Je n’avais pas de titre pour ces Mots…dits, pas
d’idée préconçue, pas d’idée même à vrai dire. Au moins
avec « Melting Pot », je peux parler de tout.
Depuis que je suis rentrée de Caderle, je ne vis pas dans
le temps présent, je ne vis d’ailleurs pas plus dans le
passé, je ne vis pas du tout, je survis avec difficulté.
Quand je me lève le matin, je me dis : « aujourd’hui,
je dois aller à la FNAC parce que le livre de Gérard Haddad
« Les Récits Talmudiques » est arrivé, je dois
acheter pour ma petite fille de San Francisco les cahiers
de révision du CP au CM1, Yves m’a dit de me procurer la
version Windows XP
qui est bien plus performante que celle
dont je dispose : Windows 98… Je dois, je dois, je
dois…et je ne fais rien. Je me lève, je fais de la compote
pour Thierry qui viendra dîner Lundi soir comme chaque semaine
et je m’occupe de « technique » Il faut dire que
le changement d’ordinateur m’a beaucoup perturbée. J’étais
habituée à mon iMac, nous étions devenus copains. Il ne
me faisait pas souvent des frasques. Depuis que j’ai l’ancien
PC de mon fils, rien ne va plus. J’ai du tout réapprendre
et je ne sais pas jusqu’à quel point j’en suis capable.
Où j’ai eu le plus de mal, c’est de faire passer mes dossiers
d’un ordinateur à l’autre à l’aide de cassettes. Le PC a
bien voulu enregistrer les textes mais pour ce qui est des
notes de bas de pages, il a tout bien fait (dans mon Horizon
2002 par exemple) jusqu’au report 122. A partir de 123,
il a écrit 34 et il n’a plus rien inscrit du tout là où
je l’attendais. Alors maintenant, je peux apprendre à compter :
35, 36, 37… mais rien au-delà. J’ai donc remis tous les
textes qui me tiennent à cœur sur le Mac et je leur ai dit
d’être sages jusqu’à ce que je trouve une solution !
C’est formidable le « technique » mais malheureusement ça ne vous empêche pas d’avoir la tête
pleine de tout le reste auquel vous essayez d’échapper.
Je ne parle pas de la blessure de Zidane. Je dois avouer
que je suis comme beaucoup de gens – il en existe encore
– qui en ont marre du foot et de tous ces joueurs qui sont
devenus des super stars. J’avais regardé quelques matchs
il y a quatre ans, je suppose que je suis peu intéressée
cette fois-ci puisque je n’ai même pas assisté à la défaite
de l’équipe de France « Championne du Monde »
devant celle du Sénégal dont tous les joueurs apparemment
sont membres de nos clubs. Les Français sont tellement accrochés
à ce sport international que les tribunes de Roland Garros
étaient vides pendant la retransmission du match sus-dit.
Je devrais pourtant m’incliner devant cet éclectisme qui
prouve qu’on peut s’intéresser à deux choses à la fois.
Je
crois dans le fond que cette tristesse dont je n’arrive
pas à me défaire m’a prise au moment même où Monsieur Bush
faisait son tour d’Europe. Je ne dis pas qu’il l’a provoquée,
ce serait faire trop d’honneur au Président des Etats-Unis,
il a coïncidé avec elle. J’ai trouvé insupportable la manière
dont il a fait ami ami avec Monsieur Poutine. La seule idée
qui m’est venue dans la tête, c’est : « Eh bien,
qu’est-ce qu’ils vont encore prendre mes « terroristes »
tchétchènes. Pour sûr, mon feuilleton va pouvoir continuer.
J’ai à mon habitude consulté les dernières dépêches que
je trouve habituellement sur Yahoo : rien sur mes protégés.
On n’en parle plus, on se demande même s’ils existent encore.
Ce que je sais moi, c’est que la Russie est sur le point
de devenir un membre à part entière du monde « libre »
et je dois dire que ça me fait tout de même froid dans le
dos. A part la Russie où Monsieur Bush a mis
le paquet, il n’est pas resté bien longtemps chez les autres
Européens, sans doute pas très importants à ses yeux. Chez
nous, il a roulé
en voiture blindée venue spécialement à cet effet des Etats-Unis.
Il a passé trois heures avec Monsieur Chirac. Il a même
dîné avec lui, dédaignant nos vins à ce que j’ai entendu
dire. Le lendemain, « Memorial Day » oblige, il
est allé à Caen rendre hommage aux GI’s morts pour la liberté.
A propos, les Etats-Unis n’ont pas signé le Protocole de
Kyoto en même temps que les nouveaux adhérents dont le nombre
permettra sa mise en oeuvre. Cette information, je l’ai
trouvée dans une dépêche de l’AFP toute récente puisqu’elle
date du 31 Mai : « NEW YORK (Nations unies) (AFP)
- Les 15 pays de l'Union européenne ont ratifié vendredi
à l'ONU le protocole de Kyoto, isolant un peu plus les Etats-Unis
qui ont rejeté cet accord international de réduction des
émissions de gaz à effet de serre. »
Un
mot maintenant sur leVatican. Puis-je me permettre une question ?
Quel est le véritable sens de voyages qui n’en finissent
pas et qui doivent fatiguer terriblement cet homme très
âgé ? Veut-il décompter les Chrétiens, béatifier le
plus grand nombre de Catholiques possibles avant de mourir ?
Je crois qu’il est le champion de la béatification. Il y
en a pour tout le monde, les bons et, puis-je me permettre
sans encourir un blâme, les mauvais. Enfin, me direz-vous,
c’est une histoire dont je n’ai pas à m’occuper puisque
je ne fais pas partie du clan !
Passons
si vous le voulez à l’Extrême-Orient : Tous les ressortissants
étrangers sont appelés par leurs gouvernements respectifs
à quitter Islamabad. Il paraît qu’en cas de guerre atomique,
on décompterait douze millions de morts de chaque côté (Inde
et Pakistan). Je n’ai pas envie d’en parler, encore moins
d’y penser. Je trouve même que si l’ONU n’est pas capable
de faire entendre raison aux deux pays, il a peu de raisons
d’être . J’ai souvent mentionné ces derniers temps
la méchanceté des hommes : comment la nommer dans ce
cas parce que c’est bien pire je crois : de la monstruosité,
du satanisme, de la bestialité, je ne trouve pas de mots
assez durs pour en parler. Alors, je m’arrête en me rappelant
toutefois que l’Inde de Gandhi était pour mon père un modèle
– et là je me permets de plagier André Chouraqui – de « démocratie
réalisable ». Puisque j’en suis à l’Extrême-Orient,
pourquoi ne pas dire que la Chine refuse d’aborder un problème
crucial ? Elle élude le problème du Sida et refuse
aux médecins itinérants les moyens de venir en aide aux
personnes atteintes, huit cent mille selon le gouvernement
chinois, un nombre bien supérieur selon le pronostic d’organismes
internationaux. Une raison de plus de ne pas aller aux Jeux
de 2008… comme s’il n’y en avait déjà pas assez !
Vous
allez dire que je ne parle pas beaucoup de nos affaires
françaises. Avouerai-je que je ne sais pas très bien ce
qui se passe autour de moi, je crois qu’une des seules informations
qui a fait tilt est la démission de Madame Nicole Notat,
secrétaire générale de la CFDT. Pour ce qui est du reste,
je crois que je ne vais pas beaucoup m’en occuper jusqu’aux
Législatives. Après, comme dit l’autre, on verra.
Avant
de continuer ces Mots…dits, je dois (entre autres) terminer
« Jour sans retour » (Until that Day), le seul
« roman » qu’ait jamais écrit Kathrine Kressmann
Taylor, l’auteur d’ « Address Unknown » (Inconnu
à cette Adresse). Un roman, pas tout à fait, puisque son
fils, Charles Douglas, écrit dans son « enquête »
que ce livre est en réalité un récit fait à l’auteur par
un pasteur luthérien qui a échappé au nazisme et s’est réfugié
aux Etats-Unis où il a exercé son sacerdoce sous un nom
d’emprunt. Il m’a semblé drôle de ne pouvoir trouver ce
livre en « version originale », les Américains
ne semblant pas avoir jugé bon de le rééditer comme ils
l’avaient fait pour « Address Unknown ». Et puis
c’est tout de même étrange que la maison d’éditions française
(Autrement Littérature) ait occulté à nouveau, comme
l’avait fait la maison d’éditions américaine pour la première
publication d’ « Address Unknown », le prénom
de l’auteur. Est-ce pour faire croire comme autrefois qu’une
femme ne peut pas se « mettre dans la peau d’un homme » ?
J’aurai peut-être une réponse à la fin puisqu’il n’y a pas
seulement l’enquête du fils mais une postface de Brigitte
Krulic. Pour le
moment je m’arrête parce que je voudrais voir sans me laisser
influencer par la critique le dernier film de Claude Lelouch :
« And now, Ladies and Gentlemen ». Marc-Olivier
Faugiel a, selon son habitude, asticoté le metteur en scène
dans sa dernière émission de France3 et Lelouch n’avait
pas l’air très content d’être son interlocuteur. Enfin,
je vous donnerai mon avis quand je rentrerai. A tout à l’heure,
mes amis.
Je
reviens du cinéma de Boulogne et, comme cela, à chaud (une
de mes expressions favorites !), je ne sais pas vraiment
et je laisse à Catherine le soin d’en dire beaucoup plus.
Je suis sûre que le thème est inédit, la rencontre des deux
personnages, le gentleman cambrioleur (pardon, Arsène Lupin !)
et la chanteuse de cabaret atteints tous deux de la même
affection quasi fatale, émouvante, leur chemin tortueux
vers la guérison, original, le parallèle religion-médecine
dans un cadre inattendu, séduisant, la route de la mer,
étonnante et comme toujours pleine de risques et d’aventures.
Je dirai peut-être que j’ai été déconcertée non par les
retours en arrière mais par les plongées en avant à travers
le sommeil, l’amnésie, les rêves et le coma. Ce n’est pas
un film qu’on peut voir une seule fois et en tirer des conclusions
définitives. Ce n’est pas un film qu’on peut juger sèchement
comme l’ont fait Les Cahiers du Cinéma ou Télérama. Claude
Lelouch, Jeremy Irons, Patricia Kaas qui s’est donné beaucoup
de mal pour réussir dans ce premier rôle cinématographique,
Claudia Cardinale, Thierry Lhermitte et les autre valent
mieux qu’un simple rejet. Comme toujours, l’avenir et surtout
le public jugeront.
Tard
dans la soirée, j’ai regardé « Double Je », l’émission
mensuelle de Bernard Pivot. Il est allé à New York pour
interviewer des gens qui, un jour ou l’autre, se sont intéressés
au français pour le parler, l’écrire, le traduire ou simplement
pour passer quelques mois en France. J’attendais surtout
le dialogue avec Paul Auster qui vit dans un bel appartement
de Brooklyn. Il n’a pas parlé de ses livres mais de ses
rapports avec les grands écrivains et poètes français qu’il
a traduits, Mallarmé, Blanchot, Sartre… non seulement parce
qu’il les admiraient mais pour gagner sa vie durant les
trois ans et demi qu’il a passés à Paris. C’était à la fin
de la Guerre du Vietnam et il ne pouvait plus supporter
l’effervescence peu créative de ces années américaines.
Tous les autres interlocuteurs furent intéressants, surtout
le directeur des salles françaises du Metropolitan
Museum of Art que j’ai si souvent admirées lors de
mes nombreux séjours à New York. Il a évoqué les Impressionnistes
avec une connaissance et une compétence que lui envieraient
nombreux de nos compatriotes. Il a également parlé des ventes
aux enchères facilitées par le fait que le musée a un double
statut public et privé. C’est ainsi qu’en se séparant d’un
« petit » Renoir le directeur a pu acquérir un
Géricault qui manquait à la collection des Romantiques et
que la petite danseuse au tutu a quitté la salle des Degas
pour un autre musée ou un collectionneur fortuné. J’ai aimé
aussi ce professeur de l’Université de Columbia, née à Paris
de parents polonais qui ont survécu aux camps de la mort.
Elle enseigne le cinéma et admire passionnément Truffaut qu’elle place apparemment au-dessus
de tous les autres metteurs en scène.
Je
dois pourtant reconnaître que ces promenades à travers New
York m’ont en définitive perturbée pour la bonne raison
que mon regard, comme celui des New-Yorkais dans les premiers
mois qui ont suivi la catastrophe, cherchait les tours.
Elles allaient apparaître comme autrefois dans le paysage,
il n’y avait pas de doute. Là, elles étaient là, juste à
cet endroit qui était vide, complètement vide, il fallait
m’en faire une raison. J’ai ressenti d’autant plus ce vide
quand depuis la statue de la Liberté j’ai regardé le « sky
line » de « big apple » : il n’était
plus très différent de celui de Miami ou de tout autre grande
ville qu’on peut observer depuis sa baie. En dépit de tout
ce que j’ai pu dire plus haut sur Monsieur Bush, j’ai eu
mal et je me suis souvenue qu’un jour New York fut « ma »
ville et que mon plus grand bonheur était de marcher des
heures dans ces rues si familières que je les connaissais
aussi bien que celles de Paris.
Parallèlement à
l’écriture de ces Mots…dits, je fais bien sûr autre chose
et j’essaie en particulier de mettre à jour sur ordinateur
la première partie de mon « Horizon 2002 » qui
fut rédigée sur une machine à traitement de texte de 1982
à 1999 environ. Ce n’est pas un mince travail mais je tombe
parfois sur une séquence qui me paraît assez proche de celle
que je pourrais écrire aujourd’hui, celle par exemple que
j’ai rédigée le Lundi 15 Mars 1993, quelques jours avant
les Législatives de cette année-là et dont je me permets
de transcrire ici une petite partie: « Michel
Piccoli, Merci. Merci d’avoir exprimé tout haut dans l’Evènement
du Jeudi ce que je pensais tout bas parce que je n’ai pas
d’auditoire à qui le dire et qu’aucune entreprise de sondage
ne m’a demandé mon opinion. Merci de me montrer qu’on peut
encore dire non aux centristes, aux écologistes, aux apolitiques,
aux extrémistes… Merci de me dire qu’être socialiste et
voter socialiste, ce n’est pas donner un blanc-seing aux
hommes qui nous ont gouverné depuis 1991 mais un comportement
irréversible. »
C’est drôle, n’est-ce
pas, que je tombe aujourd’hui sur des mots que j’ai eu à
cœur de prononcer la veille de mes soixante dix ans. Je
me trouve aujourd’hui à peu près dans les mêmes dispositions
d’esprit. Evidemment je suis ou têtue ou inébranlable dans
mes convictions même quand je me pose des questions et ne
sommes-nous pas à une époque où les questions sont bien
nombreuse sans que pour autant elles aient des réponses
valables ? Tenez, le problème du Cachemire par exemple,
car c’est bien là que le bât blesse l’Inde et le Pakistan.
J’ai entendu dire ce matin même que si ni l’un ni l’autre
Etat n’était prêt à reconnaître l’indépendance de cette
province, c’est parce qu’elle possède quelque chose de sacro-saint,
l’eau qui ruisselle sur les pentes de ses hautes montagnes
et manque terriblement aux deux antagonistes. « Mon
Royaume pour de l’eau » (j’ai déjà paraphrasé Chouraqui,
pourquoi pas Shakespeare ?)
Pendant que j’y
suis, je dois mentionner l’explosion d’une voiture piégée
près d’un autobus qui faisait la liaison régulière entre
Tel-Aviv et Tibériade dans le nord-est du pays. Résultat :
dix sept victimes. Je ne me permets pas de commentaires,
ils seraient vains puisque
les parties concernées ne trouvent pas un seul terrain d’entente.
J’ai honte de ne pas pouvoir en dire plus mais est-ce ma
faute ?
Je m’aperçois que
je parle, je parle et que je n’ai pas terminé le livre de
Kressman Taylor. Il est vrai que j’arrive mal à m’intéresser
à cette lutte de l’Eglise luthérienne allemande contre la
montée du nazisme, entre 1931 et 1939. Jusqu’à ce qu’une
Américaine me la raconte, je n’en avais pratiquement jamais
entendu parler. J’ai même cherché à savoir si d’autres livres
existaient qui traitent du même sujet. Je n’en ai pas trouvés.
Ce qui est drôle, c’est que cette femme qui a vécu jusqu’en
1997 n’a écrit que deux livres, l’un « Inconnu à cette
adresse » en 1938, et l’autre en 1942. Qu’a-t-elle
fait durant les cinquante cinq ans qui ont suivi ?
Bonne question à laquelle je ne puis encore répondre. Ce
sera peut-être pour la prochaine fois !