Une photographie de Stéphane Popu


Les Etats-Unis et la France

 par Lise Wilar

Mots...dits

 

A une époque où les relations franco-américaines [1] ne sont pas les meilleures du monde, il faut peut-être raison garder car elles furent toujours, comme nous avons coutume de le dire, en dents de scie. C’est la raison pour laquelle je tiens à réitérer que si je n’aime pas forcément la politique actuelle du Président Bush et son envie forcenée de partir en guerre, je considère les Américains comme mes amis de toujours et Sadam Hussein comme mon ennemi mortel. J’ai éprouvé beaucoup de plaisir hier soir quand, zappant une ou deux fois sur la remise des Césars, j’ai vu qu’on remettait un César d’honneur à la grande Merryl Streep et que le César du meilleur film étranger allait à Michael Moore pour « Bowling for Columbine. » Il a exprimé dans son remerciement tout l’attachement qu’il ressentait pour la France sans laquelle la Guerre d’Indépendance n’aurait peut-être pas eu le dénouement que nous connaissons et, quitte à recevoir un nouveau blâme dans son pays, il a dit ce qu’il pensait de Bush qu’il n’a pas élu, comme des millions d’Américains ne l’ont pas élu d’ailleurs.

  L’aide apportée par les Etats-Unis durant les deux guerres mondiales qui auraient vu sans eux l’effondrement de la France et peut-être la victoire de l’antéchrist Hitler ne doit jamais s’effacer de nos mémoires. C’est la raison pour laquelle, je me permets aujourd’hui de remonter à Louis XVI pour montrer combien les Etats-Unis ont été reconnaissants à la France des services rendus par le roi pour aider à l’indépendance de cette grande nation.

 

« La Fayette, nous voici ! » : Tels furent les mots que prononça le Lieutenant Colonel américain Charles E. Stanton (1859-1933) sur la tombe du Marquis de La Fayette, au cimetière Picpus à Paris, le 4 juillet 1917. Son prestige est encore très grand aux Etats-Unis durant la première guerre mondiale : des aviateurs américains s'engagent dès 1916 comme volontaires dans l'armée française, formant l'escadrille La Fayette. L'entrée en guerre des Etats-Unis, le 6 avril 1917, marque un tournant dans la première guerre mondiale et le début de la fin pour les armées allemandes. Un corps expéditionnaire est envoyé en France, aux ordres du Général John J. Pershing. Le 4 juillet 1917, une commémoration de l'amitié franco-américaine est organisée. Charles E. Stanton, membre de l'Etat-Major américain, est envoyé par le Général Pershing en ce jour de fête nationale des Etats-Unis, pour marquer la reconnaissance des Américains envers celui qui les avait soutenus lors de la guerre d'indépendance.
C'est au cours de cette cérémonie qu'il prononce les mots (souvent attribués au Général Pershing) : « La Fayette, we are here », qui seront encore repris lors du débarquement des troupes américaines en France en 1944.

Il ne fait pas de doute que le Marquis de Lafayette ait aimé les douze Etats Américains. On doit se souvenir que sans l’aide de ce jeune homme, l’Amérique serait un pays totalement différent. Voici par exemple ce qu’il écrivit à sa femme en Avril 1777 :

« Le bonheur de l’Amérique est intimement lié au bonheur de toute l’humanité. Elle est destinée à devenir l’asile sûr et exemplaire de la vertu, de l’honnêteté, de la tolérance, de la qualité et de la liberté pacifique. »

 

Plus tard il écrivit à Henry Laurens, alors Président du Congrès :

 

« Au moment même où j’ai entendu parler de l’Amérique je l’ai aimée. Au moment même où j’ai su qu’elle se battait pour son indépendance j’ai brûlé du désir de verser mon sang pour elle. Et le moment où je pourrai la servir, n’importe quand ou dans n’importe quelle partie du monde, sera le plus heureux de ma vie. »

 

A cette époque  le Marquis avait environ dix neuf ans. Il voulait passionnément aider et devenir un membre de l’Armée Américaine. Aussi, fort de la recommandation de Silas Deane, alors Emissaire en France, il obtint une commission dans l’Armée des Etats-Unis. Lafayette partit donc rejoindre l’Armée Américaine. Le voyage de France en Amérique devait durer plusieurs mois, d’Avril à Juillet 1977. Il débarqua en Caroline du Sud et dut faire neuf cent miles à l’intérieur des terres pour atteindre Philadelphie. Les routes n’étaient pas ce qu’elles étaient alors en France car le voyage qui commença de grande façon en carrosses vit la destruction de toutes les voitures et Lafayette dut continuer le parcours à cheval. Il rencontra le Général Washington à un dîner qu’il donnait à Philadelphie et une amitié dut naître immédiatement entre les deux hommes puisque le 31 Juillet Lafayette fut nommé par le Congrès Major-Général de l’Armée des Etats-Unis.

Au camp de Moland, Lafayette résida dans une maison près de l’Eglise Neshaminy. L’Armée Continentale lui fit un accueil chaleureux. On relate une conversation entre les deux généraux juste après l’arrivée de Lafayette qui plut certainement à tous les soldats : « Il est quelque peu embarrassant pour moi de vous présenter un officier qui vient d’arriver de France » dit Washington. A quoi le Français répliqua : « Je suis ici pour apprendre et non pour enseigner. » Telle devait être sont attitude durant toute la guerre. Ses talents diplomatiques et militaires permirent de convaincre Louis XVI d'envoyer une armée commandée par Rochambeau en 1780, de vaincre les Anglais à Yorktown en octobre 1781, puis de faire aboutir en 1783 le traité de Paris par lequel les Anglais reconnaissaient l'indépendance des Etats-Unis.

Si l’amour que portait LaFayette à la cause de l’indépendance américaine était complètement gratuit et sans équivoque, le soutien massif des 50.000 hommes de l’Armée de Rochambeau n’avait pas été innocent. Il s'agissait pour Louis XVI d'affaiblir la puissance de l'Angleterre. Le coût de ces expéditions commandées s'éleva à 2 milliards de livres. Et pendant toute cette période, la marine française avec les 300 navires commandés par les amiraux De Grasse, D'Estaingt, La Motte-Picquet ou Suffren se couvrit de gloire et décima les escadres anglaises sur toutes les mers du globe.

 Je me permets de citer ces chiffres parce que nombreux ont été les Américains et les Français à penser que l’aide pécuniaire apportée par les Américains à l’Europe durant les deux Guerres Mondiales n’avait pas de commune mesure avec celle apportée par Louis XVI à la cause de l’Indépendance de cette grande Nation. C’est un ami américain qui m’a demandé un jour de faire une conversion à laquelle je n’aurais jamais pensé sans sa suggestion : Combien représentent deux milliards de livres en or convertis en francs français et en euros ? [2]

Il demeure que parler gros sous quand tant de GI ont donné leur vie pour aider la vieille Europe qu’il est temps de passer à un autre homme aussi important sinon plus que LaFayette aux yeux des Américains : Tocqueville.

« Alexis de Tocqueville est né à Paris en 1805 dans une famille bourgeoise. Il désirait un meilleur monde pour tous les gens, un monde où tous les gens auraient les mêmes droits. Tocqueville et son ami, Gustave de Beaumont, ont approché le roi des Français, Louis-Philippe, en 1831 pour obtenir la permission de voyager aux Etats-Unis. Louis-Philippe leur donna la permission de voyager pour faire des recherches sur les prisons américaines. Tocqueville a pénétré le système pénitentiaire mais il a aussi réuni de nombreux éléments qui pourraient illustrer sa vision d’un monde démocratique.

Tocqueville et Beaumont ont visité de nombreux états, y compris le Wisconsin. Durant leur grand voyage, Ils ont vu des fermes, de petites villes, des cités bruyantes et des régions encore peu développées. Ils ont fait la connaissance d’avocats, d’hommes d'affaires, d’Indiens, de pionniers… Ils ont observé la politique, les conditions sociales et le développement des industries au 19e siècle. Tocqueville a réuni toutes ses observations dans un journal et c’est à partir de ce journal qu’il a écrit son livre célèbre « De la Démocratie en Amérique. » Ce livre était révolutionnaire à son époque et le demeure aujourd’hui. Les observations et les idées de Tocqueville transcendent le temps, les thèmes en sont universels. « De la Démocratie en Amérique » est étudié aujourd'hui dans les cours d'histoire et les cours de politique. Les politiciens, les vedettes et les journalistes utilisent souvent les mots de Tocqueville tirés « De la Démocratie en Amérique. C’est un livre universel en ce sens qu'il développe des idées qui sont encore importantes aujourd’hui comme les droits de l’homme, la politique, la guerre, l'argent, la presse, les électeurs, les rapports entre les femmes et les hommes, les rapports entre les races, la corruption des gouvernements et beaucoup d'autres sujets. C'est un livre qui a influencé le monde pendant 150 ans, mais c'est aussi un livre qui décrit la vie moderne.

Pendant son voyage, les trois éléments qui ont le plus influencé Tocqueville sont l'organisation du gouvernement, la destruction de l'environnement, et la maltraitance des esclaves et des Indiens. Les personnes avec lesquelles il a parlé et les événements historiques dont il était l’observateur ont influencé profondément ses idées à propos de la démocratie en général et plus particulièrement des Etats-Unis.

En fait Alexis de Tocqueville était un penseur, un rêveur et révolutionnaire. Il était un homme en avance sur son temps. Il osait parlé des rapports entre les hommes et les femmes et des rapports entre les races. Ses idées ont changé le monde dans lequel nous habitons, et ses idées nous affectent encore aujourd'hui. Peut-être en lisant « De la Démocratie en Amérique » nous comprendrons mieux comment analyser notre société moderne et comment créer un monde plus juste, plus beau, et plus démocratique. »

J’ai tiré ces phrases d’une conférence prononcée par Jessica Steinhoff, professeur à l’Université de Wisconsin, au Printemps de 1998, mais j’ai retrouvé leur essence dans les paroles de nombreux Américains, en particulier d’un ancien Juge de la Cour Suprême des Etats-Unis qui parlait couramment français et a déclaré : « sans Tocqueville, la Constitution des Etats-Unis ne serait pas ce qu’elle est. »

Ces paroles de louange une fois dites, il est évident que les relations franco-américaines ne furent pas toujours aussi parfaites que nous l’aurions souhaité. Franklin Roosevelt par exemple n’avait pas une impression très favorable du Général de Gaulle. Jusqu’en Novembre 1942, date à laquelle Laval rompit les relations diplomatiques avec les Etats-Unis suite au débarquement allié en Afrique du Nord, il ne fut pas question pour Roosevelt de reconnaître la France Libre. [3] Le courant ne passait pas entre les deux hommes. Le Président Américain a déclaré à son épouse au retour de la conférence de Casablanca de Janvier 1943 : « Le Général de Gaulle est un soldat, patriote certainement, dévoué à son pays, mais en revanche c’est un politique et un sectaire et il y a chez lui, je crois, tous les attributs d’un dictateur. » Dans ses mémoires, Eleanor Rossevelt ajoutera :  « Je n’entendis jamais Franklin dire qu’il avait changé d’avis à son sujet en tant qu’homme et je ne pense pas qu’entre eux il y ait eu de véritable compréhension. »

Cette animosité s’est évidemment traduite dans le refus d’inviter De Gaulle à la Conférence de Yalta de Février 1945, présence à laquelle ne s’opposaient pas Churchill et Staline. Roosevelt est mort deux mois plus tard, le 12 Avril, et si De Gaulle a adressé un message au nouveau Président des Etats-Unis, Harry Truman : « Roosevelt fut de son premier à son dernier jour l’ami de la France. La France l’admirait et l’aimait », il ne s’est pas rendu à ses obsèques. Et puis il ne faut pas oublier, même si l’on en parle peu, que Churchill avait très envie de faire de la France libérée par les Alliées une « sorte » de colonie anglaise et que les Américains eux-mêmes avaient fabriqué des dollars de l’occupation qui, heureusement, n’ont jamais servi.

J’ai d’autre part entendu sur France Culture hier soir des propos qui sont très inédits ou tout au moins auxquels on ne pense pas en termes actuels : les Américains seraient à notre époque les puritains qu’ils n’ont pas cessés d’être depuis le débarquement du Mayflower sur les côtes américaines. De la même façon que les nouveaux arrivants voulaient créer sur ce continent vierge un monde régénéré sans commune mesure avec la vieille Europe polluée, les Américains d’aujourd’hui veulent établir un monde à leur image, un monde chrétien sans commune mesure avec le monde hérétique de l’Europe [4] ou laïque de la France…

Lorsque les laïques dont je suis se penchent sur la vigueur des religions aux Etats-Unis, ils ne peuvent être qu’abasourdis, non seulement par le nombre d’églises protestantes mais par toutes les autres également :

- 163 millions d'Américains (63 %) se déclarent affiliés à une confession particulière parmi lesquels 60 millions seraient catholiques romains (Il n’en était pas de même avant l’arrivée massive des catholiques d’Amérique du Sud, de l’intégration de Puerto Rico et des Cubains opposés à Fidel Castro) 

 - Les fidèles des Églises protestantes américaines sont au nombre de 94 millions, répartis en quelques 220 confessions distinctes. L'Almanach universel de 1997 regroupe ces Églises en 26 grandes familles de 100.000 adhérents ou plus, mais note également qu'il existe des milliers de groupes de croyants indépendants qui s’identifient comme tels.

- Il existe plus de 300.000 congrégations locales aux États-Unis.

- Il y a plus de 530.000 membres du clergé.

- Les États-Unis comptent quelque 3,8 millions de personnes identifiées ou affiliées à la religion juive (2 millions d'autres se définissent comme étant principalement de culture ou d'ethnie juive.)

- Il y a, selon les estimations, de 3,5 à 3,8 millions de musulmans, l'islam étant la religion qui connaît la croissance la plus rapide aux États-Unis.

Chaque semaine, plus d'Américains assistent à des cérémonies religieuses qu’à des manifestations sportives. [5] En termes d'identification religieuse personnelle, le groupe qui se développe le plus rapidement aux États-Unis est celui des athées et des agnostiques (qui sont actuellement 8 millions environ, ce qui représente un grand nombre d’hommes et de femmes qui ne partagent sans doute pas les vues des « pratiquants » mais qui ne pèsent malheureusement pas lourd dans la balance à l’heure actuelle en tout cas.)

Devant ces chiffres, on est en droit de se demander : « Dans quelle mesure les Américains peuvent-ils prétendre que les Français sont individualistes alors qu’il semble exister autant de congrégations religieuses que d’Américains ? Et dans quelle mesure aussi ces milliers de congrégations, même si elles répondent à la liberté de pensée de la Constitution Américaine, peuvent-elles s’entendre les unes avec les autres ? Dans quelle mesure enfin peut-on admettre en Europe que l’Amérique est un exemple pour le reste du monde ? »

Il faut maintenant revenir à l’actualité : le voyage du Président Chirac en Algérie. » Pourquoi en parler à propos des relations franco-américaines ? parce que la réflexion d’un journaliste ce matin m’a interpellée : Il a dit que les réflexions, l’attitude de Chirac dans le bain de foule qu’il a pris à Alger lui rappelait le « Je vous ai compris »  de De Gaulle à Montréal. Il est évident que Chirac se veut à la fois le champion de la paix et le fédérateur de toutes les nations arabes face aux Etats-Unis et au Président Bush dont le but final ne serait pas de restituer la démocratie en Iraq mais de s’emparer des réserves actuelles et potentielles de pétrole du pays dont seulement 3% sont exploitées.

Je me pose alors la question : Si je n’apprécie pas les raisons de Bush, puis-je applaudir pour autant celles de Chirac ? Je crois que si nombre d’Algériens ont applaudi à la reprise de relations amicales [6] entre les deux pays, les jeunes criaient : « plus de visas, plus de visas ! » Et c’est là où le bât me blesse. Il est évident que la libre circulation des peuples est une utopie que nous chérissons mais que signifie-t-elle au niveau de ces jeunes Algériens touchés par une terrible crise de l’emploi ? C’est leur arrivée massive en France. J’ai honte, je n’ai jamais prononcé de telles paroles mais elles sont suscitées par deux réflexions, la première étant qu’avec la meilleure volonté du monde, nous n’avons pas à l’heure actuelle les moyens de fournir des emplois nouveaux alors que le chômage en France est entrain de remonter sensiblement, la seconde que le nombre des musulmans va encore augmenter dans notre pays, ce ne serait pas tellement grave s’il ne se glissait parmi eux des islamistes acquis à la cause des terroristes.

Car enfin ce qui nous choque dans la guerre à venir, c’est que rien ne prouve que les Iraqiens soient eux aussi favorables aux idées de Ben Laden mais que l’arrivée massive des troupes américaines et les destructions pourraient transformer des gens malheureux, des victimes de leur dictateur aujourd’hui, des militaires occidentaux demain, en adeptes des fondamentalistes comme on a pu le constater en Tchétchénie et en Afghanistan. [7] Je crois sincèrement que Bush et ses conseillers conservateurs, que les pétroliers dont il est ne se rendent pas comptent du risque qu’ils prennent sans doute par une compréhension erronée du Moyen Orient dont ils appréhendent mal la pensée.

A ce stade de mes réflexions, j’ai bien envie de reprendre la réflexion fameuse : « Bush et Chirac, bonnet blanc et blanc bonnet ! » Je crois que ni l’un ni l’autre ne se rendent véritablement compte des implications que comporte leur attitude respective. Ils n’en ont pas conscience parce qu’ils écoutent l’opinion publique quand cela les arrange, s’occupent un peu trop de leur destinée personnelle, ne sont pas mis à jour par les bons conseillers des problèmes quotidiens qui s’offrent au monde… « Les bons conseillers », voici je crois un élément essentiel qui n’est pas assez pris en compte par nos gouvernants. Il est évident que ceux de Bush sont à l’heure actuelle encore plus conservateurs que lui-même et peut-être que Chirac n’écoute pas assez les siens et songe trop à son image de marque du moment qui gomment ses erreurs passées. Malgré le chômage qui croît, il flotte sur un nuage. Si l’on a reproché à Mitterrand de se croire l’égal de Dieu, Chirac joue à l’heure actuelle les souverains absolus et prend en mains la politique l’extérieure qui est bien entendu son domaine exclusif sans pour autant laisser les coudées franches à son Premier Ministre quand il est dans la métropole.

Alors, mes amis, qui croire, que faire pour éviter les catastrophes que nous préparent une fois de plus ceux que j’ai coutume de nommer « les princes qui nous gouvernent ? » De toutes façons, nous attendons tous avec plus d’effroi que d’espérance la réunion de l’ONU de Vendredi 7 Mars. Sera-t-elle décisive en ce qui concerne notre avenir immédiat ? Si j’éprouve une appréhension intense avant cette réunion, c’est que la France se tient actuellement aux côtés de la Russie et de la Chine, la première fossoyeuse de la Tchétchénie, la seconde du Tibet. Alors je peux comprendre l’attitude de gens que je respecte comme Bernard Kouchner et quelques autres intellectuels et philosophes qui s’interrogent quant à l’opportunité de sauver le tyran Sadam et de voter dans le sens de puissances aussi autoritaires et destructrices que le despote iraqien. Comme il est difficile de ne plus pouvoir recourir au manichéisme d’antan puisque nous sommes tous gris ou noirs mais jamais blancs ! [8]

 

Vendredi 7 Mars, 18 heures 30 :  je viens de regarder CNN.  J’ai écouté le rapport de Hans Blix, les intervention de Dick Powel, des représentants russe et français : chacun est resté sur ses positions et il ne semble pas qu’il y ait un vote aujourd’hui. Alors, je m’arrête et je vais   attendre les prochaines décisions du Conseil de Sécurité avec la même sensation d’impuissance et le même tenaillement au cœur. Alea jacta est !

 

 



[1] Il faut lire à ce propos l’essai de Philippe Moreau Defarges : « Les Etats-Unis et la France. La Puissance entre Mythes et Réalités », N° 14 de l’ifri (institut des relations internationales).

[2] J’ai tenté de faire cette conversion en consultant chez les numismates la valeur d’un Louis d’or de 1777, sachant qu’un Louis vaut 10 livres. Je ne suis pas allée jusqu’à la conversion en francs, celle en euros me paraissant déjà suffisamment fabuleuse ! En fait j’ai pu retrouver l’estimation d’un Louis d’or de 1785 : 600 euros, celle d’un Louis d’or de 1786 : 300 euros… ce qui donnerait à la livre une valeur allant de 60 à 30 euros. Si je multiplie par 2 milliards, j’arrive à des chiffres qui feraient peur à nos plus solides milliardaires ! Entre 120 et 60 billions d’euros ! Mon ami américain avait raison en disant que les Américains peuvent être reconnaissants à Louis XVI même si ces intentions furent moins pures que celles de LaFayette !

[3] Après avoir fait confiance à Weygand que Vichy releva de ses fonctions et limogea en 1941, les Américains ont quadrillé l’Afrique du Nord par une équipe de consuls et de vice-consuls de Casablanca à Tunis. Puis ils se sont tournés vers Giraud, le Général qui débarqua au Maroc en 1942 et déclara :  « De Gaulle je le mettrai à ma botte ! » Je le sais d’autant plus que j’ai eu à faire à ses officiers lors de mon passage au Maroc en 1943 et que, Gaulliste tentant de rejoindre l’Angleterre, j’ai été ainsi que mes compagnons évadés de France traitée comme une prisonnière et consignée dans une caserne de tirailleurs marocains. En fait, si les Américains n’ont pas apprécié De Gaulle, ils ont par contre reconnu la valeur de la nouvelle armée française crée en Algérie et de ses chefs, De Lattre de Tassigny et Leclerc.

[4] On peut encore admettre cette assertion quand il s’agit de la France encore que le nombre de laïques semble plutôt décroissant dans notre pays, du moins officiellement. Pour ce qui est de l’Europe en général et plus particulièrement de l’Allemagne, il est évident que l’Eglise luthérienne avec près de 14 millions de fidèles sur 82 millions d’habitants y est plus puissante qu’aux Etats-Unis mais ces derniers comptent tout de même 8 millions et demi de luthériens : les considèrent-ils comme hérétiques ?

[5] Selon la journaliste Ingrid Carlander du Monde :  «  Ils remuent les foules, leur arrachent des cris d'extase et des millions de dollars, grâce à la magie de leur verbe inspiré et à des shows télévisés mettant en scène le combat de Satan et de l'Esprit. Les télévangélistes américains, dont la croisade déborde les frontières des Etats-Unis, ne peuvent être ignorés : ils reflètent, en les amplifiant, les tendances profondes d'une partie de la société dont l'obscurantisme favorise les pires idées conservatrices. »

[6] Il y a eu malgré tout des voix discordantes, en particulier celle des Kabyles. On se souviendra qu’à deux jours de sa visite en Algérie, les associations kabyles de France avaient demandé au Président français d’avoir « un mot » pour les « démocrates algériens », notamment en Kabylie, région en situation insurrectionnelle depuis presque deux ans. Monsieur Chirac ne semble pas avoir abordé non plus le problème de la guerre civile qui a fait rage pendant près de dix ans (1990-1998) et qui a opposé les islamistes aux forces gouvernementales mais qui, bien sûr, a fait des victimes dans les deux camps. On parle de 150.000 morts (certains vont jusqu’à 300.000) souvent atroces sans que les chiffres aient été officialisés. C’est une chose d’être le champion d’idées nobles, une autre d’aborder des problèmes cruciaux parce qu’ »interne » au pays qu’on visite !

[7] Si l’Amérique décide d’attaquer l’Iraq, Al-Qaida pourrait décider de reprendre ses actes de violence contre les Etats-Unis ou un pays allié car malgré l’arrestation de Khalid Cheikh Mohamed, cerveau présumé des attentats du 11 Septembre, personne au monde ne sait en fait où en est l’organisation terroriste.

[8] J’ai parfois l’impression de me raccrocher aux branches et je saisis toutes les raisons d’espérer. J’ai par exemple ressenti un grand plaisir en écoutant hier et aujourd’hui une émission de France Culture dans laquelle un admirateur américain de Paris est venu en direct parler de son livre et de ses photos sur le Paris d’avant le Baron Hausmann dont il n’a appris l’existence qu’il y a six ans alors qu’il vivait Avenue de l’Opéra et pensait à tort qu’elle existait depuis des siècles…