« Contes talmudiques »
et « Le Jour où Lacan m’a adopté »

de Gérard Haddad [1]


 par Lise Willar

Mots...dits

J’ai acheté les « Contes Talmudiques » et Elodia m’a prêté « Le Jour où Lacan m’a adopté » Les « Contes » sont surprenants à plus d’un titre. Je dois même dire qu’ils me remplissent rétrospectivement d’une certaine appréhension à l’égard de personnages et de faits qui m’apparaissent encore plus réalistes et cruels que dans la Bible, plus provocateurs aussi. Prenons quelques exemples, celui de Noé par exemple dont nous savons par la Genèse [2] qu’il s’est enivré après sa sortie de l’arche : « Noé, homme de la terre, commença par planter une vigne. Il but de son vin et s’enivra et il se trouva nu au milieu de sa tente. Et Cham, le père de Canaan, vit la nudité de son père et il rapporta la chose à ses deux frères qui se trouvaient dehors. Sem et Japhet prirent un manteau, le déployèrent sur leurs épaules et, marchant à reculons, couvrirent la nudité de leur père qu’ils ne virent pas. Quand Noé s’éveilla de son ivresse, il sut ce que lui avait fait son plus jeune fils et il dit : « Maudit soit Canaan ! Qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères ! » (Gn, 9, 20.)

Apparemment le Talmud [3] va au-delà et suggère que Chem, le plus jeune fils de Noé, l’a peut-être châtré ou a abusé sexuellement de lui, l’un ou l’autre acte ayant provoqué le blasphème de Noé à l’égard de Canaan. Le chapitre suivant concerne les mœurs de Sodome. Là nous sommes mis en présence non seulement des aberrations sexuelles de la ville mais de son abjection morale. Le commentaire est tellement dur que je puis encore mieux comprendre la décision du Très-Haut de la détruire. Trois passages en particulier m’ont remplie d’effroi : « Les habitants de Sodome avaient un lit à l’intention des voyageurs de passage. Si ces derniers étaient trop grands pour le lit, ils leur coupaient la partie du corps qui dépassait . S’ils étaient trop petits, ils les écartelaient. » - « Lorsqu’un miséreux venait à passer dans la ville, chaque habitant de Sodome lui faisait l’aumône d’un dinar frappé au propre nom du donateur. Mais il était impossible de se procurer la moindre miette de pain avec cet argent. Lorsque le miséreux finissait par mourir de faim, chacun reprenait son dîner.  Encore plus cruel si c’est possible : «Une jeune fille vivait à Sodome. Elle avait l’habitude, en veillant à ce qu’on ne la vît pas, de placer discrètement dans une jarre du pain à l’intention des pauvres. La chose fut découverte. On enduisit son corps de miel et on l’exposa sur le toit des murailles de la ville où les abeilles vinrent la dévorer. » [4]  

A la suite de cette lecture à peine ébauchée, je me suis demandée si j’aurais le courage d’aller au-delà. Si l’on considère que le Talmud est une mise par écrit de la loi orale telle qu’elle s’est développée sur une période de neuf siècles, on peut comprendre son influence primordiale sur la pratique religieuse juive à travers les âges. Je retiens cependant que Gérard Haddad ne parle pas de commentaires stricto sensu mais de « contes », ce qui me rassure un peu, et je me dis qu’il a du faire bien des recherches pour découvrir matière à non seulement parfaire nos connaissances mais encore à nous choquer, ce qui est étonnant pour un psychiatre. Peut-être aussi ne suis-pas à même de pénétrer les arcanes du Talmud ? J’ai en mémoire les merveilleux récits hassidiques de Martin Buber ou d’Elie Wiesel et je n’arrive pas à me dire qu’ils émanent d’érudits formés aux mêmes écoles que les talmudistes.   

J’ai malgré tout décidé de remettre la lecture des « Contes » à plus tard et de me plonger dans le livre d’Elodia. Dès les premières pages, j’ai senti que si je pouvais avoir des surprises, je n’irais pas jusqu’à une « gestation douloureuse » même si la psychanalyse pouvait me plonger dans un questionnement, des réflexions et peut-être des doutes. Avant de commenter l’ouvrage en le parcourant pas à pas selon mon habitude, j’aimerais en donner une idée générale afin que nos amis sachent où ils « vont mettre les pieds. » Ce texte est le récit autobiographique d’une expérience qui a transformé radicalement la vie de son auteur, le conduisant de l’agronomie à la psychanalyse grâce à une aventure qui l’a conduit chez Lacan pendant plus d’une décennie, pratiquement jusqu’à la mort du grand homme. Durant cette période il est peu à peu arrivé à prendre un recul sur les doutes et les déchirements qui l’assaillaient depuis l’enfance, le faisant passer d’un marxisme athée à la reconnaissance de son identité juive. L’histoire nous permet aussi de voir comment Lacan intervenait dans la cure, son engagement et le cycle de formation que suivaient ses élèves. Gérard Haddad donne ainsi du personnage célèbre mais peut-être mal connu de ses lecteurs une image plus géniale et plus généreuse.

Michel Volle, docteur en histoire économique, a dit du livre de Gérard Haddad : «Ce livre se lit d'un trait. La phrase d'Haddad est classique. Il nous épargne le jargon dont d'autres psychanalystes se servent pour singer la profondeur. Cela facilite la lecture rapide ainsi que l'accès à une pensée, à une expérience. Le style histrionique, les calembours de Lacan m'avaient repoussé. Haddad fait découvrir d'autres facettes de cet homme : le chercheur solitaire et sérieux, le maître conscient des ambitions de ses élèves, le psychanalyste qui s'efforce de libérer ses patients de la peur de la mort et des caprices de l'affectivité. Selon Lacan, ‘ il n'y a pas que la psychanalyse. [Certains règlent leur] conflit dans la vie réelle.’ Je ne suis pas féru de psychanalyse, mais je comprends que des personnes qui souffrent de névrose en aient besoin. C'était le cas de Haddad. Lacan n'était pas juif mais passionné par le judaïsme. Il avait lu ‘ Israël et l'humanité’ d'Elijah Benamozegh, livre capital. Il a encouragé Haddad, alors agnostique, à renouer avec sa religion. Haddad passera par une crise mystique, par le sionisme etc. Il vivra quelques années en Israël où il rencontrera Yeshayahou Leibowitz qui sera son second maître. Haddad a choisi ses maîtres avec un instinct très sûr. » 

Je dois dire pour ma part que dès la page 31, quelques phrases m’ont accrochée parce que je me suis trouvée en pleine communion avec l’auteur. Quand il écrit « … Mais j’étais incapable d’étudier ou de retenir quoi que ce soit. Je flottais en une étrange vacuité de la mémoire. Seules les mathématiques continuaient à m’intéresser. Etudier une fonction, résoudre une équation différentielle, m’apparaissaient désormais comme un plaisant jeu de l’esprit », je me souviens d’une expérience comparable. Alors qu’on m’avait toujours considérée comme une « littéraire », j’eus soudain envie d’aborder ces fameuses maths dont je n’avais semble-t-il pas « la bosse. » J’eus mon mari médecin comme prof bénévole. En deux mois il me permit d’absorber ce qu’on appelait alors « mathélem », en six « math géné. » A partir de là, j’ai éprouvé comme Gérard Haddad un plaisir intense à calculer des différentielles puis des intégrales, comme cela, pour le seul plaisir, sans aucune idée préconçue d’application ultérieure. Je pouvais rester des heures à calculer, je me sentais bien, loin des tracas de la vie quotidienne.

Mais revenons au livre. Malgré son succès aux examens puis aux concours d’entrée en prépa et à Grignon, la plus célèbre école française d’agronomie, la plaie de son âme ne s’est pas cicatrisée jusqu’à l’âge adulte et en dépit des rencontres qu’il put faire, Sartre et Simone de Beauvoir en particulier. Depuis son enfance tunisienne il s’était toujours senti maladroit, irrité, insatisfait, ses instants de boulimie intellectuelle alternant avec une aboulie au moment précis des examens. Il explorait alors des « voies de salut » dont l’écriture vers laquelle il s’est très tôt senti attiré. Qu’on veuille bien une fois encore me pardonner la fatuité qui me pousse à me comparer à l’auteur mais quand il écrit pages 33 et 34 : « A défaut d’avoir déjà trouvé l’oreille attentive de l’analyste qui m’aurait aidé à débroussailler l’écheveau de mes souffrances, je confiais celles-ci au papier, à un roman dont l’essentiel était autobiographique », je retrouve intactes mes sensations personnelles et, je le suppose, celles de nombreux auteurs. Chaque fois que dans ma vie « la coupe était pleine », je ne pouvais résister à l’impulsion de me confier à la feuille blanche, mon seul recours, ma seule planche de salut. Si l’on considère le nombre important de pages que j’ai remplies dans la seule intention d’assouvir mes peines, on peut considérer qu’elles furent… incalculables. Et puis je n’ai pas eu la chance ou l’opportunité de me confier à une tierce personne. Ce n’est pas faute d’avoir reçu des conseils dans ce sens : « Lise, tu ne t’en tireras pas sans l’aide d’un analyste » mais je n’ai pas franchi le pas : je n’avais sans doute pas l’étoffe d’un Gérard Haddad ou en tout cas pas le courage d’aller au-delà de cette descente vers mon ego qu’a toujours été l’écriture.

Il me paraît à la fois étrange et sécurisant de marcher si bien dans les pas d’un auteur et je ne peux regretter le fait que je marche lentement car chaque phrase m’accroche et se fait l’écho de mes propres expériences, par exemple la tentative, continuellement renouvelée mais aussi continuellement avortée, de prendre fait et cause pour les hommes qui furent ses frères et qui l’ont rejeté chaque fois qu’il leur a tendu la main. Quand Bourguiba, voulant se débarrasser une bonne fois de la présence française, suscita une immense manifestation pacifique à Bizerte, l’armée française tira dans la foule et fit plusieurs milliers de morts. Haddad, ayant quitté précipitamment Grignon pour se rendre à Tunis et proposé son aide à l’Union des Etudiants Tunisiens, ne fut même pas reconnu par son ami Noureddine « qui avait décidé de ne plus lui adresser la parole », comme si un jeune Juif tunisien avait une influence quelconque sur les décisions de l’Armée française ! Non il était considéré comme un « traître potentiel . » Le sentiment de détresse, de frustration que ressentit le jeune homme est de ceux que je comprends d’autant plus que j’ai toujours considéré les Musulmans comme mes frères en Abraham et que si j’ai en général gardé mes amis, certains ont tout de même pris leurs distances avec moi depuis la pression grandissante du fondamentalisme en Islam, avant même que le terrorisme ne devienne une réalité quotidienne. [5]

Allons, je dois tout de même aller un peu plus vite car si je décortique chaque page, je n’arriverai jamais à la fin du livre. Je passe donc sur les amours de jeunesse qui meurent aussi vite qu’elles sont nées, sur sa peine de voir son premier manuscrit rejeté sans autre forme de procès (comme je le comprends !), sur son excitation quand le manuscrit est enfin accepté par Juillard et publié, sur son mariage avec une jeune fille goy, sur la naissance de ses enfants, sur sa spécialisation en agriculture tropicale, ses premières séances d’analyse silencieuse avec le Dr G., son non départ à Cuba, son premier emploi d’agronome à Richard Toll, dans le Nord Sénégal, son séjour à Madagascar, son succès dans les rizières, son retour à Paris pour deux mois de vacances, ses articles dans l’hebdomadaire du Parti qu’il réunira sous le titre « Le Retour du non Ulysse », son passage en Basse Casamance pour retrouver les rizières… il faudra bien que j’en arrive à sa rencontre avec Lacan car après tout, c’est bien pour cela que j’ai entrepris ma lecture.

Au passage notons qu’il fut tout d’abord reçu par Althusser [6] , ce qu’on peut considérer comme une étape nécessaire avant sa rencontre avec Lacan bien que l’entretien ait porté sur les techniques d’irrigation africaine. Il se mit toutefois, et dès son retour en Afrique, à considérer ces techniques d’un point de vue marxiste. Son travail d’agronome allait maintenant de pair avec une réflexion autour du travail humain qu’il soumit à Hélène, la femme d’Althusser, avant de rentrer à Paris où on lui proposait un poste de conseiller agronomique.

Les choses vont maintenant aller très vite. Il se souvient du Dr. G. qui lui avait conseillé d’entreprendre une analyse plus systématique, d’un entretien de Lacan qui l’avait frappé dans les  Cahiers pour l’Analyse. Il décide de se rendre sans plus tarder à la clinique (confondant comme il l’a raconté dans une interview à la télévision le bâtiment médical ou chirurgical avec la clinique ou branche de la psychologie qui procède à l’investigation approfondie de cas individuels.

L’analyse qu’il expérimente avec l’aide de Lacan va le transformer radicalement. Nous sommes en 1969 et l’aventure va durer une dizaine d’années à l’issue desquelles se sera opérée une véritable transformation. Gérard Haddad raconte les incroyables rebondissements qui vont changer sa vie et le faire passer de l’athée marxiste, nerveux, velléitaire qu’il était à ce Juif pieux, traducteur du Talmud, lecteur passionné de tous les textes saints qu’il est devenu. Son récit est également un témoignage exceptionnel sur la pratique de Lacan, sur la façon dont il intervenait dans la cure, son engagement et le cycle de formation que suivaient ses élèves. Haddad parle avec chaleur de son maître : « merveilleux vieillard, avec sa belle chevelure blanche que son énergie, sa sensibilité, démentaient. » [7] Il raconte : « Ces souvenirs me plongent encore aujourd’hui dans l’étonnement. A la fin d’une carrière si longue, comment Lacan avait-il gardé un tel enthousiasme dans sa pratique, une telle sensibilité dans l’écoute ? » [8]

Et pourtant tout n’était pas gagné d’avance. « La rumeur publique » avait en effet murmuré à l’oreille de l’ingénieur (pour lequel « la psychanalyse » et sa « finalité » ne représentaient encore que des mots abstraits) que la pratique lacanienne était une « tentative intellectuelle et philosophique au détriment de la clinique et du soulagement des souffrances névrotiques » [9] mis au point par Freud. Très vite cependant, il s’aperçut que les mots de Lacan avait un tel pouvoir sur lui qu’il ressentait au sortir des séances soit une véritable boulimie qui le précipitait dans la pâtisserie la plus proche, soit des douleurs abdominales (peu étonnantes d’ailleurs chez un hypocondriaque de son espèce.) Très vite se greffa sur cet impérieux besoin de « bâfrer » celui d’écrire. Son premier essai sur le narcissisme qu’il mit comme Freud en relation avec l’hypocondrie reçut les éloges d’Althusser qui le fit paraître dans la revue prestigieuse du Parti « La Pensée » avec pour titre « La Littérature dans l’idéologie. »

Lacan n’avait pas à l’égard de Freud les mêmes réactions que « les chapelles psychanalytiques » au sien. Il conseilla même à Haddad de lire « Le Witz [10] et ses rapports avec l’inconscient », selon lui un des plus importants que Freud ait écrit.  C’est ainsi que notre communiste athée découvrit que ce livre était une merveilleuse anthologie de l’humour juif. Il venait de faire un premier pas sur le chemin du judaïsme qu’il n’allait plus cesser de suivre. Se croyant d’ailleurs guéri de ses terreurs de ses rêves cauchemardesques dont Lacan lui expliquait si bien les causes, les rouages et les conséquences, il eut le « culot » d’annoncer à son maître que s’il avait suivi une analyse, c’était parce qu’il souhaitait devenir lui-même psychanalyste. Lacan ayant réagi favorablement, il s’inscrivit aussitôt à l’Université de Vincennes – Paris VIII, haut lieu du lacanisme dans l’immédiat post-68.

Comme Haddad continuait à travailler comme ingénieur agronome pour gagner sa vie, il emportait « Les Ecrits » [11] de Lacan dans ses déplacements au Sénégal. C’était son livre de chevet. A tel point qu’il prit la décision (que ses parents jugèrent catastrophique mais à laquelle Lacan se rallia  « avec ce mélange d’irritation et de chaleur dont il avait le secret » de s’inscrire en Fac de Médecine tout en continuant à travailler à mi-temps pour sa société agronomique, la SATEC. C’était le temps de la Guerre du Vietnam et Haddad était suffisamment concerné pour en parler à Lacan durant les séances. Malgré sa double vie intellectuelle et professionnelle – il dut se rendre à Madagascar puis en Ethiopie où il eut le bonheur de constater que les aristocrates amarhas, se considérant comme les descendants légitimes du Roi Salomon et de la Reine de Saba, éprouvaient une étonnante sympathie à l’égard des Juifs - il fut admis en seconde année de médecine alors qu’il entamait avec Lacan sa troisième année de séances. Comme les autres étudiants, il fut confronté à son premier cadavre et  heureux d’ « avoir tenu le coup. »

A cette époque on parlait de plus en plus des dissidents soviétiques et « surtout de l’usage que faisait l’URSS de la psychiatrie à des fins répressives ». [12] Lacan aborda au cours de son séminaire de l’hôpital St Antoine dans une causerie mensuelle « Savoir du Psychanalyste » ce sujet scabreux, prononçant la phrase qui devait lui faire encore plus d’ennemis mais permettre à Gérard Haddad de se poser les questions essentielles quant à son détachement souhaitable du Parti : « Que l’on sache que je ne pourrai pas me taire plus longtemps devant ces agissements. » [13] Désavoué par sa femme, Haddad prit très vite la décision de rompre tout lien avec le communisme qui avait été durant des années sa raison de vivre. Sa souffrance fut telle qu’il eut à ses examens des résultats catastrophiques et que ses cauchemars reprirent de plus belle. Il crut bien sûr qu’il devrait quitter la SATEC et la situation financière du couple devint assez désastreuse pour que sa femme lui conseille d’abandonner ses séances avec Lacan qui ne l’entendait pas de cette oreille. Il alla même jusqu’à téléphoner à son patient pour lui demander la raison qui l’avait poussé à renoncer à sa dernière séance. Haddad s’étant plaint qu’il ne lui laissait pas suffisamment la parole, Lacan répliqua qu’il le faisait pour qu’il puisse la prendre plus tard en toute conscience.

La détresse de Gérard Haddad était de plus en plus grande malgré la reprise des séances. Il se plaignait des mauvais traitements que lui faisait subir Lacan : « séance interrompue sans même lui laisser placer un mot…émanations corporelles… » [14] Ce ressentiment contre le maître s’accompagnait de pulsions agressives, d’un sentiment d’échec qui éveillait en lui une tentation de suicide. Il s’inscrivit malgré tout à certains séminaires de l’Ecole freudienne où l’on faisait une lecture des Ecrits de Lacan. Puis, aux vacances de Pâques, la SATEC eut besoin de lui et l’envoya pour une mission à Dacca. Une des escales du retour était Tel Aviv. Haddad eut le temps de se rendre à Jérusalem où il fit les promenades miraculeuses (dont j’ai parlé moi-même dans d’autres Mots…dits) et vit pour la première fois le Mur, « ce mur que je reconnus immédiatement, la métonymie de ma mémoire juive. » [15]

De retour en France, tenu de choisir entre un poste à temps complet et le licenciement pur et simple, il choisit la seconde solution, s’inscrivit aux ASSEDIC de Créteil et se mit farouchement au travail pour être admis en troisième année. Il envisageait même d’interrompre ses séances et de s’installer dès la rentrée comme psychanalyste. En attendant, il passa quelques semaines avec une jeune psychanalyste de talent qui avait elle-même choisit de quitter son mari pour vivre avec Haddad. La liaison ne dura pas et c’est seul que Haddad, ni désavoué ni encouragé par Lacan, décida, alors qu’il débutait sa troisième année de médecine, de commencer ses consultations de psychanalyste dans un local qu’un artisan accepta de rénover. Les premières paroles de son premier patient furent : «  Ma précédente analyste m’a montré que j’avais un problème de père. » [16] Il tombait pile sur l’analyste qui pourrait le comprendre ! Les quelques malades qui lui furent fidèles durant plusieurs années lui permirent de renoncer aux ASSEDIC. Il menait donc de pair ses consultations, ses propres séances de cure avec Lacan qu’il n’avait jamais interrompues, les séminaires du maître et ses études de médecine. A l’un des séminaires, Lacan parla du maître ouvrage du rabbin kabbaliste Elie Benamozegh [17] , Israël et l’Humanité, à propos d’un malade qu’il présentait à ses élèves parce qu’il était en proie au délire « mystique ». Conçu dans un camp de concentration, ses parents avaient décidé de lui cacher ses origines. Ce secret qui devait protéger le fils causa en fait une autre tragédie, sa folie, folie qui ne l’avait pas empêché, à la grande surprise de Lacan, de lire cette parfaite introduction à la kabbale qu’était l’ouvrage d’Elie Benamozegh, parfaite au point que Lacan dit à son sujet : « ce livre par lequel je serais devenu juif si j’avais eu à le faire. » [18]

L’entrée de Gérard Haddad en quatrième année de médecine correspondit à un nouveau changement dans sa vie puisque, abandonnant son local, il « intégra la grande cohorte des spécialistes de la rive gauche » [19] en s’installant avec une jeune analyste, Marie, qui faisait comme lui ses premiers pas dans le métier. En tant qu’externe, il choisit le service de neurologie de l’Hôpital Saint-Antoine et fut confronté avec une nouvelle espèce de malades dont un, atteint de la maladie de Charcot ou sclérose latérale amyotrophique qu’on croyait proche de la maladie de Creutzfeld-Jacob, l’impressionna beaucoup. Il dut également affronter les séances d’autopsie et il eut la chance, après qu’une terrible nausée l’eût envahit, de constater assez vite qu’il était en présence de corps et non plus des hommes et des femmes qui avaient habité ces corps. Il admit du même coup « la mort comme destin de l’homme. » [20] Lacan fut heureux de constater cette évolution chez son patient. Le soir même de sa séance, commençait la Guerre du Kippour. Haddad fut frappé à tel point qu’il déclara à Lacan son intention de partir en Israël où il accepterait n’importe quelle fonction, même celle de brancardier. « Ce fut le début de mon dégel, mon retour à un certain judaïsme. » [21]

Bien qu’il n’ait pas rejoint Israël, son chemin sur la voie du judaïsme se poursuivait. Il entraîna ses fils avec lui, totalement désapprouvé par sa femme et son analyste Melman, un des élèves préférés de Lacan, approuvé au contraire par Lacan lui-même quand il annonça que ses garçons allait faire leur bar mitzva. Il sentait de toutes façons remonter en lui la passion de son enfance pour la religion de ses pères et celle-ci ne fit que s’accroître quand, Lacan ayant évoqué le triangle arithmétique de Pascal, il comprit l’allusion du maître qui à travers les chiffres 1, 1 et 1,1 et 2 et 1, 1 et 3 et 3 et 1, voulait lui rappeler l’antique rite de la cérémonie la plus grave du Judaïsme, le Yom Kippour (ehad, ehad ve ehad, ehad ve chtaïm…) et le mystère de La génération des nombres. [22] Gérard Haddad reçut de son père pour son anniversaire une Bible hébraïque bilingue, un Mazhor, le rituel des prières de Kippour et une Haggadah de Pessah. [23] L’hébreu de son enfance lui revint assez vite en même temps que l’image de son vieux maître de Tunisie, le Rabbin Mordekhai Koskas. Comme souvent lorsqu’une chose lui tenait à cœur, il rêva : bambin, il se tenait sur les genoux du vieux rabbin qui devait mourir quelques jours plus tard. Il s’aperçut aussi que Lacan qui affirmait ne pas savoir l’hébreu avait conseillé à l’un de ses patients de lire la Bible dans son texte hébraïque. Sa vie se transformait : en même temps qu’avec son père, il renoua avec son frère qui était lui-même psychiatre et l’invita à partager avec lui son cabinet. Il avait maintenant la nostalgie de son pays natal et y retourna, s’apercevant bien vite que les relations avec son père ne pouvaient être que « rugueuses. » En revanche, le partage du cabinet avec son frère se déroulait sous les meilleurs auspices et c’est sous son influence qu’il s’engagea plus profondément encore dans la voie du judaïsme. C’est également son frère qui lui permit de mener à bien la bar mitzva de ses fils. Il s’intéressait en même temps à la Kabbale qu’il voulait étudier : « Une rumeur commençait alors à circuler, celle d’une influence méconnue du judaïsme dans l’apparition de la psychanalyse ». [24]

Un livre de David Bakan [25] a certainement influencé Gérard Haddad qui franchit enfin, après tant d’années, le seuil d’une synagogue pour prendre des cours de Talmud, fondement selon un ami rabbin de son frère, Abraham E.H., de tout le Judaïsme, Kabbale comprise. Il s’aperçut par la suite que si Lacan faisait un rapprochement entre le Midrash [26] juif et la psychanalyse, il n’avait pas erré du côté de la Kabbale, de l’ésotérisme. Entre-temps son retour au judaïsme s’accompagnait de « stigmates », par exemple une nostalgie de la cuisine juive. Il mangea pour la dernière fois les fruits de mer qu’il adorait. [27] Il fut consterné quand le vieux rabbin qui devait préparer ses fils à leur bar mitzva (majorité religieuse) lui rappela que, sa femme n’étant pas juive, ses fils ne l’étaient pas [28] même s’ils avaient été circoncis par un rabbin. Il supplia donc sa femme de se convertir, en vain. Les enfants continuèrent leur éducation religieuse dans l’attente de jours meilleurs. La conséquence de ces évènements fut que, deux ans avant de la soutenir, Gérard Haddad décida que sa thèse serait une défense de « la gloire du père » et en parla bien sûr à Lacan qui accepta pour des honoraires doubles [29] de lire le contrôle que son patient avait l’intention de lui soumettre. En deux jours cependant le projet se modifia d’une façon spectaculaire : il voulait maintenant que sa thèse « porte sur le Talmud, ce qu’il disait des maladies mentales, une thèse sur l’histoire de la médecine, en somme, une archéologie du savoir ». [30] Il y avait toute fois un obstacle : comment pallier les études médicales, les contraintes de l’externat, les séances chez Lacan, ses cours d’hébreu moderne… avec la lecture des soixante deux traités ? Son ami, le Rabbin Israël, accepta de noter pour lui sur un magnétophone ses propres  commentaires sur le Talmud de Babylone, [31] une collaboration qui dura une année entière durant laquelle s’élabora son sujet de thèse qui deviendrait plus tard « L’Enfant illégitime. Sources talmudiques de la psychanalyse. » Le Rabbin Israël proposa également à Gérard Haddad de rencontrer sa femme qui accepta enfin l’idée d’une conversion.

Fort de ce début de promesse, il décida de passer tout l’été dans une yeshiva la plus orthodoxe possible, celle d’Aix-les-Bains. [32] Il y plongea dans le hassidisme du R. Nachman de Breslav avec l’aide du Rabbin Besançon. Le réveil fut douloureux : un des maîtres de la yeshiva lui dit : « ces enfants à qui vous ne pouvez transmettre votre judaïsme sont-ils vraiment vos enfants ? » [33]  C’était pire pour Gérard Haddad que le sacrifice consenti d’Isaac. De retour à Paris, il décida de faire son second stage d’externat dans le service de cancérologie de l’hôpital Tenon, une nouvelle façon pour lui de se confronter « aux aspects extrêmes de la médecine. » Il y apprit la vanité de « la vérité dite aux malades. » [34] Il poursuivait en même temps avec le Rabbin israël la préparation de sa thèse. Sa femme ayant enfin accepté de se convertir avec leurs trois enfants, ils prirent tous les quatre le bain rituel, le mikvé, à la fin duquel ils devaient prononcer la phrase rituelle  je désire entrer dans la loi de Moïse avant de s’immerger complètement dans l’eau tiède. Gérard Haddad apprit alors avec stupeur qu’il devrait se marier religieusement, son premier mariage devant un rabbin et sa propre famille n’ayant aucune valeur puisque sa femme n’était alors pas juive. [35] Le mariage eut lieu à la fin de l’été. Ce bonheur fut accompagné d’un autre : le Docteur Lauff qui dirigeait un service de psychiatrie à l’hôpital de La Queue en Brie lui proposa de faire fonction d’interne dans « le pavillon où l’on avait regroupé les cas les plus graves, psychotiques depuis l’enfance, mongoliens, malades neurologiques graves, grabataires. C’était un poste dont personne ne voulait. » [36] Il y entreprit un travail d’équipe avec les infirmiers,  réussit à réinsérer quelques malades dans des Centres d’Aide par le Travail (CAT) et à redonner à quelques autres un certain dynamisme. Ses études de médecine étant pratiquement terminées, il s’installa avec sa femme dans un appartement au loyer étrangement bas de la Rue Lauriston dans le XVIème arrondissement..

Il était temps pour Gérard Haddad de faire un premier bilan de sa vie. Il se posa cette question : Comment devient-on psychanalyste ? Il savait que dans son cas rien n’eut été possible sans sa propre analyse avec Lacan. Les séances de quelques minutes, de quelques secondes parfois lui revenaient comme des « fulgurances » : il avait tout confié à son maître, ses rêves (au sens propre du terme), ses relations pénibles avec sa femme, avec son père, ses moments de dépressions, sa propre difficulté à être père… La découverte du complexe d’Œdipe était pour lui une expérience vécue. Il savait que le séminaire qu’il avait suivi en dehors des séances avait constitué un « formidable stimulant intellectuel. » [37] Il se souvenait des premiers obstacles rencontrés quand il était devenu lui-même analyste, de cet homme qui se confiait à lui, qui croyait en lui, qui avait repris son travail puis s’était effondré d’un coup « tel un château de cartes. » Il s’était soumis aux contrôles, c’est-à-dire à des séances chez un autre analyste que Lacan avec qui, en se confiant, il apprenait concrètement son métier. Il lui restait un dernier obstacle à franchir : les cliniques. « Le matin, un malade était confié au candidat afin que celui-ci l’examine, établisse un dossier où il évoquerait les hypothèses diagnostiques les plus pertinentes. » [38] Ce dossier aussitôt rédigé était soumis dans l’après-midi à un jury de cinq ou six professeurs qui posaient des questions exigeant un effort absolu de mémoire. Reçu (presque) avec mention très bien, il se précipita chez Lacan pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il était médecin et la grande leçon de son analyse était : « le retour inexorable du fait religieux. » [39] Lacan devait l’aider en acceptant de procéder à l’analyse de sa femme, ce qu’il fit avec une grande gentillesse car le couple allait mal et les deux fils faisait partie de « l’orage familial. » Sa femme fut complètement rassurée par Lacan sur ses propres responsabilités et Gérard Haddad dut admettre après des mois sur le divan, « en arrachant la cuirasse de son narcissisme : je suis un père pathogène » [40] et il accepta de se rapprocher de ses fils en procédant chaque jour avec eux à une analyse discrète dont il promit qu’elle n’interférerait pas sur leur vie familiale. Cette analyse était d’autant plus importante que le cadet voulait poursuivre ses études à la yeshiva orthodoxe d’Aix-les-Bains.

Le retour à la religion était de toutes façons le facteur principal de la vie de Gérard Haddad et de sa famille. Lui revenaient en mémoire des rites tunisiens, celui par exemple de manger certains mets hétéroclites, miel, tranches de pomme, nougat de sésame, gousses d’ail… la veille de Rosh Ha-Shana. Aux questions qu’il posait, on lui répondait : « ce sont des symboles. » Puis il comprit qu’il y avait homophonie [41] entre le mets symbolique et la forme rituelle : « ce que l’on mangeait, c’était le mot porté par l’aliment, son écriture… : ce fut le premier germe de ce que je développerais plus tard dans un ouvrage Manger le livre. » [42]

Gérard Haddad a soutenu sa thèse en 1978. Ce fut la « fin d’un long calvaire de huit années. » Son titre :  « La Folie dans le Talmud. » Il avait collecté avec le Rabbin Raphaël Israël tout ce qui touchait à la vie psychique, à sa pathologie. Ce travail le rendait possesseur d’un trésor, la connaissance des méthodes herméneutiques [43] qui, elles, possédaient une étrange similitude avec l’interprétation freudienne des rêves. Voulant la faire éditer, il se heurta à plusieurs refus puis rencontra une jeune éditrice, Françoise Abiel, qui en fit l’éloge auprès de Hachette Littérature. La thèse parut alors avec son nouveau titre : « L’Enfant Illégitime  – Sources Talmudiques de la Psychanalyse. » Par la suite, il se vit confier la direction d’une collection de livres de psychanalyse. Lacan était ravi : il souriait « avec la satisfaction qu’éprouvait tout analyste digne de ce nom quand il parvient à lever une inhibition chez son patient. » [44]

 

Je ne sais si j’ai choisi la bonne façon de présenter cet ouvrage en suivant pas à pas le cheminement triple de Gérard Haddad : son analyse sous la direction de Lacan avec lequel il a noué des liens filiaux malgré tous les heurts, les départs, les retours, les colères, les émotions… qu’a pu susciter ce côtoiement quotidien du grand homme durant onze années, sa décision de faire sa médecine pour devenir analyste lui-même et le couronnement : son retour absolu, irrévocable au judaïsme. Je n’avais de toutes façons pas d’idée préconçue et sans doute pas l’intention d’analyser le livre mais de l’offrir au lecteur. Quelques lignes simplement pour finir et montrer combien le déclin physique de Lacan atteint par la leucémie a coïncidé avec la montée de Haddad, à croire qu’il recueillait peu à peu en lui les dernières forces de ce maître qui est resté à tout jamais dans son cœur, pour lequel il a dit le kaddish [45] sur une tombe qu’aucune pierre ne recouvrait encore et auquel il rêva par la suite « assis sur le bord d’un grand canapé-lit, un meuble impressionnant, surélevé, de style Louis XV, qui nous servait de lit conjugal. Il paraissait très vieux et ses pieds ne touchaient pas le sol. De grosses larmes roulaient sur ses joues. Je lui demandais la cause de ce chagrin : ‘C’est de ne pas avoir réglé tous vos problèmes’, me dit-il. Je le rassurai, je lui réaffirmai mon affection et ma gratitude : ‘Oh vous en avez réglé beaucoup’. Il eut alors cette dernière phrase troublante : ‘Vous êtes mon fils adoptif. »

 


[1] Gérard Haddad, ingénieur agronome, psychiatre, a notamment publié L’Enfant illégitime (Sources talmudiques de la psychanalyse), Manger le livre (Grasset 1984), Les Biblioclastes (Grasset 199O), et il est le traducteur de E. Ben Yehouda et Y. Leibowitz. Dans la même collection Hachette, il est l’auteur des Contes Talmudiques (1998), Contes de l’Egypte ancienne, Contes inuit du Groenland. Il a publié chez Hachette Littératures Freud en Italie et chez Grasset en Avril 2002 Le Jour où Lacan m’a adopté.

[2] Premier Livre de la Bible et du Pentateuque.

[3] Compilation de commentaires sur la Loi mosaïque fixant l’enseignement des grandes écoles rabbiniques. Il est constitué par la Mishna (IIe.-IIIe.s.), codification de la Loi orale, et par la Gemara (Ive-Vies.), commentaire de la Mishna, émanant des écoles de Palestine et de Babylone. Le Talmud est un des ouvrages les plus importants du judaïsme.

[4] Contes Talmudiques, pages 23 et 24.

[5] Voir mes Mots… dits « Une Amitié Perdue », page 119.

[6] Philosophe français, professeur à l'École normale supérieure. (Birmandreis, Algérie, 1918,  Paris, 1990). Il s'est fait connaître du grand public par la publication en 1965 de deux recueils d'essais, Pour Marx et Lire le Capital (collectif), qui inaugurent la collection «Théorie» (éditions Maspero) et dont les thèses seront discutées dans le monde entier pendant une décennie, bien au-delà des limites de la philosophie marxiste. Althusser apparaît alors, avec Lévi-Strauss, Lacan, Foucault, Barthes, comme une figure de proue du «structuralisme. » Prenant acte de la crise du marxisme officiel, mais refusant d'en attribuer la cause à la simple dogmatisation de la théorie révolutionnaire, Althusser s'engage dans une relecture critique des œuvres de Marx.

[7] Page 100

[8] id.

[9] Page 101

[10] Humour juif

[11] Les « Ecrits », parus aux éditions du Seuil en 1966, épais volume de presque 900 pages, sont pour la plupart issus de conférences réécrites. Parmi les plus connues : « Le séminaire sur la lettre volée », « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du je », « Le discours de Rome (1953) », ou encore « Kant avec Sade. » Jacques Lacan n'était pas ce qu'on appelle aujourd'hui « un personnage médiatique. » Il prenait la parole devant ceux qui désiraient l'entendre. Cependant, il a donné deux longs entretiens, dont celui à Robert Georgin, pour la Radio Télévision Belge, intitulé « Radiophonie. »

[12] Page 147

[13] Page 148

[14] Page 162

[15] Page 174

[16] Page 200

[17] Curieux destin que celui d'Élie Benamozegh (Livourne 1823-1900) : auteur brillant et fécond dans tous les domaines de la littérature hébraïque (y compris la halakhah), il doit sa renommée surtout à l'oeuvre d'un disciple chrétien, Aimé Pallière, qui en divulgua quelques idées fondamentales après sa mort. Apprécié, voire admiré, par des personnages de l'importance d'un Adolphe Franck ou d'un Avraham Berliner, en correspondance savante et philosophique avec Ernest Renan et Giuseppe Mazzini, il fut néanmoins obligé peu avant sa mort de publier à son compte ses derniers écrits, conscient de l'oubli qui les aurait, autrement, menacés.

[18] Page 205

[19] Page 207

[20] Page 213

[21] Page 215

[22] Ouvrage écrit par Pascal en 1664 mais qui ne fut publié qu’après sa mort.

[23] Livre qu’on lit la veille de Pessah, la Pâque juive.

[24] Page 244

[25] L’impact du judaïsme sur Freud et la psychanalyse a été l’objet de nombreuses discussions au cours des années. Cependant, ce fut seulement David Bakan qui dans son ouvrage « Sigmund Freud et la Tradition Mystique Juive » (1957) tenta de montrer que Freud était un « crypto-Sabbatéen », un adepte de l’hérétique Shabbatai Sevi, un soit-disant messie du XVIIème siècle en Pologne.

  26 «  Midrash » se réfère à une façon particulière de lire et d’interpréter un vers biblique.

  [27] J’écris ces lignes peu après que mon ami Jean soit allé « cueillir » des crabes dans son endroit préféré de Bretagne. Ils étaient délicieux. M’interdire de manger du porc est le plus loin que je sois allée en terme de mitsvot qui sont, comme je l’ai dit à plusieurs reprises dans ces Mots…dits, des devoirs religieux commandés par la Torah et définis par le Talmud comme étant d’origine biblique.    

  [28] Selon la loi mosaïque, les enfants ont la religion de leur mère

  [29] Il n’y a rien en cela d’étonnant. Mon fils cadet a suivi pendant dix ans les séances de thérapie du Docteur Olivenstein. Celui-ci ne concevait pas qu’on pût le consulter (Jean-Claude ou moi-même quand nous allions à son domicile) sans recevoir d’importants honoraires qui, selon lui, marquaient la responsabilité qu’avait son interlocuteur de « parler pour son argent. »

  [30] Page 254

  [31] Sachant que le mot « Talmud » signifie en général le corpus des enseignements comprenant les commentaires et les discussions des amoraïm ou sages (babyloniens et palestiniens), on distingue le Talmud de Jérusalem qui ne compte qu’un tiers du nombre de pages du Talmud de Babylone, deuxième version très différente de la première. Sa gemara (discussions qui ont eu lieu en Erets Israël durant les deux siècles qui ont suivi la remise par Dieu à Moïse des Tables de la Loi) se compose de 50% d’hébreu et de 50% d’araméen oriental. Mes sources : « Le dictionnaire encyclopédique du judaïsme »

[32] Je peux témoigner de l’orthodoxie de la communauté d’Aix-les-Bains en passant (il n’y a rien là de quoi vous étonner) par le biais d’un de nos principaux tournois de scrabble qui a lieu chaque année dans cette charmante ville de Savoie. Admirant les joueurs d’échec d’un jeu de plein air très fréquenté, je me trouvais un jour à côté d’un monsieur de noir vêtu que je saluais. « Chalom » me répondit-il. Je lui demandais alors s’il y avait à Aix une synagogue libérale. Il me répondit par la négative et m’en expliqua la raison. La communauté juive traditionnelle était très importante avant la guerre mais tous ses membres furent déportés et pas un seul ne revint des camps de la mort. C’est ainsi qu’une communauté orthodoxe s’est peu à peu établie dans la ville pour perpétuer notre mémoire. 

[33] Page 259

  [34] Mon mari était lui-même thérapeute. Nous avons souvent évoqué cette problématique de la vérité et ce quelle pouvait apporter au malade. Trente années de pratique ne lui ont pas apporté la réponse idéale : certains malades peuvent supporter de la connaître et trouvent en elle le courage nécessaire pour lutter, d’autres sont accablés par cette connaissance et peut-être eût-il été préférable de la leur cacher. Au risque de passer pour une réaliste inconsidérée, je dois reconnaître que si mon mari a souvent choisi de dire la vérité, sinon au malade du moins à ses proches, c’est également pour leur faciliter la résolution de problèmes auxquels sont confrontées les familles frappées par une mort soudaine  à laquelle elles n’étaient pas préparées.

[35] Je suis tout de même étonnée de la méconnaissance de Gérard Haddad devant des rites traditionnels qui nous sont familiers dès notre adolescence même si nous décidons par la suite d’être résolument agnostiques. Et puis je voudrais faire remarquer (une fois de plus !) les difficultés que rencontrent les personnes désireuses d’adopter le judaïsme qui n’est pas une religion prosélyte.

[36] Page 265

[37] Page 271

[38] Page 276

[39] Page 282

[40] Page 284

[41] Caractère de mots, de graphies, qui ont le même son.

[42] « Manger le livre » a été édité par Bernard-HenryLévy.

[43] Règles de l’exégèse biblique établies par les « tanaïm » (maîtres). Théologie chrétienne : Science de la critique et de l’interprétation des textes bibliques. Philosophie : Théorie de l’interprétation des signes comme éléments symboliques d’une culture.

[44] Page 309

[45] Prière pour les morts.