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Des problèmes de santé m’ont
retenue à Paris depuis le mois de juillet et je me suis posée des
questions « brûlantes » qui ont peu de rapport avec ces
Jeux que la Télévision a exploité sans retenue, les gens qui ne
sont pas des passionnés de tous les sports terrestres ayant
toujours la possibilité de se rabattre sur des films ou des séries
cent fois, mille fois retransmises. Une des premières questions met
en cause la Chine Populaire. Il est évident que ses athlètes sont
revenus dans leur pays avec un nombre de médailles qui sont tout à
leur honneur et la récompense de leur travail mais dirai-je
qu’ils sont des privilégiés et que cet ouragan de fleurs cache
peut-être une épine mortelle. On a en effet découvert pour la
première fois dans l’immense Etat le virus de la grippe aviaire
chez des porcs. Ce virus a ainsi pu se transmettre d’un gallinacé
à un porcin. Comme on sait pertinemment que le porc peut
transmettre ses virus à l’homme, celui du ténia en particulier,
comme on sait d’autre part que l’homme peut transmettre la
grippe au porc, l’humanité se trouve devant un nouveau dilemme
auquel furent confrontés les peuples sémites il y plusieurs millénaires :
doit-on manger la chair d’un animal qui est un agent réceptif du
côté des animaux et du côté des humains ? Je suis bien loin
des Jeux Olympiques et de l’atmosphère conviviale qui semblait de
mise durant quinze jours quand je redescends sur notre planète
dangereuse.
Et
puis, les Jeux ont aussi gommé les évènements d’Iraq. Le
grand ayatollah Ali Sistani, chef des chiites iraqiens, qui est
rentré de Londres où il se faisait traiter pour des problèmes
cardiaques, a décidé de poursuivre sa route vers Nadjaf malgré
les tirs au mortier contre une mosquée de la ville voisine de Koufa.
Ali Sistani a demandé aux chiites de l’escorter à Nadjaf afin
que, tous ensemble, ils préservent le tombeau d’Ali. Ce retour était-il
un gage d’espoir ou la perspective d’une accentuation des
combats et du pilonnage de la ville sainte ?
Le
25 août, les Français ont fêté le soixantième
anniversaire de la Libération de Paris. Je venais d’avoir vingt
et un ans à l’époque et j’étais encore à Londres, n’ayant
pas participé au débarquement. J’ai raconté ailleurs mon
premier grand voyage et mon retour dans ce pays que je n’avais pas
revu depuis mon évasion de France. A quatre vingt un ans, je me
suis souvenue mais je n’ai pas eu envie de danser et de chanter
comme l’ont fait les jeunes d’aujourd’hui. Je suis un « vétéran »
et j’ai pu constater chaque jour que les hommes n’ont pas appris
leur leçon : Ils ont continué à s’entretuer comme naguère,
sans arrêt pratiquement depuis la Seconde Guerre Mondiale.
Mais
j’en reviens aux tristes évènements du mois d’août :
Suite au départ de Moktada Sadr, des dizaines de milliers de pèlerins
chiites iraqiens ont convergé depuis son évacuation vers le
sanctuaire de l’imam Ali à Nadjaf où certains insurgés ont
commencé à restituer leurs armes après la conclusion d’un
accord de paix signé quelques heures plus tôt et stipulant que si
les miliciens chiites abandonnaient leurs armes, les forces américaines
se retireraient de la ville. Nadjaf est appelé à devenir une zone
démilitarisée et le gouvernement versera ( ?) des
indemnisations aux victimes des combats… Bon nombre de pèlerins,
partisans du grand ayatollah chiite « relativement » modéré
Ali Sistani qui a obtenu cet accord de paix, ont été envahis par
l’émotion au pied de la mosquée d’Ali, embrassant le mur
d’enceinte et les châsses en pleurant - comme je les ai vu faire
il y a bien des années à la Grand Mosquée de Shiraz où j’étais
entrée en tchador et ma caméra cachée derrière le voile - avant
que les insurgés ne les laissent entrer à l’intérieur du
complexe. Un point de collecte d’armes a été mis sur pied à
proximité du sanctuaire après l’ordre donné par l’imam
radical Moktada Sadr, chef des insurgés, à ses hommes pour
qu’ils restituent leur arsenal. Des dizaines de miliciens chiites
troquaient leur tenue militaire noire contre des vêtements civils.
On ignorait cependant si Sadr donnait pour instruction à ses
miliciens de l’Armée du Mehdi (Messie) de quitter pour de bon la
mosquée, conformément à ce que prévoyait l’accord. Nous avons
vu aux informations que les combats se sont poursuivis entre les
forces iraqiennes et les Américains d’une part, les miliciens
chiites d’autre part et qu’il y a eu de nombreux morts et encore
plus de blessés.
S’il
n’y avait que l’Iraq mais à la prise d’otages de deux
journalistes français dont je reparlerai plus bas est venue se
greffer l’histoire terrible survenue en Ossétie du Nord. Avant de
l’aborder, j’aimerais rappeler ce que j’écrivais en octobre
2002 lors de la prise d’otages dans un théâtre de Moscou par un
groupe de « terroristes »
tchétchènes : Je me suis trop souvent émue de la
situation en Tchétchénie pour me poser cette question au lendemain
de la prise d’otages dans un théâtre de Moscou par des « autonomistes
» tchétchènes : « La fin justifie-t-elle les moyens ? » Il y a
cependant une chose dont je suis persuadée et que j'ai répétée
à maintes reprises : la Russie, en refusant de respecter l’indépendance
de communautés musulmanes pour des raisons diverses dont une des
plus importante est en relation directe avec la production et le
transport de l'or noir, a radicalisé la tradition religieuse de ces
communautés : On a pu constater les effets désastreux de cette
attitude en Afghanistan. Il semble qu'elle ait eu pratiquement les mêmes
conséquences en Tchétchénie. J’aimerais à cet égard évoquer
deux articles, l’un du Nouvel Observateur rapporté par Laurent
Jauffrin en 2002 à propos de la Tchétchénie, l’autre Les
jihadistes et la guerre de Tchétchénie (paru dans la Revue
Militaire Canadienne - Vol.l – N°3) rédigé par Patrick
Armstrong qui est un spécialiste canadien de la Russie dont
l’analyse me paraît extrêmement pointue. J'ai choisi dans chaque
article un passage qui me parait essentiel pour faire comprendre l'évolution
inéluctable prise par les événements dès que les Russes ont décidé
de reprendre la guerre en Tchétchénie après une période où
cette république du Caucase a été relativement indépendante. Je
connais trop cette mystique d’amour et de paix qu’est le
soufisme
pour me dire que les Russes en général et Poutine en particulier
sont bien trop agressifs pour comprendre les motivations de
communautés qu’ils ont décidé de prendre sous leur coupe en
rappelant que les tsars ne faisaient pas autrement. Devant les
exactions, les crimes, les destructions systématiques, les
partisans de al-Qaïda et de Bin Laden ont eu beau jeu d’entrer en
scène. Voici les deux passages : Quand
les Tchétchènes ont pu voter librement, ils se sont prononcés à
90% en faveur de l'indépendance. Ils demandent l'ouverture de négociations,
que le gouvernement russe refuse. Celui-ci agite le danger
islamiste. Or les Tchétchènes sont, pour l'essentiel, adeptes du
soufisme, cette variante mystique et pacifique de l'islam. Des
milices islamistes sont présentes
en Tchétchénie, les « wahhabites. »
Tout en acceptant leur présence, qui le sert sur le plan militaire,
le président Maskhadov s’en tient à distance et décline les
offres de soutien militaire faites par les pays musulmans.
Lors
de la première guerre,
nous combattions sous la bannière de « la liberté ou la mort».
Nous menons cette deuxième guerre sous la bannière de l'islam.
Tous les Tchétchènes, tant leurs dirigeants que chaque membre des
mujahiddin, combattent pour faire régner sur ce pays la Loi divine
d'Allah le très Haut. Selon
Shamil Bassayev, commandant le plus important des jihadistes tchétchènes,
« Le Jihad durera jusqu’à ce que les musulmans libèrent leur
pays et rétablissent le Khilafa, un califat étatique islamique. »
Ou encore, selon les mots de Khattab, le chef arabe des forces
mujahiddin, « Cette guerre est effectivement une guerre des chrétiens
en croisade contre l'islam et son peuple. » Ces gens recherchent
bien plus que l'indépendance envers la Russie. Pour eux, la Russie
n’est qu’un ennemi et la Tchétchénie un front parmi d’autres
d’un jihad mondial.
A
la lecture de ces lignes si explicites, comment ne pas essayer de
comprendre sinon de l’approuver
la prise d'otages par Arbi Barayev
et son commando ? Mais évidemment on se demande comment une opération
d'une telle envergure a pu être menée à bien sans une aide
efficace à l’intérieur même du théâtre ? Et puis, je voudrais
être sûre que jamais, au grand jamais, des forces d’intervention
occidentales
n'auraient pris le risque, quand le but était d’éliminer
les « terroristes », de tuer autant d’otages - 117 à l’heure
où j’écris n’ont pu être ranimés - je voudrais être sûre
que si les « sauveteurs » avaient eu l’ordre d’employer
un soporifique,
ils auraient eu l’antidote afin de pouvoir l’administrer aussitôt
aux victimes sorties du théâtre.
Songeant
à ce jour où des Russes furent pris en otage et libérés comme je
viens de l’expliquer, je ne peux que m’effrayer face à l’enlèvement
non pas de plus d’une centaine d’adultes et d’enfants russes
dans une école de Beslan en Ossétie du Nord (au
Sud de la Russie l’Ossétie du Nord occupe une superficie
comparable à celle d’un département français. Sa capitale est
Vladikavkaz, une ville de 300.000 habitants) par des « terroristes »
tchétchènes mais, selon les dernières informations données par
les quelques personnes libérées, d’un millier de personnes.
Poutine par la voix de Valery Andreëv, chef du FSB
(contre-espionnage russe) pour l’Ossétie du Nord a déclaré
qu’il n’était pas question de recourir à la force pour le
moment. Il n’en est pas moins vrai que les preneurs d’otages et
leurs victimes n’ont plus de vivres ou d’eau car, ne voulant pas
accepter de nourriture extérieure, ils ont épuisé celles de la
cantine. Je me permets de le répéter une fois encore, les Américains
par leurs guerres au Proche et en Extrême-Orient, les Soviétiques
et les Russes pour maintenir leur empire, ont sinon créé le
terrorisme islamiste mais l’ont renforcé d’une manière
diabolique dans tous les pays concernés par ces guerres injustes.
Ce
qui se passe en Ossétie du Nord ne me fait pas oublier les
deux otages français, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, enlevés
par un groupe qui se donne le nom d’ « Armée Islamique
en Iraq », qui font toujours l’objet d’un ultimatum de la
part des ravisseurs. Les otages sont journalistes comme l’était
la victime italienne que ses ravisseurs n’ont pas hésité à exécuter
et les Français de toutes origines, musulmans sunnites y compris,
se sont retrouvés pour demander que des hommes qui représentent la
liberté de la presse ne soient pas retirés à leur famille, à
leurs rédactions et à leurs lecteurs. Aux dernières nouvelles,
leurs ravisseurs les avaient confiés à un groupe sunnite qui était
censé les ramenés à l’aéroport de Bagdad mais comme le trajet
est à haut risque en raison des échauffourées constantes entre
Nadjaf et Bagdad entre les armées du mehdi qui n’ont pas déposé
les armes d’une part, les forces iraqiennes et américaines
d’autre part, on n’a pas pour le moment de nouvelles précises
d’eux et l’on passe de l’attente à l’espoir, de l’espoir
au doute et je peux comprendre l’angoisse des familles qui
attendent les nouvelles dans un petit village français.
Il
semble que la rentrée du jeudi 2 septembre se soit passée dans
notre pays sans incidents majeurs de la part des jeunes filles voilées en raison peut-être de
l’ultimatum lancé par les ravisseurs contre les journalistes français
et désapprouvé par toutes les communautés religieuses ou laïques
du monde qui veulent encore - comme je l’ai dit hier - défendre
la liberté de la presse à tous les niveaux. Il n’en a pas été
de même en Ossétie du Nord où la prise d’otages a connu un dénouement
atroce car plus de deux cents femmes et enfants (l’importance du
carnage augmente depuis lors chaque jour) ont été tués au cours
de l’attaque donnée par les troupes du FSB sans la préparation
souhaitable pour de telles opérations à haut risque (Poutine
n’en est pas malheureusement à son coup d’essai mais personne
ne peut s’habituer à un tel mépris de toute vie humaine.) L’Union
européenne a demandé vendredi à la Russie des explications sur ce
lourd bilan : « Tous
les pays du monde ont besoin de coopérer pour prévenir des tragédies
comme celle-ci. Mais nous aimerions aussi apprendre des autorités
russes comment cette tragédie a pu arriver » dit un communiqué
publié par le ministre néerlandais des Affaires étrangères
Bernard Bot au nom de la présidence de l’Union. Je n’ai même
pas envie de savoir ce que Poutine a répondu car la bave du crapaud
ne peut que sortir des lèvres d’un homme qui, à l’instar de
ces prédécesseurs, ne veut pas perdre un pouce de son empire et
afin de le maintenir paiera toujours le prix du sang. Les puissances
colonialistes telles que la Grande-Bretagne et la France ont dû de
gré ou de force accorder l’indépendance à leurs anciennes
colonies. Pas les tsars, les Soviétiques ou les Russes : Occupée
depuis plus d’un siècle, la Tchétchénie « appartient »
à ceux qui l’ont conquise, à quelque forme d’Etat ils
appartiennent. Je ne vois pas ce qu’on pourrait faire en dehors de
quelques remarques qui tomberont dans l’eau face à un personnage
tel que Vladimir Poutine. Pour la nième fois, je vais dire :
Tsarisme, communisme ou « russisme », bonnet blanc et
blanc bonnet.
J’ai
entendu des commentaires sur la tragique fin de la prise d’otages
en Ossétie du Nord et une journaliste en particulier, spécialiste
de politique russe, n’a pas eu un autre langage que le mien depuis
les deux guerres de Tchétchénie : si l’URSS puis la Russie
en la personne de Ieltsin puis de Poutine avaient accordé l’indépendance
à ce pays qui l’a revendiqué autant que le Kurdistan, on n’en
serait jamais arrivé à de telles extrémités qui comportent,
comme je viens de le dire, comme je l’ai réitéré à maintes
reprises, parallèlement ou même concomitant à l’arrivée de
l’Islamisme, l’apparition de groupes de terroristes dont on ne
peut jamais dire s’ils appartiennent ou nom à la communauté dans
laquelle ils choisissent de commettre leurs exactions ou pour
laquelle ils disent vouloir mourir. Je dirai même qu’en principe
ils n’appartiennent pas à cette communauté mais s’attaquent à
elle autant qu’aux ignobles forces du FSB.
Une
fois de plus, quand je vois les efforts déployés pour obtenir la
libération des deux otages français, je crois qu’il n’y a pas
de commune mesure entre les Russes et le reste du monde qu’on
appelait civilisé. Quand je pense à ces pauvres gens qui réclament
l’intervention de L’ONU dans les affaires de Tchétchénie, d’Ossétie
du Nord ou d’Ingouchie, je me dis que l’organisation
internationale a mis des années pour envoyer la FORPRONU en Bosnie
au cœur de l’Europe. Comment pourrait-elle décider d’une
action quelconque dans des territoires que Poutine considère comme
siens ad eternum ? Ce serait une boucherie atroce, j’en suis
convaincue et qui, je le pense avec amertume, ne résoudrait rien.
L’équilibre du monde est rompu depuis la chute du mur de Berlin
et l’on peut parfois se demander (avec amertume) si l’équilibre
du monde n’était pas maintenu grâce aux deux forces en présence,
les Etats-Unis et l’Union Soviétique. J’ai presque honte d’écrire
ces mots mais avons-nous assisté depuis la chute du mur de Berlin
à plus ou moins d’activité chez les forces du mal ?
Avons-nous assisté depuis la fin de la colonisation que j’ai
souhaité de tous mes vœux à plus ou moins d’activité parmi les
forces du mal ? Je laisse aux princes qui nous gouvernent le
soin de répondre à ces questions qu’ils auraient parfois intérêt
à considérer d’un point de vue humanitaire autant
qu’humaniste. Je sais néanmoins que les capacités industrielles
et commerciales d’Extrême-Orient, de Chine en particulier, sont
une source de conflit énorme ne serait-ce que par la décentralisation
des usines vers des pays qui donnent à leurs ouvriers des salaires
sans aucune commune mesure avec ceux des nôtres et qui bien sûr
augmentent le chômage en Europe de l’Ouest. Comment ne pas
entrevoir avec frayeur nos lendemains qui décidément ne chanteront
pas ?
Je
me faisais quelque souci à propos du match de foot France-Israël
au Stade de France samedi 4 septembre et j’avais peur que ne se
renouvellent parmi les spectateurs des attitudes lamentables comme
lors du match France-Algérie. Il n’en fut rien et j’en suis
heureuse. Dois-dire, et je parle ici en mon seul nom car je ne suis
pas une fan de ce sport, que le match nul, s’il n’a contenté ni
les joueurs et leurs entraîneurs ni le public, fut pour moi un
soulagement ? Comme
il n’y avait rien d’alléchant sur les autres chaînes, je
zappais de temps à autre sur la 1 pour constater que les choses se
déroulaient bien dans les tribunes et je repartais sur d’autres
ondes en regrettant que les jeunes Juifs qui ont assisté au match
n’aient pas brandi le drapeau français en même temps que le
drapeau israélien. Je ne suis que d’un seul pays, la France, mais
s’ils pensent appartenir aux deux, qu’ils veuillent bien donner
à chacun la même chance.
J’ai
regardé la cent quatre vingt dix neuvième émission « Ripostes »
sur la cinq car j’aime le ton des invités en général et la présentation
de Serge Moati. Je dois en toute modestie (!) dire que les invités,
Fatiha Ajbli,
Anne Nivat,
Eric Denécé, Azouz Begag,
Bernard Guetta entre autres ont pour la
majorité d'entre eux repris ce que j’avais écrit le matin même
dans mon « Horizon 2004. » Ceci dit, je ne supporte pas
la demoiselle au voile, Fatiha Ajbli, qui était beaucoup plus
véhémente lors de la promulgation de la loi sur la laïcité. Je
n’oublie pas que tout en faisant partie du Conseil français du
culte musulman, elle est une cheville ouvrière des Frères
Musulmans et je crois en toute honnêteté et en espérant me
tromper que ces derniers - je les connais bien pour avoir fréquenté
à Istanbul et en région parisienne des familles dont les hommes
appartenaient à cette communauté extrémiste - se sont fait dédouanés
à l’occasion de cette prise d’otages afin qu’on puisse dire :
vous voyez, nous sommes tout d’abord français. Et mon œil !
(Qu’on veuille bien excuser ce langage trivial…) Même en
mauvais état il ne me fait pas oublier que je suis laïque, pour la
liberté de la presse, l’indépendance des anciens pays coloniaux
et contre toutes les prises d’otages.
En
fait, durant ces mois où je regardais, m’informais pour être en
mesure de raconter, je me suis demandée si je passerais un jour
sans être effrayée, parfois même terrorisée par les actes de mes
frères humains. J’en veux pour preuve la relation d’une
« journée ordinaire » dans le monde et je suis
certainement loin de la triste vérité (je ne donne pas de date précise,
elles se ressemblent toutes) : La manifestation sur la Place « Rouge » a
diablement rappelé les manifestations forcées du temps des Soviétiques.
Les Russes de Moscou ne sont pas si éloignés de la Tchétchénie,
de l’Ingouchie et de l’Ossétie du Nord pour ignorer qu’il y
avait environ vingt « terroristes » et qu’il y a eu
plus de trois cents morts dont la moitié d’enfants au cours de
l’assaut donné par les troupes du FSB. Quand Poutine dit qu’on
doit exclure tout dialogue avec les « assassins d’enfants »,
il devrait donc ne plus s’adresser la parole à lui-même - En
Iraq, le cap des mille tués et sept mille blessés américains a été
franchi depuis la fin de la Guerre d’Iraq et pourtant Bush, avec
le soutien des tout puissants évangélistes chrétiens
est monté de onze points dans les sondages face à Kerry - Des
avions de guerre américains continuent à mener des frappes sur
Falloudja et des batailles entre chars et rockets se poursuivent à
Sadr City, la banlieue de Bagdad qui comptent deux millions de
chiites - Deux Italiennes, appartenant à une ONG dont le but est
d’accroître la sécurité scolaire, ont été enlevées à
Bassorah (à ce rythme on peut se demander combien d’étrangers
auront encore le courage d’aider les Iraqiens à se reconstruire
et à reconstruire leur Etat) - Les ravisseurs de Christian Chenot
et Georges Malbrunot dont on a dit qu’ils avaient été confiés
à un autre groupe ayant pour charge de les ramener à l’aéroport
de Bagdad réclament une rançon de cinq millions de dollars. Je
doute que le gouvernement français qui a déployé tant de zèle
pour essayer de faire libérer les deux journalistes par les voies
diplomatiques et religieuses ne se soumettent à cette demande si
toutefois elle était authentique et confirmée officiellement - Le
convoi du gouverneur de Bagdad, Ali Radhi Haïdan, a été l’objet
d’une attaque - Après les attentats de Beersheba de la semaine
dernière qui ont fait plusieurs morts et une quarantaine de blessés,
des chars blindés israéliens ont pénétré dans la bande de Gaza
et fait de nombreuses victimes - En Chine les « inondations du
siècle » ont fait au moins cent soixante et un morts - Le
cyclone Ivan, après les dégâts causés par Frances en Floride,
menace la Jamaïque et la Martinique et à l’heure où je m’arrête
parce que ces Mots…dits vont être publiés, nous n’avons aucune
nouvelle des otages français ou des jeunes femmes italiennes…
Je
m’arrête, je suis à bout de souffle, je ne veux pas aller en
Afrique, j’y découvrirais qu’au Darfour le Soudan rejette catégoriquement
les accusations américaines de génocide, je ne veux pas aller en
Jamaïque où je serais soufflée par l’approche du cyclone
meurtrier Ivan car la nature ne me semble pas plus douce que les
hommes, je ne veux pas aller à Djakarta, j’y verrais les victimes
qui sont tombées le 9 septembre suite à l’explosion d’une
voiture piégée devant l’ambassade d’Australie. Je ne veux pas
aller aux Etats-Unis car si je déplore les évènements du 11
septembre qui eurent lieu il y a samedi trois ans, c’est non
seulement parce qu’ils ont fait trois mille victimes en quelques
secondes mais surtout parce qu’ils ont déclenché en raison de la
politique de Bush des aventures meurtrières dont la Seconde Guerre
d’Iraq n’est qu’une des phases, le nouveau terrorisme pouvant
durer un siècle selon certains informateurs. Je ne veux pas écouter
ou regarder les émissions d’Al
Djazira où Aïmane al Zaouahri, numéro deux d’Al Qaïda, affirme
l’enlisement des forces américaines en Iraq et en Afghanistan
avec ces mots : « Dans les deux pays, s’ils continuent,
ils seront saignés à mort, et s’ils se retirent, ils perdront
tout. » Je
tremble quand il ajoute : « L’est et le sud de l’Afghanistan sont devenus des zones libres pour
les moudjahidines. Le combattant de la Guerre sainte, du
Djihad, est retranché dans les grandes villes. L’âge de la sécurité
est révolu pour les Américains et ils n'auront pas de sécurité
tant qu’ils n’arrêteront pas leurs crimes contre les Musulmans
en Iraq, en Afghanistan et en Palestine. »
Comment,
devant de telles journées de terreur, de telles paroles, puis-je
encore déplorer qu’Amélie Moresmo ait une fois de plus raté son
match qualificatif pour les demi-finales de Flushing Meadow ou qu’à
la suite de la défaite de Davenport en quarts de finale elle soit
assurée de devenir la première joueuse mondiale, que la Cour des
Comptes examine les dépenses princières de Monsieur et Madame
Chirac, que Raffarin et Sarcozy aient palabré sur une chaîne de télévision,
que Laurent Fabius ait décidé de répondre par un « non
mitigé » à la Constitution puisque nous ne savons même pas
encore s’il y aura un référendum… Broutilles que tout cela si
l’avenir de mes concitoyens n’y était en partie engagé.
Et
vous-même, me diront peut-être mes lecteurs, qu’avez-vous fait
durant les mois d’été en même temps que vous vous intéressiez
aux évènements relatés ci-dessus ? Que leur répondrai-je ?
Rien car un problème oculaire ne m’a pas permis de me déplacer.
Mes vacances, je les avais eues au mois de juin en me rendant chez
mes chers Jacques et Marie des Cévennes et en recevant au mois de
juillet mon fils cadet de San Francisco que je n’avais pas vu
depuis un an et demi et qui vient d’être nommé senior analyste
programmateur au centre d’informatique du plus important groupe de
banque des Etats-Unis.
Sa présence fut pour moi une distraction suffisante pour que j’en
parle avec émotion alors qu’il est reparti depuis bientôt deux
mois et que je n’ai plus la force de rejoindre ma famille dans
cette Californie que j’ai tant aimée. Rassurez-vous, pourrais-je
dire à mes lecteurs, j’ai beaucoup lu
et l’après-midi je jouais en duplicate au scrabble sur
International Scrabble Club, ce qui m’évitait de sortir pour
aller à mon propre club. Je ne déteste en aucune façon la
solitude tant que j’aurai assez de force pour écrire et raconter.
Le
soufisme est la mystique de l'Islam. Comme tel, il a la
particularité d'exister aussi bien dans l'Islam sunnite que
dans l'Islam chiite. Décrire le soufisme est une tâche
redoutable. Comme toute mystique, il est avant tout une
recherche de Dieu et son expression peut prendre des formes très
différentes. D'autre part, par ses aspects ésotériques, il présente
des pratiques secrètes, des rites d'initiation, eux aussi
variables selon les maîtres qui l'enseignent. Je me suis
consacrée dans mon étude sur le soufisme à l'œuvre de celui
que je considère comme l'un des plus gands poètes soufis «
Mevlana ».
Quatre jours,
au mois d’août 1999, suffisent pour relancer la deuxième
guerre de Tchétchénie. Des commandos dirigés par Bassaïev et
Khattab sèment la peur au Daguestan voisin, prennent des
otages, pratiquent le kidnapping et instaurent la charia dans
les villages qu'ils prennent. Le 7 août, Boris Eltsine envoie
son armée. Le 9, il limoge son pâle Premier ministre
Stepachine et nomme à sa place Vladimir Poutine, un apparatchik
du FSB qui jure bientôt de « buter les terroristes jusque dans
les chiottes. » Maskhadov a beau se désolidariser
officiellement des commandos tchétchènes au Daguestan, une
invasion russe semble inévitable. Et le prétexte arrive bien
vite. Entre le 31 août et le 13 septembre, plusieurs attentats
spectaculaires sont perpétrés sur le territoire russe. Le
Kremlin accuse les Tchétchènes, sans fournir de preuves. Des
chasses au Caucasien sont organisées dans les rues de Moscou
J'ai
assez souvent critiqué le Président Bush pour dire que dans
une intervention américaine, les otages auraient été protégés
au mieux des possibilités humaines. Nous avons vu qu 'en ce qui
concerne les interventions à New York, les pompiers ont sauvé
les victimes au risque de leur propre vie, ce qui n 'est pas
concevable dans une intervention militaire russe.
Pour Michael Yardley, expert des questions de sécurité
installé à Londres, le produit utilisé par les forces spéciales
russes est vraisemblablement du BZ, un gaz incapacitant incolore
et inodore aux effets hallucinogènes. Les images prises après
l'assaut des « spetsnaz » montrent notamment une femme affalée
dans son siège, la bouche grande ouverte, un paquet d'explosifs
attaché à la taille. « Un mouvement de panique s'est emparé
de nous, des gens ont crié 'Du gaz ! Du gaz !' et il y a eu des
coups de feu », a déclaré à Reuters le directeur du théâtre,
Georgui Vassilev, qui était au nombre des captifs. Mais après,
tout le monde s'est écroulé. Une femme m'a dit ensuite, alors
que nous étions à l'hôpital (elle ne s'était pas endormie
tout de suite parce qu'elle s'était couvert la bouche et le
nez), que c'était un spectacle étrange. « Vous voyez, quand
les coups de feu ont commencé, ils (les rebelles) nous ont dit
de nous pencher en avant dans les sièges du théâtre et de
nous cacher la tête. Mais ensuite tout le monde s'est endormi.
Et eux (les rebelles), ils étaient assis là, la tête renversée
en arrière et la bouche grande ouverte. » Le gouvernement a
dit avoir libéré plus de 750 otages, mais sans fournir la
moindre précision sur le nombre de ceux qui étaient hospitalisés
ou ceux qui avaient été victimes du gaz. Un otage non identifié
cité par l'agence Interfax a déclaré: «Après les premiers
coups de feu tirés sur les otages, le gaz est arrivé, j'ai vu
un terroriste qui était assis se remettre debout et tenter de
se procurer un masque à oxygène. Je l'ai vu entrer en
convulsion en essayant de mettre le masque sur son visage, et
puis tomber. »
Dans le concert de réactions suscité par
l'affaire des otages, il en est une qui n'est pas passée inaperçue.
«Je refuse que mon foulard soit taché de sang», a déclaré,
très émue, Fatiha Ajbli, avant de proposer aux ravisseurs de
se rendre elle-même en Irak et de leur servir, voilée, d’ «otage
de substitution». Il y a quelques mois déjà, cette Française
de confession musulmane avait fait sensation lors de son
audition devant la commission des sages chargée par l’Elysée
de préparer le projet de loi sur la laïcité. Elle y était
apparue voilée et avait très âprement critiqué la future loi
qu’elle considère comme un «cache-misère» aux problèmes
sociaux auxquels sa communauté est confrontée.
Doctorante en sociologie à l'école
des Hautes études en sciences sociales de Paris, spécialiste
des banlieues, Fatiha Ajbli est une des deux seules femmes qui
siègent dans le Conseil français du culte musulman, l’organe
représentatif de la religion musulmane en France. Elle y représente
l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Cette
organisation proche des Frères musulmans passait jusqu’à présent
pour l’aile la plus radicale de l’islam de France. Très
active et présente dans les quartiers difficiles, elle y avait
conquis sa notoriété et sa popularité à la fin des années
80 en défendant devant les tribunaux les premières jeunes
filles exclues pour cause de port du voile à l'école.
L’UOIF est néanmoins en
train d'effectuer une courbe rentrante sur cette question. «La
loi (sur la laïcité) a été votée. Nous sommes tenus de la
respecter», a déclaré son leader lundi. L’organisation
reconnaît désormais explicitement l’interdiction des signes
religieux ostensibles à l'école. Il y a quelques mois,
pourtant, elle avait organisé des manifestations contre la loi
sur la laïcité, qui, jugeait-elle, «vise les musulmans,
stigmatise leur religion, pratique l'exclusion et les condamne
au repli identitaire».L’UOIF avait également invité
implicitement les élèves à défier le nouvel arsenal législatif,
en leur conseillant de se présenter à l'école dans la tenue
de leur choix..
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