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Je
ne voudrais pas donner à ces Mots…dits le nom du film de Mel
Gibson parce que je ne
peux pas recommencer chaque fois le « coup » de la magie
des nombres et des chiffres : parler d’un livre avant de
l’avoir lu ou d’un film avant de l’avoir vu. J’aimerais
seulement faire part de quelques réflexions qui me sont venues en
écoutant les points de vue de différents personnages sur les différents
« antis » qui, outre les discussions sur les prochaines
régionales, le mécontentement des scientifiques, des archéologues
ou des intermittents du spectacle… sont notre pain quotidien.
Passions
extrêmes
Je
n’ai pas l’intention d’aller dans l’ordre chronologique,
simplement de faire appel à ma mémoire. Michel Boujenah était il
y a quelques jours l’invité de Laurent Ruquier dans son émission
« On a tout essayé. » Il venait entre autres présenter
le DVD de son film à
grand succès « Père et Fils. » Un des membres de l’équipe
dont je n’apprécie pas toujours les questions lui demanda s’il
l’aurait traité d’antisémite parce que le film, sortant
aujourd’hui dans l’atmosphère que l’on sait, ne lui avait pas
plu et qu’il l’avait déclaré ouvertement. Michel Boujenah,
visiblement agacé par ce genre de propos, répondit qu’il en
avait assez d’entendre parler tous les jours d’antisémitisme,
d’antijudaïsme, d’anti islamisme… que tous les goûts étaient
dans la nature et qu’il était en particulier contre la
suppression du spectacle de Dieudonné à l’Olympia, non pas
qu’il ait apprécié les déclarations de l’humoriste loin de la
scène, au contraire il les avait détestées, mais parce que les
lobbys juifs n’avaient à proférer de menaces contre quiconque.
Ceci dit, il a reproché à Dieudonné d’avoir fait le jeu de ses
détracteurs et de n’avoir pas déclaré qu’il donnerait le
spectacle en assurant sa propre sécurité comme lui-même l’avait
fait à maintes reprises sans jamais en parler à quiconque et suite
aux menaces (de mort y comprises) dont il avait été l’objet
s’il se produisait sur scène. J’ai trouvé la réponse de
Boujenah époustouflante et j’aimerais que de nombreux humoristes
aient son courage et son à propos.
Je
passe maintenant à l’émission de Marc-Olivier Fogiel sur la
3 « On ne peut pas plaire à tout le monde » dont
je ne retiendrai que l’intervention d’un prêtre traditionaliste
en retraite qui a été invité par Mel Gibson à célébrer tous
les matins la messe en latin pendant qu’il tournait « La
Passion du Christ » car l’évêque canadien qui le fait
habituellement avait été rappelé par sa hiérarchie. J’ai été
offusqué par chacune des paroles de cet homme qui vit à Rome et
qui devrait être excommunié depuis longtemps par le Vatican pour
non respect avéré des « consignes » de Vatican II, à
savoir en tout cas que le peuple juif n’est pas un peuple déicide.
Il a dit que tout dans le film était véridique et que les
campagnes menées par les médias et les Américains eux-mêmes
contre la sortie en salle étaient de pures inventions de
journalistes. Quand Marc-Olivier Fogiel lui a rapporté les propos négationnistes
du père de Mel Gibson, il a nié une fois encore la réalité de
ces dires.
Parmi
les invités de Marc-Olivier Fogiel, seule Marie Laforêt - ses
remarques m’ont fait très mal - s’est trouvée en plein accord
avec les propos du monsieur même quand il a affirmé que les Juifs
avaient fabriqué la croix. Jamais je ne me souviendrai plus
qu’elle avait de beaux yeux… Il semble que le très conservateur
Cardinal Lustiger ait des réserves à l’égard du film et des
images proposées par Mel Gibson, c’est tout à son honneur. Je
souhaite que le Vatican, en la personne de Jean-Paul II, exprime de
semblables réserves.
Je
rappelle ici que « La Passion du Christ » est un
film de l’acteur, réalisateur et producteur Mel Gibson qui, dès
la fin de son tournage et avant même sa sortie dans les salles, fut
assuré d’un énorme succès grâce au soutien actif des communautés
religieuses qui ont acheté plus de deux millions de DVD fabriqués
pour les besoins de la cause. « Je suis victime de persécutions religieuses, en tant
qu’artiste et en tant qu’homme », s’est lamenté le réalisateur
dans les colonnes du Los Angeles Time. Depuis plus d’un an,
il est la cible de vives critiques de la part de membres influents
de la communauté juive qui lui reprochent d’attribuer aux juifs
la responsabilité de la mort du Christ, dans la lignée des
Evangiles. L’auteur s’en défend, avec virulence. Le New York
Times relate ses propos, tenus en prime time sur la chaîne ABC.
« L’antisémitisme est un péché, tous les conseils papaux
l’ont condamné, c’est totalement antichrétien. »
Si
l’on met de côté la polémique théologique, on peut s’étonner
de voir l’acteur afficher ainsi un profil de martyr quand on pense
au succès dont le film est d’ores et déjà assuré. « La
Passion du Christ » est sortie en salle aux Etats-Unis le 25 février
- sa sortie n’est pas encore programmée en France - à
l’occasion du mercredi des Cendres et du début du carême dans le
calendrier catholique. Comme le réalisateur le pensait, il a
rapporté en ce premier jour plus de vingt millions de dollars,
remboursant ainsi Mel Gibson de son investissement personnel de 25
millions de dollars. J’ai vu, estomaquée tout de même, quelques
personnes à la sortie du cinéma dire toute l’admiration
qu’elles avaient ressentie durant la projection. Certains des
spectateurs étaient venus directement de l’église où ils
avaient assisté à la messe des Cendres.
Mel
Gibson appartient à une communauté catholique traditionaliste qui
rejette les réformes de Vatican II sur le déicide. De qui
a-t-il hérité cette « tentation » pour l’évangélisme ?
De son père Hutton Gibson qui a passé les deux dernières décennies
à publier en Australie une revue qui véhicule ses imprécations
contre la libéralisation de l’Eglise catholique. Hutton Gibson
s’élève contre le contrôle des naissances, l’avortement
volontaire mais surtout contre l’œcuménisme. L’Eglise
Catholique demeure la seule et véritable Eglise dont la mission est
de convertir tous les êtres humains de la planète aux
enseignements originaux traditionnels. Il considère comme blasphématoire
le fait que l’Eglise ait permis l’entrée en son sein des
francs-maçons et l’évêque traditionaliste excommunié,
Monseigneur Lefèbvre, ne trouve même pas grâce à ses yeux, ce
qui en dit long sur ses idées extrêmes.
Une
semaine avant la sortie du film, Hutton Gibson a répété ses allégations
selon laquelle l’holocauste était exagéré. Dans une interview
sur une radio américaine, il a dit que de nombreux Juifs comptés
comme des victimes des camps du régime nazi avaient fui en
Australie ou aux Etats-Unis, ajoutant que les chambres à gaz et les
fours crématoires n’étaient pas entièrement de la fiction mais
presque car ils n’auraient pas été capables d’exterminer
autant de personnes. « Savez vous ce qu’il faut pour se débarrasser
d’un corps ? Pour l’incinérer ? Il faut un litre de pétrole
et vingt minutes. Alors, six millions. Les Allemands n’avaient pas
de gaz en assez grande quantité pour le faire. C’est la raison
pour laquelle ils ont perdu la guerre. »
Si
j’ai été offusquée par les propos du prêtre que j’ai vu chez
Marc Olivier Faugiel, je ne l’ai pas été moins Vendredi 27 février
dans l’émission d’Emmanuel Chain « Merci pour l’Info »
sur Canal+ où des informations nous ont été données sur les réactions
des traditionalistes français qui
se sont regroupés en association pour en obtenir la distribution du
film en France. L’animateur de la campagne, Daniel Hamiche, éditeur,
royaliste de la branche légitimiste, déploie une activité tous
azimuts en faveur de ce film « prodigieux », « miraculeux. »
Bernard Antony, président de l’association Chrétienté-Solidarité,
qui regroupe la mouvance catholique du Front national, a également
dénoncé une « censure. » Le Mercredi des Cendres,
Daniel Hamiche avait animé une conférence-débat à Bordeaux sur
le film avec l’un des prêtres français ayant assisté Mel Gibson
pendant le tournage : L’abbé Michel Debourges. Ce dernier, membre
du très traditionaliste « institut du Christ Roi Souverain Prêtre
», a célébré quotidiennement la messe en latin pour le réalisateur
lors du tournage des scènes en extérieur à Matera, dans le sud de
l’Italie. Un autre Français, le père Jean Charles Roux, a également
fourni son assistance à Mel Gibson. Je suppose que c’est ce
dernier que j’avais vu chez Marc-Olivier Fogiel car l’abbé
Michel Debourges est plus jeune et je l’ai revu au cours d’un
voyage qu’il fait en France pour demander aux catholiques
traditionalistes de réclamer la sortie du film.
J’ajouterai
que durant l’émission d’Emmanuel Chain le Père Alain de la
Morandais, tout en affirmant qu’il n’avait aucun désir de voir
le film, s’est déclaré comme tous les tenants de la liberté
d’expression contre l’interdiction de sa sortie. C’est la
position de Laurent Weill et de Michel Laroque qui ont vu le film à
Los Angeles et l’on trouvé à la fois très moyen et trop violent
mais sont aussi contre toute interdiction parce que le public est
assez adulte pour se prendre en mains et juger en son âme et
conscience. Abel Jafri, un acteur musulman qui jouait un gardien du
temple, était un des invités de l’émission : il ne l’a
pas trouvé antisémite et a déclaré qu’il aurait refusé le rôle
s’il l’avait jugé contraire à ses propres convictions. Il a
dit que le plus difficile avait été d’apprendre l’araméen et
le latin ancien, langues dans lesquels s’exprimaient les hébreux
d’une part, les soldats romains d’autre part. Il a également
suivi l’un des offices donnés dans la chapelle du réalisateur
qui bien sûr encourageait tous les acteurs et techniciens à le
faire mais n’a pas été convaincu par la performance…
Il
semble que je veuille sauter du coq à l’âne mais si j’ai parlé
du « film » alors que j’avais décidé de ne pas le
faire (une des contradictions de l’âme humaine et de la mienne en
particulier !) c’est parce que d’une part, je voulais
parler de tous les « antis » mais également parce que
les convictions de Mel Gibson héritées de son père m’ont étrangement
rappelé celles de Tariq Ramadan héritées, elles, de son grand-père
et de son père. Dans les deux cas, ne peut-on employer une
expression sans doute éculée mais si actuelle en l’occurrence :
« Tel père, tel fils » ?
Je
rappelle ici que l’organisation des Frères Musulmans a été créée
en Egypte en 1928 par Hassan Al-Banna, le grand-père de Tariq
Ramadan. Al-banna pensait que le principal danger pour l’Islam
provenait de l’influence des idées occidentales, aussi prêchait-il
le rejet de toute notion occidentale. Cette
idée du retour à la « pureté » de l’Islam des
origines et de l’éradication de toute influence ou institution
non islamique est au cœur de la doctrine d’Al-Banna, et elle
influencera durablement le courant de pensée qu’il a fondé. On
la retrouvera plus tard, notamment chez Al-Tourabi, au Soudan, chez
l’Ayatollah Khomeiny, en Iran, et jusque chez Ben Laden.
L’antisémitisme
des Frères musulmans était un mélange d’antijudaïsme musulman
traditionnel et d’antisémitisme moderne européen. Cet antisémitisme
virulent explique le rapprochement idéologique entre les Frères
musulmans et le nazisme, qui s’exprima notamment par l’asile
offert aux dirigeants nazis après la défaite de l’Allemagne en
1945. Pour les disciples d’Al-Banna, l’extermination des Juifs
par Hitler était dans le meilleur des cas ignorée quand elle n’était
pas justifiée ouvertement (voir Hutton Gibson !)
La
personnalité du père de Tariq Ramadan est beaucoup moins connue en
Occident que celle de son grand-père, bien qu’il ait joué un rôle
non moins important dans l’histoire du fondamentalisme islamique
contemporain. Said Ramadan est né le 12 avril 1926 à Shibin El Kom,
au nord du Caire. A l’âge de quatorze ans, il entend parler
Hassan Al-Banna dans une conférence à Tanta et rejoint le
mouvement des Frères musulmans. En 1946, après des études de
droit à l’université du Caire, bastion de la Confrérie à cette
époque, le jeune homme est choisi par Al-Banna - dont il deviendra
le gendre - pour être son secrétaire personnel, et également l’éditeur
de la revue islamique Al Shihab.
Je
ne reviens pas sur Tariq Ramadan lui-même, j’en ai suffisamment
parlé dans d’autres Mots…dits. Je viens d’ailleurs
d’apprendre qu’il ne pourrait plus se targuer de son titre de
professeur d’Islamisme à l’Université de Genève car celle-ci
ne lui a pas renouvelé son contrat à la rentrée de Janvier 2004.
Je m’arrête donc, je crois en avoir assez dit pour cette fois sur
les extrémistes et les extrémismes de tous bords qui, comme l’a
si bien montré Michel Boujenah, ne font que nous pourrir
l’existence.
Additif :
Au moment où les discussions, les commentaires, les allégations,
les cris du cœur, les avertissements, les menaces, les déclarations d’amour
au Christ de Mel Gibson… n’en finissent pas de remplir les pages
de tous les médias et des informations télévisées, on nous a
reparlé le 28 février de la pédophilie aux Etats-Unis. Est-ce un
hasard, une coïncidence, est-ce une volonté de ne rien cacher,
face à cette vision d’un public chrétien exalté, de la laideur
avérée de certains prêtres ? Je ne sais mais nous avons
appris que 4 392 prêtres catholiques sont accusés d’agression
sexuelle sur mineurs, selon une étude nationale réalisée par le
John Jay College of Criminal Justice à New York, publiée vendredi
27 février. Près de 11 000 enfants auraient été victimes de
leurs attouchements entre 1950 et 2002.
Les
évêques ont tenté de cacher cela pendant des années mais
certains d’entre eux semblent vouloir aujourd’hui témoigner :
Jeudi 26 février, l’archevêque de Boston, Monseigneur Sean O’Malley,
a révélé que 162 de ses religieux avaient été accusés
d’agression sexuelle sur 815 enfants depuis 1950. Sept d’entre
eux seraient responsables à eux seuls des abus sexuels subis par
plus de la moitié des victimes.
L’archidiocèse
de Boston a dû verser 97, 12 millions d’euros à titre de
compensation à des victimes d’abus sexuels. Monseigneur O’Malley
a succédé au Cardinal Bernard Law, obligé de démissionner en décembre
2002 après avoir été accusé d’avoir couvert systématiquement
le scandale des prêtres pédophiles et de s’être contenté de
muter ces prêtres de paroisse en paroisse. Ceci dit, il semble
qu’on n’ait révélé jusqu’ici aucun nom de prêtre au
public. Je sais bien que les évangélistes et les chrétiens
traditionalistes rétorqueront que toutes ces fautes sont imputables
aux prêtres qui relèvent du Vatican et que les leurs sont
infaillibles. Oui mais…
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