Avant
de parler du Protocole de Kyoto et des raisons pour lesquelles
je me suis permise dans mes derniers Mots...dits de poser
une question aux Américains qui bien sûr ne me répondront
pas, je voudrais préciser deux choses: 1) depuis
quand le monde s’est-il interrogé puis posé des questions
sur l’écologie dont bien sûr le Protocole de Kyoto est un
corollaire? - 2) ce qu’est le réchauffement planétaire et en quoi
il met en péril notre planète:
1)
Les rapports que la civilisation occidentale a entretenus
jusqu'ici avec la nature sont caractérisés par deux courants
principaux. Le premier courant a pour origine la Révolution
Française et, avant elle, la philosophie de Descartes selon
laquelle il nous faudrait devenir “comme maîtres et possesseurs
de la nature”. Dans cette conception rationaliste, la nature
vierge évoque le chaos et suscite l'effroi. C'est pourquoi
elle doit être maîtrisée, cultivée, “humanisée”. Seule une
nature artificielle, où l'harmonie des figures géométriques
renvoie à l'idée d'un ordre divin, peut fonder une communauté
de droit et de respect mutuel entre les hommes. Les jardins
à la française sont l'archétype de cette vision.
Le
second courant s'enracine dans le romantisme tel qu'il s'est
développé dans l'Allemagne du XIXe siècle, et s'inscrit en
réaction au premier. Ici, la nature véritable est liée à “l'authenticité
originaire dont la civilisation des sciences et des arts,
pour parler comme Rousseau, nous a fait perdre le sens ”.
Autrement dit, le naturel est ce qui n'est pas encore dénaturé
par l'homme. Contre la civilisation occidentale, il faut renouer
avec nos origines perdues.
Dans
son Essai sur le principe de population, publié en 1789, l'économiste
britannique Thomas Malthus soutenait l'idée que la population
augmente plus rapidement que la capacité de production agricole
et prévoyait que ce déséquilibre conduirait l'humanité vers
une crise, les ressources alimentaires ne suffisant plus à
répondre à la demande.
La
crise annoncée par Malthus ne s'est jamais produite, mais
nous avons conservé le terme “malthusianisme” pour exprimer
les préoccupations concernant l'équilibre entre la population
et la production agricole. L'enseignement de Malthus est que
l'humanité doit composer avec les limites naturelles de son
environnement et prendre les mesures nécessaires pour assurer
son bien-être collectif.
Ce
n'est pas un hasard si ce qu'on appelle aujourd'hui l'écologie
politique est traversée, pour ainsi dire, des mêmes deux courants.
Le premier courant — le plus répandu — est sans doute moins
doctrinaire. Il part de l'idée qu'à travers la nature, c'est
encore et toujours l'Homme qu'il s'agit de protéger, fût-ce
de lui-même. L'environnement n'est pas considéré comme doué
d'une valeur intrinsèque : les droits de l'homme demeurent
premiers par rapport à ceux de la nature. Il s'agit donc d'une
conception “humaniste”
de la nature. Cette dernière n'a pas de droits: ce sont les
humains qui ont des devoirs envers elle et, en dernière instance,
envers eux-mêmes.
Le
second courant se rattache à ce que le monde anglo-saxon a
l'habitude d'appeler “l’écologie profonde” (deep
ecology), par opposition à “l' écologie superficielle” (shallow
ecology): “L'écologie profonde invite à un renversement
de la perspective anthropocentriste de l'écologie superficielle
: l'homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant,
mais s'inscrit au contraire dans l'écosphère comme la partie
s'insère dans le tout. L'écologie profonde exerce une critique
radicale de l'humanisme et tout particulièrement de la Déclaration
des droits de l'Homme, qui fait de celui-ci la source et le
destinataire de toutes les valeurs morales et politiques.
Afin de bien marquer la rupture avec la tradition libérale
qui accorde toujours préséance au développement sur l'environnement,
ses principes se présentent comme étant ‘inhumanistes’ ou ‘suprahumanistes
”. Comme le déclarait un jour une représentante
de Greenpeace: “lorsqu'on s'est engagé dans la mauvaise direction
sur une autoroute, il ne sert à rien de ralentir, il faut
carrément faire demi-tour!”
2)
Le réchauffement planétaire: les changements climatiques sont
un phénomène naturel, et la Terre a connu de nombreuses périodes
de réchauffement et de refroidissement depuis sa formation.
Au
cours des 800 00 dernières années, il semble que des températures
extrêmement basses se soient produites à des intervalles d'environ
100 000 ans. Chacune de ces périodes glaciaires aurait été
suivie d'un réchauffement considérable de 4 à 6 degrés Celsius.
Ces périodes interglaciaires ont duré de 10 000 à 20 000 ans.
De plus, à l'intérieur de ce cycle de 100 000 ans, on estime
que des fluctuations de températures moins importantes, mais
plus fréquentes, se sont produites à des intervalles de 20
000 à 40 000 ans. La dernière période glaciaire sur Terre
a eu lieu il y a environ 10 000 ans. Les températures moyennes
étaient à l'époque de 4 à 5 degrés Celsius inférieures à celles
d'aujourd'hui. Actuellement, nous nous trouvons dans une période
interglaciaire.
Quelles
sont les causes de ce réchauffement: les scientifiques ont
formulé de nombreuses théories pour expliquer ces changements
de climatiques naturels, mais il semble que les fluctuations
entre les périodes glaciaires et interglaciaires aient été
provoquées par les changements d'orbite de la Terre autour
du Soleil.
En
plus de ces variations de l'orbite, le réchauffement planétaire
pourrait être causé par des concentrations trop élevées de
gaz à effet de serre
dans l'atmosphère, en particulier de dioxyde de carbone (CO2)
et de méthane (CH4). Les études scientifiques ont, en effet,
montré qu'au cours des 160 000 dernières années, il y a toujours
eu un lien très étroit entre les changements de température
sur la planète et les concentrations de gaz à effet de serre
dans l'atmosphère. Autrement dit, plus ces concentrations
augmentent, plus l'effet
de serre naturel s'intensifie.
Il
est possible d'étudier le climat de la Terre avec beaucoup
plus de précision depuis que des mesures de températures fiables
sont recueillies, c'est-à-dire depuis un peu plus de 100 ans.
Ainsi, on a observé que la température moyenne à la surface
de la Terre a augmenté de 0,3 à 0,6 degré Celsius au cours
des 100 dernières années. La Terre aurait connu un réchauffement
jusqu'au début des années 1940, puis un léger refroidissement
jusqu'au milieu des années 1970, suivi d'un nouveau réchauffement
assez prononcé qui s'est poursuivi tout au long des années
1980. Les dix dernières années du XXe siècle ont été les plus
chaudes du siècle, en particulier les années 1997 et 1998.
Parallèlement
à l'augmentation de la température, les concentrations de
gaz à effet de serre ont elles aussi considérablement augmenté,
en particulier le dioxyde de carbone, le métane et les oxydes
nitreux. Cette augmentation a coïncidé avec le début de la
révolution industrielle et du bond démographique qui l'a accompagnée,
il y a environ 200 ans.
Ainsi,
depuis le début de la révolution industrielle, les concentrations
de dioxyde de carbone dans l'atmosphère sont passées d'environ
280 parties par million (ppm) à plus de 360 ppm en 1996. Environ
60 % de l'augmentation de CO2 est survenue depuis 1958, coïncidant
avec l'expansion rapide de l'économie industrielle à base
de combustion fossile. Les concentrations de méthane ont plus
que doublé tandis que la quantité d'oxydes nitreux présents
dans l'atmosphère a augmenté de 8 %. De plus, la population
mondiale est passée de 600 millions de personnes au début
du XVIIIe siècle à plus de cinq milliards aujourd'hui.
Après
ces première explications, il est temps de passer au Protocole
de Kyoto:
Le
protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre
est l'aboutissement d'un long processus de négociations à
l'échelle internationale. De nombreux accords internationaux
régissent l'exploitation des ressources naturelles et la préservation
des écosystèmes de la Terre. Le début des années 1970 semble
marquer l'émergence de cette conscience écologique.
Au
même moment, les Nations unies organisent à Stockholm une
première conférence mondiale sur l'environnement. Les participants
adoptent une déclaration de 26 principes et un vaste plan
d'action pour lutter contre la pollution. C'est également
à l'issue de cette conférence que le Programme des Nations
unies pour l'environnement (PNUE) voit le jour.
Comme
le souligne un document de Statistique Canada intitulé L'Activité
humaine et l'environnement 2000, “ aujourd'hui, le terme
‘développement durable’ résume le défi consistant à gérer
nos activités économiques sans pour autant dégrader notre
environnement ni notre société”. De son côté, la Commission
mondiale sur l'environnement et le développement, constituée
en 1983 par les Nations unies, définit le développement durable
comme principe de développement.
qui répond aux besoinLe principe de développement durable
est la plupart du temps jumelé à un autre principe appelé
principe de précaution. Ce principe commande de ne pas attendre
une pleine certitude scientifique avant d'agir. Il est inscrit
dans la Convention de Rio (article 3.3), signée en 1992 lors
du Sommet de la Terre : il incombe aux parties “... de prendre
des mesures de précaution pour prévoir, prévenir ou atténuer
les causes de changements climatiques et en limiter les effets
néfastes. Quand il y a risque de perturbations graves ou irréversibles,
l'absence de certitude scientifique ne doit pas servir de
prétexte pour différer l'adoption de telles mesures”.
“Étant
donné les effets désastreux que cela pourrait avoir sur les
systèmes climatiques de notre planète et sur la santé humaine,
il serait déraisonnable d'exiger des preuves absolues, hors
de tout doute, que les émissions dégagées par les combustibles
fossiles entraînent un réchauffement du globe. Il est rarement
possible d'obtenir un tel degré de certitude scientifique
dans le cas d'un problème complexe.” - Fondation David Suzuki
“Le
développement durable est en soi une contradiction, car on
ne peut pas développer sans consommer davantage de biens et
d'énergie” - René Dumont, agronome et écologiste français.
Avant
d’arriver à l’élaboration finale du Protocole Kyoto, examinons
les différentes étapes qui ont précédé:
En
1972, le Club de Rome publie un rapport intitulé Halte à la croissance. Au même moment, les Nations unies organisent
à Stockholm une première conférence mondiale sur l'environnement.
Les participants adoptent une déclaration de 26 principes
et un vaste plan d'action pour lutter contre la pollution.
C'est également à l'issue de cette conférence que le Programme
des Nations unies pour l'environnement (PNUE) voit le jour.
En
1985, la découverte d'un “trou” dans
la couche d'ozone, au-dessus de l'Antarctique, sème l'émoi
au sein de la communauté internationale. La même année, la Convention de Vienne reconnaît officiellement, pour la première
fois, l'effet néfaste de certaines substances, en particulier
les chlorofluorocarbures (CFC), sur la couche d'ozone qui
protège la Terre des rayons ultraviolets du Soleil.
Cette
convention donne naissance en 1987 au Protocole
de Montréal. Le protocole de Montréal est un accord international
qui vise à éliminer les substances destructrices de l'ozone,
dont les CFC. Entré en vigueur le 1er janvier 1989, il exigeait
des pays signataires de ramener leur production et leur consommation
de CFC aux niveaux de 1986 pour le 1er juillet 1989. Le protocole
prévoyait ensuite une réduction de 20 % pour 1993, et l'atteinte
des niveaux correspondant à 50 % de ceux de 1986 pour 1998.
Les
dispositions du protocole ont été considérablement renforcées
à l'occasion de quatre assemblées : en 1989 (Helsinki, Finlande),
en 1990 (Londres, Angleterre), en 1991 (Nairobi, Kenya) et
en 1992 (Copenhague, Danemark). Ces mesures plus sévères exigaient
une élimination totale des CFC, des halons et autres composés
destructeurs de la couche d'ozone pour 2000. En 1997, 162
pays ont signé le protocole, contre seulement 24 en 1987.
Malgré
le protocole de Montréal, le “trou” se reforme chaque printemps
au-dessus des deux pôles : 20 % et 30 % de perte d'ozone en
Arctique et plus de 50 % en Antarctique. Toutefois, il semble
que la reconstitution totale de la couche d'ozone puisse être
envisagée d'ici 2050, si le protocole de Montréal est entièrement
respecté.
Le protocole de Kyoto de 1997 s'inscrivit dans
le prolongement du Sommet de la Terre tenu à Rio de Janeiro,
au Brésil, en 1992. En décembre 1997, quelques 160 pays se
sont réunis à Kyoto, au Japon, pour discuter des mesures à
prendre face au réchauffement planétaire.
“
L'objectif ultime de la présente Convention [...] est de stabiliser,
conformément aux dispositions pertinentes de la Convention,
les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère
à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse
du système climatique.”
-
Article 2 de la Convention de Rio, aussi appelée Convention-cadre
des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC)
Les
négociations furent difficiles, mais les participants s'entendirent
pour réduire entre 2008 et 2012 les émissions de six gaz à
effet de serre de 5,2 % par rapport aux niveaux de 1990. Les
trois gaz les plus importants (CO2, CH4 et N2O) sont mesurés
par rapport aux niveaux de 1990, tandis que les gaz ayant
une durée de vie plus longue (hydrofluocarbures, perfluocarbones
et hexafluorures de soufre) le sont par rapport aux niveaux
de 1990 ou de 1995. Les États-Unis devaient réduire leurs
émissions de 7 %, le Canada, de 6 %, et l'Union européenne,
de 8 %. La Chine, deuxième pollueur du monde, obtint une exemption…(!)
L'accord
doit entrer en vigueur après ratification par au moins 55
pays dont les émissions combinées représentent 55 % du total
des émissions de 1990 par les pays développés.
Le
protocole de Kyoto laisse cependant aux pays une certaine
marge de manœuvre en ce qui concerne les moyens d'atteindre
ces objectifs. C'est pourquoi certaines mesures dérogatoires
ont été prévues, notamment :
Un
mécanisme de développement propre : les pays industrialisés
pourront obtenir des crédits d'émissions s'ils financent des
projets de réduction d'émissions dans les pays en développement.
Par exemple, une aciérie américaine devant réduire de 1000
tonnes ses rejets de carbone d'ici 2012 pourra payer une vielle
aciérie indienne ou russe pour effectuer la même réduction,
mais à un coût beaucoup moins élevé. Lors de la conférence
de La Haye, le Canada a proposé que l'énergie nucléaire soit
incluse dans ce mécanisme, car l'électricité produite à partir
du nucléaire est une source d'énergie qui produit peu de GES.
Un
programme d'échange de droits d'émissions : les pays ayant
développé une technologie permettant de réduire les émissions
pourront vendre un permis, équivalent à cette réduction, aux
pays intéressés à se procurer des droits d'émissions supplémentaires.
Cette idée de « permis négociables » a été proposée par les
Américains en échange de la ratification du protocole.
“
Ne soyons pas naïfs, explique Pierre Radanne, président de
l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie
de France. Pour les Américains, les permis négociables représentent
beaucoup plus que des économies d'argent. C'est aussi une
fantastique opportunité de développer fortement leurs liens
commerciaux avec les pays de l'Est. ”
Contrairement
à la Convention de Rio, le protocole de Kyoto prévoit aussi
des sanctions pour les États qui ne respecteraient pas les
dispositions de l'accord. Cependant, le texte de l'accord
ne précise pas les contraintes qui pourraient être imposées
dans ce cas.
C’est
à ce point de nos explications qu’il faut maintenant préciser
pour la stigmatiser la réaction des Etats-Unis à ce Protocole:
Sous
Bill Clinton, les États-Unis se sont engagés à signer le protocole
de Kyoto, mais le Sénat s'y est opposé. Avant de ratifier
le protocole, le Sénat voulait avoir l'assurance que les engagements
de réduction pouvaient être tenus en recourant sans limitation
au mécanisme du marché et exigeait que les grands pays en
développement comme l'Inde et la Chine s'engagent eux aussi
à limiter leurs émissions.
Les
Américains appliquent la logique suivante: même s'ils sont
les plus grands producteurs d'émissions de gaz à effet de
serre du monde (20 tonnes de CO2 par habitant par an, contre
10 tonnes par Allemand et 2,3 tonnes par Chinois), ils font
davantage preuve d'efficacité énergétique que les autres.
Un Américain est en effet beaucoup moins polluant que son
homologue chinois quand on raisonne en tonnes de CO2 par unité
de produit national brut (PNB) : selon les statistiques de
l'Agence internationale de l'énergie, l'Américain émet 0,77
tonne de CO2 pour 90 dollars de PNB, alors qu'un Chinois en
émet 3,54 tonnes pour le même montant. Autrement dit, les
Américains font valoir que c'est l'inefficacité énergétique
de certains pays qui met en péril l'atmosphère de la Terre,
et non leur propre mode de vie.
Puis,
l'élection de George W. Bush fait basculer le processus.
Le 29 mars 2001, il annonce que les États-Unis ne ratifieront
pas le protocole de Kyoto parce qu'il ne va pas dans le sens de leurs intérêts économiques. Le président préfère travailler avec ses alliés à un plan qui exigerait
des pays en développement qu'ils se conforment eux aussi à
certaines normes environnementales. Cette décision a provoqué
un tollé. Quelques jours plus tard, dix personnalités, dont
Jimmy Carter et Mikhaïl Gorbatchev, ex-dirigeants des États-Unis
et de l'Union soviétique, appellent le président Bush à revenir
sur sa décision.
Malgré
les divergences entre les Etats-Unis et le reste du monde,
des conférences se sont tenues régulièrement en référence
au Protocole:
Conférence de La Haye (2000)
La
conférence de La Haye, tenue en novembre 2000, avait pour
objectif de fixer les règles d'application du protocole de
Kyoto pour qu'il puisse entrer en vigueur. Trois clans s'y
sont affrontés assez âprement.
Le
groupe parapluie — constitué des États-Unis, du Japon, du
Canada, de la Russie, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande,
de la Norvège, de l'Islande et de l'Ukraine — veut instaurer
un marché mondial des droits d'émission de gaz à effet de
serre.
Pour
sa part, l'Union européenne défend une position qui conçoit
le marché des droits d'émission comme un complément aux mesures
de réduction. Elle s'oppose également au groupe parapluie
sur l'importance à accorder aux puits de carbone (forêts,
océans, etc.), qui absorbent naturellement les émissions de
CO2 et compensent ainsi pour les émissions polluantes produites
par l'activité humaine.
Enfin,
le G77, qui regroupe 130 pays en voie de développement, est
une coalition hétéroclite de pays directement touchés par
l'élévation du niveau de la mer (d'Antigua et Barbuda jusqu'à
la République de Vanuatu) et de pays pauvres qui refusent
de mettre en péril leur développement économique. Ces derniers
rejettent la responsabilité sur les pays riches, plus importants
producteurs de gaz à effet de serre. Avec ses 1,3 milliard
d'habitants et ses énormes réserves de charbon, la Chine est
le poids lourd de ce groupe. De leur côté, l'Inde et l'Organisation
des pays exportateurs de pétrole (OPEP) veulent être indemnisés
pour les pertes prévues dans le secteur pétrolier.
La
conférence de La Haye s'est soldée par un échec. Les 180 participants
ne sont pas parvenus à s'entendre sur les permis d'émissions
et sur l'intégration des puits de carbone dans le protocole
de Kyoto. En plus d'échanger des droits d'émissions, les pays
du groupe parapluie voulaient comptabiliser l'action des puits
de carbone dans le calcul de leurs émissions polluantes.
Dans
un document sur les changements climatiques, Steven Guilbault
et Jean-Guy Vaillancourt expliquent cette méthode de calcul
: “ Par exemple, le fait de planter un arbre permettra, pour
un certain temps, d'augmenter les puits de carbone, puisqu'il
est soumis au processus de photosynthèse et que ce dernier
captera et emmagasinera du carbone. Ainsi, pour tout arbre
planté, un crédit d'émission de GES sera octroyé, ce qui permettrait
par conséquent à un pays ou même à une compagnie d'augmenter
les émissions d'origine humaine de GES selon la quantité de
crédit acquis. ”
“
Quand ces entreprises planteront des forêts, elles pourront
se targuer de résultats fracassants en sachant très bien qu'il
sera impossible à quiconque de démontrer ou d'infirmer ces
résultats. C'est vraiment un marché de dupes ”, affirme pour
sa part Michael Obersteiner, de l'International Institute
for Applied Systems Analysis de Laxenburg, en Autriche.
Selon
les calculs de Greenpeace (corroborés par d'autres ONG mais
aussi par quelques gouvernements), “si certains mécanismes
du protocole de Kyoto (comme les puits de carbone et le mécanisme
pour un développement propre) sont utilisés de façon inadéquate,
le protocole de Kyoto pourrait alors devenir un instrument
qui justifierait non pas une réduction, mais une augmentation
de plus de 15 % des émissions de GES. ”
Conférence de Bonn (2001)
La
sixième conférence des Nations unies sur les changements climatiques,
qui s'est tenue à Bonn du 16 au 27 juillet, était absolument
déterminante pour la survie du protocole de Kyoto. Depuis
que le président George W. Bush avait annoncé que les États-Unis
ne signeraient pas cet accord sur la réduction des gaz à effet
de serre, la communauté internationale était sous l'emprise
d'un certain émoi. Allait-on encore permettre que les intérêts
économiques d'une nation, fût-elle la plus puissante du monde,
priment sur la survie de la planète? La possibilité d'un échec
était d'autant plus réelle que plusieurs pays, dont le Canada,
l'Australie et le Japon, ont menacé jusqu'à la toute fin de
ne pas ratifier l'accord sans les États-Unis.
Après
l'annonce du président Bush, l'Union européenne a dépêché
sa commissaire à l'Environnement aux États-Unis pour tenter
de convaincre les Américains de revenir sur leur décision.
Margot Wallström craignait que le refus des États-Unis, suivi
par celui du Japon, du Canada et de l'Australie, ne crée une
énorme pression sur tous les autres pays industrialisés, qui
hésiteraient à assumer seuls les coûts de la mise en application
du protocole. L'Union européenne a également dépêché au début
de juillet des émissaires au Japon.
À
l'ouverture de la conférence de Bonn, l'atmosphère est au
pessimisme. Les négociations piétinent rapidement et les participants
évoquent publiquement son échec. On estime que les négociations
pourraient débloquer au Sommet de Gênes, en Italie, où sont
réunis au même moment les dirigeants des sept pays les plus
industrialisés, plus la Russie (G8).
Malgré
leur retrait du protocole, les Américains participent aux
négociations de Bonn parce qu'elles s'inscrivent dans le cadre
des conférences de suivi de la Convention de Rio, premier
accord sur les changements climatiques qu'ils ont ratifié
en 1992. Les Américains interviennent donc sur certaines questions,
comme l'aide financière accordée au tiers-monde pour affronter
les conséquences des changements climatiques.
En
revanche, les Américains assistent sans intervenir aux discussions
sur la prise en compte des puits de carbone (absorption des
gaz à effet de serre par les forêts et les terres agricoles).
Ils considèrent que ce sujet extrêmement controversé, à l'origine
de l'échec de conférence de La Haye en novembre 2000, relève
exclusivement du protocole de Kyoto.
Dans
l'espoir de débloquer les négociations, le président de la
réunion, le Néerlandais Jan Pronk, désigne un groupe restreint
de 35 ministres chargé de clarifier les principaux points
de désaccord entourant la ratification du protocole de Kyoto.
Le Canada et ses alliés disent vouloir obtenir un compromis
pour en arriver à un accord avec les États-Unis. Au terme
de 24 heures de négociations intensives, les participants
annoncent finalement le lundi 23 juillet au matin qu'ils ont
enfin réussi à conclure un accord politique.
Pour
parvenir à cette entente, l'Union européenne a dû faire de
nombreuses concessions sur ses propres positions. Devant la
pression exercée par le Canada, l'Australie, le Japon et la
Russie, elle a notamment consenti à reconnaître l'importance
des forêts comme un facteur déterminant dans la lutte contre
les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, l'entente
retient le principe des pénalités, mais leurs règles d'application
ne seront décidées qu'après l'entrée en vigueur du protocole
de Kyoto.
Les
pays développés ont annoncé la création d'un fonds pour aider
les pays en développement à faire face aux changements climatiques
et à gérer leurs émissions de gaz à effet de serre. Leur contribution
s'élève à 410 millions de dollars américains par année d'ici
2005.
Les
groupes environnementaux du monde entier ont salué l'entente,
considérée comme historique. Ils se sont déclarés soulagés
que le protocole de Kyoto ait survécu aux pressions des États-Unis,
même s'ils déplorent certains reculs par rapport au texte
original.
Les
décisions adoptées à Bonn doivent maintenant être formellement
adoptées à la septième Conférence des parties à la Convention
sur les changements climatiques (COP7), qui aura lieu à Marrakech,
au Maroc, du 29 octobre au 9 novembre 2001. La Conférence
de Marrakech devrait permettre la mise en place des institutions
nécessaires à l'application du protocole de Kyoto. Pour entrer
en vigueur, l'accord sur la réduction des GES doit être ratifié
par la moitié des 38 pays industrialisés signataires d'ici
2002.
Je
m’arrête ici, espérant que ces quelques éclaircissements feront
mieux comprendre que malgré toutes les bonnes raisons données
par les Etats-Unis via les présidents Clinton et Bush pour
ne pas souscrire aux résolutions du Protocole de Kyoto, il
n’est pas possible pour le reste du monde de suivre de tels
raisonnements. Nous nous devons de protéger notre terre contre
les hommes qui lui font la guerre de toutes les façons possibles
et je répète que si nous continuons comme nous avons commencé,
que si nous ne mettons pas un terme à notre “exubérance”,
notre monde composé d’êtres humains, d’animaux et de plantes
va sombrer dans un second big bang qui ne sera pas, lui, une
gigantesque explosion à l’origine de l’expansion de l’univers
mais une misérable implosion qui mettra fin à l’existence
non pas de cet univers (qui suis-je pour préjuger de ce qui
peut se passer au-delà de ma compréhension?) mais à celle
de notre terre.