Le Protocole de Kyoto [1]

 par Lise Willar

Mots...dits

 

 

Avant de parler du Protocole de Kyoto et des raisons pour lesquelles je me suis permise dans mes derniers Mots...dits de poser une question aux Américains qui bien sûr ne me répondront pas,  je voudrais préciser deux choses: 1) depuis quand le monde s’est-il interrogé puis posé des questions sur l’écologie dont bien sûr le Protocole de Kyoto est un corollaire? - 2) ce qu’est le réchauffement planétaire et en quoi il met en péril notre planète:

 

1) Les rapports que la civilisation occidentale a entretenus jusqu'ici avec la nature sont caractérisés par deux courants principaux. Le premier courant a pour origine la Révolution Française et, avant elle, la philosophie de Descartes selon laquelle il nous faudrait devenir “comme maîtres et possesseurs de la nature”. Dans cette conception rationaliste, la nature vierge évoque le chaos et suscite l'effroi. C'est pourquoi elle doit être maîtrisée, cultivée, “humanisée”. Seule une nature artificielle, où l'harmonie des figures géométriques renvoie à l'idée d'un ordre divin, peut fonder une communauté de droit et de respect mutuel entre les hommes. Les jardins à la française sont l'archétype de cette vision.

Le second courant s'enracine dans le romantisme tel qu'il s'est développé dans l'Allemagne du XIXe siècle, et s'inscrit en réaction au premier. Ici, la nature véritable est liée à “l'authenticité originaire dont la civilisation des sciences et des arts, pour parler comme Rousseau, nous a fait perdre le sens ”. Autrement dit, le naturel est ce qui n'est pas encore dénaturé par l'homme. Contre la civilisation occidentale, il faut renouer avec nos origines perdues.

Dans son Essai sur le principe de population, publié en 1789, l'économiste britannique Thomas Malthus soutenait l'idée que la population augmente plus rapidement que la capacité de production agricole et prévoyait que ce déséquilibre conduirait l'humanité vers une crise, les ressources alimentaires ne suffisant plus à répondre à la demande.

La crise annoncée par Malthus ne s'est jamais produite, mais nous avons conservé le terme “malthusianisme” pour exprimer les préoccupations concernant l'équilibre entre la population et la production agricole. L'enseignement de Malthus est que l'humanité doit composer avec les limites naturelles de son environnement et prendre les mesures nécessaires pour assurer son bien-être collectif.

Ce n'est pas un hasard si ce qu'on appelle aujourd'hui l'écologie politique est traversée, pour ainsi dire, des mêmes deux courants. Le premier courant — le plus répandu — est sans doute moins doctrinaire. Il part de l'idée qu'à travers la nature, c'est encore et toujours l'Homme qu'il s'agit de protéger, fût-ce de lui-même. L'environnement n'est pas considéré comme doué d'une valeur intrinsèque : les droits de l'homme demeurent premiers par rapport à ceux de la nature. Il s'agit donc d'une conception  “humaniste” de la nature. Cette dernière n'a pas de droits: ce sont les humains qui ont des devoirs envers elle et, en dernière instance, envers eux-mêmes.

Le second courant se rattache à ce que le monde anglo-saxon a l'habitude d'appeler “l’écologie profonde”  (deep ecology), par opposition à “l' écologie superficielle”  (shallow ecology): “L'écologie profonde invite à un renversement de la perspective anthropocentriste de l'écologie superficielle : l'homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s'inscrit au contraire dans l'écosphère comme la partie s'insère dans le tout. L'écologie profonde exerce une critique radicale de l'humanisme et tout particulièrement de la Déclaration des droits de l'Homme, qui fait de celui-ci la source et le destinataire de toutes les valeurs morales et politiques. Afin de bien marquer la rupture avec la tradition libérale qui accorde toujours préséance au développement sur l'environnement, ses principes se présentent comme étant ‘inhumanistes’  ou   ‘suprahumanistes ”. [2]   Comme le déclarait un jour une représentante de Greenpeace: “lorsqu'on s'est engagé dans la mauvaise direction sur une autoroute, il ne sert à rien de ralentir, il faut carrément faire demi-tour!”

 

2) Le réchauffement planétaire: les changements climatiques sont un phénomène naturel, et la Terre a connu de nombreuses périodes de réchauffement et de refroidissement depuis sa formation.

Au cours des 800 00 dernières années, il semble que des températures extrêmement basses se soient produites à des intervalles d'environ 100 000 ans. Chacune de ces périodes glaciaires aurait été suivie d'un réchauffement considérable de 4 à 6 degrés Celsius. Ces périodes interglaciaires ont duré de 10 000 à 20 000 ans. De plus, à l'intérieur de ce cycle de 100 000 ans, on estime que des fluctuations de températures moins importantes, mais plus fréquentes, se sont produites à des intervalles de 20 000 à 40 000 ans. La dernière période glaciaire sur Terre a eu lieu il y a environ 10 000 ans. Les températures moyennes étaient à l'époque de 4 à 5 degrés Celsius inférieures à celles d'aujourd'hui. Actuellement, nous nous trouvons dans une période interglaciaire.

Quelles sont les causes de ce réchauffement: les scientifiques ont formulé de nombreuses théories pour expliquer ces changements de climatiques naturels, mais il semble que les fluctuations entre les périodes glaciaires et interglaciaires aient été provoquées par les changements d'orbite de la Terre autour du Soleil.

En plus de ces variations de l'orbite, le réchauffement planétaire pourrait être causé par des concentrations trop élevées de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, en particulier de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane (CH4). Les études scientifiques ont, en effet, montré qu'au cours des 160 000 dernières années, il y a toujours eu un lien très étroit entre les changements de température sur la planète et les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Autrement dit, plus ces concentrations augmentent, plus l'effet de serre naturel s'intensifie.

Il est possible d'étudier le climat de la Terre avec beaucoup plus de précision depuis que des mesures de températures fiables sont recueillies, c'est-à-dire depuis un peu plus de 100 ans. Ainsi, on a observé que la température moyenne à la surface de la Terre a augmenté de 0,3 à 0,6 degré Celsius au cours des 100 dernières années. La Terre aurait connu un réchauffement jusqu'au début des années 1940, puis un léger refroidissement jusqu'au milieu des années 1970, suivi d'un nouveau réchauffement assez prononcé qui s'est poursuivi tout au long des années 1980. Les dix dernières années du XXe siècle ont été les plus chaudes du siècle, en particulier les années 1997 et 1998. [3]

Parallèlement à l'augmentation de la température, les concentrations de gaz à effet de serre ont elles aussi considérablement augmenté, en particulier le dioxyde de carbone, le métane et les oxydes nitreux. Cette augmentation a coïncidé avec le début de la révolution industrielle et du bond démographique qui l'a accompagnée, il y a environ 200 ans.

Ainsi, depuis le début de la révolution industrielle, les concentrations de dioxyde de carbone dans l'atmosphère sont passées d'environ 280 parties par million (ppm) à plus de 360 ppm en 1996. Environ 60 % de l'augmentation de CO2 est survenue depuis 1958, coïncidant avec l'expansion rapide de l'économie industrielle à base de combustion fossile. Les concentrations de méthane ont plus que doublé tandis que la quantité d'oxydes nitreux présents dans l'atmosphère a augmenté de 8 %. De plus, la population mondiale est passée de 600 millions de personnes au début du XVIIIe siècle à plus de cinq milliards aujourd'hui. [4]

 

Après ces première explications, il est temps de passer au Protocole de Kyoto:

 

Le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre est l'aboutissement d'un long processus de négociations à l'échelle internationale. De nombreux accords internationaux régissent l'exploitation des ressources naturelles et la préservation des écosystèmes de la Terre. Le début des années 1970 semble marquer l'émergence de cette conscience écologique.

Au même moment, les Nations unies organisent à Stockholm une première conférence mondiale sur l'environnement. Les participants adoptent une déclaration de 26 principes et un vaste plan d'action pour lutter contre la pollution. C'est également à l'issue de cette conférence que le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) voit le jour.

Comme le souligne un document de Statistique Canada intitulé L'Activité humaine et l'environnement 2000, “ aujourd'hui, le terme ‘développement durable’ résume le défi consistant à gérer nos activités économiques sans pour autant dégrader notre environnement ni notre société”. De son côté, la Commission mondiale sur l'environnement et le développement, constituée en 1983 par les Nations unies, définit le développement durable comme principe de développement. qui répond aux besoinLe principe de développement durable est la plupart du temps jumelé à un autre principe appelé principe de précaution. Ce principe commande de ne pas attendre une pleine certitude scientifique avant d'agir. Il est inscrit dans la Convention de Rio (article 3.3), signée en 1992 lors du Sommet de la Terre : il incombe aux parties “... de prendre des mesures de précaution pour prévoir, prévenir ou atténuer les causes de changements climatiques et en limiter les effets néfastes. Quand il y a risque de perturbations graves ou irréversibles, l'absence de certitude scientifique ne doit pas servir de prétexte pour différer l'adoption de telles mesures”.

“Étant donné les effets désastreux que cela pourrait avoir sur les systèmes climatiques de notre planète et sur la santé humaine, il serait déraisonnable d'exiger des preuves absolues, hors de tout doute, que les émissions dégagées par les combustibles fossiles entraînent un réchauffement du globe. Il est rarement possible d'obtenir un tel degré de certitude scientifique dans le cas d'un problème complexe.”  - Fondation David Suzuki

“Le développement durable est en soi une contradiction, car on ne peut pas développer sans consommer davantage de biens et d'énergie” - René Dumont, agronome et écologiste français.

 

Avant d’arriver à l’élaboration finale du Protocole Kyoto, examinons les différentes étapes qui ont précédé:

 

En 1972, le Club de Rome publie un rapport intitulé Halte à la croissance. Au même moment, les Nations unies organisent à Stockholm une première conférence mondiale sur l'environnement. Les participants adoptent une déclaration de 26 principes et un vaste plan d'action pour lutter contre la pollution. C'est également à l'issue de cette conférence que le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) voit le jour. [5]

En 1985, la découverte d'un  “trou”  dans la couche d'ozone, au-dessus de l'Antarctique, sème l'émoi au sein de la communauté internationale. La même année, la Convention de Vienne reconnaît officiellement, pour la première fois, l'effet néfaste de certaines substances, en particulier les chlorofluorocarbures (CFC), sur la couche d'ozone qui protège la Terre des rayons ultraviolets du Soleil.

Cette convention donne naissance en 1987 au Protocole de Montréal. Le protocole de Montréal est un accord international qui vise à éliminer les substances destructrices de l'ozone, dont les CFC. Entré en vigueur le 1er janvier 1989, il exigeait des pays signataires de ramener leur production et leur consommation de CFC aux niveaux de 1986 pour le 1er juillet 1989. Le protocole prévoyait ensuite une réduction de 20 % pour 1993, et l'atteinte des niveaux correspondant à 50 % de ceux de 1986 pour 1998.

Les dispositions du protocole ont été considérablement renforcées à l'occasion de quatre assemblées : en 1989 (Helsinki, Finlande), en 1990 (Londres, Angleterre), en 1991 (Nairobi, Kenya) et en 1992 (Copenhague, Danemark). Ces mesures plus sévères exigaient une élimination totale des CFC, des halons et autres composés destructeurs de la couche d'ozone pour 2000. En 1997, 162 pays ont signé le protocole, contre seulement 24 en 1987.

Malgré le protocole de Montréal, le “trou” se reforme chaque printemps au-dessus des deux pôles : 20 % et 30 % de perte d'ozone en Arctique et plus de 50 % en Antarctique. Toutefois, il semble que la reconstitution totale de la couche d'ozone puisse être envisagée d'ici 2050, si le protocole de Montréal est entièrement respecté.

Le protocole de Kyoto de 1997 s'inscrivit dans le prolongement du Sommet de la Terre tenu à Rio de Janeiro, au Brésil, en 1992. En décembre 1997, quelques 160 pays se sont réunis à Kyoto, au Japon, pour discuter des mesures à prendre face au réchauffement planétaire.

“ L'objectif ultime de la présente Convention [...] est de stabiliser, conformément aux dispositions pertinentes de la Convention, les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique.”

- Article 2 de la Convention de Rio, aussi appelée Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC)

Les négociations furent difficiles, mais les participants s'entendirent pour réduire entre 2008 et 2012 les émissions de six gaz à effet de serre de 5,2 % par rapport aux niveaux de 1990. Les trois gaz les plus importants (CO2, CH4 et N2O) sont mesurés par rapport aux niveaux de 1990, tandis que les gaz ayant une durée de vie plus longue (hydrofluocarbures, perfluocarbones et hexafluorures de soufre) le sont par rapport aux niveaux de 1990 ou de 1995. Les États-Unis devaient réduire leurs émissions de 7 %, le Canada, de 6 %, et l'Union européenne, de 8 %. La Chine, deuxième pollueur du monde, obtint une exemption…(!)

L'accord doit entrer en vigueur après ratification par au moins 55 pays dont les émissions combinées représentent 55 % du total des émissions de 1990 par les pays développés.

Le protocole de Kyoto laisse cependant aux pays une certaine marge de manœuvre en ce qui concerne les moyens d'atteindre ces objectifs. C'est pourquoi certaines mesures dérogatoires ont été prévues, notamment :    

Un mécanisme de développement propre : les pays industrialisés pourront obtenir des crédits d'émissions s'ils financent des projets de réduction d'émissions dans les pays en développement. Par exemple, une aciérie américaine devant réduire de 1000 tonnes ses rejets de carbone d'ici 2012 pourra payer une vielle aciérie indienne ou russe pour effectuer la même réduction, mais à un coût beaucoup moins élevé. Lors de la conférence de La Haye, le Canada a proposé que l'énergie nucléaire soit incluse dans ce mécanisme, car l'électricité produite à partir du nucléaire est une source d'énergie qui produit peu de GES.

Un programme d'échange de droits d'émissions : les pays ayant développé une technologie permettant de réduire les émissions pourront vendre un permis, équivalent à cette réduction, aux pays intéressés à se procurer des droits d'émissions supplémentaires. Cette idée de « permis négociables » a été proposée par les Américains en échange de la ratification du protocole.

“ Ne soyons pas naïfs, explique Pierre Radanne, président de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie de France. Pour les Américains, les permis négociables représentent beaucoup plus que des économies d'argent. C'est aussi une fantastique opportunité de développer fortement leurs liens commerciaux avec les pays de l'Est. ”

Contrairement à la Convention de Rio, le protocole de Kyoto prévoit aussi des sanctions pour les États qui ne respecteraient pas les dispositions de l'accord. Cependant, le texte de l'accord ne précise pas les contraintes qui pourraient être imposées dans ce cas.

 

C’est à ce point de nos explications qu’il faut maintenant préciser pour la stigmatiser la réaction des Etats-Unis à ce Protocole:

Sous Bill Clinton, les États-Unis se sont engagés à signer le protocole de Kyoto, mais le Sénat s'y est opposé. Avant de ratifier le protocole, le Sénat voulait avoir l'assurance que les engagements de réduction pouvaient être tenus en recourant sans limitation au mécanisme du marché et exigeait que les grands pays en développement comme l'Inde et la Chine s'engagent eux aussi à limiter leurs émissions.

Les Américains appliquent la logique suivante: même s'ils sont les plus grands producteurs d'émissions de gaz à effet de serre du monde (20 tonnes de CO2 par habitant par an, contre 10 tonnes par Allemand et 2,3 tonnes par Chinois), ils font davantage preuve d'efficacité énergétique que les autres. Un Américain est en effet beaucoup moins polluant que son homologue chinois quand on raisonne en tonnes de CO2 par unité de produit national brut (PNB) : selon les statistiques de l'Agence internationale de l'énergie, l'Américain émet 0,77 tonne de CO2 pour 90 dollars de PNB, alors qu'un Chinois en émet 3,54 tonnes pour le même montant. Autrement dit, les Américains font valoir que c'est l'inefficacité énergétique de certains pays qui met en péril l'atmosphère de la Terre, et non leur propre mode de vie.

Puis, l'élection de George W. Bush fait basculer le processus. Le 29 mars 2001, il annonce que les États-Unis ne ratifieront pas le protocole de Kyoto parce qu'il ne va pas dans le sens de leurs intérêts économiques. [6]  Le président préfère travailler avec ses alliés à un plan qui exigerait des pays en développement qu'ils se conforment eux aussi à certaines normes environnementales. Cette décision a provoqué un tollé. Quelques jours plus tard, dix personnalités, dont Jimmy Carter et Mikhaïl Gorbatchev, ex-dirigeants des États-Unis et de l'Union soviétique, appellent le président Bush à revenir sur sa décision.

 

Malgré les divergences entre les Etats-Unis et le reste du monde, des conférences se sont tenues régulièrement en référence au Protocole:

 

Conférence de La Haye (2000)

La conférence de La Haye, tenue en novembre 2000, avait pour objectif de fixer les règles d'application du protocole de Kyoto pour qu'il puisse entrer en vigueur. Trois clans s'y sont affrontés assez âprement.

Le groupe parapluie — constitué des États-Unis, du Japon, du Canada, de la Russie, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Norvège, de l'Islande et de l'Ukraine — veut instaurer un marché mondial des droits d'émission de gaz à effet de serre.

Pour sa part, l'Union européenne défend une position qui conçoit le marché des droits d'émission comme un complément aux mesures de réduction. Elle s'oppose également au groupe parapluie sur l'importance à accorder aux puits de carbone (forêts, océans, etc.), qui absorbent naturellement les émissions de CO2 et compensent ainsi pour les émissions polluantes produites par l'activité humaine.

Enfin, le G77, qui regroupe 130 pays en voie de développement, est une coalition hétéroclite de pays directement touchés par l'élévation du niveau de la mer (d'Antigua et Barbuda jusqu'à la République de Vanuatu) et de pays pauvres qui refusent de mettre en péril leur développement économique. Ces derniers rejettent la responsabilité sur les pays riches, plus importants producteurs de gaz à effet de serre. Avec ses 1,3 milliard d'habitants et ses énormes réserves de charbon, la Chine est le poids lourd de ce groupe. De leur côté, l'Inde et l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) veulent être indemnisés pour les pertes prévues dans le secteur pétrolier.

La conférence de La Haye s'est soldée par un échec. Les 180 participants ne sont pas parvenus à s'entendre sur les permis d'émissions et sur l'intégration des puits de carbone dans le protocole de Kyoto. En plus d'échanger des droits d'émissions, les pays du groupe parapluie voulaient comptabiliser l'action des puits de carbone dans le calcul de leurs émissions polluantes.

Dans un document sur les changements climatiques, Steven Guilbault et Jean-Guy Vaillancourt expliquent cette méthode de calcul : “ Par exemple, le fait de planter un arbre permettra, pour un certain temps, d'augmenter les puits de carbone, puisqu'il est soumis au processus de photosynthèse et que ce dernier captera et emmagasinera du carbone. Ainsi, pour tout arbre planté, un crédit d'émission de GES sera octroyé, ce qui permettrait par conséquent à un pays ou même à une compagnie d'augmenter les émissions d'origine humaine de GES selon la quantité de crédit acquis. ”

“ Quand ces entreprises planteront des forêts, elles pourront se targuer de résultats fracassants en sachant très bien qu'il sera impossible à quiconque de démontrer ou d'infirmer ces résultats. C'est vraiment un marché de dupes ”, affirme pour sa part Michael Obersteiner, de l'International Institute for Applied Systems Analysis de Laxenburg, en Autriche.

Selon les calculs de Greenpeace (corroborés par d'autres ONG mais aussi par quelques gouvernements), “si certains mécanismes du protocole de Kyoto (comme les puits de carbone et le mécanisme pour un développement propre) sont utilisés de façon inadéquate, le protocole de Kyoto pourrait alors devenir un instrument qui justifierait non pas une réduction, mais une augmentation de plus de 15 % des émissions de GES. ”

 

 

Conférence de Bonn (2001)

La sixième conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui s'est tenue à Bonn du 16 au 27 juillet, était absolument déterminante pour la survie du protocole de Kyoto. Depuis que le président George W. Bush avait annoncé que les États-Unis ne signeraient pas cet accord sur la réduction des gaz à effet de serre, la communauté internationale était sous l'emprise d'un certain émoi. Allait-on encore permettre que les intérêts économiques d'une nation, fût-elle la plus puissante du monde, priment sur la survie de la planète? La possibilité d'un échec était d'autant plus réelle que plusieurs pays, dont le Canada, l'Australie et le Japon, ont menacé jusqu'à la toute fin de ne pas ratifier l'accord sans les États-Unis.

Après l'annonce du président Bush, l'Union européenne a dépêché sa commissaire à l'Environnement aux États-Unis pour tenter de convaincre les Américains de revenir sur leur décision. Margot Wallström craignait que le refus des États-Unis, suivi par celui du Japon, du Canada et de l'Australie, ne crée une énorme pression sur tous les autres pays industrialisés, qui hésiteraient à assumer seuls les coûts de la mise en application du protocole. L'Union européenne a également dépêché au début de juillet des émissaires au Japon.

À l'ouverture de la conférence de Bonn, l'atmosphère est au pessimisme. Les négociations piétinent rapidement et les participants évoquent publiquement son échec. On estime que les négociations pourraient débloquer au Sommet de Gênes, en Italie, où sont réunis au même moment les dirigeants des sept pays les plus industrialisés, plus la Russie (G8).

Malgré leur retrait du protocole, les Américains participent aux négociations de Bonn parce qu'elles s'inscrivent dans le cadre des conférences de suivi de la Convention de Rio, premier accord sur les changements climatiques qu'ils ont ratifié en 1992. Les Américains interviennent donc sur certaines questions, comme l'aide financière accordée au tiers-monde pour affronter les conséquences des changements climatiques.

En revanche, les Américains assistent sans intervenir aux discussions sur la prise en compte des puits de carbone (absorption des gaz à effet de serre par les forêts et les terres agricoles). Ils considèrent que ce sujet extrêmement controversé, à l'origine de l'échec de conférence de La Haye en novembre 2000, relève exclusivement du protocole de Kyoto.

Dans l'espoir de débloquer les négociations, le président de la réunion, le Néerlandais Jan Pronk, désigne un groupe restreint de 35 ministres chargé de clarifier les principaux points de désaccord entourant la ratification du protocole de Kyoto. Le Canada et ses alliés disent vouloir obtenir un compromis pour en arriver à un accord avec les États-Unis. Au terme de 24 heures de négociations intensives, les participants annoncent finalement le lundi 23 juillet au matin qu'ils ont enfin réussi à conclure un accord politique.

Pour parvenir à cette entente, l'Union européenne a dû faire de nombreuses concessions sur ses propres positions. Devant la pression exercée par le Canada, l'Australie, le Japon et la Russie, elle a notamment consenti à reconnaître l'importance des forêts comme un facteur déterminant dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, l'entente retient le principe des pénalités, mais leurs règles d'application ne seront décidées qu'après l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto.

Les pays développés ont annoncé la création d'un fonds pour aider les pays en développement à faire face aux changements climatiques et à gérer leurs émissions de gaz à effet de serre. Leur contribution s'élève à 410 millions de dollars américains par année d'ici 2005.

Les groupes environnementaux du monde entier ont salué l'entente, considérée comme historique. Ils se sont déclarés soulagés que le protocole de Kyoto ait survécu aux pressions des États-Unis, même s'ils déplorent certains reculs par rapport au texte original.

Les décisions adoptées à Bonn doivent maintenant être formellement adoptées à la septième Conférence des parties à la Convention sur les changements climatiques (COP7), qui aura lieu à Marrakech, au Maroc, du 29 octobre au 9 novembre 2001. La Conférence de Marrakech devrait permettre la mise en place des institutions nécessaires à l'application du protocole de Kyoto. Pour entrer en vigueur, l'accord sur la réduction des GES doit être ratifié par la moitié des 38 pays industrialisés signataires d'ici 2002.

 

Je m’arrête ici, espérant que ces quelques éclaircissements feront mieux comprendre que malgré toutes les bonnes raisons données par les Etats-Unis via les présidents Clinton et Bush pour ne pas souscrire aux résolutions du Protocole de Kyoto, il n’est pas possible pour le reste du monde de suivre de tels raisonnements. Nous nous devons de protéger notre terre contre les hommes qui lui font la guerre de toutes les façons possibles et je répète que si nous continuons comme nous avons commencé, que si nous ne mettons pas un terme à notre “exubérance”, notre monde composé d’êtres humains, d’animaux et de plantes va sombrer dans un second big bang qui ne sera pas, lui, une gigantesque explosion à l’origine de l’expansion de l’univers mais une misérable implosion qui mettra fin à l’existence non pas de cet univers (qui suis-je pour préjuger de ce qui peut se passer au-delà de ma compréhension?) mais à celle de notre terre.



[1] J’avais prévenu nos amis que les Mots...dits qui ont commencé avec “Mes Résolutions” comporteraient quatre volets. Celui-ci est donc le dernier.

[2] Explications données sur Radio Canada

[3] sources: l’abc du réchauffement planétaire - La variabilité par rapport à l’évolution réelle

[4] sources: Hirst et Thomson - 1996

[5] Depuis 1979, la couche d'ozone stratosphérique s'est amincie au-dessus de toute la surface du globe, de 4 % à 6 % par décennie aux latitudes moyennes et de 10 % à 12 % par décennie aux hautes latitudes méridionales. L'appauvrissement de l'ozone stratosphérique entraîne une augmentation des rayons ultraviolets qui atteignent la surface de la Terre. On sait qu'un niveau élevé de rayons UV ralentit la croissance des plantes et peut causer des cancers de la peau, des cataractes et des dommages au système immunitaire de l'homme et des animaux.

[6]  “George W. Bush est très lié aux milieux du pétrole et, comme tel, persuadé que tout ce qui est bon pour le pétrole est bon pour l'Amérique”, Voici (entre aautres) une constatation de Fabien Grulnier et Gérard PetitJean du Nouvel Observateur.