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Il
est évident qu’ayant lu « Dude, Where’s my country »
de Michel Moore, livre qui a fait l’objet d’un de mes récents
Mots…dits, et sans vouloir en aucune façon dénigrer
l’excellent documentaire de William Karel, « Le Monde selon
Bush », que j’ai regardé dans le cadre de l’émission
« Contre-courant » sur France 2, je me suis dit que
certains faits allaient se recouper (ce qui s’est en effet
produit.) William Karel, ancien reporter-photographe à l’agence
Gamma, a d’ailleurs reconnu dans une interview l’excellence non
pas du livre mais de « Farenheit 11/9 » qu’il a sans
doute eu la chance de visionner et j’aimerais savoir si c’est
une chance pour le cinéaste français de sortir en salle avant
Michael Moore. Les Français bouderont-ils « Farenheit »
s’ils sont convaincus par « Le Monde selon Bush » ou
au contraire - ce que je crois - voudront-ils comparer la version
française et la version américaine d’une même aventure ?
William
Karel utilise une méthode très différente de Michel Moore qui
s’appuie sur des sources indubitables pour énoncer ses arguments :
comme ceux de Gérôme Prieur et Gérard Mordillat, son documentaire
est construit par les intervenants prestigieux qui ont souvent été
des témoins à part entière des évènements qu’ils relatent.
William Karel a dit au cours de son entretien avec un rédacteur de
Télérama :
Je ne fais pas de documentaire au sens classique du
terme. Se fondre dans un lieu, observer et filmer, c’est le
travail d’un Depardon ou d’un Wiseman. Moi, j’appelle des témoins
puis je m’assois en face d’eux et je les fais parler. Ensuite,
par le montage, je construis une histoire, racontée à plusieurs
voix, où l’un peut commencer la phrase et un autre la terminer.
Mon commentaire ne prend pas position, il donne des faits, des
dates. Mais ce que je ne peux pas dire, j’essaie de l’obtenir
des témoins. L’idéal serait que je leur écrive le texte…
C’est
Norman Mailer qui entame le débat :
Nous avons le pire président de l’histoire des
Etats-Unis. Il est ignorant, arrogant, totalement stupide dans tous
les domaines, sauf un : il a su se faire aimer par une large partie
de la population - la moins intelligente - qui est très contente de
lui, car devant l’étendue de sa bêtise, ils peuvent se dire :
« Formidable ! Si ce crétin peut être président, pourquoi
pas moi ? » D’ailleurs, Bush a reconnu lui-même
dans un discours prononcé devant des étudiants : A ceux
d’entre vous qui ont obtenu honneurs et diplômes, je dis bravo et
aux étudiants médiocres, je dis :
vous aussi, vous pouvez devenir président des Etats-Unis. Le
problème c’est que je ne peux même pas mettre un point
d’exclamation à la fin de cette phrase car elle ne constituait
pas une satire mais une remarque faite au premier degré sans le
moindre sourire.
Le documentaire comporte plusieurs parties dont je ne
dirai pas qu’elles sont distinctes mais plutôt qu’elles évoquent
des faits qui relèvent de phases différentes dans la vie du Président
des Etats-Unis. Tout d’abord, James Robinson « Télé Evangéliste »
et conseiller religieux de Bush prononce la traditionnelle prière
sans laquelle aucune réunion des ministres présidée par Bush ne
peut commencer : Il prie pour les Etats-Unis et surtout pour
Bush. Robert Baer, ancien agent de la CIA, déclare même que
depuis son élection et surtout depuis le 11 septembre, le
Président se croit investi d’une mission divine : promouvoir
une vision biblique de la politique menée par les Etats-Unis. Il n’était pourtant pas très bien préparé
à cette mission car dans ses jeunes années il avait un
penchant très fort pour les boissons alcooliques qui cadrait mal
avec ses obligations futures.
Je me suis vraiment intéressée à un passage assez
inédit du documentaire : nous savons tous que les Etats-Unis
approuvent la politique de Sharon, celui-ci étant un ami personnel
du Président auquel il a rendu visite huit fois depuis son
investiture. Ce que je savais moins, c’est que les préférences
de Bush vont aux « Evangélistes Sionistes » parce
qu’ils sont contre les païens, les gays et les lesbiennes, désirent
comme le général
William Boykin, mener une croisade contre l’Islam car Mohamed
(Jerry Falwell, chef de file des chrétiens ultra, l’affirme dans
le documentaire) est l’exemple même du terroriste mais surtout
veulent qu’Israël appartiennent aux Juifs jusqu’au jour du
jugement dernier (nous avons vu des images où ils vont le clamer
dans les rues même de Jérusalem.) Pour quelle raison ? Parce
qu’ils respectent le judaïsme ? Mais non : parce
qu’au jour du jugement dernier, Jésus reviendra et que tous les
Juifs se convertiront au christianisme sauf quelques uns qui bien sûr
iront en enfer ! (Quand échapperai-je à l’universalité de
Jésus ?)
Il est évident que l’un des plus graves problèmes
de Bush est qu’il n’a jamais pris de décisions et que tout est
préparé pour lui par ses conseillers officiels ou officieux. Il
absorbe leurs conseils et leurs discours comme une éponge… Il ne
connaît d’ailleurs pas plus le Moyen-Orient que les autres pays
du monde où l’entraînent aujourd’hui ses fonctions. Il semble
qu’il n’ait même jamais eu de passeport jusqu’à son élection
à la présidence du pays le plus puissant du monde ! Le fait
serait acceptable si l’homme appartenait à une famille
relativement modeste mais il n’en est rien : Qui
sont les Bush ? En apparence la « dynastie tranquille » de l’Amérique.
En réalité, une « dynastie
» dont les secrets de famille insoupçonnables sont soigneusement
enfouis. Le grand-père de l’actuel Président, Prescott Bush, a
fait fortune en prenant la direction d’entreprises nazies,
après l’arrivée au pouvoir de Hitler. En 1942, ses entreprises
ont été saisies, pour collaboration avec l’ennemi. Bush père,
vice-Président de Ronald
Reagan puis Président à partir de 1988, a armé et
financé Sadam Hussein. Il a donné son accord à l’expédition de
souches d’armes biologiques à l’Iraq - soixante souches ont été
livrés par la firme Becktel jusqu’à ce que le Pentagone
interdise ces livraisons qui ont permis les attaques à l’arme
chimique contre les troupes iraniennes et la population kurde.
L’un des intervenants : Ce sont les Américains qui ont
gagné la guerre contre l’Iran et gazé les Kurdes !
Si,
jusqu’au 11 septembre 2001, Bush junior n’a pas eu de politique
préconçue, c’est à partir de cette date qu’il a décidé avec
l’aide de Donald Rumsfeld, Dick Cheyney et Paul Wolfowitz,
non de poursuivre Al-Qaïda et Ben-Laden, mais de faire de Saddam
Hussein le terroriste qu’il fallait abattre à tout prix. C’est
sous l’impulsion de Rumsfeld et Wolfowitz que Bush a décidé de
ne pas tenir compte des compte-rendus de Hans Blix, chef des
Inspecteurs de l’ONU chargés de rechercher en Iraq les armes de
destruction massive. Sam Gwynne, rédacteur au Manchester Guardian,
rapporte ici les déclarations cinglantes faites au journal par Hans
Blix avant son départ pour Stockolm. Il y disait entre autres que
la recherche des armes de destructions massives était comme une
chasse aux sorcières au Moyen Age (ou dans l’Amérique puritaine
du XIXème siècle, si l’on en croit Nathaniel Hawthorne !) :
elles n’existaient pas mais il fallait les trouver à n’importe
quel prix. William Karel fait également appel à Javier Perez de
Cuellar, ancien Secrétaire Général
de l’Organisation des Nations Unies,
pour défendre les thèses de Hans Blix.
C’est
alors à Joseph Wilson, ancien ambassadeur de Bush père, de
s’exprimer en français : une rumeur avait été propagée
par Bush selon laquelle le Niger avait vendu à l’Iraq de
l’uranium enrichi. Après s’être rendu sur place sur ordre du
Président et n’avoir rien découvert de significatif, Joseph
Wilson a décidé de raconter
son aventure au New York Times. La Maison Blanche est alors
intervenue en proclamant que c’est sur des renseignements secrets
fournis par la femme de Joseph Wilson, agent de la CIA, que
l’ambassadeur s’était rendu au Niger. La carrière de Valérie
Wilson et tout son travail depuis de longues années fut en un
instant balayé puisque, selon le Washington Post, elle fut remerciée
sur-le-champ et renvoyée dans ses pénates.
Un instant fort du documentaire est l’intervention
de Robert Boyd, doyen du Sénat, ancien ami de Bush père et de
Reagan, qui dénonce la Guerre d’Iraq qui a été entreprise pour
que les pétroliers américains s’empare de l’or noir iraqien.
Cette séquence est immédiatement suivie par le rappel des mesures
prises dès le lendemain du 11 septembre et renforcées à partir du
déclenchement de la Guerre d’Iraq, mesures connues sous le nom de
« Patriot act » (dont j’ai longuement parlé dans les
Mots…dits sur le livre de Michael Moore), élaborées par Viet
Dinh. Ces lois dites de sécurité permettent aux autorités compétentes
de faire main basse sur tout ce qu’elles considèrent comme une
attaque à la politique et à la sécurité des Etats-Unis. Elles
ont permis qu’on demande à une bibliothèque publique qu’elle
donne la liste des livres empruntés par les abonnés afin de connaître
leurs idées sociales, littéraires ou politiques ! Elles
donnent le droit de confisquer les cartes bleues ou indique le numéro
de téléphone qu’on peut appeler pour dénoncer une personne
quelconque (comme au temps d’Hitler, de Vichy ou de l’URSS !)
« The Ethics & Policy Integration » (Le Centre
d’Intégration sur les principes d’éthique) a pris toutes les
mesures nécessaires pour contrer le « Patriot Act. »
Je passe rapidement sur les faits suivants qui ont
trait à la collusion entre les Bush, leurs entreprises (surtout
Carlyle) et tous les princes saoudiens, sur le survol des Etats-Unis
par l’avion qui a ramené par étape des membres de la famille Ben
Laden en Arabie Saoudite
plutôt que de les arrêter comme témoins privilégiés… pour
passer à l’intervention de Laurent Murawiec, Américain
d’origine française, ancien chercheur à l’Institut Hudson de
Washington (DC), qui a souligné que la famille royale saoudienne
se reproduisait comme les lapins d’Australie et comptait
plus de huit mille princes !
A la fin du documentaire, nous voyons le village où Bush est né :
il regorge de boutiques de gadgets ventant l’actuel Président des
Etats-Unis. Celui-ci dispose de soixante millions de dollars pour
mener sa campagne électorale alors que John Kerry ne dispose que de
quinze millions. Si l’on entrevoit aujourd’hui la possible
« non réélection » de Bush (qui ne pourrait sans doute
bénéficier des manipulations qui ont présidé à sa précédente
élection), c’est que bien sûr une partie de la population a
enfin ouvert les yeux surtout devant les terribles pertes actuelles
dans les rangs des GI’s. On rapatrie aujourd’hui les corps des
soldats dans des sacs et chaque famille les enterre sans qu’on ait
le droit de photographier ou de filmer les funérailles.
Je continue cependant à me poser des questions :
Si l’on peut comprendre que les Américains, après
l’effondrement des Tours, se soient sentis solidaires de leur Président,
comment les médias et les hommes politiques ont-ils pu se taire si
longtemps et seuls les intellectuels réagir contre la Guerre dès
le premier jour ? Je suis d’accord, ils parlent aujourd’hui
et c’est bien mais n’est-ce pas trop tard et le processus
enclenché n’est-il pas irréversible ? Dire : Si Bush
avait dès le premier jour rompu les liens avec l’Arabie Saoudite,
nous n’en serions pas arrivés là est l’équivalent de :
si Hitler n’avait pas exterminé les Juifs, il n’en serait pas
arrivé là. Parce que la famille Bush est en quelque sorte
entretenue par les Princes saoudiens, parce que Hitler était un
exterminateur invétéré, les choses ne peuvent être autrement que
ce qu’elles sont devenues. Une fois encore, je me permets de répéter
que nous devons à l’URSS, à la Russie, à Poutine, à Bush,
l’explosion d l’Islamisme dans tout le Moyen Orient et peut-être
dans le monde. Combien de ministres iraqiens resteront-ils en vie
pour mener une politique en accord avec la volonté des citoyens
sunnites, chiites, baasistes, kurdes et pourront-ils un jour
redonner à cette civilisation plusieurs fois millénaires sa
splendeur d’autrefois ?
C’est tout ce que je souhaite sans avoir le don de prévoir
l’avenir.
Additif
On beaucoup parlé de Bush au sujet des documentaires
de Michael Moore et de William Karel mais ont connaît moins celui
de Christine Rose « Liberty Bound » qui passe en ce
moment dans un seul cinéma parisien : L’espace St
Michel. Quand je l’ai entendue pour la première fois, Christine
Rose a dit qu’elle était née le 12 novembre 1969 à Parma dans
l’Ohio mais qu’étrangement elle avait vécu dans le village
texan où Bush vit le jour. Christine Rose est diplômée en Littérature
anglaise de l’Université Sam Houston (1992) et a passé sa maîtrise
à l’Université Texas Women en 1996. Elle n’a pas reçu de
formation technique du cinéma. Elle a rejoint le mouvement
anti-guerre de 2003, a travaillé passionnément dans des « Peace
and Justice Centers » (Centres pour la paix et la justice) et
défendu les libertés civiles et les droits démocratiques durant
le régime de Bush.
Très jeune, elle a milité dans des
organisations démocratiques régionales, a eu des activités dans
un parti écologique puis elle a ressenti le besoin de s’investir
dans des entreprises pouvant atteindre le public au niveau national
et international. Elle a commencé à faire des films avec le désir
de donner un arrière-plan artistique à des thèmes politiques et
controversés. On pourrait dire que ses réalisations tiennent du
documentaire et du Cinéma Vérité. « Liberty Bound »
est le voyage d’une citoyenne Américaine qui découvre le
mensonge, l’oppression et la corruption qui ont envahi son pays
depuis les évènements du 11 Septembre. C’est la lutte
continuelle de l’Amérique pour garder un équilibre entre la démocratie,
le capitalisme et le fascisme, un film coup de poing qui fait froid
dans le dos. Décidément, Georges Bush est le chouchou des sujets
documentaires…
Après « Farenheit 11/9 » de Michael
Moore, « Le Monde selon Bush » de William
Karel, Christine
Rose s’impose avec ce nouveau film dans lequel elle a décidé
de faire « circuler l’information occultée. » Son
pamphlet anti-Bush témoigne des libertés civiles compromises aux
Etats-Unis et surtout marque le cheminement de la politique Bush, et
son lien à une certaine forme de fascisme. « Liberty Bound »
se révèle être une mine d’informations et un documentaire réussi
tentant de démêler le vrai du faux. Un acte de courage également,
si l’on en croit la censure qui commence à gagner « le pays de
la liberté. » La jeune femme a fait un important travail
d’investigation lié à l’intervention de l’historien Howard
Zinn, du sociologue Michael Parrenti, de l’éditeur Michael
Ruppert et de l’activiste Robert Lederman. Tous expliquent leur
vision de ce pays avec le recul de leurs travails, essais,
recherches. Ajoutés à cela des témoignages à propos des
personnes interrogées par les services secrets et l’on peut
effectivement douter des libertés civiles. Vient ensuite le coup de
grâce avec la reconstitution du 11 septembre 2001 selon la réalisatrice,
qui nous ramène une fois de plus au malaise de la politique Bush.
Pascale Clark a interviewé ce matin, mardi 29 juin,
William Karel et Christine Rose dans son émission quotidienne
« Tam Tam etcetera » sur France Inter. William Karel a
reconnu que sa consoeur américaine allait plus loin que lui dans
ses assertions puisqu’elle émet dans son film l’hypothèse que
la destruction des Tours a été entreprise à l’initiative du
clan Bush afin d’avoir un bon prétexte pour attaquer l’Iraq et
Saddam Hussein. (écoutant ces mots, je me suis souvenue qu’on
avait dit en 1942 que l’attaque des Japonais sur Pearl Harbour
avait été en fait initiée par Franklin Delano Roosevelt pour
obliger les Américains à prendre part effectivement à la Seconde
Guerre Mondiale.) Ceci dit, William Karel a été d’accord avec
Christine Rose pour reconnaître que la CIA et le FBI ne pouvaient
pas ne pas être au courant de l’attaque qui se préparait contre
les Etats-Unis.
Sans vouloir faire de comparaisons désobligeantes, le
père de John Kennedy n’était pas non plus exempt de tares
et, sans être allé aussi loin que Preston Bush, il a montré
en son temps où allaient ses préférences…
Paul Dundes Wolfowitz (né le 22 décembre 1943) est
un des conseillers de la Maison Blanche et sous-Secrétaire à
la Défense des Etats-Unis dont le secrétaire est Donald
Rumsfeld. Il est un néoconservateur connu pour ses vues de
« faucon », avocat de la cause d’Israël et
supporter absolu de la Guerre en Iraq.
M. Javier Pérez de Cuellar a pris ses fonctions de
Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies le
1er janvier 1982. Le 10 octobre 1986, il a été chargé d’un
second mandat, qui a débuté le 1er janvier 1987 et s’est
achevé en 1991.
Une fois encore, voir les Mots…dits sur le livre de
Michael Moore.
Laurent Murawiec a
critiqué violemment l’idéologie wahhabite de la famille
royale saoudienne et la stratégie du royaume saoudien pour étendre
le wahhabisme à tout le monde islamique dans un discours devant
le « JINSA Policy Forum » le 17 septembre 2003.
« Le 11 septembre a fait plus pour convaincre les Américains
que l’Arabie Saoudite était un ennemi et non un ami que tout
autre chose » et pourtant les relations protectrices que
les Etats-Unis entretiennent avec l’Arabie Saoudite se sont
accrûe dramatiquement à partir du 11 septembre. A la suite de
ce’ discours, Laurent Murawiec a été renvoyé de
l’Institut.
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