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Il
est évident qu’écrire des Mots…dits quelques jours après les
évènements tragiques du 11 Mars me paraît futile. Un silence
recueilli serait de mise et non des paroles qui, aujourd’hui, sont
autant de pavés dans la mare. Comment des mots peuvent-ils en effet
exprimer l’angoisse devant l’horrible, l’insoutenable ?
Et puis, il y a au fond de nous, en même temps que de la
compassion, une dose extrême d’égoïsme. Nous plaignons les
victimes d’Atocha de tout notre cœur mais nous pensons au même
instant : A quand notre tour ? A quand mon tour ? Et
nous supputons : l’Espagne, d’accord, ses troupes étaient
engagées aux côtés des Etats-Unis dans le conflit iraqien, la
Grande-Bretagne, l’Italie, la Pologne, d’accord, mais la France
a été dès le début contre un engagement militaire, elle ne
risque rien, n’est-ce pas ? Alors le problème de la loi sur
la laïcité surgit dans nos têtes :
nous avons appris qu’une lettre a été reçue hier 16 mars
par le chef du gouvernement et plusieurs journaux dans
laquelle un groupe islamiste qui se fait appeler « les
serviteurs d’Allah le puissant et le sage » menace la France
et les intérêts français à l’étranger d’attentats. Ces
menaces ont semble-t-il été signées du nom du chef du commando
islamo-tchétchène Movsar Baraïev à l’origine de la prise
d’otages du théâtre de Moscou en octobre 2002 (1).
Nous nous demandons par la même occasion si les menaces d’AZT ne
vont pas tôt ou tard se concrétiser… et nous sommes bien obligés
de revenir à la case départ. Nous sommes dans le collimateur des
terroristes au même titre que tous nos partenaires européens. Il
faut bien faire avec et ne pas se voiler la face.
Alors
une autre question se pose : Solidaires d’accord mais contre
quoi, contre qui ? Contre cette « nébuleuse » Al
Qaida dont les ramifications paraissent étendre leurs tentacules
sur le monde entier ? Que signifie ce mot d’ailleurs ?
Nul besoin de chercher très loin : le Petit Larousse me dit
qu’au sens propre c’est un vaste nuage de gaz et de poussières
interstellaires. Comme je ne comprends pas très bien le langage
scientifique, je passe au sens figuré : C’est un
rassemblement d’éléments hétéroclites, aux relations imprécises
et confuses.
Nous
voilà bien ! Comment lutter contre un tel rassemblement ?
J’ai presque envie de dire que les guerres d’antan
avaient du bon parce que les opposants se trouvaient face à
face sur un champ de bataille défini à l’avance et comme les
hommes n’ont jamais pu s’encadrer, au moins ils savaient où
tirer ! Et encore, ce n’est pas vrai dans le cas d’Attila
puisqu’il détruisait tout sur son passage ! Comme quoi, il
n’y a jamais de vérité absolue. Prenons les Américains :
Ils furent pour un temps convaincus par Bush et Colin Powell que
partir en guerre contre l’Iraq à la recherche des armes de
destruction massive était une priorité absolue et le commencement
de la fin. Leur revirement vis-à-vis du Président avait bien
entendu en arrière-plan, désormais indissociable des mémoires américaines,
les destructions du 11 septembre. Au départ, la question de savoir
si Saddam Hussein était la cible comme terroriste en chef du pays
n’était même pas débattue. Les Américains et leurs alliés
n’accordaient plus leur confiance à l’ONU, ils voulaient
trouver leur butin parce qu’ils pensaient avoir plus d’atouts
pour le faire que les inspecteurs officiels.
Les médias
qui ont gobé ou en tout cas publié toutes les informations
fournies non par les évènements comme il est d’usage mais par
l’exécutif ne savent plus à l’heure actuelle à quel saint se
vouer. Devant l’absence concrète d’armes de destruction
massive, Bush a décidé de se rabattre sur la capture de Saddam
Hussein et de ses acolytes. Personne n’a d’ailleurs jamais mis
en doute le fait que l’homme fut un des dictateurs les plus
ignobles de tous les temps mais puisque la piste suivie n’était
plus la même qu’au départ, il est peut-être utile de rappeler
qu’il n’a pas perpétré les attentats du 11 septembre contre
les Tours du World Trade Center ni ceux de Bali, du Maroc, du
Pakistan… ou ceux d’hier à Madrid : C’est la nébuleuse,
il faut bien le reconnaître !
Qui
parmi les journalistes américains avait osé dire à Bush dès le départ
qu’il se trompait de cible : Susan Sontag à laquelle je voue
toute mon admiration depuis des années et quelques professeurs dont
Francis Boyle, Noam Chomsky, Gore Vidal, Howard Zinn, Edward Saïd…
auxquels on a depuis mené la vie dure dans les Universités où ils
enseignaient, les menaçant même d’expulsion pour certains
d’entre eux. D’autres au contraire parmi lesquels Samuel
Huntington, Francis Fukuyama avaient fait paraître dans Le Monde un
manifeste adressé à leurs homologues du vieux continent dans
lequel ils se déclaraient solidaires des valeurs américaines et de
ce qu’ils appelaient « une guerre juste. »
Un
article d’Olivier Pascal-Mousellard dans le Télérama de cette
semaine (13 au 19 mars 2004), « Un an de désinformation
massive », montre le revirement des médias américains qui,
du New York Times à la chaîne CNN en passant par USA Today et
Time, n’ont jamais pris la peine d’étudier les faits et ont
donné un satisfecit absolu à la parole sacrée de la Maison
Blanche. On avait même pu lire dans le Wall Street Journal : Si vous
croyez l’Iraq, c’est que vous êtes probablement un inspecteur
suédois », paroles
moqueuses à l’égard de Hans Blix prononcées par des personnes
trop sûres d’elles.
Aujourd’hui,
à la veille de l’anniversaire du déclanchement de la guerre
d’Iraq, le 20 mars 2003, et face à des évènements dont ils
n’ont jamais supputé l’ampleur
- attentats quotidiens contre les troupes engagées, mort de plus de
deux cents GI’s, découverte d’ethnies, chiites, sunnites,
kurdes…, dont les simples soldats ne connaissaient ni les idéaux,
ni les divergences, ni parfois l’existence même - les médias se
rattrapent : Le mensuel « Mother Jones » parle de l’usine à mensonges,
le New York Times évoque la
version de Bush, le révisionnisme de Bush , Bush
en plein déni. Le
Washington Post ironise sur l’Arsenal de Papier. On peut lire Bush est un menteur
à ranger
parmi les Présidents les plus malhonnêtes de l’Histoire américaine.
Bill
O’Rilly de Fox News Channel qui atomisait les opposants à la
guerre présente ses excuses aux téléspectateurs :J’avais tort et je pense que
les Américains devraient se sentir préoccupés (doux euphémisme !) Je
suis beaucoup plus sceptique sur l’administration Bush
aujourd’hui.
Au
moment même où je parle des journaux américains et du virage
qu’ils ont dû prendre après une année de bons et loyaux
services, je me souviens que durant mes études universitaires
(1968-1975) j’ai écrit un papier sur la presse américaine, cette
« fourth branch of governement » (la quatrième branche
du gouvernement), ce qui voulait dire aussi puissante que l’exécutif,
le législatif et la Cour Suprême. Il ne serait donc plus de mise
aux Etats-Unis de dénoncer les manœuvres du chef de l’Etat (au
moment même où elles se produisent) comme l’ont fait les
journalistes du Washington Post au temps de « Water Gate »,
révélations qui portaient sur cinq individus appréhendés en 1972
par la police alors qu’ils inspectaient le siège du Parti Démocrate
(immeuble du Watergate à Washington) et la responsabilité de la
Maison Blanche dans l’affaire. Accusé d’avoir entravé
l’action de la justice, Nixon dut démissionner en 1974 avant
d’avoir à subir le processus de l’ « impeachment. »
Les excuses que présentent aujourd’hui les journaux à leurs
lecteurs et les médias à leurs téléspectateurs suffiront-elles
à les dédouaner ? Sans doute, puisque les hommes ont la mémoire
courte…
Je ne puis m’empêcher à cette minute même de comparer
« le jeu » d’Aznar à celui de Bush. Tous deux, pour
appliquer leur politique en toute impunité, ont exercé leur
influence sur les médias avec cette excuse pour le second : la
découverte il y a une quinzaine de jours d’une camionnette de
l’ETA contenant cinq cents kilos d’explosifs a pu l’amener
dans un premier temps à se poser des questions mais il aurait dû
très vite se pencher sur d’autres faits et d’autres sources. Je
connais mal les journaux espagnols, ne les ayant véritablement découverts
que durant les nombreuses interviews de journalistes depuis quelques
jours mais j’aimerais être persuadée que certains ont publié
les informations sous la contrainte. Cette contrainte a en tout cas
été exercée sur les ambassadeurs espagnols de par le monde, les
priant de faire savoir aux pays concernés que les attentats de
Madrid était l’œuvre de l’ETA à l’exclusion de toute autre
entreprise terroriste.
Bush
a plus de chance peut-être qu’Aznar qui a été pris à temps
dans l’imbroglio de ses déclarations. Le Président américain
dispose encore de quelques mois avant les élections pour trouver
une tactique politicienne qui lui permettrait de regrouper ses
partisans. Il faudrait qu’un grand coup frappe « la nébuleuse »
suite à une entreprise solidaire de l’Europe et des Etats-Unis
simultanée au désengagement des forces américaines en Iraq (pour
autant qu’il soit possible à court terme.) Seulement personne au
monde, je le crois, n’est capable d’évaluer les moyens
d’actions d’Al Qaida et de tous ses satellites. Je suppose que
cette djihad atroce entreprise par des fanatiques n’a pas et
n’aura jamais d’équivalent parmi les « croisés »
de nos démocraties qui promettent beaucoup mais n’ont pas
toujours les possibilités d’accomplir (je n’entrerai pas
aujourd’hui dans des considérations politiciennes ou
capitalistes.) Je continue à penser que les Etats-Unis et
l’Europe devraient se concerter sérieusement pour trouver et
proposer aux parties concernées une solution à la guerre entre
Israël et la Palestine. La conséquence d’une réussite ne serait
sans doute pas la disparition de la « nébuleuse »
mais un grand coup lui serait porté.
Avant
de terminer, je me tourne une fois de plus vers l’Espagne en
souhaitant que le prochain chef du gouvernement soit plus clair et
objectif dans ses déclarations et ses initiatives que le précédent.
Je me recueille comme je l’ai toujours fait après les évènements
dramatiques perpétrés durant ma déjà longue existence.
(1)
Les dernières informations données par la presse laissent
penser que
ce
message pourrait n’être
qu’une manipulation, peut-être d’un mouvement d’extrême
droite, destinée
à semer la confusion
et la crainte.
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