Juifs, Israéliens et Palestiniens: Mes Résolutions

 par Lise Willar

Mots...dits

 

Depuis plusieurs semaines, je me suis réfugiée dans la lecture de divers livres et films dont j'ai fait le compte-rendu pour ces Mots... dits avec une bonne raison: il est plus facile de lire et de raconter que d'entrer dans des polémiques qui, vraisemblablement, me dépassent ou du moins dont je suppose qu'elles me dépassent. J'ai eu du mal pourtant à assimiler cette dépêche de l'A.F.P. du 1er Avril: "Un groupe de pacifistes occidentaux, avec au premier rang José Bové, le militant français anti-mondialisation, brandissant un drap blanc, a défié les blindés israéliens et malgré quelques tirs d'avertissement est entré dans les bureaux d'Arafat. Un groupe d'une quarantaine de pacifistes a ensuite annoncé son intention de rester avec le dirigeant palestinien. Un militant pacifiste a affirmé que José Bové et 12 autres personnes qui avaient quitté le QG ont été arrêtés par l'armée israélienne, après la rencontre."


Je me suis d'abord dit: - bien sûr le célèbre José, si heureux qu'on parle une fois de plus de lui dans les médias (il était en direct sur la 2 il y a une semaine je crois chez Marc-Olivier Faugiel) est allé faire son petit tour en Palestine mais, contrairement à quelques uns de ses compagnons, en est repartit aussitôt pour se faire arrêter par les Israéliens. Quoi de plus médiatique qu'une petite semaine dans les prisons de l'Etat Hébreu dont un bon avocat international sera susceptible de le tirer bien vite? (1)


Et puis je me suis posée la question: - quel est le rapport entre la lutte contre la mondialisation et un bref séjour chez Arafat? Je ne sache pas que le leader Palestinien ait à voir avec ATAC même si le professeur Benjamin Barber a parlé de djihad dans son livre... J'ai alors téléphoné à celui qui sait si bien m'expliquer, m'orienter dans un sens que je n'accepte pas toujours, et de loin, du premier coup, à Yves. Se référant à José Bové, il m'a donné acte que les passages de l'anti mondialiste étaient souvent de courte durée, ajoutant que dans ce cas, sa prise de position aux côtés d'Arafat s'inscrivait dans son total anti américanisme et cela, je pouvais bien le comprendre. Yves a ajouté - tout de même après une heure de conversation - que je devrais repenser à tout ce qui avait conduit à la situation actuelle et voir ou en tout cas essayer de voir les choses sous des angles différents de ceux que j'avais envisagés depuis la résolution de l'ONU du 29 Novembre 1947 en faisant le plus possible la différence entre l'Etat hébreu dont je ne suis pas mais avec lequel je me suis toujours sentie des liens de religion sinon de citoyenneté (2) et la nation française dans laquelle mes pères et moi-même, nous nous sommes reconnus depuis la Révolution française en tout cas.


Je devrais essayer de faire également la différence (3) entre les évènements israëlo-palestiniens et les deux dernières destructions de synagogues de Lyon et de Marseille qui, elles, provoquent ma colère car je n'ai pas souvenir que les mosquées aient subi de telles attaques qu'on doive exercer des représailles sur nos lieux de prières. Ces destructions ne peuvent être que les actes de personnes influencées négativement par des antisémites comme notre pays en a toujours connus. J'ajoute que je ne mets pas à cent pour cent la responsabilité de telles entreprises sur de jeunes musulmans comme il est si facile de le faire, me rappelant la profanation des tombes du cimetière de Carpentras dont les auteurs étaient des fascistes bien de chez nous. S'ils ne semblent pas oser perpétrer de tels crimes contre les mosquées - car je ne suppose pas qu'ils soient plus tendres pour l'Islam que pour le judaïsme - c'est qu'ils redoutent des représailles peut-être pas contre leurs églises (je doute qu'ils en fréquentent) mais contre leurs personnes.


Avant de poursuivre et pour bien montrer que je ne suis pas dupe, je me permets de placer dans une "mouvance" antisémite des gens tels que Dieudonné (4) dont on a cru un moment qu'il poursuivait à Dreux un combat anti FN mais qui, tout-à-coup, a tenu le même langage que les extrémistes de droite et les mêmes propos racistes. Je suppose qu'il s'est fait des illusions quand il croyait à son avenir politique sur les intentions de vote de nos concitoyens de tous bords. Je voudrais encore dire avant de poursuivre que nos synagogues n'ont pas cessé pratiquement d'avoir besoin d'une protection policière depuis les guerres israélo-arabes, ce qui est à proprement parler inacceptable car, encore une fois, c'est nous assimiler aux Israéliens que nous ne sommes pas. Un exemple, ma mère avait environ quatre vingt ans, mon âge d'aujourd'hui à un an près. C'était en 1973, pendant la Guerre du Kippour: vers cinq heures de l'après-midi, au moment de la prière du Yskor qui rappelle chaque année ce jour-là même le souvenir de nos morts, on a dû évacuer le temple de la rue Notre-Dame de Nazareth où nous nous recueillions, un coup de téléphone venant d'annoncer qu'une bombe avait été déposée dans les parages. J'ai quitté la synagogue avec Maman et je lui ai dit que Dieu lui pardonnerait si elle faisait dorénavant ses prières à la maison. A-t-on jamais parlé d'une protection nécessaire pour les mosquées? A-t-on jamais raconté qu'un enfant juif avait arraché un foulard de la tête d'une femme musulmane alors que des petits garçons portant la kippa dans nos banlieues ont dû supporter qu'elle soit enlevée brutalement par de jeunes beurs. Les personnes qui me connaissent comprendront que j'aie d'autant plus de peine que j'ai toujours aimé l'Islam, que j'ai séjourné à de nombreuses reprises au Moyen Orient, que l'Anatolie Orientale fit partie de ma vie durant plusieurs années et que j'ai fréquenté des musulmans de tous les milieux, riches bourgeois et ouvriers avec la même amitié fraternelle (5).


Il est temps de me plonger maintenant dans un passé que je ne dirai pas vieux de cinquante cinq ans mais de plus d'un siècle (6) car j'ai toujours pensé que les Anglais nous avaient fourré dans un drôle de pétrin en proclamant presque simultanément la Déclaration Balfour (7) le 2 Novembre 1917 par laquelle le Cabinet Britannique, après consultation avec des leaders sionistes, admettait officiellement l'idée d'établir un home juif en Palestine (Eretz Israel) et en envoyant le très cultivé agent de L'Intelligence Service T.E. Lawrence, auprès d'Hussein ibn Ali, Chérif de La Mecque et chef de la grande famille des Hachémites, pour l'aider à soulever les tribus arabes contre les Ottomans, entreprise dans laquelle il fut aidé par les trois fils du Chérif, Ali, Abdallah et surtout Fayçal, le futur roi d'Iraq. Comme toujours, l'Angleterre jouait sur deux tableaux et divisait pour mieux régner même si aucun membre du Cabinet ne pouvait se rendre compte quand la seconde décision fut prise que Lawrence irait bien au-delà des espérances de sa patrie d'origine.


Il est certain que la décision d'accepter la notion d'un home juif était de la part des Anglais toute politique car au départ le sionisme n'avait pas de connotation essentiellement religieuse mais que bien sûr le choix de la Palestine, cette terre où les conduisit Abraham à la sortie d'Egypte et où les Juifs souhaitent retourner depuis le début de la diaspora plutôt qu'un territoire en Afrique Centrale (par exemple), ne pouvait qu'avoir tôt ou tard - vu la faiblesse des hommes - des conséquences religieuses dont nous verrons plus tard les raisons.


Les premiers colons juifs étaient venus s'installer en Palestine avant même la Déclaration Balfour et sous l'occupation ottomane. Dans les deux dernières décennies du XIXème siècle (8) en effet des Juifs russes lassés des pogroms avaient décidé de partir y travailler la terre et de montrer par l'exemple comment fonder de nouvelles colonies de paysans juifs. L'enthousiasme des premiers colons fut immense, mais le résultat s'avéra bien mince, comparé à leur vaste programme national. Avec beaucoup de difficultés, près de trente colonies furent fondées en vingt ans (Richon le Sion, Hedera, Roch Pina, Zichron-Jacob, Rehovot et autres) comptant plusieurs milliers d'habitants. On les installa grâce à l'aide des Hovevé-Zion (Amis de Sion) qui se trouvaient en Russie et du baron Edmond de Rothschild, de Paris. Le gouvernement turc entravait considérablement l'immigration en Palestine, mais rien n'arrêtait les ardents "Amis de Sion" tant leur était chère l'idée de ressusciter la patrie historique juive. Le nombre des habitants juifs augmenta dans les villes aussi : Jérusalem, Jaffa, Haïfa, Tibériade, Safed. Aux pieux vieillards, qui y venaient pour passer leurs dernières années en Terre Sainte, pour prier et pleurer sur les ruines du Temple, s'étaient joints des hommes dont le but était de relever les ruines, de ranimer le pays.


On peut dire que ces premiers colons étaient en but aux violences de l'occupant autant que les arabes palestiniens et qu'ils n'ont pas eu de grands problèmes avec ces derniers si ce n'est entre 1928 et 1939 quand des troubles graves éclatèrent entre les communautés sionistes et arabes. Il faut dire qu'une fois de plus les Anglais divisaient pour régner: En 1920 déjà le gouvernement anglais avait nommé au poste de haut commissaire Herbert Samuel, un des artisans de la déclaration Balfour et un pilier du mouvement sioniste. Lui et ses collègues n'avait qu'une idée: inciter les Arabes palestiniens à quitter la Palestine et encourager les Juifs à acheter des terrains (9). Diverses législations furent adoptées en vue de favoriser l'établissement d'un Foyer national juif. Le gouvernement de Londres approuva toutes ces actions, comme s'il n'avait aucune obligation envers la communauté arabe. En 1933, plusieurs milliers d'Arabes palestiniens manifestèrent à Jérusalem contre les Anglais qui permettaient l'entrée des Juifs venant d'Allemagne où Hitler, déjà au pouvoir, les maltraitaient.


De nombreux Juifs de Palestine s'engagèrent pour combattre au côté des Anglais durant la Seconde Guerre Mondiale, ce qui n'a pas empêché ces derniers de refouler vers leurs ports d'embarquements les rescapés de la Shoah jusqu'à la création le 14 Mai 1948 de l'Etat d'Israël suivi du départ des Britanniques. Mais comme je l'ai promis à Yves, je m'arrête sur la résolution de l'ONU du 29 Novembre 1947 prévoyant un plan de partage de la Palestine, la partie que nous connaissons sous le nom de Cisjordanie étant attribuée aux Palestiniens afin qu'ils puissent constituer leur nouvel Etat. Cette résolution fut rejetée par les nations arabes limitrophes mais surtout par le roi Abdullah qui, plutôt que d'attribuer aux Palestiniens un territoire qu'il considérait comme sien, réunit en 1949 le royaume hachémite de Jordanie et la Cisjordanie, créant le royaume de Jordanie et se faisant assassiner en 1951 par un Palestinien pour cette seule raison. Nous savons que l'interdiction faite aux Israéliens d'aller à Jérusalem Est, territoire jordanien, pour prier au Mur des Lamentations a provoqué la première Guerre israélo-Arabe.


Je n'ai pas l'intention de poursuivre trop loin le rappel de ces pages historiques. Je veux simplement dire que depuis 1949, depuis cinquante trois ans, je n'ai pas arrêté de défendre la thèse selon laquelle les responsables de tous les maux qui ont suivi, de toutes les guerres qui ont suivi étaient les Jordaniens. Je n'en démordais pas. J'étais butée, je l'ai été pendant plus d'un demi-siècle sans me rendre compte que même si la responsabilité d'Abdullah ne pouvait être mise en doute, ne peut encore être mise en doute, il est plus que temps pour moi de passer à autre chose et de considérer l'Histoire maintenant, comme elle se déroule maintenant.


Je me permets de faire un saut jusqu'à 1982 parce que tout le monde est au fait des guerres qui ont mis aux prises les Israéliens et les nations arabes, celle de 1956 ou deuxième Guerre Israélo-Arabe survenue à la suite de la nationalisation du canal de Suez par l'Egypte, celle de 1967 ou Guerre des Six Jours, celle de 1973 ou Guerre du Kippour. En 1975, mon plus jeune fils était dans un kibboutz à Kfar-Giladi dans le Golan. Je pus alors observer, en allant le voir, les excellents rapports qui existaient entre les Israéliens et les Chrétiens libanais. Les ouvriers agricoles de ce pays venaient chaque jour travailler en Israël, traversant le matin ce que l'on avait coutume d'appeler "la bonne frontière" et retournant le soir dans leur pays, leur sac à provisions bien garnis. C'est le 14 Septembre 1982 qu'eurent lieu les massacres des camps de Sabra et Shatila. Depuis cette époque, j'ai toujours entendu les Palestiniens affirmer que les Israéliens étaient les seuls responsables des meurtres perpétrés dans les deux camps. Même si une commission d'enquête israélienne (10) a étudié la responsabilité de Sharon dans la permissivité qu'il a montrée vis-à-vis des Phalanges, le fait n'est même pas discutable: ce sont les Phalanges Chrétiennes, dirigées par Eli Hobeika et Samir Geagea, qui sont entrées dans les camps et ont massacré plusieurs centaines de personnes. Les leaders palestiniens ayant accusé publiquement Israël, le centre de l'OLP, dirigé par Sabri Jiris, a présenté à Arafat un rapport accusant directement les Phalanges d'avoir commis le crime. Les Phalanges n'en étaient pas d'ailleurs à leur premier coup de main puisqu'en Janvier 1976 celles-ci et la milice de Camille Chamoun avaient exterminé plusieurs centaines de Palestiniens dans le grand camp de Tell Al Zaatar, à Beyrouth Est. Même aujourd'hui et même s'il faut, comme je l'ai dit, voir les choses maintenant et tenter de trouver maintenant une solution, je ne reviendrai pas sur mon amertume qui n'est pas tellement due au fait que des massacres aient été perpétrés (les actes des hommes ne m'étonnent plus depuis longtemps), à celui que les Libanais n'aient jamais assumé leurs responsabilités (la "capacité d'oubli" chez certains hommes ne m'étonnera jamais) mais à celui que jamais au grand jamais le Vatican si prompt à reconnaître les erreurs de la Serbie et à oublier celles des Croates (par exemple) n'a élevé la voix pour stigmatiser la responsabilité de Chrétiens dans une affaire imputée aux seuls Israéliens.


Passons maintenant - et c'est là bien sûr où le bât me blesse - à l'histoire récente que je situe au jour où Ariel Sharon a été nommé Premier Ministre de l'Etat d'Israël. Il est évident et maintenant, je ne vais plus m'appuyer sur des faits avérés mais sur les élans de mon coeur. Victime moi-même ainsi que les miens, je n'ai jamais voulu penser à une quelconque revanche mais simplement reprendre ma place après la Seconde Guerre mondiale au milieu de mes concitoyens. J'ai instinctivement, viscéralement, toujours été du côté des victimes, des Vietnamiens qui se battaient pour s'arracher à la colonisation française et à la main-mise des Américains sur leur territoire, des Algériens pour la même raison, des Sud Africains pour que vienne la fin de l'apartheid... Eussé-je été plus jeune, j'aurais rejoint ma chère ville de Sarajevo comme je l'avait fait durant la Seconde Guerre Mondiale quand j'ai rejoint les Forces Françaises Libres et j'ai toujours voué une admiration sans borne aux gens qui s'étaient physiquement impliqués dans la défense des communautés musulmanes attaquées pour des raisons toutes indéfendables, surtout quand elles étaient ethniques. Alors, comme je l'ai fait pour tous ceux que je viens de nommer, je dois accepter sans condition l'existence de l'Etat Palestinien et oeuvrer par les mots puisque de plus en plus les années m'empêchent de le faire physiquement pour que les armes, la violence, les meurtres laissent place à une voie négociée (11). Je me dois de me positionner au côté des pacifistes israéliens, palestiniens et du monde (des vrais, pas des politiciens) qui rejettent les extrémistes de tous bords. Je dois me souvenir que mon passage au King David de Jérusalem, à ce super palace religieux et kasher qui ne m'a pas une minute comblée mais plutôt causé une sorte de malaise. Je ne dois jamais oublier André Chouraqui et son "Testament: Le feu de l'Alliance" dans lequel il affirme une fois de plus son espoir en la création d'une fédération Israélo-Palestinienne dans un premier temps, de tous les pays de ce Moyen-Orient-là dans une deuxième temps, je dois infiniment et de toute ma volonté croire en cette utopie obligatoire. Je dois rendre grâce aux Palestiniens et aux Israéliens qui essaient de conserver le contact en dépit de toutes les difficultés qu'ils rencontrent, à ces institutrices qui essaient avec les plus grandes difficultés de maintenir des classes mixtes, à ces médecins dont parle Yves dans le mail que je transcris maintenant (et qu'il m'a donné l'autorisation de citer): "En tant que destinataire de ce message (12), je souhaite manifester ma profonde gratitude à ces femmes et ces hommes, palestinien(ne)s et israélien(ne)s, qui ont la lucidité et le sang-froid de favoriser, où faire se peut, la cohabitation des villageoises et villageois de ces deux peuples, la création et le partage d'écoles communes. Dans le même esprit, je tiens à saluer, entre autres, l'action politique et humanitaire de ces médecins israéliens qui, en ce moment même et en dépit du blocus des territoires palestiniens, se rendent sur place pour prodiguer des soins. Il me semble, en effet, qu'encourager de telles initiatives et les faire connaître du plus grand nombre contribue plus efficacement à l'oeuvre de paix que la propagation sur le Net de dénonciations, si animées qu'elles veuillent se montrer de ces bonnes intentions dont nos enfers sont pavés."


C'est sur ces mots de mon ami que je m'arrête en espérant faire désormais partie des hommes et des femmes de bonne volonté même si je ne puis affirmer tout en le souhaitant bien sûr que je verrai la réalisation de nos plus chers désirs dans les quelques années qui me restent à vivre. Mon testament ne peut être "Le Feu de l'Alliance", André Chouraqui l'a écrit mieux que je ne saurais le faire et en tant que Française je ne puis être impliquée autant que lui dans des affaires qui demeurent, je le répète, en particulier israélo-palestiniennes et en général moyen orientales. La France dont je suis et le monde auquel j'appartiens se doivent, en toutes circonstances et quand ils sont les témoins de batailles, de destructions, d'effusions de sang, de morts, d'outrages, de néo-colonialisme, de fanatisme, d'intégrisme... s'interposer par la parole d'abord et peut-être - mais qui suis-je pour conseiller les princes qui nous gouvernent - par les actes afin que les armes se taisent et que les hommes et les femmes concernées s'arrêtent, reprennent leur souffle et se réunissent autour de la même table pour se poser cette première question: "Qu'avons-nous fait?" Y répondre ou tenter d'y répondre serait déjà un progrès.


1 - En fait je n'ai pas une idée claire de ce qui s'est véritablement passé. Il est certain que les Israéliens ont expulsé José Bové ainsi que ses camarades pacifistes et qu'ils sont arrivés à Orly où les attendaient des jeunes du BETAR (Organisation juive de la jeunesse dédiée au sionisme activiste et au service de la communauté) qui dépend, paraît-il, des services spéciaux israéliens. Les pancartes brandies par les "pacifistes" et les mots proférés ont apparemment mis le feu aux poudres et l'armée ou la police a dû intervenir pour séparer les combattants. José Bové est arrivé après ces échauffourées dans un salon de l'aéroport et rien dans ce qu'il a dit, en tout cas dans ce que j'ai entendu (aurait-on fait le tri dans ses paroles ou les aurait-il lui-même édulcorées dans les interviews suivants comme l'a fait Dieudonné après coup?) n'avait un caractère infamant pour l'une ou l'autre des parties. Il a parlé d'une négociation nécessaire entre les Israéliens et les Palestiniens. J'ai éprouvé suffisamment de rancoeur contre lui pour son intervention dans un conflit qui ne peut être considéré comme concernant directement la mondialisation (bien sûr José Bové est d'un avis contraire) pour donner acte de ce que j'ai personnellement constaté. José Bové a été ce soir 3 Avril l'invité de Carl Zéro sur Canal + et, là aussi, je n'ai pas trouvé que son langage était différent de ce qu'il exprime habituellement contre la mondialisation. En revanche, je n'approuve pas l'activité de jeunes gens entraînés militairement, religieusement et psychologiquement dans de nombreux pays, activité que je qualifierai de subversive et de dangereuse.

Je me fais d'ailleurs du souci au sujet de la marche organisée par Le Crif (organisation contre le racisme et l'antisémitisme) en raison des destructions de synagogue à laquelle mon fils, ma belle-fille et mon petit-fils doivent se rendre dimanche après-midi entre Nation et Bastille. Même bien encadrée, si cette marche est reprise par le BETAR (comme mon fils vient de me le laisser entendre), je ne présume pas des conséquences graves car les "pacifistes" interviendront et les deux parties en viendront aux actes violents de la même façon qu'elles l'ont fait à Orly. Je me souviens de "Charonne", la première manifestation à laquelle j'avais emmené mes propres enfants...

2 -Contrairement à de nombreux coreligionnaires de la diaspora

3 - Mais de cela je ne pouvais pas encore parler avec Yves parce que je n'avais pas écouté les dernières nouvelles et n'étais pas encore au fait de la destruction de la synagogue de Marseille au sujet de laquelle le Grand Mufti de cette ville a offert ses regrets, a dit qu'une prière oecuménique serait prononcée le Mardi 2 Avril, à la Mosquée de Marseille, modérant ses paroles en soulignant à un moment qui ne me semblait pas à propos sa parfaite compréhension des actes perpétrés par ses coreligionnaires en Israël et sa solidarité complète avec le peuple palestinien. Qu'il le soit n'est pas ce qui me gêne, qu'il le dise à un tel moment est ce qui me blesse et me paraît un amalgame redoutable.

4 - Il a proféré dans son discours des paroles de haine contre le judaïsme qu'il a en particulier traité de "secte".

5 - J'ai intitulé un de mes Mots...dits que je ne pense pas avoir envoyé "Une Amitié Perdue": j'y racontais les liens profonds qui m'attachaient à une famille d'ouvriers d'Auneau, à côté de Rambouillet. Ils étaient originaires d'une oasis du sud de l'Algérie. J'ai vu grandir les enfants, ils me considéraient comme leur marraine et entretenaient des rapports affectueux avec mes petits-enfants. Un jour, quand je suis arrivée chez eux en plein été mon amie Aïsa était habillée d'une longue robe noire à manches longues, la tête couverte d'un foulard noir. Je savais depuis plusieurs mois que son mari et son fils aîné appartenaient au FIS, une organisation intégriste aux idées de laquelle je ne pouvais évidemment souscrire. Je m'étais également aperçue que si j'étais toujours bien accueillie par mon amie, les deux hommes en revanche trouvaient toujours un prétexte pour s'absenter s'ils étaient à la maison quand j'arrivais. Même si Aïsa est vite allée mettre une robe d'été après m'avoir dit tristement qu'elle aimait le noir... j'ai su que des idées subversives s'étaient mises en travers de nos routes et que je devais, pour un temps du moins mais qui dure encore, m'éclipser de leurs vies. Je l'ai fait avec une profonde tristesse et je sais dans mon coeur qu'il en a été de même pour mon amie.

6 - Pour ne pas dire mille quatre cents ans, c'est à dire au début de l'hégire.

7 - du nom de Arthur James, Lord Balfour. La Déclaration fut envoyée sous forme de lettre par Lord Balfour à Lord Rothschild.

8 - Au moment même où Théodor Herzl, écrivain juif hongrois (1860-1904) publiait "l'Etat Juif, Essai d'une Solution Moderne à la Question Juive). Il fut le fondateur du Sionisme dont le premier Congrès se réunit à Bâle en Août 1897 et qui se donna pour but "la création en Palestine d'un foyer juif, garanti par la loi publique."

9 - Quand j'étais petite fille, il y avait déjà sur le rebord de la cheminée une boîte bleue du Keren Kayemeth Leisraël (Fonds national Juif) dans laquelle nous mettions de l'argent pour le rachat des terres aux Arabes, plus tard, après la Seconde Guerre Mondiale, pour augmenter les plantations d'arbres. Je me souviens que dans de nombreux cas les Arabes étaient très contents de vendre aux sionistes des terres qui leur paraissaient improductives. Je me souviens mal en revanche des échauffourées entre sionistes et Arabes. Je n'avais que cinq ans en 1928, 16 en revanche en 1939

10 - Je traduis ici un passage de "International Campaign for Justice for the Victims of Sabra and Shatila" qu'on ne peut soupçonner de mansuétude à l'égard des Israéliens: Le Jeudi 16 Septembre et durant les 40 heures qui suivirent les membres des Phalanges violèrent, tuèrent, blessèrent un grand nombre de civils désarmés, la plupart des enfants, des femmes et des vieillards, à l'intérieur des camps encerclés et bloqués. On estime le nombre des victimes entre 700 (chiffres israéliens) et 3500. Il n'y a jamais eu d'investigation officielle de la tragédie, la Commission Kahan d'Israël n'ayant pas eu un mandat judiciaire et n'étant pas appuyé par une force légale

Il n'en demeure pas moins qu'il y a eu du côté israélien une commission d'enquête dont je donne ici la traduction des conclusions: Rapport de la Commission d'Enquête sur les évènements dans les camps de réfugiés de Beyrouth du 8 Février 1983: La Commission a déterminé que le massacre à Sabra et Shatila a été perpétré par une unité des Phalanges, agissant de son propre chef mais que son entrée dans les camps était connue d'Israël. Aucun Israélien n'a été directement responsable des évènements qui sont arrivés dans les camps. Mais la Commission a affirmé qu'Israël était indirectement responsable pour le massacre puisque les forces israéliennes tenaient la région. Monsieur Begin été jugé responsable de n'avoir pas exercé une plus grande influence en la matière et laissé les Phalangistes pénétrer dans les camps aussi bien que de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour éviter cette effusion de sang, Monsieur Shamir pour n'avoir pas alerté Monsieur le Ministre Zippori, Monsieur Eitan, Chef d'Etat Major, pour n'avoir pas donné les ordres nécessaires pour prévenir le massacre. La Commission a recommandé la démission du Ministre de la Défense, du Directeur des Services de Renseignement et d'un certain nombre d'autres officiers supérieurs responsables.

Du côté libanais, en revanche, les faits n'ont a ce jour jamais été reconnus ou revendiqués. Un avocat franco-libanais a fait il n'y a pas longtemps un long discours à Paris où il a retracé "tous" les évènements qui ont marqué la guerre civile de son pays. Les camps de Sabra et Shatila et par conséquent les massacres n'ont pas une seule fois été évoqués.

11 - Au moment même où je me relis pour envoyer ce texte à Anita, j'écoute CNN et je viens d'entendre le Président Bush: il a enfin pris la parole pour conseiller aux Israéliens de se retirer des territoires palestiniens qu'ils ont envahis sans pour autant épargner Arafat et la conscience qu'il a des attaques terroristes sans pour autant les interdire (mais a-t-il le pouvoir politique de le faire?)

12 - Ce message, je ne le citerai pas car je ne peux le cautionner. Il m'apparaît comme un de ces amalgames dont sont friands à l'heure actuelle certaines personnes qui assimilent les faits d'aujourd'hui à ceux de l'Allemagne nazie.