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J’ai
eu la chance de zapper sur Canal+ au moment où deux grands
reporters qui ont réalisé un documentaire à Nadjaf
et à Falloudjah malgré tous les risques
qu’une telle entreprise comporte étaient interviewés par
Emmanuel Chain : Grégoire Deniau qui ne se serait même pas
targué d’être le fils de son célèbre père si on ne lui avait
posé la question et Stéphane Villeneuve. Ils ont pu s’infiltrer
malgré les Américains et les insurgés iraqiens dans les deux
villes au risque d’être enlevés ou tués par les uns ou les
autres. Grégoire Deniau et son cameraman ont d’ailleurs été arrêtés
par les GI’s et maintenus cinq heures les yeux bandés jusqu’à
ce qu’on les dépose dans le désert à 20heures 30 et qu’on
leur dise : « Attention, dès la tombée du jour, nous
tirons sur tout ce qui bouge ! Je suppose que je n’ai
pas besoin de revenir sur tous les évènements tragiques qui se
sont déroulés durant les trois semaines où les troupes américaines
ont fait le siège de Falloudja. De toutes façons, j’en saurai
plus ce soir puisque les documentaires des deux hommes passeront en
exclusivité sur Canal+.
J’ai
donné tant de mon cœur au Moyen-Orient, je l’ai tant de fois
parcouru, tant de fois des amis m’ont accueillie dans leur maison
comme un « misafir » (voyageur privilégié) que je ne
puis m’empêcher de déplorer à chaque minute et de toute mon âme
la destruction de l’Iraq. Si une seule chose peut me réconforter,
c’est l’espoir que l’incompréhension des troupes américaines
venues de l’Amérique profonde permettent aux Iraqiens sunnites,
chiites, chrétiens et kurdes même de s’unir contre l’occupant
et d’oublier pour un temps leurs vues divergentes quant à la
lecture des Livres Saints. A ce propos, j’aimerais rappeler que
l’Iraq n’en est pas à sa première confrontation avec des
Occidentaux et plus particulièrement des britanniques. Je voudrais citer ici une intéressante étude
de Charles Tripp, Professeur à l’Ecole des Etudes Africaines à
l’Université de Londres, auteur d’une « Histoire de
l’Iraq » (Cambridge University Press, 2001) :
Leçons
d’une histoire coloniale oubliée
A
Bagdad, un régime autoritaire, appuyé sur les forces armées,
tient étroitement le pays et représente une menace stratégique
pour la principale puissance occidentale opérant dans la région.
Une expédition militaire est lancée et, à l’issue d’une
campagne plus difficile et plus coûteuse que prévu, Bagdad sera
pris et un nouvel ordre politique institué sous le contrôle
militaire et politique de l’Occident. Mais, au moment même où il
semble que l’avenir de l’Irak soit en train de s’écrire à
l’étranger, une révolte éclate parmi les officiers de l’armée,
dans les rues de Bagdad et dans toutes les régions chiites du
Centre et du Sud. Et voilà que toute l’entreprise risque d’échouer.
Le
soulèvement finira par être écrasé, mais à un coût tel que
l’armée d’occupation ainsi que ses responsables vont réviser
radicalement leurs idées. A la place de la vision grandiose des débuts
de l’occupation, un projet plus modeste et moins coûteux commence
à prendre forme : reconnaître la hiérarchie sociopolitique
existant en Irak et remettre l’Etat, sous surveillance
occidentale, entre les mains des élites de l’ancien régime.
Ce
récit n’est pas une anticipation des douze prochains mois.
C’est la stricte narration d’événements qui se sont déroulés,
il y a plus de quatre-vingts ans, lorsque la Grande-Bretagne, ayant
conquis les trois provinces ottomanes de Bassorah, Bagdad et
Mossoul, en a fait un nouvel Etat : l’Irak. Qu’il y ait là
des échos du présent et d’un futur possible est moins la conséquence
de quelque essence irréductible de l’histoire irakienne que de la
logique du pouvoir impérial. Si la guerre a lieu, les Etats-Unis
pourraient bien avoir à choisir entre les mêmes options que celles
auxquelles les Britanniques furent confrontés entre 1914 et 1921.
Il convient de réfléchir à ces options pour dégager éventuellement
une logique commune entre deux tentatives de « reconstruction
de l’Etat » par deux puissances impériales. Cela pourrait
aider à comprendre ce que sera un nouvel Irak sous occupation américaine.
Lorsque
les Britanniques envahissent la Mésopotamie, en 1914, ils n’ont
pas l’intention d’y créer un Etat. Leur souci immédiat est de
protéger leurs positions dans le Golfe. Mais le succès de leurs opérations
militaires leur inspire des ambitions plus vastes, de sorte que, dès
1918, leur occupation s’étend sur tous les territoires formant
aujourd’hui l’Irak. Partout, une administration est établie sur
le modèle des Indes britanniques, où beaucoup de ces officiers et
fonctionnaires ont fait carrière. Ce sera un mélange
d’administration directe et indirecte.
Tout
est géré depuis les ministères de Bagdad, au personnel entièrement
britannique, mais, en province, les officiers politiques comptent
sur les dirigeants locaux pour maintenir l’ordre et collecter les
revenus. Sont exclues de cet arrangement les élites administratives
et militaires de l’ancien Empire ottoman, en majorité des Arabes
sunnites ou des Turcs arabisés. Une forme caractéristique de
l’impérialisme britannique commence à émerger, centrée sur
Bagdad mais pénétrant peu à peu dans toutes les strates de la
société, donnant l’impression de consolider les intérêts
britanniques.
Cependant,
avec la fin de la guerre, en 1918, des voix s’élèvent par-ci
par-là dans l’appareil d’Etat britannique pour remettre en
question la définition même de ces intérêts. Alors que les uns
s’accrochent à un impérialisme pur et dur, d’autres estiment
que le recours à des « micro-technologies du pouvoir »,
destinées à faire entrer une société « arriérée »
dans le moule du nouvel ordre administratif, fait partie intégrante
de la mission impériale de Londres. Une vision, influencée à la
fois par des doutes quant à la moralité de ce projet impérial et
par des considérations pratiques de ressources et d’obligations,
préconise un engagement moindre. La Grande-Bretagne, affirme-t-on
de ce côté, n’a que deux exigences fondamentales envers quelque
gouvernement que ce soit en Mésopotamie : qu’il soit compétent
et qu’il respecte les besoins stratégiques britanniques. C’est
ce dernier point de vue qui prévaudra et qui conduira à la création
de l’Etat d’Irak).
Ce
sont les événements en Irak même, autant que l’évolution en
Angleterre et dans le reste du monde, qui vont déterminer cette
conclusion. En 1920, le nouveau principe d’autodétermination des
peuples donne naissance aux « mandats » accordés par la
Société des nations - territoires pris aux empires centraux défaits
et qui devaient être conduits en douceur à l’indépendance par
l’un ou l’autre des Alliés victorieux. C’est une formule défendue
par des membres du gouvernement britannique soucieux de conserver
l’influence de leur pays dans le monde, mais au moindre coût,
militaire et financier. Etant donné la volatilité de l’opinion
anglaise en 1919-1920 pour tout ce qui touche à l’orientation des
dépenses publiques, et aussi les inquiétudes gouvernementales sur
les coûts de l’Empire, cette solution semble idéale.
Parmi
les Irakiens eux-mêmes, beaucoup sont hostiles au mandat, n’y
voyant qu’une couverture pour l’impérialisme britannique. Par
contraste, bon nombre de serviteurs britanniques de l’Empire sur
place y voient une grave abdication de responsabilité. La
confrontation entre ces deux points de vue conduira à la révolte
irakienne de 1920. Allumée à Bagdad par des manifestations de
masse, où sunnites et chiites se côtoient, et par les agissements
d’anciens officiers ottomans aigris, elle gagne en puissance
lorsqu’elle s’étend au Moyen et Bas Euphrate, régions
majoritairement chiites. Les guerriers bien armés des tribus,
furieux des ingérences du gouvernement central et hostiles au règne
des « infidèles », prennent le contrôle de tout le sud
du pays. Il faudra plusieurs mois aux Britanniques pour mater la révolte
et pour rétablir l’autorité de Bagdad, et il leur en coûtera,
ainsi qu’aux Indiens et aux Irakiens, des milliers de morts.
Une
approche minimaliste
Cette révolte de 1920 aura deux
conséquences décisives. Désormais, les Britanniques sont
convaincus que vouloir gouverner l’Irak directement leur coûterait
trop cher, et que toutes affaires cessantes il faut mettre sur pied
un gouvernement local plein et entier, avec une armée et tous les
services administratifs. Or, il est presque inévitable que,
cherchant des cadres pour le nouvel Etat, les Britanniques les
trouvent parmi les élites administratives et militaires de
l’Empire ottoman, écartées au cours de la guerre. En elles, ils
voient des hommes rompus à la gestion d’un Etat moderne et dotés
d’un sens des réalités à même d’apprécier à sa juste
valeur le rôle de la Grande-Bretagne dans leur accession au
pouvoir, aussi bien que dans l’affirmation de l’identité
irakienne dans la région. Par contraste, les leaders de la majorité
chiite et de l’importante minorité kurde sont perçus comme des
rebelles en puissance et trop encombrés de traditions tribales et
religieuses pour pouvoir gérer un Etat moderne.
Ce sont ces considérations qui vont guider la politique de
Londres. L’émir Fayçal, fils du chérif Hussein de La Mecque qui
a conduit la révolte arabe contre l’empire ottoman durant la
première guerre mondiale, sera placé sur le trône, appuyé
principalement par les anciens fonctionnaires et officiers ottomans,
sunnites arabes pour la plupart. Ceux-ci prendront la relève des
fonctionnaires britanniques dans les administrations, ceux-là
formeront le noyau du nouveau corps d’officiers. Bien entendu,
l’influence britannique se perpétue grâce à des conseillers
dans les ministères, à deux importantes bases de la Royal Air
Force et à de multiples autres liens qui continueront de maintenir
l’« empire informel » de Sa Majesté, même après
l’indépendance octroyée à l’Irak en 1932.
S’agissant de sauvegarder les intérêts stratégiques de la
Grande-Bretagne, les défenseurs d’une approche minimaliste ou
indirecte de l’Irak semblaient avoir eu raison. Mais ils avaient
également posé les bases d’une forme particulière d’Etat
particulier, qui portera l’empreinte de la nouvelle classe
dirigeante, autoritaire et imbue de préjugés envers les diverses
communautés composant la majorité de la population.
Ce retour sur l’histoire est important, car le régime du président
Saddam Hussein est l’héritier direct de ces structures de
gouvernement. Et les Etats-Unis, s’ils cherchent à organiser
l’avenir de l’Irak, seront exposés à la même tentation que
les Britanniques en 1920. Après l’invasion et le renversement
militaire du régime, ils auront une décision à prendre. Ils
pourront essayer d’imprimer des changements fondamentaux au mode
de gouvernement - et y consacrer le temps et les ressources nécessaires.
Ou alors, ils pourront mettre en place une administration qui
satisfera à leurs principaux desiderata - respect des intérêts
stratégiques américains et maintien de l’ordre - et permettra
ainsi le retrait rapide de leurs forces. Cela aboutirait à
sanctionner aussi bien les structures de pouvoir existant que la
trajectoire historique ayant donné naissance au régime actuel.
Confrontée
à la probable résistance irakienne à un projet de « reconstruction
de l’Etat » et aux risques pour la vie de ses soldats, il
est vraisemblable que l’administration du président George W.
Bush - poussée par l’électorat américain - opte en faveur
d’un désengagement des affaires internes du pays. Ce choix
entrerait en contradiction avec de récentes déclarations qui,
faites à Washington, affirment que les Etats-Unis ont pour mission
de transformer l’Irak en « phare de la démocratie »
au Proche-Orient. Cela provoquerait aussi le désespoir parmi ces
Irakiens qui voient dans Washington la principale chance d’un
changement politique radical. Mais, pour les Etats-Unis, comme pour
la Grande-Bretagne il y a quatre-vingts ans, ce sont sans doute les
coûts et les avantages à court terme qui pèseront le plus dans
les décisions, au détriment des avantages plus lointains d’une
transformation fondamentale de la société irakienne.
Je
voudrais aussi - j’espère que mes lecteurs se sont maintenant
habitués à mes longues digressions - rappeler une partie de
l’Histoire récente à laquelle j’ai parfois été
personnellement confrontée : Depuis que le Moyen-Orient est
devenu l’un des pôles d’intérêt du monde, pour le meilleur et
pour le pire, on cite souvent les villes saintes, Jérusalem et La
Mecque, comme les symboles du judaïsme et de l’Islam, Qom en Iran
comme la ville sainte des chiites et leur lieu de pèlerinage par
excellence en oubliant Nadjaf et Karbala en Iraq dont on a tant parlé
durant ces derniers mois : elles sont au même titre que les
trois autres des villes saintes et des lieux de pèlerinage qui ont
réuni cinq millions de pèlerins en 2003. (Quelqu’un a rappelé
l’autre jour que l’anniversaire de la mort d’Husayn ne
pourraient être célébré cette année par les chiites d’Iraq
avec le même faste que l’année dernière.)
Avant de
m’intéresser plus particulièrement à Nadjaf et à son
ayatollah, j’aimerais rappeler ce que sont les imams et ayatollahs
chiites : J’ai
pu constater lors des séjours que j’ai faits à Chiraz et Ispahan
(l’entrée dans l’enceinte sacrée de Qom n’était pas autorisée
aux particuliers non musulmans) qu’ils étaient depuis longtemps
les maîtres incontestés des communautés chiites. Il n’était
donc pas étonnant qu’un conflit latent existât dès lors entre
le monde occidental du Chah et le petit peuple iranien dont le
souverain s’était assez peu soucié à son accession au trône,
oubliant très vite au milieu des splendeurs nouvelles qu’il était
lui-même d’extraction modeste et que son père avait débuté sa
carrière comme simple soldat puis sergent de l’armée iranienne.
Le lendemain
des fêtes, j’avais avec l’assentiment de mes amis décliné
l’offre de prendre le charter du retour et décidé de rester
quelques jours à Chiraz avant de me rendre à Ispahan. Je n’avais
à cette époque aucune connaissance de l’Islam et le Ramadan
n’avait d’autre signification pour moi que celle d’un jeûne
de trente jours durant lesquels les musulmans ne doivent prendre
aucune nourriture entre le lever et le coucher du soleil. J’étais
seulement curieuse de tout voir et de tout entendre. Je louais donc
un tchador, ce long rectangle de tissu gris ou noir d’origine
persique dont se couvrent les femmes iraniennes et qui est devenu
familier aux téléspectateurs occidentaux depuis la révolution
islamique, afin d’entrer sans me faire remarquer à l’intérieur
de la Grande Mosquée. Dans la cour extérieure, des milliers
d’hommes et de femmes priaient bruyamment, alternativement debout
puis prosternés sur leurs tapis de prières. Dans la mosquée,
autour de la châsse étincelante d’un saint, le bruit était
encore plus intense. Les fidèles, serrés les uns contre les
autres, pleuraient, priaient, baisaient les parois de verre serties
de pierres précieuses.
Depuis
cette époque, j’ai visité à plusieurs reprises le Maroc et la
Tunisie, je suis allée en Inde du Nord où vivent cent vingt
millions de musulmans, je suis retournée en Turquie pour un grand
voyage qui m’a conduite de la Mer Noire à la Méditerranée en
passant par l’Arménie et le Kurdistan. Je me suis peu à peu
initiée à l’Islam et je suis entrée pour m’y recueillir dans
de nombreuses mosquées sunnites : je n’y ai jamais retrouvé
cette atmosphère de fanatisme qui s’exaltait en s’extériorisant.
Je me souviens avoir pensé alors que l’occident n’était pas
entré dans les moeurs du peuple iranien et lui resterait étranger
à jamais. Seule une frange riche de la population qui envoyait au
temps du Chah ses enfants étudier aux Etats-unis était acquise à
notre manière de vivre (dont je ne suis pas ici pour proclamer
l’excellence car ses tares équivalent sans doute à ses qualités.)
Et puis la montée de l’intégrisme est telle dans de nombreux
pays qui ont fait de l’Iran leur modèle qu’il n’est plus
question aujourd’hui de déterminer le pays qui détient la palme
du fanatisme religieux d’autant plus que les pays occidentaux ont
leurs propres communautés extrémistes dont la philosophie et les
actions ne sont pas plus acceptables que le carcan iranien dur à
supporter par une partie de plus en plus importante de la
population.
Pour en
revenir à mes premières impressions qui étaient celles d’une
novice, j’avais ainsi réalisé bien avant le retour de Khomeiny
non seulement le gouffre qui existait entre les communautés chiites
et l’entourage du Chah mais également la prééminence de la
religion et l’autorité des ayatollahs : lors de mon passage à
Ispahan, une famille juive, propriétaire d’une joaillerie où
j’avais acheté quelques bijoux, m’avait invitée à dîner. Je
demandais alors à la dame la raison pour laquelle elle portait le
tchador alors qu’elle n’appartenait pas à l’Islam. Elle
m’avait répondu que, vivant dans un quartier pauvre, elle ne
voulait pas se faire remarquer par ses voisines. Le programme de
modernisation « La Révolution Blanche » que le Chah
avait lancé dans les années soixante n’avait aucune chance,
selon mes hôtes, de pénétrer dans les villages puisqu’elle était
déjà lettre blanche dans la plupart des grandes villes où de
toutes petites filles portaient (je l’ai constaté de visu) le
tchador dans les bras de leur père, les plus grandes se couvrant de
même pour aller à l’école.
Que
connaissais-je alors du coran ? Lors de mon second séjour à
Istanbul, j’avais remarqué qu’autour de certaines mosquées
anciennes se tenaient des bouquinistes qui ressemblaient à s’y méprendre
à ceux des quais de la Seine. C’est chez l’un d’entre eux que
j’ai acheté mon premier Coran dans une vieille édition publiée
en français à Istanbul même. J’étais ravie de ma trouvaille et
quand je l’eus en mains, l’ami musulman qui m’accompagnait
dans ma promenade me dit de poser intérieurement une question,
ajoutant qu’après avoir ouvert le livre saint à une page
quelconque j’y trouverais automatiquement une réponse. Je dois
reconnaître que je ne me souviens plus aujourd’hui de la question
que j’ai posée alors, il y a plus d’un quart de siècle de
cela, mais dès cet instant j’ai compris que le Coran n’était
pas un livre comme les autres. Non seulement le Musulman y reçoit
une réponse à toutes
les questions qu’il se pose, morales, sociales, techniques même
puisqu’on peut y trouver, selon les initiés, la description
d’un aéroplane ou d’un champ pétrolifère,
mais il est également et surtout un code civil et religieux que les
enfants apprennent par cœur dès leur enfance. C’est d’ailleurs
en lisant et relisant chaque sourate qu’on arrive à comprendre
comment on peut puiser dans le Coran un mode complet de vie et de règles
sans avoir à recourir à d’autres directives, ce qui est possible
avec la Bible si l’on respecte les Dix Commandements et si l’on
y ajoute les 613 devoirs religieux (mitsvot) qui émanent de la
Thora, du Talmud et des prescriptions rabbiniques mais impossible en
ce qui concerne les Evangiles. Que le Musulman veuille se marier,
avoir des enfants ou comme chez les Juifs répudier sa femme, il
sait exactement quels sont ses droits et ses devoirs à tous les
niveaux y compris pécuniaires. En cas de répudiation par exemple,
le Coran lui prescrit de rendre sa dot à la femme car il ne peut
profiter de cet argent avec une autre épouse. S’il est commerçant,
il trouve dans le Livre les parts précises qu’il doit consacrer
à son négoce, à ses employés, à sa famille, à ses domestiques
et surtout aux pauvres car la charité est un des cinq piliers de la
sagesse islamique. C’est ainsi que j’ai pu comprendre par la
suite comment sont nés des Etats théocratiques tels que l’Arabie
Saoudite, protectrice des pays musulmans conservateurs depuis Ibn
Sa’ud et surtout Faysal qui
s’est fait le champion du panislamisme et place la djihad ou
guerre sainte en tête des prescriptions du Livre, allant au-delà
des volontés du Prophète. Le Musulman doit respecter la Djihad,
soit, mais le Coran lui dit qu’un païen, un chrétien ou un juif
converti devient un musulman à part entière et ne peut plus être
attaqué sur le chapitre de la foi. S’il entreprend le pèlerinage
de La Mecque, le Livre lui indique les prières qu’il doit y
faire, les vêtements qu’il doit porter à l’extérieur ou à
proximité de la Kaaba. Il y apprend dans quelles conditions il peut
rompre le jeûne du Ramadan face à une situation imprévue ou
incontournable. Le Livre lui dit tout, lui enseigne tout, raison
pour laquelle, à la limite, l’enfant doit suivre les cours de
l’école coranique à l’exclusion de toute autre.
Pas étonnant alors que le Coran soit le seul dénominateur commun
de tout l’Islam, arabe ou non, les sourates étant dites ou lues
dans le langage du Prophète. Les traductions qui en ont été
faites sont à l’usage des mécréants que nous sommes, même
quand elles sont reconnues par les autorités du Caire comme le
splendide poème d’André Chouraqui.
Toutes
ces connaissances qui me furent données peu à peu m’ont permis
de comprendre sinon d’admettre la volonté de l’Ayatollah
Komeyni de s’en tenir au seul Livre pour gouverner, légiférer,
châtier ou guerroyer, atteignant et sans y prendre garde les
transgressant les limites du Code sacré. L’expérience iranienne
a eu depuis des émules pervers dans tous les tenants d’un
islamisme agressif, les taliban en particulier, qui nient à la
femme tout droit hors de celui de rester à la maison au service du
maître, lui interdisent d’aller à l’école ou d’occuper un
emploi. J’ai souvent pensé que le Prophète, s’il revenait sur
terre et constatait jusqu’à quel point les hommes s’étaient détournés
de sa Voie, serait horrifié comme le serait d’ailleurs Moïse ou
Jésus.
Eternelle
étudiante, je continuais à fureter chez les bouquinistes pour y
trouver des livres français sur l’Islam, Mohammed, la Turquie…
Je me souviens d’ailleurs combien je fus impressionnée par
l’amoncellement de livres que feuilletaient les promeneurs avec
une délectation que je n’avais pas ressentie en Iran sous le règne
du chah où la distinction était alors beaucoup plus nette entre la
classe riche et la classe pauvre des villages qui était à juste
titre en quête de nourritures terrestres et pour la plus grande
partie analphabète.
Après ce
très long préambule, je devrais peut-être en arriver à ce fameux
imam de Nadjaf en Iraq qu’on ne cesse de mentionner depuis que les
Américains ont fait le siège de la ville et lancer un arrêt de
mort sur le nouveau Mehdi (Messie.) Avant tout, il est nécessaire
de préciser la nature exceptionnelle de la ville de Nadjaf :
C’est bien en Iraq, terre de sanctuaires et de mausolées, qu’il
faut chercher le berceau d’une religion plus arabe que persane.
Sept des onze imams défunts de la lignée du Prophète y sont
enterrés. Nadjaf, où repose Ali, et Karbala, où, en l’an 680, périt
et fut enterré son fils Husayn, troisième imam chiite, fils
d’Ali et de Fatimah, victime d’un traquenard, sont les lieux
saints les plus révérés du chiisme. Nul doute que le pèlerinage
2003, accompli deux semaines après la chute de Bagdad par une foule
immense et ardente, gardera un parfum de revanche. Non que le régime
déchu se risqua à bannir les processions mais il muselait la
ferveur des croyants, priés de rengainer cantiques, poèmes, bannières
ou fouets de flagellant,
soumis à des contrôles tatillons comme au zèle de faux guides et
de flics en civil. Pis, en 1977, le pouvoir baasiste fit donner les
canons contre la colonne qui cheminait à pied entre Nadjaf et
Karbala. Bilan : plus d’une centaine de morts. Quelques années
auparavant, un défilé de pénitents avait eu l’audace
d’entonner des anathèmes très laïcs : « Saddam, bas les
pattes, ce peuple te rejette ! » Le calendrier religieux a toujours
aiguillonné les francs-tireurs. Dans l’Iran impérial que j’ai
connu comme je l’ai dit plus haut, la première insurrection
khomeyniste survint en 1963 à la faveur de l’Achoura, commémoration
du martyre de l’imam Husayn, au dixième jour du mois sacré de
moharram. Quant au slogan « Mort au chah ! », il retentira
quinze ans plus tard dans le sillage de croyants furieux, résolus
à détrôner un souverain assimilé au calife honni Yazid,
commanditaire du meurtre de Husayn, décapité après que sa suite
fut massacrée.
Je ne
veux pas refaire ici l’histoire du chiisme que tout le monde doit
commencer à connaître mais replacer le chiisme iraqien à sa juste
place qui est loin de satisfaire les islamistes d’Iran. Je
rappellerai seulement que le chiisme naquit d’une querelle de
succession : Quand le Prophète disparut en 632 de notre ère,
sans avoir désigné de successeur puisque ses préférences
allaient à un calife élu, la majorité des arabes et des peuples
conquis respecta le vœu de Mahomet, Ali, son gendre, devant
attendre près d’un quart de siècle avant d’être nommé calife
alors que les Persans choisirent leurs califes dans la lignée du
prophète.
Voici peu, l’ayatollah Mohammed Bakr al-Hakim, chef de l’Assemblée
suprême de la révolution islamique en Iraq (Asrii), mouvement
d’opposants iraqiens en exil, invitait ses troupes à « épuiser
tous les procédés pacifiques » pour obtenir le départ de
l’occupant américain, invoquant l’exemple du Prophète qui
tenta, treize années durant, de convertir à la vraie foi les mécréants
de La Mecque, avant de recourir aux armes.
D’autres
ayatollahs n’ont pas eu la même patience : Dès 1979,
Mohammed Bakr al-Sadr émit une fatwa proscrivant l’adhésion au
parti Baas et jugea licite le recours à la violence face à
l’oppresseur. Il fut exécuté en compagnie de sa sœur l'année
suivante, au lendemain d’un attentat manqué contre le
vice-Premier ministre, Tarek Aziz, avant qu’un tracteur ne traîne
les deux cadavres dans les rues de Nadjaf. Vingt ans plus tard, le régime
condamnera à la pendaison un autre Al-Sadr, Mohammed Sadeq. Sur un
trottoir de la cité sainte, non loin du tombeau d’Ali, on vend
sous forme de DVD les prêches du « deuxième martyr. » Le
plus demandé ? Celui qu’il prononça le 19 février 1999, le jour
même d’un assassinat qui déclencha de violentes émeutes. Dépourvu
du bagage théologique de ses aînés, l’ambitieux Muqtada Al-Sadr,
aujourd’hui porte-parole autoproclamé du peuple chiite, invoque
sa glorieuse ascendance. Déjà, ses partisans tissent leur toile
dans l’ancienne « Saddam City » au nord de Bagdad. Peuplée
de plus de 2 millions d’âmes, cette banlieue gigantesque et misérable
a d’ailleurs été rebaptisée « Medinat Sadr », la ville des
Sadr.
C’est
parce que je viens d’évoquer la toute puissance des Sadr de
Nadjaf qu’il est temps de passer au documentaire dont j’ai parlé
plus haut et que j’ai visionné hier soir : Son importance ne
relève pas tellement des images car nous en avons vu de semblables
depuis des mois mais du courage déployé par ces reporters de Kappa
pour s’infiltrer dans deux villes assiégées, remplies de
snipers, bombardées de jour comme de nuit et pour obtenir des
interviews de gens qui ne prennent plus la peine de se voiler tant
leur fureur de se battre et leur espoir de vaincre les troupes
d’occupation dépassent leurs devoirs de prudence. La première séquence
est criante de désespoir et de vérité. Un homme seul au milieu
d’une route défoncée, crie à plusieurs reprises : « C’est
ça la liberté que nous promettent les Américains, nous ne voulons
pas de cette liberté ! » Cette séquence revient à
plusieurs reprises au cours du documentaire, s’inscrivant comme le
désir de liberté de tout un peuple uni contre ses destructeurs.
Dans
certains cas, Grégoire Deniau et Stéphane Villeneuve ont pu
s’adresser à de jeunes soldats américains. Face aux deux villes
iraqiennes sunnites et chiites les plus importantes pas un seul
d’entre eux ne connaissait la signification des deux mots, à
fortiori la différence entre ces deux concepts de l’Islam. Nous
savions combien le gouvernement américain est fautif de confronter
ses troupes avec des populations dont ils ne savent rien, dont on ne
leur a rien dit avant le départ, sinon quand ils doivent tuer et
quand ils doivent épargner. J’ai peine à croire parfois qu’ils
prennent les gens pour des « bougnoules » comme
les appelle le guignol américain de Canal+ mais il faut se
rendre à l’évidence, ils en sont intimement persuadés si tant
est qu’ils pensent et réalisent parfois les erreurs d’interprétation
qu’ils sont entrain de commettre, qu’ils commettent en fait
depuis qu’ils ont entrepris des Guerres en Orient ou au Moyen
Orient. Il faut dire que leurs ancêtres ne comprenaient pas plus
l’âme d’un Indien quand ils les tuaient par milliers afin de
conquérir leurs territoires. Ce que ces hommes ont fait sur le sol
même des Etats-Unis, pour quelles raisons leurs descendants s’en
priveraient-ils dans un pays étrange dont ils connaissaient à
peine l’existence avant d’y être envoyés ?
L’anniversaire
de la mort d’Husayn n’a pu être célébré à Karbala comme
elle le fut l’année dernière puisque les pèlerins ne pouvait
accéder à la Ville Sainte mais les milliers de
combattants chiites les ont remplacés à Nadjaf et nous
avons pu voir ces hommes en armes prier et se prosterner devant leur
Mehdi, Muktada Al-Sadr, enveloppé dans le drap blanc du martyr.
Bien que sa tête soit mise à prix par les Américains, ce petit
homme bedonnant s’est toujours montré ouvertement à ses troupes
qui, si elles ne se sont pas flagellées comme il est de coutume,
ont hurlé leur espoir de mourir pour leur grande cause.
(Aux dernières nouvelles, Moktada Sadr a été arrêté le 27
juin par les Américains : Je décris dans la note 7 de bas de
page les évènements qui ont précédé cette arrestation.)
L’évêque
de Bagdad et un imam
sunnite sont venus se joindre aux révoltés chiites et l’homme
d’église, l’imam et l’ayatollah ont fait une déclaration œcuménique
dont les Américains devraient tirer une leçon s’ils en ont
encore le désir : ils avaient cru pouvoir dans un premier
temps réunir autour d’eux tous les opposants au régime de Saddam
Hussein mais ils sont arrivés en fin de compte au résultat
contraire, dressant les différentes communautés contre eux car
elles n’acceptent pas la destruction de ce pays qui est leur
depuis des millénaires et la mort de milliers de victimes qui sont
devenus à leurs yeux autant de martyrs.
Oui, je crois que l’intérêt du documentaire de Grégoire Deniau
et Stéphane Villeneuve émane surtout de la possibilité, parfois
de la permission qu’ils ont obtenue de voir les gens et de les
interroger, filmant ces différentes séquences qui sont pour nous
autant de témoignages historiques. Pour terminer comme se
termine le documentaire, regardons à nouveau cet homme, seul sur sa
route défoncée et criant à plusieurs reprises : « C’est
ça la liberté que nous promettent les Américains, nous ne voulons
pas de cette liberté. »
Dès 1979, Mohammed Bakr al-Sadr émit une fatwa proscrivant
l’adhésion au parti Bath et jugea licite le recours à la
violence face à l’oppresseur. Il fut exécuté en compagnie
de sa sœur l'année suivante, au lendemain d’un attentat
manqué contre le vice-Premier ministre, Tarek Aziz, avant
qu’un tracteur ne traîne les deux cadavres dans les rues de
Nadjaf. Vingt ans plus tard, le régime condamnera à la
pendaison un autre al-Sadr, Mohammed Sadeq. Sur un trottoir de
la cité sainte, non loin du tombeau d’Ali, on vend sous forme
de DVD les prêches du « deuxième martyr. » Le plus
demandé ? Celui qu’il prononça le 19 février 1999, le jour
même d’un assassinat qui déclencha de violentes émeutes. Dépourvu
du bagage théologique de ses aînés, l’ambitieux Muqtada
al-Sadr, porte-parole autoproclamé du peuple chiite, invoque
aujourd’hui sa glorieuse ascendance. Déjà, ses partisans
tissent leur toile dans l’ancienne « Saddam City », au nord
de Bagdad. Peuplée de plus de 2 millions d’âmes, cette
banlieue gigantesque et misérable a d’ailleurs été rebaptisée
« Medinat Sadr », la ville des Sadr. J’ajoute que
Muqtada al-Sadr revêt déjà pour haranguer ses foules l’étole
blanche du martyr.
Ensablé
dans une confrontation sanglante avec les quelque 2.000 insurgés
sunnites retranchés dans Falloudja, l’état-major américain
a retiré ses troupes sur des positions plus éloignées de la
ville, confiant à la police irakienne et à une nouvelle force
composée d’anciens soldats de Saddam Hussein le soin d’y rétablir
la sécurité. Plusieurs commandants américains ont souligné
que cette nouvelle stratégie, tournant le dos à la politique
de « débaassification » de l’Iraq mise en oeuvre
il y a un an, était une « expérience » susceptible
d’être annulée. Pas question non plus pour eux de renoncer
à retrouver les meurtriers de quatre civils américains à
Falloudja le 31 mars, dont le lynchage a déclenché
l’offensive des « marines. » A Washington, un
porte-parole du Pentagone a souligné que les Etats-Unis
suivraient « les yeux grands ouverts »
l’application de cet accord de Falloudja. Mais pour de
nombreux Iraqiens, l’arrivée du général Djassim Mohamed
Saleh, ancien de la Garde républicaine (garde prétorienne du
dictateur) et de ses hommes et le retrait des « marines »
ressemblent à une débâcle militaire pour l’armée américaine.
« Allah nous a donné la victoire sur les Américains »
pouvait-on entendre depuis le haut-parleur d’une mosquée de
la ville. « Cette victoire est le fruit des actes de
bravoure des moudjahidine (combattants
de la guerre sainte) de Falloudja qui ont vaincu les troupes américaines. »
« Je suis certain que les Américains ne reviendront pas
dans cette ville après la leçon que leur a infligé la
population de Falloudja », affirme un habitant, Faouak
Djabbar.
Je crois que Marc-Alain Ouaknin est arrivé à peu près au même
conclusion en ce qui concerna la Bible dans son dernier livre
que je n’ai pas encore lu : « Le Mystère des
Chiffres. »
Je suppose que
j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer ce qu’était le
wahhabisme qui est né en Arabie Saoudite sous le règne
Ibn’Saoud mais comme j’ai l’intention de parler de
l’imam de Nadjaf, il n’est pas inutile que je précise une
fois de plus ce qu’est cette doctrine : Le wahhabisme,
doctrine politico-religieuse, tire son nom de son fondateur,
Mohammed ibn Abd el Wahhab, mort en 1792 en Arabie. Cette
doctrine, qui gouverne l'Arabie saoudite grâce à l’alliance
entre les descendants d’ibn Abd el Wahhab et ceux d’Ibn
Saoud, fondateur du premier royaume saoudien, prône un retour
à la pureté originelle de l’Islam. Elle condamne la pratique
du culte des saints ( maraboutisme), les pèlerinages à leurs
tombeaux, l’usage du chapelet. Elle interdit la mixité, le
cinéma, la musique et le tabac. Elle impose le port de la barbe
aux hommes et celui du « djelbab » (voile recouvrant
le corps et le visage), ou au moins de « l’abaya »
(vêtement ample cachant les formes du corps), aux femmes. Tout
ce qui s’oppose à cet islam, sévèrement codifié à partir
d'une lecture littérale des textes coraniques, est considéré
comme « bidâa »
(invention humaine), et donc contraire à la chariâa (loi
divine).
Voici qui devrait faire réfléchir les islamistes qui
contestent à l’Etat laïque le droit d’interdire le port du
voile dans l’enceinte de l’école publique. S’ils
connaissaient mieux « leur » version du coran, ils
verraient que les femmes et les filles doivent rester à la
maison et les garçons ne fréquenter « que » l’école
coranique, à l’exception de toute autre !
Je crois me souvenir que j’ai parlé des flagellations
auxquelles j’ai assisté en Iran quand j’ai fait l’analyse
du livre de Saideh Pakravan : « The Arrest of
Hoveyda » (L’Arrestation d’Hoveyda.)
Le jeudi 27 juin, Moktada Sadr a proposé de retirer ses
miliciens de Nadjaf afin de mettre un terme aux combats avec les
forces américaines, a indiqué le conseiller à la sécurité
nationale iraqien Mouaffak al Roubaïe, citant un communiqué de
Sadr qui précise que l’imam proposait le départ de ses
combattants non originaires de Nadjaf en échange du retrait des
forces américaines et de l’abandon des poursuites engagées
à son encontre pour un meurtre commis en 2003 : « Afin
de mettre un terme à la situation tragique à Nadjaf et à la
violation des lieux saints, je fais part de mon accord pour ce
qui suit : la fin de toutes les manifestations armées, l’évacuation
des bâtiments public et le retrait de tous les combattants de
l’Armée du Mehdi. »
Recherché
mort ou vif par les Américains, Sadr invite également les
forces américaines déployées à Nadjaf à se replier dans
leurs bases afin de laisser la police iraqienne prendre le contrôle
de la sécurité de la ville. Il dit également souhaiter
l’ouverture de négociations avec la communauté chiite
irakienne, majoritaire dans le pays, sur l’avenir de l’Armée
du Mehdi que les Etats-Unis veulent démanteler. Les miliciens
de Sadr ont, comme je l’ai montré dans le texte, pris les
armes début avril contre les forces emmenées par les
Etats-Unis dans les villes chiites du sud de l'Irak et dans
certains quartiers de Bagdad. Les dignitaires chiites iraqiens désapprouvent
la stratégie adoptée par l’imam radical. Sans attendre de réponse
officielle, Moktada Sadr a commencé à retirer ses miliciens de
la ville. .
J’ai d’ailleurs remarqué lors du passage d’une
ambulance qui recherchait des blessés pour les conduire à un hôpital
de fortune que l’infirmier, quand il repérait une victime décédée,
disait : « voici un martyr. »
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