Une photographie de Stéphane Popu

 

« Le Monde Selon Bush » de William Karel 

en collaboration avec Eric Laurent :

« La Guerre des Bush » - «Le Monde Secret des Bush »

 

par Lise Willar

 

 

 

Mots...dits

 

 

 

Sommaire des Mots...dits

 

Il est évident qu’ayant lu « Dude, Where’s my country » de Michel Moore, livre qui a fait l’objet d’un de mes récents Mots…dits, et sans vouloir en aucune façon dénigrer l’excellent documentaire de William Karel, « Le Monde selon Bush », que j’ai regardé dans le cadre de l’émission « Contre-courant » sur France 2, je me suis dit que certains faits allaient se recouper (ce qui s’est en effet produit.) William Karel, ancien reporter-photographe à l’agence Gamma, a d’ailleurs reconnu dans une interview l’excellence non pas du livre mais de « Farenheit 11/9 » qu’il a sans doute eu la chance de visionner et j’aimerais savoir si c’est une chance pour le cinéaste français de sortir en salle avant Michael Moore. Les Français bouderont-ils « Farenheit » s’ils sont convaincus par « Le Monde selon Bush » ou au contraire - ce que je crois - voudront-ils comparer la version française et la version américaine d’une même aventure ?

William Karel utilise une méthode très différente de Michel Moore qui s’appuie sur des sources indubitables pour énoncer ses arguments : comme ceux de Gérôme Prieur et Gérard Mordillat, son documentaire est construit par les intervenants prestigieux qui ont souvent été des témoins à part entière des évènements qu’ils relatent. William Karel a dit au cours de son entretien avec un rédacteur de Télérama : Je ne fais pas de documentaire au sens classique du terme. Se fondre dans un lieu, observer et filmer, c’est le travail d’un Depardon ou d’un Wiseman. Moi, j’appelle des témoins puis je m’assois en face d’eux et je les fais parler. Ensuite, par le montage, je construis une histoire, racontée à plusieurs voix, où l’un peut commencer la phrase et un autre la terminer. Mon commentaire ne prend pas position, il donne des faits, des dates. Mais ce que je ne peux pas dire, j’essaie de l’obtenir des témoins. L’idéal serait que je leur écrive le texte…

C’est Norman Mailer qui entame le débat : Nous avons le pire président de l’histoire des Etats-Unis. Il est ignorant, arrogant, totalement stupide dans tous les domaines, sauf un : il a su se faire aimer par une large partie de la population - la moins intelligente - qui est très contente de lui, car devant l’étendue de sa bêtise, ils peuvent se dire : « Formidable ! Si ce crétin peut être président, pourquoi pas moi ? » D’ailleurs, Bush a reconnu lui-même dans un discours prononcé devant des étudiants : A ceux d’entre vous qui ont obtenu honneurs et diplômes, je dis bravo et aux étudiants médiocres, je dis :  vous aussi, vous pouvez devenir président des Etats-Unis. Le problème c’est que je ne peux même pas mettre un point d’exclamation à la fin de cette phrase car elle ne constituait pas une satire mais une remarque faite au premier degré sans le moindre sourire.

Le documentaire comporte plusieurs parties dont je ne dirai pas qu’elles sont distinctes mais plutôt qu’elles évoquent des faits qui relèvent de phases différentes dans la vie du Président des Etats-Unis. Tout d’abord, James Robinson « Télé Evangéliste » et conseiller religieux de Bush prononce la traditionnelle prière sans laquelle aucune réunion des ministres présidée par Bush ne peut commencer : Il prie pour les Etats-Unis et surtout pour Bush. Robert Baer, ancien agent de la CIA, déclare même que depuis son élection et surtout depuis le 11 septembre, le Président se croit investi d’une mission divine : promouvoir une vision biblique de la politique menée par les Etats-Unis. Il n’était pourtant pas très bien préparé à cette mission car dans ses jeunes années il avait un penchant très fort pour les boissons alcooliques qui cadrait mal avec ses obligations futures.

Je me suis vraiment intéressée à un passage assez inédit du documentaire : nous savons tous que les Etats-Unis approuvent la politique de Sharon, celui-ci étant un ami personnel du Président auquel il a rendu visite huit fois depuis son investiture. Ce que je savais moins, c’est que les préférences de Bush vont aux « Evangélistes Sionistes » parce qu’ils sont contre les païens, les gays et les lesbiennes, désirent comme  le général William Boykin, mener une croisade contre l’Islam car Mohamed (Jerry Falwell, chef de file des chrétiens ultra, l’affirme dans le documentaire) est l’exemple même du terroriste mais surtout veulent qu’Israël appartiennent aux Juifs jusqu’au jour du jugement dernier (nous avons vu des images où ils vont le clamer dans les rues même de Jérusalem.) Pour quelle raison ? Parce qu’ils respectent le judaïsme ? Mais non : parce qu’au jour du jugement dernier, Jésus reviendra et que tous les Juifs se convertiront au christianisme sauf quelques uns qui bien sûr iront en enfer ! (Quand échapperai-je à l’universalité de Jésus ?)

Il est évident que l’un des plus graves problèmes de Bush est qu’il n’a jamais pris de décisions et que tout est préparé pour lui par ses conseillers officiels ou officieux. Il absorbe leurs conseils et leurs discours comme une éponge… Il ne connaît d’ailleurs pas plus le Moyen-Orient que les autres pays du monde où l’entraînent aujourd’hui ses fonctions. Il semble qu’il n’ait même jamais eu de passeport jusqu’à son élection à la présidence du pays le plus puissant du monde ! Le fait serait acceptable si l’homme appartenait à une famille relativement modeste mais il n’en est rien : Qui sont les Bush ? En apparence la « dynastie tranquille » de l’Amérique. En réalité, une  « dynastie » dont les secrets de famille insoupçonnables sont soigneusement enfouis. Le grand-père de l’actuel Président, Prescott Bush, a fait fortune en prenant la direction d’entreprises nazies,[1] après l’arrivée au pouvoir de Hitler. En 1942, ses entreprises ont été saisies, pour collaboration avec l’ennemi. Bush père, vice-Président de Ronald Reagan puis Président à partir de 1988, a armé et financé Sadam Hussein. Il a donné son accord à l’expédition de souches d’armes biologiques à l’Iraq - soixante souches ont été livrés par la firme Becktel jusqu’à ce que le Pentagone interdise ces livraisons qui ont permis les attaques à l’arme chimique contre les troupes iraniennes et la population kurde. L’un des intervenants : Ce sont les Américains qui ont gagné la guerre contre l’Iran et gazé les Kurdes !

Si, jusqu’au 11 septembre 2001, Bush junior n’a pas eu de politique préconçue, c’est à partir de cette date qu’il a décidé avec l’aide de Donald Rumsfeld, Dick Cheyney et Paul Wolfowitz[2], non de poursuivre Al-Qaïda et Ben-Laden, mais de faire de Saddam Hussein le terroriste qu’il fallait abattre à tout prix. C’est sous l’impulsion de Rumsfeld et Wolfowitz que Bush a décidé de ne pas tenir compte des compte-rendus de Hans Blix, chef des Inspecteurs de l’ONU chargés de rechercher en Iraq les armes de destruction massive. Sam Gwynne, rédacteur au Manchester Guardian, rapporte ici les déclarations cinglantes faites au journal par Hans Blix avant son départ pour Stockolm. Il y disait entre autres que la recherche des armes de destructions massives était comme une chasse aux sorcières au Moyen Age (ou dans l’Amérique puritaine du XIXème siècle, si l’on en croit Nathaniel Hawthorne !) : elles n’existaient pas mais il fallait les trouver à n’importe quel prix. William Karel fait également appel à Javier Perez de Cuellar[3], ancien Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies,  pour défendre les thèses de Hans Blix.

C’est alors à Joseph Wilson, ancien ambassadeur de Bush père, de s’exprimer en français : une rumeur avait été propagée par Bush selon laquelle le Niger avait vendu à l’Iraq de l’uranium enrichi. Après s’être rendu sur place sur ordre du Président et n’avoir rien découvert de significatif, Joseph Wilson a décidé de  raconter son aventure au New York Times. La Maison Blanche est alors intervenue en proclamant que c’est sur des renseignements secrets fournis par la femme de Joseph Wilson, agent de la CIA, que l’ambassadeur s’était rendu au Niger. La carrière de Valérie Wilson et tout son travail depuis de longues années fut en un instant balayé puisque, selon le Washington Post, elle fut remerciée sur-le-champ et renvoyée dans ses pénates.

Un instant fort du documentaire est l’intervention de Robert Boyd, doyen du Sénat, ancien ami de Bush père et de Reagan, qui dénonce la Guerre d’Iraq qui a été entreprise pour que les pétroliers américains s’empare de l’or noir iraqien. Cette séquence est immédiatement suivie par le rappel des mesures prises dès le lendemain du 11 septembre et renforcées à partir du déclenchement de la Guerre d’Iraq, mesures connues sous le nom de « Patriot act » (dont j’ai longuement parlé dans les Mots…dits sur le livre de Michael Moore), élaborées par Viet Dinh. Ces lois dites de sécurité permettent aux autorités compétentes de faire main basse sur tout ce qu’elles considèrent comme une attaque à la politique et à la sécurité des Etats-Unis. Elles ont permis qu’on demande à une bibliothèque publique qu’elle donne la liste des livres empruntés par les abonnés afin de connaître leurs idées sociales, littéraires ou politiques ! Elles donnent le droit de confisquer les cartes bleues ou indique le numéro de téléphone qu’on peut appeler pour dénoncer une personne quelconque (comme au temps d’Hitler, de Vichy ou de l’URSS !) « The Ethics & Policy Integration » (Le Centre d’Intégration sur les principes d’éthique) a pris toutes les mesures nécessaires pour contrer le « Patriot Act. »

Je passe rapidement sur les faits suivants qui ont trait à la collusion entre les Bush, leurs entreprises (surtout Carlyle) et tous les princes saoudiens, sur le survol des Etats-Unis par l’avion qui a ramené par étape des membres de la famille Ben Laden en Arabie Saoudite[4] plutôt que de les arrêter comme témoins privilégiés… pour passer à l’intervention de Laurent Murawiec, Américain d’origine française, ancien chercheur à l’Institut Hudson de Washington (DC), qui a souligné que la famille royale saoudienne  se reproduisait comme les lapins d’Australie et comptait plus de huit mille princes ![5] A la fin du documentaire, nous voyons le village où Bush est né : il regorge de boutiques de gadgets ventant l’actuel Président des Etats-Unis. Celui-ci dispose de soixante millions de dollars pour mener sa campagne électorale alors que John Kerry ne dispose que de quinze millions. Si l’on entrevoit aujourd’hui la possible « non réélection » de Bush (qui ne pourrait sans doute bénéficier des manipulations qui ont présidé à sa précédente élection), c’est que bien sûr une partie de la population a enfin ouvert les yeux surtout devant les terribles pertes actuelles dans les rangs des GI’s. On rapatrie aujourd’hui les corps des soldats dans des sacs et chaque famille les enterre sans qu’on ait le droit de photographier ou de filmer les funérailles.

Je continue cependant à me poser des questions : Si l’on peut comprendre que les Américains, après l’effondrement des Tours, se soient sentis solidaires de leur Président, comment les médias et les hommes politiques ont-ils pu se taire si longtemps et seuls les intellectuels réagir contre la Guerre dès le premier jour ? Je suis d’accord, ils parlent aujourd’hui et c’est bien mais n’est-ce pas trop tard et le processus enclenché n’est-il pas irréversible ? Dire : Si Bush avait dès le premier jour rompu les liens avec l’Arabie Saoudite, nous n’en serions pas arrivés là est l’équivalent de : si Hitler n’avait pas exterminé les Juifs, il n’en serait pas arrivé là. Parce que la famille Bush est en quelque sorte entretenue par les Princes saoudiens, parce que Hitler était un exterminateur invétéré, les choses ne peuvent être autrement que ce qu’elles sont devenues. Une fois encore, je me permets de répéter que nous devons à l’URSS, à la Russie, à Poutine, à Bush, l’explosion d l’Islamisme dans tout le Moyen Orient et peut-être dans le monde. Combien de ministres iraqiens resteront-ils en vie pour mener une politique en accord avec la volonté des citoyens sunnites, chiites, baasistes, kurdes et pourront-ils un jour redonner à cette civilisation plusieurs fois millénaires sa splendeur d’autrefois ?   C’est tout ce que je souhaite sans avoir le don de prévoir l’avenir.  

Additif 

On beaucoup parlé de Bush au sujet des documentaires de Michael Moore et de William Karel mais ont connaît moins celui de Christine Rose « Liberty Bound » qui passe en ce moment dans un seul cinéma parisien : L’espace St Michel. Quand je l’ai entendue pour la première fois, Christine Rose a dit qu’elle était née le 12 novembre 1969 à Parma dans l’Ohio mais qu’étrangement elle avait vécu dans le village texan où Bush vit le jour. Christine Rose est diplômée en Littérature anglaise de l’Université Sam Houston (1992) et a passé sa maîtrise à l’Université Texas Women en 1996. Elle n’a pas reçu de formation technique du cinéma. Elle a rejoint le mouvement anti-guerre de 2003, a travaillé passionnément dans des « Peace and Justice Centers » (Centres pour la paix et la justice) et défendu les libertés civiles et les droits démocratiques durant le régime de Bush.

 Très jeune, elle a milité dans des organisations démocratiques régionales, a eu des activités dans un parti écologique puis elle a ressenti le besoin de s’investir dans des entreprises pouvant atteindre le public au niveau national et international. Elle a commencé à faire des films avec le désir de donner un arrière-plan artistique à des thèmes politiques et controversés. On pourrait dire que ses réalisations tiennent du documentaire et du Cinéma Vérité. « Liberty Bound » est le voyage d’une citoyenne Américaine qui découvre le mensonge, l’oppression et la corruption qui ont envahi son pays depuis les évènements du 11 Septembre. C’est la lutte continuelle de l’Amérique pour garder un équilibre entre la démocratie, le capitalisme et le fascisme, un film coup de poing qui fait froid dans le dos. Décidément, Georges Bush est le chouchou des sujets documentaires…

Après « Farenheit 11/9 » de Michael Moore, « Le Monde selon Bush » de William Karel, Christine Rose s’impose avec ce nouveau film dans lequel elle a décidé de faire  « circuler l’information occultée. » Son pamphlet anti-Bush témoigne des libertés civiles compromises aux Etats-Unis et surtout marque le cheminement de la politique Bush, et son lien à une certaine forme de fascisme. « Liberty Bound » se révèle être une mine d’informations et un documentaire réussi tentant de démêler le vrai du faux. Un acte de courage également, si l’on en croit la censure qui commence à gagner « le pays de la liberté. » La jeune femme a fait un important travail d’investigation lié à l’intervention de l’historien Howard Zinn, du sociologue Michael Parrenti, de l’éditeur Michael Ruppert et de l’activiste Robert Lederman. Tous expliquent leur vision de ce pays avec le recul de leurs travails, essais, recherches. Ajoutés à cela des témoignages à propos des personnes interrogées par les services secrets et l’on peut effectivement douter des libertés civiles. Vient ensuite le coup de grâce avec la reconstitution du 11 septembre 2001 selon la réalisatrice, qui nous ramène une fois de plus au malaise de la politique Bush.

Pascale Clark a interviewé ce matin, mardi 29 juin, William Karel et Christine Rose dans son émission quotidienne « Tam Tam etcetera » sur France Inter. William Karel a reconnu que sa consoeur américaine allait plus loin que lui dans ses assertions puisqu’elle émet dans son film l’hypothèse que la destruction des Tours a été entreprise à l’initiative du clan Bush afin d’avoir un bon prétexte pour attaquer l’Iraq et Saddam Hussein. (écoutant ces mots, je me suis souvenue qu’on avait dit en 1942 que l’attaque des Japonais sur Pearl Harbour avait été en fait initiée par Franklin Delano Roosevelt pour obliger les Américains à prendre part effectivement à la Seconde Guerre Mondiale.) Ceci dit, William Karel a été d’accord avec Christine Rose pour reconnaître que la CIA et le FBI ne pouvaient pas ne pas être au courant de l’attaque qui se préparait contre les Etats-Unis.    

 


[1] Sans vouloir faire de comparaisons désobligeantes, le père de John Kennedy n’était pas non plus exempt de tares et, sans être allé aussi loin que Preston Bush, il a montré en son temps où allaient ses préférences…

[2]  Paul Dundes Wolfowitz (né le 22 décembre 1943) est un des conseillers de la Maison Blanche et sous-Secrétaire à la Défense des Etats-Unis dont le secrétaire est Donald Rumsfeld. Il est un néoconservateur connu pour ses vues de « faucon », avocat de la cause d’Israël et supporter absolu de la Guerre en Iraq.

[3]  M. Javier Pérez de Cuellar a pris ses fonctions de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies le 1er janvier 1982. Le 10 octobre 1986, il a été chargé d’un second mandat, qui a débuté le 1er janvier 1987 et s’est achevé en 1991.

  [4] Une fois encore, voir les Mots…dits sur le livre de Michael Moore.

 [5] Laurent Murawiec a critiqué violemment l’idéologie wahhabite de la famille royale saoudienne et la stratégie du royaume saoudien pour étendre le wahhabisme à tout le monde islamique dans un discours devant le « JINSA Policy Forum » le 17 septembre 2003.  « Le 11 septembre a fait plus pour convaincre les Américains que l’Arabie Saoudite était un ennemi et non un ami que tout autre chose » et pourtant les relations protectrices que les Etats-Unis entretiennent avec l’Arabie Saoudite se sont accrûe dramatiquement à partir du 11 septembre. A la suite de ce’ discours, Laurent Murawiec a été renvoyé de l’Institut.