas
en mesure d’assumer les images, je ne peux véritablement
raconter l’histoire par le menu. Depuis une semaine,
j’ai lu des dizaines de pages et de commentaires parus
dans tous les médias et je n’ai pu me décider à en
choisir une en particulier pour la transcrire ici.
Une
chose est certaine, ce n’est pas la projection de tels
films dont le but est de s’acquérir les grâces, non des
Arabes de 1948 mais celles des Palestiniens
d’aujourd’hui, qui facilitera les choses au point où
elles en sont arrivées. Il est même étonnant qu’il
faille un Egyptien, officiellement en paix avec l’Etat hébreu,
pour attiser la haine des Palestiniens contre les Israéliens.
Le contexte de 1948 permettait l’installation des Arabes
de Palestine dans un Etat qui leur avait été attribué par
la même résolution de l’ONU de novembre 1947 et il est
temps de me plonger maintenant dans un passé que je ne
dirai pas vieux de cinquante cinq ans mais de plus d’un siècle
car j’ai toujours pensé que les Anglais nous avaient
fourré dans un drôle de pétrin en proclamant presque
simultanément la Déclaration Balfour
le 2 Novembre 1917 par laquelle le Cabinet Britannique, après
consultation avec des leaders sionistes,
admettait officiellement l’idée d’établir un home juif
en Palestine (Eretz Israël) et en envoyant le très cultivé
agent de L’Intelligence Service T.E. Lawrence, auprès
d’Hussein ibn Ali, Chérif de La Mecque et chef de la
grande famille des Hachémites, pour l’aider à soulever
les tribus arabes contre les Ottomans, entreprise dans
laquelle il fut aidé par les trois fils du Chérif, Ali,
Abdallah et surtout Fayçal, le futur roi d’Iraq. Comme
toujours, l’Angleterre jouait sur deux tableaux et
divisait pour mieux régner même si aucun membre du Cabinet
ne pouvait se rendre compte quand la seconde décision fut
prise que Lawrence irait bien au-delà des espérances de sa
patrie d’origine.
« La
Porte du Soleil » : Analyse de Jean Barbé
Lorsque
Lise m’a demandé si je pouvais lui livrer mes réflexions
sur le film « La Porte du Soleil », il ne
m’a pas paru d’emblée fondamental de m’intéresser
d’abord au contexte historique dans lequel se déroule
l’histoire mais bien plutôt à ce que, par delà, me
racontait l’auteur du film où il avait situé ses
personnages.
Mais
m’ayant fait parvenir ses propres commentaires, que
j’ai donc parcourus, Lise m’a incité à retracer
moi-aussi l’historique des événements sous-tendant
l’action du film et je me suis efforcé de le reprendre
en préambule, l’écrivant en ne me servant que des
articles et compte-rendus événementiels, factuels,
parus dans la presse entre 1929 et 1948… date où
commence l’action du film.
Non
pas que j’aie perçu quelques subjectivités dans le
propre rapport factuel de Lise mais parce que j’y ai
quand même ressenti une certaine
« passion », au sens le plus grave du
terme, celle qui imprègne forcément la forme et dont la
forme, dans une sorte de foisonnement, imprime forcément
le fond quand il s’agit d’évoquer des faits, fussent
des faits historiques… et donc parce que je ne voulais
pas en l’occurrence que ma perception et mon sentiment cèdent
la moindre parcelle, sur la réserve ou sous influence, à
une émotion parallèle et donc « conditionnante »,
au moment de parler de l’œuvre.
Voici
d’abord, brièvement et directement, cet historique que
j’ai pu rédiger sur des bases strictement informatives.
(pour l’essentiel, des articles parus dans le Figaro en
temps réel… merci pour cette stimulation de ma paresse
ordinaire qui dut s’employer à tourner et compulser
bien des pages).
-
A la fin du XIXe siècle, le sionisme qui s’était
longtemps exprimé sous la forme d’un courant mystique,
fut abordé dans la perspective d’une politique de
nationalité. C’est l’ouvrage de l’écrivain
hongrois Theodor Herzl,
« L’Etat juif », (1896) qui
consacre sa doctrine. L’an 1901 voit la création d’un
Fond National Juif pour le rachat de terres en Palestine
et les premières immigrations.
-
1917 : la guerre fait rage en Europe mais
aussi au Moyen Orient où jusqu’en décembre le général
Allenby mène la lutte de Bagdad à Jérusalem en passant
par l’Arabie et les lieux saints de l’Islam, entamant
ainsi sérieusement le prestige et le crédit du calife
« germanisé » de Constantinople… l’Angleterre
jouant alors la « carte arabe » contre la
Turquie et l’Empire Ottoman. C’est en cette année
1917 que la déclaration de Lord Balfour, notamment en
« échange » de la participation de la Légion
juive dans la guerre contre la Turquie, promet un « foyer
national » aux juifs de Palestine.
- Longtemps l’Angleterre (qui sous mandat
administre, entre autre, la Palestine) ménage à la fois
ses alliés que sont les pays arabes, « foncièrement »
hostiles au sionisme, et la communauté juive dont elle
facilite peu ou prou l’immigration… de 22 000 en 1922,
les juifs de Palestine sont 450 000 en 1936. Devant cette
conquête pacifique, les palestiniens arabes majoritaires
se soulèvent régulièrement et leur opposition à toute
immigration donne lieu entre les deux guerres à des
conflits sanglants… notamment à partir de 1928.
- un nième statut
rédigé par la Commission Royale en juillet 1937
entend alors créer en Palestine une zone arabe, une zone
juive, et un district sous mandat britannique, le projet
provoque une vive réaction tant de la communautés arabe
palestinienne hostile à cette partition que de la
communautés israélite qui se déclare prête
à combattre jusqu’à la mort pour que soit établi
un État juif sur les deux rives du Jourdain que ce soit
avec le consentement de l’Angleterre ou bien contre sa
volonté.
- En 1939, sous la pression des pays arabes -
toujours ses alliés - l’Angleterre rédige « le
livre blanc » (17 mai) qui limite l’immigration au
moment même où les persécutions antisémites
s’aggravent en Europe… cette mesure entraîne une
mutation du sionisme qui se tourne largement vers les États
Unis où il s’organise plus structurellement, et qui, en
Palestine, voit la conquête pacifique laisser la place au
terrorisme de l’organisation secrète IRGOUN ,
dirigée par des officiers de carrière d’Europe
centrale ; en mai ils brûlent les registres
d’immigration des Anglais, incendient les centraux téléphoniques,
attaquent les villages arabes, font sauter les vedettes
garde-côtes anglaises et organisent l’immigration
clandestine, s’organisent eux-mêmes en combattant
adoptant la devise : « la liberté ou la mort. »
- L’agitation reprendra de plus belle après la
seconde guerre mondiale. Les juifs exigent alors une
immigration massive et entendent faire du « foyer
juif » promis par Balfour un « État juif ».
L’immigration clandestine aidant, la population juive
compte en 1946, en Palestine, quelques 544 000 âmes. Deux
politiques apparemment irréconciliables se trouvent en présence :
celle du Haut Comité Arabe qui dénonce la partition et réclame
pour la pays l’indépendance immédiate avec, comme
corollaire, l’arrêt de l’immigration et un embargo
total et définitif sur les ventes de terres aux juifs.
Celle, d’autre part, proclamée par le sionisme qui
demande à l’Angleterre de s’en remettre à L’Agence
juive du contrôle de l’immigration, de refermer
« le livre blanc » pour mettre fin aux
restrictions sur la vente des terres, et de reconnaître
comme but final du mandat l’établissement d’un État
juif dès que la population juive (31% en 1946) se sera
acquis la majorité dans le pays… cette dernière
politique est soutenue par les filières d’immigration
clandestine et les organisations secrètes qui tentent
d’infléchir les britanniques par la terreur (suite
exponentielle d’attentats dont, le 22 juillet, celui qui
fit voler en miettes le « King David Hôtel,
provoquant la mort de Deux cents personnes » Les
tentatives anglaises (conférence de la Table ronde)
d’imposer des solutions échoua devant le refus des
partis, pour une fois d’accord, de vouloir y prendre
seulement part. D’un autre coté les US intervenant de
nouveau en insistant pour qu’une immigration
substantielle soit autorisée et dans le pays l’Irgoun
Zwai Leumi intensifiant ses actions terroriste, l’Angleterre
porta la question devant l’ONU.
- L’ONU vote le 29 novembre 1947, un plan partage
(largement inspiré par les États Unis favorables à
l’immigration) accepté par l’Agence juive mais rejeté
et contesté dans sa validité par les délégations des
pays arabes « parlant » pour les Palestiniens
qui, quant à eux, n’ont point la parole en cette
occurrence.
- Et voici l’année 1948… celle où débute
l’histoire de « la porte du soleil ».
L’Angleterre, qui avait mis en garde contre toute résolution
de l’Assemblée de l’ONU si celle-ci ne définissait
pas une ligne de conduite acceptable à la fois pas les
juifs et les arabes, envisage son retrait de Palestine ;
impuissante, elle assiste à la montée du terrorisme :
le 6 janvier 1948 l’Irgoun fait sauter le quartier général
du Grand Muphti (leader traditionnel des palestiniens)
faisant 500 morts, le 12 mars c’est l’Agence juive qui
explose faisant 8 victimes… devant la situation, sans
plus de sentiment que ça, les anglais décident l’évacuation
totale de leur troupes au 15 mai…sans attendre les 40
000 hommes de la Haganah et l’Irgoun s’emparent du
port d’Haifa (23 avril), attaquent Jaffa et Saint Jean
d’Acre (27 avril) où les stoppent cependant les forces
anglaises. Seule La légion arabe du roi Abdullah de
Transjordanie (équipé de blindés par les Anglais et
dirigée par un britannique, Glubb Pacha) eut été
susceptible alors de s’opposer aux combattants juifs ;
mais les anglais, tout comme les puissances arabes
voisines, se méfiant aussi de l’expansionnisme
jordanien, limitent l’engagement de cette Légion.
- Le 14 mai rien ne s’oppose vraiment à ce que
M. Ben Gourion proclame solennellement l’État d’Israël.
Le 15 les dernières troupes anglaises quittent la
Palestine et les pays arabes attaquent aussitôt
(syro-libanais au nord, Légion arabe à l’est, Égyptiens
au sud). Le médiateur de l’ONU, le comte Bernadotte,
obtient une trève en juin mais les combats reprennent dès
le 4 juillet… ce médiateur sera assassiné le 17
septembre à Jérusalem par des extrémistes juifs.
- Depuis, les combats se poursuivent…
Nous
sommes donc en 1948… et commence l’histoire de Younès
et Nahila.
La
première chose que l’on doit souligner dans cette réalisation
c’est que, pour une fois dans cette plaie toujours
ouverte du Moyen-orient, elle prend ce parti, non pas de
nous parler encore de la Palestine mais des gens qui y
vivaient alors : les Palestiniens. Leur donnant ainsi
immédiatement, leur rendant peut-être, cette
reconnaissance et ce droit d’être aussi un peuple que
tous les intervenants historiques, directement -
Angleterre, Pays Arabes, Israël - ou indirectement –
Etats Unis, ONU- leur ont depuis si longtemps « chipotés »,
pour le moins conditionnés, souvent reniés.
1948…
la Palestine brûle donc plus que jamais elle ne brûla…
le coup de main et le terrorisme sont devenus une « guerre »
… les terroristes d’Irgoun comme les combattants de la
Haganah deviennent
le noyau de Tsahal et
affrontent les pays arabes qui ont attaqué dès la
proclamation de l’État Hébreux ; entre eux les
« Palestiniens » : fedayins armés
pendant l’occupation anglaise et surtout, dans sa grande
majorité, des paysans chassés de cette Galilée où ils
vivaient et que l’ONU décida d’attribuer l’année
précédente, non pas au « jeune État hébreux »,
qui n’existait pas encore, mais aux représentants de
l’Agence Juive.
L’histoire
débute donc pendant cette première guerre israélo-arabe
qui dit son nom… cette guerre là tout particulièrement
peut-elle être définie comme autre chose qu’une guerre
de « conquêtes » ?… conquêtes
territoriales où les protagonistes entendent, les uns
comme les autres, planter leur drapeau, prendre
possession… des possessions… rafler les terres
qu’ils convoitent et les annexer.
On
peut bien en effet reprocher au réalisateur une vision
toute partisane, de parti pris, de ce conflit … vision où
ses yeux et son cœur ne regardent ni ne bat que parmi les
Palestiniens qu’il veut suivre dans cette guerre qui les
déplace … nous pourrions bien lui reprocher cette
vision où, comme le souligne Lise, les allusions sont
souvent lourdes, parfois indigestes… il demeure pourtant
que rien ne ressemble plus à une guerre que la guerre, et
singulièrement une guerre de conquête… et quelle que
soit l’armée qui la conduit, fût-elle celle d’un des
peuples les plus éprouvés, elle comporte, sans qu’il
soit besoin de les relativiser a priori, son lot
d’ignominies et d’exactions, d’irrespect total,
d’iniquités, de négations même, à l’égard du
peuple dont elle est en train de conquérir l’espace
…et d’ailleurs, comme le souligne également Lise, les
antécédents des sbires de l’Irgoun par exemple (sac et
massacres de Deir Yassine), nous suffisent pour n’avoir
point besoin de relativiser impérieusement les saloperies
dont sont capables les hommes, tous les hommes et d’où
qu’ils viennent, de ma propre rue comme d’une autre
avenue, quand ils ont pris les manières d’une armée en
campagne… l’uniforme et sa couleur n’y changeant
rien, au contraire.
C’est
à travers cette guerre que Yousri Nasrallah nous parle,
dans la première partie du film, de la destinée de Younès,
le fedayin, et de celle de Nahila, la femme
palestinienne… l’histoire d’êtres voués au déplacement,
condamnés à n’être désormais plus que d’éternels
réfugiés et quelque part la mauvaise conscience, le
reproche toujours vivant,
tant de ceux qui les ont chassés que de ceux qui
doivent les accueillir pour n’avoir pas pu empêcher
qu’on ne les chasse…étrangers partout y compris sur
la terre où hier ils gardaient leur brebis, où mûrissaient
les olives sur les arbres que leurs aïeux avaient plantés
quatre générations avant eux… cette terre qu’ils
n’ont pas su défendre parce qu’ils ne la sentirent
indispensable sous leurs pieds qu’à partir du jour où
il leur fut interdit de la fouler. Tout comme d’ailleurs
Younès ne se mit à aimer vraiment Nahila - que la
tradition séculaire et « naturelle » lui
avait donnée pour femme alors qu’elle n’avait que 12
ans - qu’une fois séparée d’elle et ne put l’aimer
réellement, passionnément, que dans la clandestinité de
cette grotte de Bab-el-Chams, unique réduit libre, libéré
par leur amour, de leur Palestine : « La Porte
du Soleil », leur
porte vers leur soleil, où ils parviendront à vivre
intensément leur histoire d’amour et à y concevoir
leurs sept enfants. Cette « romance » toujours
en parallèle ou filigrane est aussi l’histoire de
ceux-là qui ont perdu leurs repères qu’ils
connaissaient sans les avoir appris et qui n’ont de
cesse que de vouloir consigner le peu qui leur en reste et
qui risque de leur échapper. ( Ici je crois en effet,
comme Lise le rapporte, que les femmes si elles ne sont
pas présentées comme les héros magistraux du film en
sont pourtant les pierres angulaires sur lesquelles se bâtit
aussi le roman).
Mais
qu’importe alors si les
Palestiniens ne prirent vraiment conscience que la
Palestine était
leur patrie qu’au moment où ils la perdaient et
qu’importe s’ils
l’ont perdue de n’avoir su la défendre, il
demeure que c’est à partir de ce moment-là, au moment
où il était dispersé dans une diaspora, que les
palestiniens prirent conscience de la réalité de leur
peuple . En poussant un peu le bouchon de la provocation
je pourrais bien m’aventurer à dire que c’est à ce
moment-là qu’ils seraient à même de reprendre et
entendre en eux-mêmes les résonances de la formule : « demain, à Jérusalem ».
C’est
bien cette histoire tragique d’un peuple qui nous est
rapportée dans cette œuvre pleine d’un lyrisme à
l’accent oriental… ce peuple qui venait de naître et
s’accrochait à la vie, donnait la vie, alors même que
l’Histoire semblait vouloir mettre un terme à son
existence.
La
seconde partie du film c’est l’histoire de Khalil,
l’ami de Younès et son émule, qui nous propose la
« suite » de l’histoire des Palestiniens
jusqu’à nos jours en répondant quelque part à la
première… la forme y est fondamentalement différente,
plus « carrée » et moderne dans le style et
le ton, et nous
présente une autre période de la lutte (guerre du Liban,
accords d’Oslo, expulsion de Beyrouth). La vision n’en
est plus épique ni lyrique mais franchement critique vis
à vis de l’histoire elle-même…
les héritiers de Younès lui demandent aussi des
comptes, refusant
autant d’être les victimes de la tragédie que de n’être
considérer à leur heure que comme des héros symboliques
d’une sempiternelle histoire.
In
fine l’épilogue rejoint le parti pris du prologue :
« La Porte du Soleil » n’est pas
l’histoire de la Palestine mais bien plus sûrement
celle du peuple Palestinien et de la réalité,
l’incontournable réalité, de son existence… cette réalité
qu’il faudra bien reconnaître un jour…aujourd’hui,
demain, puisqu’on ne l’a pas fait hier… puisque,
tous protagonistes confondus : juifs, pays arabes,
ONU etc… personne n’a jamais vraiment voulu le faire
ou se donner les moyens de se permettre de le vouloir.
NON,
NON, NON… trois fois non ! J’ai beau le tourner
dans tous les sens de mon entendement je ne peux voir en
ce film ce raccourci très raccourci que Lise nous en
donne en y dénonçant « un encouragement de plus,
une excitation de la haine des Palestiniens » …
comme s’ils avaient besoin de ça ! Mais ce ne peut
être qu’un raccourci puisque Lise nous précise en
toute honnêteté qu’elle n’a voulu, pu, voir que le début
de la première partie… c’est peu, très peu, bien
trop peu pour en tirer cette péremptoire conclusion qui,
pour le coup, dépasse la « passion » par la
bande pour atteindre, sans doute à corps défendant, la
parfaite subjectivité d’un regard qui resta absent sur
l’œuvre en question.
Rien
dans ce film, pas même en y réfléchissant le début de
cette première partie, a fortiori toute la seconde partie
s’inscrivant en contrepoint de la première, ne me
permet de voir cette « manigance » ou cette
volonté « d’huile sur le feu » de la part
du réalisateur… au contraire.
Il
me semble bien que Youri Nasrallah ne ménage pas vraiment
ses héros… loin de les draper dans l’idéal, très
loin de les « ché-guevariser », il n’a de
cesse de mettre en exergue et en relief leurs défaillances,
leurs insuffisances et leurs contradictions… et
d’abord met-il face à ces contradictions et défaillances,
les Palestiniens eux-mêmes.
Quant
au film en tant que tel…
Très
vite on se doute bien que pour ce téléfilm égypto-français,
Youri Narsrallah n’a pas dû avoir les « moyens »
d’une production ordinaire de la Warner. Il parvient
quand même, avec ceux qu’il avait, à rendre vite
incontournables les événements et l’ambiance de cette
fresque plutôt dense tirée du roman d’Elias Koury.
Dans la première partie, à la manière des contes de
l’Orient, c’est l’appel à la mémoire qui tisse de
flash-back les mille et une nuits, mille et un jour,
qui font l’histoire de Younès, Nahila et tous
ceux qui les entourent et les croisent. Épopée déroulée
dans un style lyrique où la tragédie et son train de
violences n’oublie jamais la poésie comme dans cette
belle scène du mariage du si jeune Younès avec
l’encore plus jeune Nahila ou bien dans celles qui les réunissent
plus tard dans leur grotte encensée et dans un érotisme
toujours plus puissant par sa pudeur que par ses étalages :
scènes d’amour et d’intimité que l’on partage dans
le clair-obscur de la grotte dont on ne doute jamais
qu’il doit y flotter des parfums de miel et de jasmin,
l’odeur des raisins et de l’olive de Galilée… de la
Palestine.
La
caméra est parfois un peu lourde… l’accessoiriste et
l’éclairagiste semblent avoir fait tout ce qu’ils
pouvaient… bref, techniquement, nous sommes assez loin
de la perfection des réalisations à gros budget mais le
mérite n’en est pas moins grand de savoir nous faire
rapidement tomber sous le charme et l’emprise et
concentrer notre attention et notre intérêt, notre réflexion
aussi, sur l’histoire, et l’Histoire au delà, au fur
et à mesure qu’elle se déroule.
La
seconde partie, comme je l’ai dit, prend un parti-pris
formel tout à fait différent. Khalil en est alors le
personnage central, fil conducteur du récit. Le style y
abandonne le lyrisme pour un réalisme patent ; la
caméra prend un ton contemporain, frôle par instant le
document, s’attardant davantage sur les personnages
bringuebalés dans les camps de réfugiés du Liban que
sur les collines restées vertes mais perdues de
Palestine. C’est pourtant cette rupture de ton qui lie
les deux époques, la deuxième en contrepoint de la première,
sans pour autant mettre un terme à l’histoire,
présentant le bilan humain mais en se gardant de
tout esprit militant, dogmatique, et gardant ainsi toute
sa crédibilité.
Il
faudrait aussi reprendre les dialogues tant sous leur
apparente spontanéité ils renferment pourtant de mots
essentiels, tant chaque phrase en est souvent pleine… où
le moindre dialogue, la moindre métaphore, semble
rejoindre une parabole, où chaque parabole rejoint une évidence…
on regrettera pourtant que la version française laisse
comme un manque, cette fiction fait partie de celles dont
je me dis, dont je ressens confusément - alors même que
je ne parle pas un mot d’arabe - que j’ai dû sans
doute perdre quelque chose par rapport à une version V.O.
… (exactement comme si je voyais « Adieu ma
concubine » avec des acteurs ne parlant pas le
chinois [que je ne comprends pas davantage que
l’arabe]). Le jeu des acteurs en est-il altéré ?
Sans doute… mais dans l’ensemble il règne par sa
sobriété. Sans emphase ni jamais forcer le trait les
personnages sont toujours à leur place au moment où ils
doivent l’être… hormis celui de Rim Turki (la fille
d’Elodia) j’ai oublié les noms, peu familiers, des
principaux comédiens mais on garde l’empreinte de leur
rôle, c’est un signe…
Younès
est le « héros » raconté… mais aussi bien
ce statut lui semble-t-il dévolu par sa destinée que par
son propre tempérament : le comédien qui
l’incarne reste parfaitement dans cette nuance sans
jamais cesser d’être un Homme avant d’être le
combattant, combattant qui n’ai jamais sans peur ni sans
reproche. Khalil est son compagnon d’armes, celui qui le
raconte et qui quant à lui ne doute pas un instant ce que
ces qualités héroïques dont on le voudrait aussi héritier
comportent d’illusions et peut-être d’usurpations
(tout comme cette qualité de médecin dont on l’a
gratifié généreusement et abusivement). Personnage
toujours en proie aux doutes et aux ressentiments que
l’acteur, aux traits sans âge, sait nous livrer sans
faille dans toute sa complexité.
Enfin
et comme Lise le rapporte, je crois en effet et
contrairement aux premières apparences que les femmes
tiennent les rôles clefs… parmi elles Nahila , l’héroïne
de la première partie : Rim Turki campe avec
justesse cette femme qui refusera le destin qui lui
semblait tracé, oscillant sans cesse de l’épouse
traditionnelle avec tout ce que cela comporte à celle de
la femme refusant la soumission, soucieuse de l’avenir
et d’apprendre à lire, toute en résistance dans son
quotidien et déjà garante et porteuse de celle qu’elle
entend transmettre à son peuple comme elle y encourage à
force d’amour, avec un grand A, et de volonté son
combattant de mari.
Dans
la seconde partie, Chams
- l’amour de Khalil comme Nahila est celui de Younès -
est quelque part le prolongement possible, en toute
modernité, de Nahila… en rupture cette fois avec la
tradition dont elle s’est libérée : elle a adopté
le blue-jean et franchi le pas dans un engagement total,
sentimental, amoureux, mais aussi violent et vindicatif :
personnage fort et fortement incarné suscitant
l’opposition jusque chez les siens qui lui réserveront
une fin tragique. Et puis sur les deux époques nous
retrouvons Om, la mère adoptive de Khalil. Autre
personnage important, à la fois égérie et conscience de
Khalil, qui assure la jonction et la continuité
historique des deux parties : lucide et objective, déterminée
aussi, non pas seulement femme de son temps mais de tous
les temps. Le rôle est magnifiquement interprété. Enfin
il y a cette actrice occidentale incarnée par Béatrice
Dale, venue « sur place » pour s’imbiber
d’une ambiance en vue d’un prochain rôle…
personnage moins anecdotique qu’il pourrait d’abord
semblé et qui porte le regard « des autres »,
étrangers, sur les déchirures palestiniennes. Béatrice
Dale trouve-là un rôle à la mesure de sa sensibilité
et d’une certaine intelligence que, je crois, d’autres
réalisateurs ont sans doute oblitérées en d’autres
occasions. Au total une œuvre foisonnante et riche qui
n’entend en rien répondre à des questions mais dont on
ne sort pas indemne en ce qu’elle nous oblige à nous
les reposer, peut-être différemment, au cas où nous les
aurions oubliés ou renoncé à le faire.
J’ai
fait ces quelques remarques (ci-dessous en italiques)
à Jean après avoir lu son texte très enrichissant et
sans doute plus objectif que le mien qui, malgré toute ma
bonne volonté, reste toujours marqué par mon
appartenance au judaïsme. Je voudrais toutefois rappeler
une fois de plus à mon « challenger » et à
nos lecteurs potentiels et parce que les faits comme le
roman d’Elias Khoury remontent à la même année que le
14 mai 1948, sir Alan Cunningham, le septième et dernier
haut commissaire britannique en Palestine, s’est embarqué
à Haïfa pour la Grande-Bretagne. Le jour même, l’Etat
d’Israël a déclaré son indépendance. L’Etat arabe,
prévu lui aussi par l’ONU, ne vit pas le jour parce que
le
15 mai, au matin, les armées de Transjordanie, d’Egypte
et de Syrie, aidées de contingents libanais et irakiens,
entraient en Palestine.
Les
réponses de Jean à mes remarques sont en bleu.
Mes remarques à ses réponses sont en bleu
et en italiques.
-
Tu écris après
« Nous sommes donc en 1948... et commence
l’histoire de Younès et Nahila » « ...
elle prend le parti, non pas de nous parler de la
Palestine mais des gens qui y vivaient alors: les
Palestiniens. » Si
je n’emploie jamais cette expression, c’est qu’en
1948 vivaient en Galilée devenue l’Etat d’Israël par
les résolutions de l’ONU de novembre 1947 des Arabes.
Ils sont devenus Palestiniens dans les camps du
Liban et de Jordanie où ils n’ont jamais été intégrés
parmi la population alors qu’ils auraient dû en être
les citoyens d’après les mêmes résolutions de l’ONU.
-
« 1948... « La Palestine brûle donc plus que
jamais elle ne brûla. » Une
fois encore, l’histoire que raconte Khalil à Younès ne
se déroule pas en Palestine mais en Galilée, territoire
devenu l’Etat d'Israël après les résolutions de l’ONU
de 1947.
Quand
je parle de patrie cette notion n’implique pas pour moi,
comme d’ailleurs ne l’implique pas (ou pas seulement,
loin s’en faut) sa définition en général admise,
l’idée d’Etat. Hors si je ne me trompe et en crois
mes excellentes références…la Palestine existe depuis
des lustres et sa définition est toujours la même que ce
soit chez Larousse : « …région du
Proche-Orient, entre le Liban au nord, la mer Morte au
sud, la Méditerranée à l’ouest et le désert de Syrie
à l’est » ou même dans mon encyclopédie Moore,
la Bible de l’Histoire : « région du
Proche-Orient s’étendant le long de la Méditerranée,
bordée au nord par le Liban, à l’est par le désert de
Syrie, au SO par le désert du Sinaï. Le nom de Palestine
(pays des Philistins) s’appliqua d’abord à la seule
zone côtière puis fut étendu par les Grecs et les
Romains à tout le pays occupé par
les Juifs dans les derniers siècles avant notre ère.
La Palestine est aujourd’hui partagée entre la Jordanie
et Israël. » Ainsi la Galilée est-elle toujours,
depuis toujours, une province du nord de la Palestine…
et il est bien sûr que l’histoire qui se déroule en
Galilée se déroule donc obligatoirement en Palestine
historique et géographique… tout comme une légende du
pays Bigouden ou du pays Vannetais est aussi une légende
bretonne… et comme par extension, un Vannetais est
encore breton du côté de Quimper ou de Montparnasse !
Je
viens d’ailleurs de reconsulter (grâce à toi)
l’histoire passionnante de cette Palestine depuis la préhistoire
(- 40 000 et Néanderthal) jusqu’à la domination
romaine : « seule voie de passage de l’Asie
Mineure et de la Mésopotamie vers l’Egypte, la
Palestine fut une des premières régions peuplées par
l’homme et son histoire biblique, à laquelle
l’expansion du judéo-christianisme a donné une
importance capitale, n’apparaît cependant que comme un
épisode passager si on la replace dans les perspectives
d’ensemble du passé palestinien… » (Michel
Moore.)
Item,
lorsque je parle des Palestiniens, je serais bien en peine
de parler de ressortissants, de citoyens, d’une entité
politique en l’occurrence… Je parle, comme je crois en
parle l’auteur du film, des gens qui peuplent et/ou
peuplaient la région Palestine. Dire qu’ils sont
« devenus » Palestiniens dans les camps de réfugiés
est leur faire une insulte, un déni d’existence, que je
ne peux accepter… par contre qu’ils s’y soient
retrouvés et s’y soient reconnus c’est sans doute et
c’est d’ailleurs bien ce que j’essayais de dire dans
mon truc sur le film. Mais aussi bien aujourd’hui je
pourrais considérer les Israéliens comme des
Palestiniens à part entière puisqu’ils habitent une
partie de la Palestine… et que ma conviction de « terrien »
me fait reconnaître à mes semblables le droit du sol.
-
J’accepte bien sûr toutes tes remarques géographiques
et historiques. Je crois que tu te méprends sur le caractère
insultant de mes propos : J’ai voulu simplement
dire que l’identité palestinienne est née dans les
camps. Je ne suis pas l’inventeur de cette formule, je
te l’assure. Je répète encore une fois que, petite
fille, on me parlait des Arabes et des Juifs de Palestine,
jamais des Palestiniens. Je m’aperçois une fois de plus
que pas une seule fois dans ce déploiement d’Histoire
ancienne et moderne, tu ne fais référence à 1947, à
croire que rien ne s’est passé cette année-là…
-
De l’année 1947 ? Je croyais l’avoir évoquée
du moins pour sa date essentielle du 27 novembre…
mais reparlons-en !
Voici
ce que signait Roger Massip dans un article du Figaro le
29 avril de cette année-là :
« …
l’imbroglio palestinien est depuis hier posé devant
l’Organisation des Nations Unies, réunie, pour la
circonstance, en séance extraordinaire
… [ici le journaliste rapporte les éléments
historiques essentiels pour saisir toute l’importance de
la partie qui vient de s’engager à Flushing-Meadows…
je n’y reviens pas]…
Il
semble que les Arabes vont s’efforcer de déplacer le
problème, ou, comme on dit, d’élever le débat. Il y a
une dizaine de jours, le Conseil politique de la Ligue
arabe, réuni à Damas, a décidé, en effet, de
s’opposer à la désignation d’une commission d’enquête,
procédure normale prévue par la Charte de l’ONU. Aux
yeux des chefs de le Ligue arabe la question n’est pas
de décider si la Palestine peut encore recevoir des
immigrants, mais bien de trancher la question de savoir si
l’on peut exproprier les Arabes d’un territoire
qu’ils habitent depuis plus de dix siècles. La Ligue
entend, enfin, demander l’abrogation du mandat
britannique et la reconnaissance de la Palestine comme
Etat arabe indépendant.
Bien
des accommodements sont possibles et l’on assure, par
exemple, que les Etats arabes ne seraient pas hostiles à
une enquête menée par les neutres. Il n’en reste pas
moins que la Grande-Bretagne –prise entre son souci de
ne point déplaire aux Arabes, souci auquel elle a déjà
beaucoup concédé, ainsi que le démontre la fureur
antibritannique des terroristes de l’Irgoun, et
l’embarras où l’a placée jusqu’à présent la
pression américaine en faveur des Juifs – va devoir
jouer une partie difficile, une partie dont l’enjeu est,
en définitive, le monde arabe dont la géographie a fait
le carrefour des voies de communications de l’Europe »….
Automne
1947… ! la saison du « partage »…
Comme
l’explique Mourre : « dans le contexte créé
par les massacres hitlériens, le gouvernement de Londres
se sentit incapable de prendre contre la communauté juive
les mesures nécessaires pour mettre fin au terrorisme et
finit par abandonner la question palestinienne à la compétence
de l’ONU . Celle-ci vota le 27 novembre un plan partage
qui divisait la Palestine en trois : un Etat juif, un
Etat arabe, et une zone internationale (Jérusalem). »
Accueilli
favorablement par les Juifs ce partage fut repoussé par
les Arabes… pourquoi ?
Tout
d’abord parce qu’ils l’avaient exclu depuis le début
sur le fond et parce qu’ensuite, sur la forme retenue,
il leur était encore plus difficile, voire intolérable,
d’y souscrire.
En
effet, quel était ce « partage » ? alors
même que les propriétés juives (achats de terres
notamment) ne représentaient que 8% de l’ensemble du
territoire palestinien, c’est plus de la moitié de ce
territoire que l’ONU attribuait au futur Etat d’Israël,
lui offrant 14 100 km2 formés des meilleures terres pour
une population de 963 000 habitants dont seulement 500 000
Juifs et ne
concédant que 11 500 km2 de terres « moins fertiles »
à l’Etat arabe pour une population de 814 000 habitants
dont 10 000 Juifs. …
Difficile,
on peut le comprendre, de souscrire à cette mathématique
Onusienne pour les descendants de Al-Khawarismi, le père
de l’algèbre.
1947…
fort de cette résolution controversée, dès novembre 47
et jusqu’à la fin du mandat britannique (14 mai 48),
sans vraiment soulever
de protestation énergique de la communauté
internationale, le déchaînement du terrorisme juif
(notamment massacres de Der Yassine et de Nasir ed-Der)
contraignit illico à la fuite plus de 300 000 Arabes
habitant sur le territoire devant être attribué à Israël…
(«
… dès lors le drame des réfugiés palestiniens
commençait pour demeurer la pierre d’achoppement contre
laquelle se briseront toutes les tentatives ultérieures
d’établissement d’une paix durable. »
M. Mourre)
En
outre encore, découlant toujours directement de cette résolution
de novembre 1947, la première guerre de 48/49 (dès le 15
mai 48) permit
aux israéliens d’occuper un territoire encore plus étendu
que celui accordé par l’ONU : le nombre de réfugiés
passant de fait à
700 000…
… il passera à plus de 1 500 000 après le
conflit de 1967 au rythme des nouvelles occupations et
nouvelles expulsions….
Et
en 1970 Israël refusait toujours d’envisager le moindre
retour des Palestiniens sur leur terre d’origine car ce
retour altérait non seulement le caractère
essentiellement juif que veut garder cet Etat mais encore
ses bases économiques et surtout son équilibre démographique
(puisque en 1969 les
Arabes représentaient 1/3 environ de la population
totales des territoires israéliens ou occupés par Israël)..
ici pour faire encore référence aux résolutions
Onusiennes nous pourrions préciser que c’est cette
politique d’Israël qui amena la docte assemblée à
condamner, en novembre 1975 , le sionisme comme une forme
de racisme…. Condamnation ! oui… bien… mais après….
Quid en 2004 ?
De
1947, parlons-en encore ! maintenant…
A
mon humble avis, qui ne vaut que par ce que me précise ma
conscience, je crois que nous n’en finissons donc pas de
« constater » en toute impuissance, les effets
d’une résolution (braquant les parties et inique, au
moins sur la forme, avouons-le)
prise par la communauté internationale dans
l’urgence suscitée par la douleur et l’effroi qui lui
étaient tombés dessus en découvrant l’ampleur du désastre
humain de la Shoah… je crois que nous n’en finissons
pas de constater les effets de son irrésolution depuis…
Je
crois que c’est notamment
cette résolution de l’ONU
(- qui ne pouvait et ne sut rien résoudre -) et surtout
son irrésolution depuis, qui autorisent
aujourd’hui, par exemple, des Palestiniens de 16 ans à
exprimer leur désespérance dans des actions kamikazes
aveugles et encore plus désespérantes….. qui
autorisent aussi à ce jour, par exemple, un Sharon à
lancer, contre vents et marées au nez des Hommes de bien
et de paix, sa
politique extrême et désespérante faite de « murs »,
de flics et de tanks, d’apartheid et d’expansion…
qui, accessoirement et toujours par exemple,
autorisèrent hier les assassins de Yitzhak Rabin à
passer à l’acte pour détruire les lueurs d’espérance…
ne s’étaient-ils pas crus autorisés avant-hier, dix
mois à peine après la résolution de 1947, à assassiner
le Comte Bernadotte : le « médiateur »
de l’ONU … c’est à dire l’ONU en
personne et ses espérances ?
Mais
comment après plus d’un demi-siècle de désespoirs
engendrés, multipliés, accumulé… sans jamais
entrouvrir une autre croisée vers un autre possible, une
autre espérance sans laquelle il n’y a pas
d’hommes… comment demain… comment
pourrons-nous encore espérer ?
C’est
la question que je me serais posé en novembre 1947.
-
Je t’approuve (avec toujours les mêmes réserves
parce qu’on se trompe volontairement de pays) quand
tu écris :
« Les
Palestiniens ne prirent conscience que la Palestine était
leur patrie qu'au moment où ils la perdaient. »
Mes
réserves viennent du fait qu’ils auraient dû se
battre contre les Jordaniens pour obtenir le droit
d’être les citoyens de leur nouvelle patrie. Je
ne t’approuve plus quand tu dis :
« et qu’importe s’ils
l'ont perdue de n’avoir pas su la défendre. »
Une
fois encore, ils devaient défendre l’ancienne
Cisjordanie devenue la Palestine suite aux résolutions
de l’ONU, ils devaient défendre leur patrie là où
elle se trouvait. Ils ne se sont battus ni contre les
Turcs, ni contre les Anglais et ont accepté de vivre
durant des centaines d'années dans des territoires
occupés. Ils n'ont commencé à se défendre qu’à
l’arrivée des Sionistes (et encore pas toujours
mais à quelques dates précises.)
Même
remarque : C’est sans doute encore parce que nous
n’entendons pas d’un même sens le terme « patrie »
qui, encore une fois, recoupe bien d’autres sentiments
d’appartenance qu’un sentiment « politique »
(national ou étatique) comme tu le laisses entendre.
Pour paraphraser Danton, je dirai que c’est cette
chose qu’on n’emporte pas à la semelle de ses
souliers pas plus qu’on ne la délimite par lois et décrets…
On décide difficilement de la « nouvelle patrie »
de l’autre… la patrie c’est aussi ce qui sent
« la terre ! »
-
Je ne t’approuve plus quand tu dis : « et
qu’importe s’ils
l’ont perdue de n’avoir pas su la défendre. » Une
fois encore, ils devaient défendre l’ancienne
Cisjordanie devenue la Palestine suite aux résolutions
de l’ONU, ils devaient défendre leur patrie là où
elle se trouvait. Ils ne se sont battus ni contre les
Turcs, ni contre les Anglais et ont accepté de vivre
durant des centaines d’années dans des
territoires occupés. Ils n’ont commencé à se défendre
qu’à l’arrivée des Sionistes (et encore pas
toujours mais à quelques dates précises.)
-
J’aurais donc pu aussi bien écrire « de
n’avoir pas su défendre la Galilée, partie de la
Palestine »... je ne crois pas que n’importe
quelle résolution de l'ONU puisse définir
l’appartenance à une patrie... ni réduire les
limites de cette patrie à l'une de ses provinces en
l’amputant d'une autre... Par contre, ces Galiléens
(sous-ordre donc des palestiniens), contrairement à ce
que tu dis-là se sont en leur temps opposés à
l’anglais... ce sont même les premiers fedayins !
C’est vrai un peu plus vigoureusement au fur et à
mesure que l’intrigue et la stratégie politiques ménageant
la chèvre et le chou, juifs et arabes, des rosbifs leur
étaient plus défavorables.
C’est
juste qu’ils n’ont pas défendu davantage cette
ultime partie de Palestine en Cisjordanie quand la
Jordanie l’annexa... Il faut dire aussi et pour être
juste parfaitement qu’ils ne furent alors pas aussi
proprement expulsés de ce reliquat de Palestine
qu’ils ne l’ont été l’année précédente de la
province palestinienne de Galilée.
Ils
auraient sans doute dû défendre les deux... mais
justement ------> la porte du soleil !