Je viens comme j’en ai pris l’habitude depuis deux ans de continuer sur
les Cévennes après mon festival de scrabble
vichyssois pour passer quelques jours
avec Jacques et Marie. Bien que la route
à partir de Marvejols soit toujours
semée d’embûches - je veux parler des
innombrables lacets qui la jalonnent
- j’attends avec impatience l’apparition
du magnifique théâtre de verdure qui
se prolonge jusqu’à Florac puis la corniche
des Cévennes où je peux rêver de Stevenson
et Modestine tout en prenant le risque
de dépasser des camions si démesurés
que me rabattre en vitesse est un risque
que je ne devrais plus prendre.
Deux heures, je n’ai mis que deux heures pour venir de Marvejols !
C’est ainsi que je m’adresse à Jacques
qui est venu m’attendre au café de la
Bourse de St Jean du Gard afin de me
précéder sur la route qu’on doit emprunter
pour monter à Caderle pendant les travaux
d’adduction d’eau. Je ne lui raconte
pas mes prouesses de Vichy qui furent
plutôt des contre-performances…, les
seuls bons moments ayant été les repas
du soir où nous nous réunissions au
bord de l’Allier pour profiter enfin
de la fraîcheur et commenter les tournois
du jour qui devenaient moins rébarbatifs
à la douceur du crépuscule.
L’arrivée à Caderle, c’est le bonheur de revoir Marie, de retrouver le
jardin, les fleurs, les chats, Flamme
qui vieillit un peu trop vite mais aboie
plus souvent que naguère, la terrasse
où il fait si bon vivre, la chambre
qui m’est devenue familière, le bureau
où Jacques me cède avec plaisir son
ordinateur, les repas d’une Marie plus
que perfectionniste (je ne vous dis
pas la bourride au flétan qu’elle nous
a préparée le jour où ses parents sont
venus me voir, suivie d’une île flottante
et de cookies que je n’ai pas très bien
su cuire au micro-onde mais que Jacques
a aimés parce qu’il les veut croquants
et que de toutes façons il raffole de
tout ce qui est sucré)… et surtout nos
bavardages du soir qui sont allés de
Jésus et des Esséniens à Chopin et Rubinstein
en passant par les grèves qui me permettent
de passer plus de temps avec mes profs
préférés, la laïcité, la position du
Vatican vs la prochaine charte de l’Europe,
Wagner qui fut durant mon séjour le
thème d’une émission de Mezzo, Wagner
dont nous écouterons toujours avec la
même passion la Tétralogie même après
que les invités aient souligné son antisémitisme
exacerbé. Si Daniel Barenboïm peut le
diriger, qui sommes-nous, humbles mortels,
pour le repousser !
Jésus, décidément il me poursuit et peut-être bien qu’un jour il va me
rattraper avec tous les arguments que
Marie m’a présenté en sa faveur. Elle m’a donné à
lire
les trois volumes de Mircea Eliade : Histoire
des croyances et des idées religieuses
et son Traité d’Histoire des Religions.
Elle ne s’imagine tout de même pas qu’en
trois soirées je vais venir à bout de
ces ouvrages. Il faudrait être une ogresse
pour les absorber aussi vite. Alors,
j’ai feuilleté par ci par là et je me
suis régalée : un peu de l’enfance
du Judaïsme, un brin des Esséniens,
une goutte des Mystères d’Eleusis, un
signe de tête à l’un de mes préférés,
le Prince Siddhartha qui a quitté
son palais et ses lustres pour devenir
Bouddha… Heureusement Marie m’a
permis d’emporter le tout que je me
suis engagée à lui rapporter dès le
27 juillet où Caderle m’attend à nouveau
car Jordy, notre ami prof, poète et
chanteur, doit nous y rejoindre.
Dès mon retour à Paris, je m’y suis mise pour de bon ! Ce n’est pas
une entreprise facile surtout quand
je viens d’être « cocoonée »
et que je me retrouve seule face aux
milliers de lignes et à la page blanche.
Allons, je me lance : Comment ne
pas être frappé (une fois de plus) quand
on aborde ces textes par la quasi simultanéité
entre l’apparition de l’homme à un coin
ou l’autre de la terre, à l’angoisse
existentielle qui l’a forcément saisi
face à un monde inconnu et celle de
dieux qui sont venus non seulement le
protéger mais aussi lui indiquer par
leurs enseignements comment poursuivre son chemin dans cet inconnu à priori
redoutable. Tout néophyte doit se poser
cette question : mais après tout,
les dieux ne sont pas une génération
spontanée. Où ont-il bien pu naître ?
La seule réponse qui lui vient alors
à l’esprit doit être : ils sont
le fruit de l’imagination de l’homme
qui a créé lui-même ses mythes et ses
protecteurs divins tel cet enfant qui,
n’ayant ni frère ni sœur, s’est forgé
un ami auquel il peut tout raconter,
tout confier, un ami dont l’invisibilité
est une force car elle lui permet d’être
toujours à ses côtés sans que personne
au monde ne puisse s’opposer à sa présence.
Il a bon dos le néophyte car enfin c’est moi qui me pose la question et
moi qui essaie de trouver une réponse.
De toutes façons, Mircea Eliade est
là pour m’aider : Avec toutes les
religions qu’il m’offre, je suis bien
sûre d’apprendre jusqu’à quel point
j’ai raison de penser comme je le fais.
Ah ! Ces religions ! Vous
n’imaginez même pas si vous n’êtes pas
dans « le secret des dieux »
combien il y en a eu depuis l’âge de
pierre jusqu’à ce que l’écrivain appelle
« le triomphe du christianisme »
et encore je crois qu’avec un peu de
bonne volonté je pourrais en ajouter
quelques unes au palmarès !
Le tome I de l’Histoire des Croyances débute par les Paléanthropiens
qui durant deux millions d’années
ont vécu principalement de la chasse,
de la pêche et de la cueillette, leur
Univers religieux remontant à l’art
pariétal franco-cantabrique (~30.000)
et à l’usage de plus en plus quotidien
de la parole, une preuve (peut-être)
que la création de mythes ne peut s’accomplir
avant que les connaissances de l’homme
ne s’affirment. Il faut attendre la
période mésolithique (~10.000) pour
qu’apparaisse une idole représentée
par un poteau de bois de pin avec un
crâne de renne placé au sommet. C’est
depuis le néolithique qu’on parle de
religion, le culte de la fertilité et
le culte des morts apparaissant comme
solidaires. Viennent alors les religions
mésopotamiennes (civilisation sumérienne)
qui ont leurs prêtres, leur triade de
grands dieux, suivie de la triade des
dieux planétaires et leur roi dont la
sacralité est proclamée parce que dès
avant sa naissance les dieux l’avaient
prédestiné à la souveraineté. Le plus
célèbre d’entre eux est sans doute Gilgamesh qui repoussa les
avances de la déesse Ishtar et en subit
les tragiques conséquences.
Passons maintenant aux religions de l’Egypte ancienne : comme à Sumer
le roi est sacré, le pharaon un dieu-incarné
dont les représentants dirigent la masse
rurale en naviguant sur le Nil. C’est
à Memphis, capitale des pharaons de
la première dynastie, que fut articulée
autour du Dieu Ptah, la théologie la
plus systématique. Il faut noter dans
Le Livre des Morts que le créateur Atum
fut le premier roi qui transmit cette
fonction à son fils, le premier Pharaon
auquel incombait la responsabilité de
maintenir la stabilité du Cosmos et
de l’Etat. On ne parle en général que
des dieux innombrables de l’Egypte et
l’on oublie ou l’on n’a pas conscience
de cette notion extrêmement importante
du « créateur unique. »
En
Occident, dans ce qui sera la Bretagne
ou la Suède, on érige des menhirs et
des dolmens qui sont les sépultures
des morts : ce culte des ancêtres
semble comporter non seulement la survivance
de l’âme, mais surtout la confiance
dans la puissance des ancêtres et l’espoir
qu’ils vont protéger et assister les
vivants. Parallèlement, en Inde ancienne,
les premières villes construites furent
des nécropoles. Les rites et les croyances
étaient en relation avec la fertilité,
la mort et la survie de l’âme.
Voici
qu’apparaissent les Hittites auxquels
je me suis intéressée depuis le temps
où l’Anatolie devint une de mes passions.
Je sais pour avoir visité le Musée Ataturk
d’Ankara et une ancienne ville
d’Anatolie Centrale mise à jour par
des archéologues allemands que les Hittites
ont dominé l’Anatolie durant le second
millénaire avant notre ère. Les Hittites
avaient à leur tête le couple premier,
Le Dieu de l’Orage et une Grande Déesse,
et célébraient avec leur souverain grand
prêtre les fêtes saisonnières, surtout
celle du Nouvel An. Un peu avant les
Hittites sont les Cananéens (~3.000)
qui furent les premiers Sémites à s’établir
en Palestine. El (Dieu en sémitique
qu’on associera plus tard à Yahvé) est
le chef du panthéon. Il est attaqué
par Baal qui est tué par Môt.
Les Cananéens précèdent les
Israélites, le peuple du Livre.
Selon la Bible, leur histoire se divise
en deux grandes parties : de la
Création au Déluge et à la Tour de Babel,
période qui raconte l’histoire du Paradis
perdu et qui est dominée par Noé
- après le déluge quand les fils
de Noé deviennent les ancêtres d’une
nouvelle humanité, période dominée par
Abraham et Moïse qui reçoit
les Tables de la Loi des mains même
de Yahvé.
Je
dois passer un peu trop rapidement sur
les dieux védiques, symboles de la religion
des Indo-Européens, Varuna (Dieu
Souverain), Devas, Asuras, Mitra,
Aryaman, Aditi, Indra (champion
et démiurge), Agni (feu sacrificiel,
lumière, intelligence), Soma, Rudra-Shiva,
Vishnu (exalté comme un dieu suprême
de culture monothéiste.) C’est de la
fin de la période védique (~700 à 300)
que date la rédaction des textes sacrés
de l’Upanishad. Et la religion
hellénique, me demanderez-vous ?
Elle apparaît maintenant avec Zeus,
dieu céleste indo-européen, qui partage
le monde en trois parties : l’Océan
revient à Poséidon, le Monde Souterrain
à Hadès, le ciel ou Olympe à lui-même.
Inutile de mentionner le nombre d’épouses
et d’enfants de Zeus, ils sont innombrables
mais connus de la plupart d’entre nous
et je les mentionnerai en abordant la
religion romaine. Je voudrais toutefois
mentionner Alexandre le Grand, roi de
Macédoine qui, durant les trente trois
ans de sa courte existence, conquiert
un empire immense allant de l’Egypte
au Pendjab et réalise le syncrétisme
gréco-oriental.
J’ai
hâte sans doute d’aborder Zarathustra, le prophète de la
« religion mazdéenne » à l’exemple
de Moïse, Bouddha et plus tard
Jésus ou Mohammed, son
Seigneur étant Mazda. Entouré d’un groupe
de disciples, il prône la vertu, accomplit
des miracles, combat contre les forces
du mal et s’oppose aux sacrifices d’animaux.
Zarathustra est également un
apôtre du libre-arbitre puisque selon
Mazda, l’homme est libre de choisir
entre le bien et le mal. Après sa mort
et si sa vie a été exemplaire, son âme
monte au ciel jusqu’au jour du jugement
dernier et la résurrection des corps.
Le tome II semble aller de
Gautama Bouddha au Triomphe du
Christianisme. En fait, il débute
par Les Religions de la Chine Ancienne
qui croient en la survie de l’âme. La
grande urne funéraire est la maison
du mort. L’un des principaux dieux est
Ti (ciel) qui commande aux rythmes cosmiques
et aux phénomènes naturels (la pluie,
le vent, la sécheresse…) Du VIIIème
au IIIème siècle av. J.C. s’installe
la religion traditionnelle où le roi,
Fils du Ciel, demeure le protecteur
de la dynastie. Confucius qui est plus
un philosophe qu’un chef religieux influence
la religion chinoise. Il exalte et revalorise
la fonction religieuse des rites et
des comportements. Comme pour Platon,
l’art de gouverner est le seul moyen
d’assurer la paix et le bonheur du plus
grand nombre.
Avec Lao tseu et les taoïstes
apparaissent les notions de yin, principe
de passivité, et yang, principe de mouvement.
En se combinant, les forces Yang et
Yin engendrent l’ « l’embryon
mystérieux », l’être immortel qui
finira par s’évader du corps par l’occiput
et monter au ciel.
Le
brahmanisme apparaît à Ceylan au VIème siècle av.J.C. Quelques siècles plus tard,
l’hindouisme pénètre en Indochine, à
Sumatra, Java et Bali puis dans l’Inde
centrale et méridionale.
Krishna rédige les Samkhya-Karika
et Patanjali les Yoga-sutras.
Le yogin doit pratiquer une série de
disciplines corporelles et psychiques…L’étude
de la métaphysique yoga et l’effort
pour faire de Dieu le motif de toutes
ses actions constituent les disciplines.
Gautama
Bouddha prédit :
« Tout est douleur, tout est éphémère »…mais
la découverte de cette douleur universelle
n’aboutit pas au pessimisme car si elle
est universelle, elle n’est pas définitive.
Le « salut » implique la transcendance
de la condition humaine. Le fondateur
du bouddhisme ne se déclare ni
prophète ni envoyé de Dieu. Il est l’ «Eveillé »,
le guide, le maître spirituel mais sa
prédication ayant comme but la délivrance
des hommes…ce prestige de sauveur fait
de son message une « religion »
et transforme le personnage historique
Siddhartha, fils d’un roitelet,
en un Etre divin.
Mahavira,
fils d’un roitelet comme le bouddha,
prêche le Djaïnisme. Il ne croit
pas à l’existence de Dieu mais de dieux
qui ne sont pas immortels. C’est le
Cosmos et la vie qui n’ont pas de fin.
Tout ce qui existe dans le monde a une
âme, les êtres humains, les animaux,
les plantes, les pierres, les gouttes
d’eau… Au cœur du jaïnisme est le karman,
principe fondamental selon lequel chaque
vie est déterminée par les actes accomplis
dans la vie précédente.
La
religion romaine est guerrière dès la fondation de la ville par Romulus et Remus vers
754 av. J.C. puisqu’une louve est envoyée
par Mars, dieu de la guerre,
pour allaiter les jumeaux. Le culte
domestique est important : il est
régi par les Pénates, les Lares et
les Mânes, personnifications mythico-rituelles
des ancêtres. Les dieux du culte public
sont nombreux et spécialisés. Autant
que les dieux grecs, ils nous sont familiers,
de Vénus (Aphrodite) à Jupiter
(Zeus) et de Neptune (Poséidon)
à Minerve (Athéna) pratiquement
tous assimilables aux dieux grecs sauf
Janus. La civilisation romaine est postérieure
à la grecque mais si Rome a vaincu la
Grèce par les armes, la Grèce a envahi
le pays latin (dieux, arts, écriture,
philosophies, sciences…)
Les
Celtes accordent une grande importance
aux lieux consacrés…autour d’un autel
où se pratiquent les sacrifices. Ils
ont le culte des crânes qu’on dépose
dans des niches ou qu’on insère dans
le mur des sanctuaires. La culture celte
est influencée par des coutumes de l’Inde
ancienne. Ses prêtres sont les druides
qui, comme les brahmanes, accordent
une importance considérable à la mémoire.
Ils veillent aux choses divines, s’occupent
des sacrifices publics et privés, règlent
toutes les choses de la religion. Le
panthéon celtique évolue avec la civilisation
gallo-romaine qui introduit ses dieux
en Gaule en leur donnant des noms gaulois :
Jupiter Taranucus, Mars Toutatis…Les
anciens Germains vouent un culte aux
Ases dont les dieux les plus remarquables
sont Tyr, Odhin-Wodan, dieu de
la guerre et dieu des morts, Thôrr,
le dieu au marteau, et aux Vanes
qui ont des rapports avec la fécondité,
le plaisir et la paix.
Il
est temps d’aborder la seconde religion
révélée avec la naissance du Christianisme.
La foi dans le Christ ressuscité en
constitue l’élément fondamental et les
Epîtres de Saint Paul, en même temps que
les premiers documents relatant l’histoire
de la communauté chrétienne, sont toutes
pénétrées d’une ferveur sans égale.
« Enfin, écrivait le grand Helléniste
Willamowitz-Moelendorf, enfin la langue
grecque exprime une vive » et brûlante
expérience spirituelle. » Jésus
prêche la Bonne Nouvelle venue de Dieu :
« Les temps sont accomplis et le
Royaume de Dieu tout proche » (Marc
I : 15). Le culte des martyrs est
pratiqué à partir de la fin du IIème
siècle de notre ère. Dès le VIème siècle,
le néo-platonisme imprègne la pensée
chrétienne.
Les Pères de l'Eglise ont progressivement
élaboré la doctrine orthodoxe qui se
définit par une fidélité plus grande
à l’Ancien Testament que le Christianisme
qui reconnaît Dieu sous trois figures :
Le Père, Créateur et Juge – Le Seigneur
Jésus-Christ, le Ressuscité, le Saint-Esprit
qui a la puissance de renouveler la
vie et d’accomplir le Royaume…la sanctification
et la divinisation de Marie…étant surtout
l’œuvre de la piété populaire.
Le
tome III du livre débute par une référence
aux religions de l’Eurasie Antique dont
une des principales est le chamanisme. Le premier chaman
fut créé par Dieu. Les multiples pouvoirs
du chaman sont le résultat de ses expériences
initiatiques au cours desquelles il
mesure la précarité de l’âme humaine
et apprend les moyens de la défendre.
Il ressent au cours de cette période
préparatoire une maladie initiatique
qui est le symbole d’une mort mystique :
…l’homme profane est entrain de mourir,
de se dissoudre, et une nouvelle personnalité
est sur le point de naître. Sa principale
fonction est de guérir, c’est-à-dire
de faire réintégrer l’âme égarée, cause
de la maladie, dans le corps du malade.
Les
peuples baltes sont convertis au christianisme
au XIVème siècle mais ils conservent
dans leurs traditions leur héritage
païen archaïque, par exemple le nom
du vieux dieu céleste indo-européen
deiuos. Les slaves ne contestent
pas l’existence « d’un seul dieu
dans le ciel » mais ils estiment
que ce dieu « s’intéresse uniquement
aux affaires célestes. »
J’ai
parlé plus haut des Pères de l’Eglise
qui ont progressivement installé
l’Eglise orthodoxe. Les différences
entre les Eglises d’Orient et d’Occident
commencent à se préciser quand l’Eglise
byzantine établit l’institution des
patriarches, hiérarchie supérieure aux
évêques et aux métropolites au cours
du Concile de Constantinople (381).
La vénération des icônes (figures ou
scènes inspirées par les Ecritures)
se pratique à partir du IIIème siècle.
Mahomet naît entre 567 et 572 à La Mecque dans la puissante tribu des Qurayshites
qui vénèrent Allah (deus otiosus)
parmi d’autres dieux et déesses. Je
ne veux pas m’étendre trop sur l’Islam
qui est peut-être devenu aujourd’hui
la plus importante (en nombre) des religions
révélées. L’un des intérêts de cette
religion universelle est qu’elle est
historique et qu’on connaît la biographie
du prophète. Les premières révélations
datent de 610 environ, envoyées par
Allah (littéralement : « Dieu »,
le même théonyme utilisé par les Juifs
et les Chrétiens) qui est dorénavant
le Dieu unique. Khadîja, la première
femme de Mahomet, est aussi sa
première disciple à laquelle il communique
pendant environ trois ans les premiers
messages divins. Mahomet se considère,
comme les autres prophètes, l’ Apôtre
(le messager) de Dieu. Il apporte une
révélation qui sera consignée dans le
Livre Saint de l’islam : le
Coran rédigé en langue arabe commune.
Après son ascension de la Jérusalem
terrestre vers le ciel, Mahomet et ses
premiers disciples se réfugient à Médine.
Il y rencontre des tribus juives hostiles
et une révélation lui enjoint de ne
plus se prosterner durant la prière
vers Jérusalem mais vers La Mecque.
Il proclame alors que la Ka’ba païenne
(où vont affluer dans les siècles futurs
des millions de fidèles pour leur pèlerinage
traditionnel) a été bâtie par Abraham
et son fils Ismaël. L’avenir de
l’unité arabe est assuré. Après bien
des batailles, Mahomet et 2.000
fidèles rentrent à La Mecque, l’occupent,
et proclament la guerre totale contre
le polythéisme. On peut dire que le
Coran représente l’expression
la plus pure du monothéisme absolu.
L’unité de la communauté
musulmane se divise après la conquête
de la Perse par les Arabes en sunnisme
(pratique traditionnelle) et chiisme
dont les adeptes reconnaissent Ali comme
le premier « vrai » calife
(chef suprême de l’Islam) car il est
de la descendance du prophète alors
que celui-ci accordait sa préférence
aux califes élus.
Les imams (ministres religieux)
deviennent les intermédiaires entre
Dieu et les fidèles. Une autre forme
de l’Islam est l’Ismaélisme puis l’Ismaélisme
réformé selon lequel la personne de
l’Imâm a préséance sur celle du Prophète.
Sa naissance est spirituelle et donne
un sens spirituel aux Révélations prophétiques.
L’Islam spirituel se perpétuera dans
les confréries de soufis parmi lesquels sont
Al-Hallâj, mystique et martyr,
Al-Ghazzâli et bien sûr Djalâl-od-Dîn
Rûmî, le grand poète fondateur de
la confrérie des Derviches Tourneurs.
De
la même façon que l’Islam,
le Judaïsme évolue au cours des
siècles et comme Mircea Eliade n’a abordé
dans le tome I de son livre que les
premiers Israélites, il évoque plusieurs
thèmes nouveaux dans le tome III :
La loi orale donnée à Moïse sur
le Mont Sinaï est codifiée dans la
Michna vers 200 de notre ère. Elle
unifie et explicite les innombrables
traditions orales en relation avec les
pratiques culturelles et avec les interprétations
de l’Ecriture et les questions
juridiques, plus simplement la Michna
se penche sur l’agriculture, les fêtes,
la vie familiale, la loi civile, les
prescriptions sacrificielles et diététiques
et la pureté rituelle. La Guemara
est l’ensemble des commentaires
de la Michna. L’ensemble constitué par
la Michna et la Guemara forme
le Talmud (enseignement). On
peut peut-être mettre en parallèle le
Talmud et les Hadith qui
constituent le recueil des actes et
des paroles du prophète Mahomet et
de ses compagnons à propos de commentaires
du Coran et de règles de conduite.
C’est
à partir du IXème siècle qu’apparaissent
les premiers philosophes juifs, Saadia
ben Joseph, Salomon Ibn Gabirol,
Judah Halévi et surtout Maïmonide,
homme de loi, penseur le plus éminent
du judaïsme médiéval, médecin et astronome.
Pour Maïmonide, ce n’est qu’après
avoir atteint la perfection morale (par
l’observance de la loi) qu’il est permis
de se consacrer à la perfection de son
intelligence. La mystique ésotérique
juive, la Kabbale, apparaît dans
le Bahir compilé en Provence
au XIIème siècle. Les trois grands évènements
de la Kabbale sont la mort, le repentir
et la renaissance susceptibles d’élever
l’homme vers une union béatifique avec
Dieu. Le dernier mouvement mystique,
le Hassidisme, fondé par le Rabbi Israël
Baal Shem Tov (le Maître du Bon Nom)
apparaît en Pologne au XVIIIème siècle.
Depuis
sa naissance la hiérarchie chrétienne
est couronnée par la présence à Rome
de son chef suprême, le Pape, successeur
de Saint Pierre. La rupture définitive
avec le catholicisme romain est consommée
avec l’apparition de Luther qui naît
à Eisleben (Thuringe) en 1483 et affiche
en 1517 ses 95 thèses contre les Indulgences
sur la porte de l’église du château
de Wittenberg. Il attaque dans sa Disputation
contre la théologie scolastique la doctrine
selon laquelle le fidèle qui pratiquait
le bien dans un état de grâce collaborait
à son propre salut. Il condamne également
l’Ethique d’Aristote selon laquelle
les vertus morales s’obtiennent par
l’éducation, l’harmonie entre la raison
et la foi lui paraissant impossible.
Pour Luther, c’est l’expérience de la
foi en elle-même qui importe, une fiducia
naïve et totale, comme celle des enfants.
La Réforme est contestée par Erasme
qui aimerait qu’une symbiose se fasse
entre la doctrine catholique et les
idées nouvelles. Elle est représentée
en Suisse par Calvin.
Dirai-je
qu’après l’absorption de ces quelques
mille pages (j’exagère car je n’ai pas
lu celles, nombreuses, consacrées à
la bibliographie de cet ouvrage gigantesque
par son importance et par son intérêt)
je reste sur ma soif ? Je viens
de montrer, d’essayer de le faire en
tout cas, combien les hommes ressentent
le besoin de se confier, de s’identifier,
de se parfaire, de s’accomplir… en recourant
à des dieux ou à un Dieu unique qui
a créé le monde où nous vivons :
La création semble en effet commune
à toutes les religions depuis la nuit
des temps. J’ai seulement l’impression
que Mircea Eliade est mort trop prématurément
et que tant de choses se sont passées
depuis l’âge des Réformes qu’il faudrait
plus d’un livre pour les compiler. L’auteur
parle en effet de toutes les croyances
qui se rattachent ou non à ce qu’on
pourrait appeler les « religions
mères » mais quid de tous les mouvements,
de toutes les sectes nées depuis la
Réforme qui, nous en sommes bien conscients,
n’ont que peu de rapports avec la religion
première à laquelle ils font constamment
et lourdement référence ?
J’ai évoqué dans de précédents
Mots…dits la religion réformée d’Angleterre,
les centaines de communautés et de sectes
américaines mais je pourrais en citer
d’autres que je viens de découvrir
(n’ayez pas trop peur !) :
Zen-macrobiotique, Avatar (Star edge),
Raël, le Mouvement humaniste, les Témoins
de Jéhovah, la Scientologie, Sri Ram
Chandra, Brahma Kumaris, Comiscia (Siragusa),
La Famille, Sahaja Yoga, La Pure Vérité
(Amstrong), la Wicca, Les pélerins d’Arès,
le Mandarom, Vie Universelle (Wittek),
la Nouvelle Acropole, l’University Bible
Fellowship et une église Taiwanaise,
le Mouvement Gnostique (Samael Aun Weor),
la Méditation Transcendantale, l’Office
Culturel de Cluny, l’Eglise du Christ
de Boston, Esotérisme et extrême droite, Human Universal Energy (IHUERI), Mouvement
du Graal, Landmark Education, Science
Chrétienne…
Si
je me dois d’ajouter que l’Islamisme
intégriste né du Wahhabisme
et son insistance sur le djihad n’a
plus que de lointains rapports avec
les paroles du prophète, que l’orthodoxie
juive va bien au-delà du judaïsme
traditionnel, je n’aurai pas couvert
l’ensemble des croyances qui divisent
les êtres humains plutôt qu’elles ne
les rassemblent. Il semble bien que
l’individualisme de l’homme ne soit
plus une spécificité française mais
une tendance universelle. Comme la plupart
de mes amis sont athées ou pour le moins
agnostiques, j’ai de plus en plus tendance
à croire qu’ils ont raison parce qu’ils
peuvent être des témoins objectifs sans
être partie prenante. N’est-ce pas la
meilleure façon de penser ?