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Depuis
plusieurs semaines, je me suis réfugiée dans la
lecture de divers livres et films dont j'ai fait le compte-rendu
pour ces Mots... dits avec une bonne raison: il est plus facile
de lire et de raconter que d'entrer dans des polémiques
qui, vraisemblablement, me dépassent ou du moins dont je
suppose qu'elles me dépassent. J'ai eu du mal pourtant
à assimiler cette dépêche de l'A.F.P. du 1er
Avril: "Un groupe de pacifistes occidentaux, avec au premier
rang José Bové, le militant français anti-mondialisation,
brandissant un drap blanc, a défié les blindés
israéliens et malgré quelques tirs d'avertissement
est entré dans les bureaux d'Arafat. Un groupe d'une quarantaine
de pacifistes a ensuite annoncé son intention de rester
avec le dirigeant palestinien. Un militant pacifiste a affirmé
que José Bové et 12 autres personnes qui avaient
quitté le QG ont été arrêtés
par l'armée israélienne, après la rencontre."
Je me suis d'abord dit: - bien sûr le célèbre
José, si heureux qu'on parle une fois de plus de lui dans
les médias (il était en direct sur la 2 il y a une
semaine je crois chez Marc-Olivier Faugiel) est allé faire
son petit tour en Palestine mais, contrairement à quelques
uns de ses compagnons, en est repartit aussitôt pour se
faire arrêter par les Israéliens. Quoi de plus médiatique
qu'une petite semaine dans les prisons de l'Etat Hébreu
dont un bon avocat international sera susceptible de le tirer
bien vite? (1)
Et puis je me suis posée la question: - quel est le rapport
entre la lutte contre la mondialisation et un bref séjour
chez Arafat? Je ne sache pas que le leader Palestinien ait à
voir avec ATAC même si le professeur Benjamin Barber a parlé
de djihad dans son livre... J'ai alors téléphoné
à celui qui sait si bien m'expliquer, m'orienter dans un
sens que je n'accepte pas toujours, et de loin, du premier coup,
à Yves. Se référant à José
Bové, il m'a donné acte que les passages de l'anti
mondialiste étaient souvent de courte durée, ajoutant
que dans ce cas, sa prise de position aux côtés d'Arafat
s'inscrivait dans son total anti américanisme et cela,
je pouvais bien le comprendre. Yves a ajouté - tout de
même après une heure de conversation - que je devrais
repenser à tout ce qui avait conduit à la situation
actuelle et voir ou en tout cas essayer de voir les choses sous
des angles différents de ceux que j'avais envisagés
depuis la résolution de l'ONU du 29 Novembre 1947 en faisant
le plus possible la différence entre l'Etat hébreu
dont je ne suis pas mais avec lequel je me suis toujours sentie
des liens de religion sinon de citoyenneté (2)
et la nation française dans laquelle mes pères et
moi-même, nous nous sommes reconnus depuis la Révolution
française en tout cas.
Je devrais essayer de faire également la différence
(3) entre les évènements israëlo-palestiniens
et les deux dernières destructions de synagogues de Lyon
et de Marseille qui, elles, provoquent ma colère car je
n'ai pas souvenir que les mosquées aient subi de telles
attaques qu'on doive exercer des représailles sur nos lieux
de prières. Ces destructions ne peuvent être que
les actes de personnes influencées négativement
par des antisémites comme notre pays en a toujours connus.
J'ajoute que je ne mets pas à cent pour cent la responsabilité
de telles entreprises sur de jeunes musulmans comme il est si
facile de le faire, me rappelant la profanation des tombes du
cimetière de Carpentras dont les auteurs étaient
des fascistes bien de chez nous. S'ils ne semblent pas oser perpétrer
de tels crimes contre les mosquées - car je ne suppose
pas qu'ils soient plus tendres pour l'Islam que pour le judaïsme
- c'est qu'ils redoutent des représailles peut-être
pas contre leurs églises (je doute qu'ils en fréquentent)
mais contre leurs personnes.
Avant de poursuivre et pour bien montrer que je ne suis pas dupe,
je me permets de placer dans une "mouvance" antisémite
des gens tels que Dieudonné (4) dont on
a cru un moment qu'il poursuivait à Dreux un combat anti
FN mais qui, tout-à-coup, a tenu le même langage
que les extrémistes de droite et les mêmes propos
racistes. Je suppose qu'il s'est fait des illusions quand il croyait
à son avenir politique sur les intentions de vote de nos
concitoyens de tous bords. Je voudrais encore dire avant de poursuivre
que nos synagogues n'ont pas cessé pratiquement d'avoir
besoin d'une protection policière depuis les guerres israélo-arabes,
ce qui est à proprement parler inacceptable car, encore
une fois, c'est nous assimiler aux Israéliens que nous
ne sommes pas. Un exemple, ma mère avait environ quatre
vingt ans, mon âge d'aujourd'hui à un an près.
C'était en 1973, pendant la Guerre du Kippour: vers cinq
heures de l'après-midi, au moment de la prière du
Yskor qui rappelle chaque année ce jour-là même
le souvenir de nos morts, on a dû évacuer le temple
de la rue Notre-Dame de Nazareth où nous nous recueillions,
un coup de téléphone venant d'annoncer qu'une bombe
avait été déposée dans les parages.
J'ai quitté la synagogue avec Maman et je lui ai dit que
Dieu lui pardonnerait si elle faisait dorénavant ses prières
à la maison. A-t-on jamais parlé d'une protection
nécessaire pour les mosquées? A-t-on jamais raconté
qu'un enfant juif avait arraché un foulard de la tête
d'une femme musulmane alors que des petits garçons portant
la kippa dans nos banlieues ont dû supporter qu'elle soit
enlevée brutalement par de jeunes beurs. Les personnes
qui me connaissent comprendront que j'aie d'autant plus de peine
que j'ai toujours aimé l'Islam, que j'ai séjourné
à de nombreuses reprises au Moyen Orient, que l'Anatolie
Orientale fit partie de ma vie durant plusieurs années
et que j'ai fréquenté des musulmans de tous les
milieux, riches bourgeois et ouvriers avec la même amitié
fraternelle (5).
Il est temps de me plonger maintenant dans un passé que
je ne dirai pas vieux de cinquante cinq ans mais de plus d'un
siècle (6) car j'ai toujours pensé
que les Anglais nous avaient fourré dans un drôle
de pétrin en proclamant presque simultanément la
Déclaration Balfour (7) le 2 Novembre
1917 par laquelle le Cabinet Britannique, après consultation
avec des leaders sionistes, admettait officiellement l'idée
d'établir un home juif en Palestine (Eretz Israel) et en
envoyant le très cultivé agent de L'Intelligence
Service T.E. Lawrence, auprès d'Hussein ibn Ali, Chérif
de La Mecque et chef de la grande famille des Hachémites,
pour l'aider à soulever les tribus arabes contre les Ottomans,
entreprise dans laquelle il fut aidé par les trois fils
du Chérif, Ali, Abdallah et surtout Fayçal, le futur
roi d'Iraq. Comme toujours, l'Angleterre jouait sur deux tableaux
et divisait pour mieux régner même si aucun membre
du Cabinet ne pouvait se rendre compte quand la seconde décision
fut prise que Lawrence irait bien au-delà des espérances
de sa patrie d'origine.
Il est certain que la décision d'accepter la notion d'un
home juif était de la part des Anglais toute politique
car au départ le sionisme n'avait pas de connotation essentiellement
religieuse mais que bien sûr le choix de la Palestine, cette
terre où les conduisit Abraham à la sortie d'Egypte
et où les Juifs souhaitent retourner depuis le début
de la diaspora plutôt qu'un territoire en Afrique Centrale
(par exemple), ne pouvait qu'avoir tôt ou tard - vu la faiblesse
des hommes - des conséquences religieuses dont nous verrons
plus tard les raisons.
Les premiers colons juifs étaient venus s'installer en
Palestine avant même la Déclaration Balfour et sous
l'occupation ottomane. Dans les deux dernières décennies
du XIXème siècle (8) en effet des
Juifs russes lassés des pogroms avaient décidé
de partir y travailler la terre et de montrer par l'exemple comment
fonder de nouvelles colonies de paysans juifs. L'enthousiasme
des premiers colons fut immense, mais le résultat s'avéra
bien mince, comparé à leur vaste programme national.
Avec beaucoup de difficultés, près de trente colonies
furent fondées en vingt ans (Richon le Sion, Hedera, Roch
Pina, Zichron-Jacob, Rehovot et autres) comptant plusieurs milliers
d'habitants. On les installa grâce à l'aide des Hovevé-Zion
(Amis de Sion) qui se trouvaient en Russie et du baron Edmond
de Rothschild, de Paris. Le gouvernement turc entravait considérablement
l'immigration en Palestine, mais rien n'arrêtait les ardents
"Amis de Sion" tant leur était chère l'idée
de ressusciter la patrie historique juive. Le nombre des habitants
juifs augmenta dans les villes aussi : Jérusalem, Jaffa,
Haïfa, Tibériade, Safed. Aux pieux vieillards, qui
y venaient pour passer leurs dernières années en
Terre Sainte, pour prier et pleurer sur les ruines du Temple,
s'étaient joints des hommes dont le but était de
relever les ruines, de ranimer le pays.
On peut dire que ces premiers colons étaient en but aux
violences de l'occupant autant que les arabes palestiniens et
qu'ils n'ont pas eu de grands problèmes avec ces derniers
si ce n'est entre 1928 et 1939 quand des troubles graves éclatèrent
entre les communautés sionistes et arabes. Il faut dire
qu'une fois de plus les Anglais divisaient pour régner:
En 1920 déjà le gouvernement anglais avait nommé
au poste de haut commissaire Herbert Samuel, un des artisans de
la déclaration Balfour et un pilier du mouvement sioniste.
Lui et ses collègues n'avait qu'une idée: inciter
les Arabes palestiniens à quitter la Palestine et encourager
les Juifs à acheter des terrains (9).
Diverses législations furent adoptées en vue de
favoriser l'établissement d'un Foyer national juif. Le
gouvernement de Londres approuva toutes ces actions, comme s'il
n'avait aucune obligation envers la communauté arabe. En
1933, plusieurs milliers d'Arabes palestiniens manifestèrent
à Jérusalem contre les Anglais qui permettaient
l'entrée des Juifs venant d'Allemagne où Hitler,
déjà au pouvoir, les maltraitaient.
De nombreux Juifs de Palestine s'engagèrent pour combattre
au côté des Anglais durant la Seconde Guerre Mondiale,
ce qui n'a pas empêché ces derniers de refouler vers
leurs ports d'embarquements les rescapés de la Shoah jusqu'à
la création le 14 Mai 1948 de l'Etat d'Israël suivi
du départ des Britanniques. Mais comme je l'ai promis à
Yves, je m'arrête sur la résolution de l'ONU du 29
Novembre 1947 prévoyant un plan de partage de la Palestine,
la partie que nous connaissons sous le nom de Cisjordanie étant
attribuée aux Palestiniens afin qu'ils puissent constituer
leur nouvel Etat. Cette résolution fut rejetée par
les nations arabes limitrophes mais surtout par le roi Abdullah
qui, plutôt que d'attribuer aux Palestiniens un territoire
qu'il considérait comme sien, réunit en 1949 le
royaume hachémite de Jordanie et la Cisjordanie, créant
le royaume de Jordanie et se faisant assassiner en 1951 par un
Palestinien pour cette seule raison. Nous savons que l'interdiction
faite aux Israéliens d'aller à Jérusalem
Est, territoire jordanien, pour prier au Mur des Lamentations
a provoqué la première Guerre israélo-Arabe.
Je n'ai pas l'intention de poursuivre trop loin le rappel de ces
pages historiques. Je veux simplement dire que depuis 1949, depuis
cinquante trois ans, je n'ai pas arrêté de défendre
la thèse selon laquelle les responsables de tous les maux
qui ont suivi, de toutes les guerres qui ont suivi étaient
les Jordaniens. Je n'en démordais pas. J'étais butée,
je l'ai été pendant plus d'un demi-siècle
sans me rendre compte que même si la responsabilité
d'Abdullah ne pouvait être mise en doute, ne peut encore
être mise en doute, il est plus que temps pour moi de passer
à autre chose et de considérer l'Histoire maintenant,
comme elle se déroule maintenant.
Je me permets de faire un saut jusqu'à 1982 parce que tout
le monde est au fait des guerres qui ont mis aux prises les Israéliens
et les nations arabes, celle de 1956 ou deuxième Guerre
Israélo-Arabe survenue à la suite de la nationalisation
du canal de Suez par l'Egypte, celle de 1967 ou Guerre des Six
Jours, celle de 1973 ou Guerre du Kippour. En 1975, mon plus jeune
fils était dans un kibboutz à Kfar-Giladi dans le
Golan. Je pus alors observer, en allant le voir, les excellents
rapports qui existaient entre les Israéliens et les Chrétiens
libanais. Les ouvriers agricoles de ce pays venaient chaque jour
travailler en Israël, traversant le matin ce que l'on avait
coutume d'appeler "la bonne frontière" et retournant
le soir dans leur pays, leur sac à provisions bien garnis.
C'est le 14 Septembre 1982 qu'eurent lieu les massacres des camps
de Sabra et Shatila. Depuis cette époque, j'ai toujours
entendu les Palestiniens affirmer que les Israéliens étaient
les seuls responsables des meurtres perpétrés dans
les deux camps. Même si une commission d'enquête israélienne
(10) a étudié la responsabilité
de Sharon dans la permissivité qu'il a montrée vis-à-vis
des Phalanges, le fait n'est même pas discutable: ce sont
les Phalanges Chrétiennes, dirigées par Eli Hobeika
et Samir Geagea, qui sont entrées dans les camps et ont
massacré plusieurs centaines de personnes. Les leaders
palestiniens ayant accusé publiquement Israël, le
centre de l'OLP, dirigé par Sabri Jiris, a présenté
à Arafat un rapport accusant directement les Phalanges
d'avoir commis le crime. Les Phalanges n'en étaient pas
d'ailleurs à leur premier coup de main puisqu'en Janvier
1976 celles-ci et la milice de Camille Chamoun avaient exterminé
plusieurs centaines de Palestiniens dans le grand camp de Tell
Al Zaatar, à Beyrouth Est. Même aujourd'hui et même
s'il faut, comme je l'ai dit, voir les choses maintenant et tenter
de trouver maintenant une solution, je ne reviendrai pas sur mon
amertume qui n'est pas tellement due au fait que des massacres
aient été perpétrés (les actes des
hommes ne m'étonnent plus depuis longtemps), à celui
que les Libanais n'aient jamais assumé leurs responsabilités
(la "capacité d'oubli" chez certains hommes ne
m'étonnera jamais) mais à celui que jamais au grand
jamais le Vatican si prompt à reconnaître les erreurs
de la Serbie et à oublier celles des Croates (par exemple)
n'a élevé la voix pour stigmatiser la responsabilité
de Chrétiens dans une affaire imputée aux seuls
Israéliens.
Passons maintenant - et c'est là bien sûr où
le bât me blesse - à l'histoire récente que
je situe au jour où Ariel Sharon a été nommé
Premier Ministre de l'Etat d'Israël. Il est évident
et maintenant, je ne vais plus m'appuyer sur des faits avérés
mais sur les élans de mon coeur. Victime moi-même
ainsi que les miens, je n'ai jamais voulu penser à une
quelconque revanche mais simplement reprendre ma place après
la Seconde Guerre mondiale au milieu de mes concitoyens. J'ai
instinctivement, viscéralement, toujours été
du côté des victimes, des Vietnamiens qui se battaient
pour s'arracher à la colonisation française et à
la main-mise des Américains sur leur territoire, des Algériens
pour la même raison, des Sud Africains pour que vienne la
fin de l'apartheid... Eussé-je été plus jeune,
j'aurais rejoint ma chère ville de Sarajevo comme je l'avait
fait durant la Seconde Guerre Mondiale quand j'ai rejoint les
Forces Françaises Libres et j'ai toujours voué une
admiration sans borne aux gens qui s'étaient physiquement
impliqués dans la défense des communautés
musulmanes attaquées pour des raisons toutes indéfendables,
surtout quand elles étaient ethniques. Alors, comme je
l'ai fait pour tous ceux que je viens de nommer, je dois accepter
sans condition l'existence de l'Etat Palestinien et oeuvrer
par les mots puisque de plus en plus les années m'empêchent
de le faire physiquement pour que les armes, la violence, les
meurtres laissent place à une voie négociée
(11). Je me dois de me positionner au côté
des pacifistes israéliens, palestiniens et du monde (des
vrais, pas des politiciens) qui rejettent les extrémistes
de tous bords. Je dois me souvenir que mon passage au King David
de Jérusalem, à ce super palace religieux et kasher
qui ne m'a pas une minute comblée mais plutôt causé
une sorte de malaise. Je ne dois jamais oublier André Chouraqui
et son "Testament: Le feu de l'Alliance" dans lequel
il affirme une fois de plus son espoir en la création d'une
fédération Israélo-Palestinienne dans un
premier temps, de tous les pays de ce Moyen-Orient-là dans
une deuxième temps, je dois infiniment et de toute ma volonté
croire en cette utopie obligatoire. Je dois rendre grâce
aux Palestiniens et aux Israéliens qui essaient de conserver
le contact en dépit de toutes les difficultés qu'ils
rencontrent, à ces institutrices qui essaient avec les
plus grandes difficultés de maintenir des classes mixtes,
à ces médecins dont parle Yves dans le mail que
je transcris maintenant (et qu'il m'a donné l'autorisation
de citer): "En tant que destinataire de ce message (12),
je souhaite manifester ma profonde gratitude à ces femmes
et ces hommes, palestinien(ne)s et israélien(ne)s, qui
ont la lucidité et le sang-froid de favoriser, où
faire se peut, la cohabitation des villageoises et villageois
de ces deux peuples, la création et le partage d'écoles
communes. Dans le même esprit, je tiens à saluer,
entre autres, l'action politique et humanitaire de ces médecins
israéliens qui, en ce moment même et en dépit
du blocus des territoires palestiniens, se rendent sur place pour
prodiguer des soins. Il me semble, en effet, qu'encourager de
telles initiatives et les faire connaître du plus grand
nombre contribue plus efficacement à l'oeuvre de paix que
la propagation sur le Net de dénonciations, si animées
qu'elles veuillent se montrer de ces bonnes intentions dont nos
enfers sont pavés."
C'est sur ces mots de mon ami que je m'arrête en espérant
faire désormais partie des hommes et des femmes de bonne
volonté même si je ne puis affirmer tout en le souhaitant
bien sûr que je verrai la réalisation de nos plus
chers désirs dans les quelques années qui me restent
à vivre. Mon testament ne peut être "Le Feu
de l'Alliance", André Chouraqui l'a écrit mieux
que je ne saurais le faire et en tant que Française je
ne puis être impliquée autant que lui dans des affaires
qui demeurent, je le répète, en particulier israélo-palestiniennes
et en général moyen orientales. La France dont je
suis et le monde auquel j'appartiens se doivent, en toutes circonstances
et quand ils sont les témoins de batailles, de destructions,
d'effusions de sang, de morts, d'outrages, de néo-colonialisme,
de fanatisme, d'intégrisme... s'interposer par la parole
d'abord et peut-être - mais qui suis-je pour conseiller
les princes qui nous gouvernent - par les actes afin que les armes
se taisent et que les hommes et les femmes concernées s'arrêtent,
reprennent leur souffle et se réunissent autour de la même
table pour se poser cette première question: "Qu'avons-nous
fait?" Y répondre ou tenter d'y répondre serait
déjà un progrès.
1 - En fait je n'ai pas une idée claire
de ce qui s'est véritablement passé. Il est certain
que les Israéliens ont expulsé José Bové
ainsi que ses camarades pacifistes et qu'ils sont arrivés
à Orly où les attendaient des jeunes du BETAR (Organisation
juive de la jeunesse dédiée au sionisme activiste
et au service de la communauté) qui dépend, paraît-il,
des services spéciaux israéliens. Les pancartes
brandies par les "pacifistes" et les mots proférés
ont apparemment mis le feu aux poudres et l'armée ou la
police a dû intervenir pour séparer les combattants.
José Bové est arrivé après ces échauffourées
dans un salon de l'aéroport et rien dans ce qu'il a dit,
en tout cas dans ce que j'ai entendu (aurait-on fait le tri dans
ses paroles ou les aurait-il lui-même édulcorées
dans les interviews suivants comme l'a fait Dieudonné après
coup?) n'avait un caractère infamant pour l'une ou l'autre
des parties. Il a parlé d'une négociation nécessaire
entre les Israéliens et les Palestiniens. J'ai éprouvé
suffisamment de rancoeur contre lui pour son intervention dans
un conflit qui ne peut être considéré comme
concernant directement la mondialisation (bien sûr José
Bové est d'un avis contraire) pour donner acte de ce que
j'ai personnellement constaté. José Bové
a été ce soir 3 Avril l'invité de Carl Zéro
sur Canal + et, là aussi, je n'ai pas trouvé que
son langage était différent de ce qu'il exprime
habituellement contre la mondialisation. En revanche, je n'approuve
pas l'activité de jeunes gens entraînés militairement,
religieusement et psychologiquement dans de nombreux pays, activité
que je qualifierai de subversive et de dangereuse.
Je
me fais d'ailleurs du souci au sujet de la marche organisée
par Le Crif (organisation contre le racisme et l'antisémitisme)
en raison des destructions de synagogue à laquelle mon
fils, ma belle-fille et mon petit-fils doivent se rendre dimanche
après-midi entre Nation et Bastille. Même bien encadrée,
si cette marche est reprise par le BETAR (comme mon fils vient
de me le laisser entendre), je ne présume pas des conséquences
graves car les "pacifistes" interviendront et les deux
parties en viendront aux actes violents de la même façon
qu'elles l'ont fait à Orly. Je me souviens de "Charonne",
la première manifestation à laquelle j'avais emmené
mes propres enfants...
2 -Contrairement à de nombreux coreligionnaires
de la diaspora
3 - Mais de cela je ne pouvais pas encore parler
avec Yves parce que je n'avais pas écouté les dernières
nouvelles et n'étais pas encore au fait de la destruction
de la synagogue de Marseille au sujet de laquelle le Grand Mufti
de cette ville a offert ses regrets, a dit qu'une prière
oecuménique serait prononcée le Mardi 2 Avril, à
la Mosquée de Marseille, modérant ses paroles en
soulignant à un moment qui ne me semblait pas à
propos sa parfaite compréhension des actes perpétrés
par ses coreligionnaires en Israël et sa solidarité
complète avec le peuple palestinien. Qu'il le soit n'est
pas ce qui me gêne, qu'il le dise à un tel moment
est ce qui me blesse et me paraît un amalgame redoutable.
4 - Il a proféré dans son discours
des paroles de haine contre le judaïsme qu'il a en particulier
traité de "secte".
5 - J'ai intitulé un de mes Mots...dits
que je ne pense pas avoir envoyé "Une Amitié
Perdue": j'y racontais les liens profonds qui m'attachaient
à une famille d'ouvriers d'Auneau, à côté
de Rambouillet. Ils étaient originaires d'une oasis du
sud de l'Algérie. J'ai vu grandir les enfants, ils me considéraient
comme leur marraine et entretenaient des rapports affectueux avec
mes petits-enfants. Un jour, quand je suis arrivée chez
eux en plein été mon amie Aïsa était
habillée d'une longue robe noire à manches longues,
la tête couverte d'un foulard noir. Je savais depuis plusieurs
mois que son mari et son fils aîné appartenaient
au FIS, une organisation intégriste aux idées de
laquelle je ne pouvais évidemment souscrire. Je m'étais
également aperçue que si j'étais toujours
bien accueillie par mon amie, les deux hommes en revanche trouvaient
toujours un prétexte pour s'absenter s'ils étaient
à la maison quand j'arrivais. Même si Aïsa est
vite allée mettre une robe d'été après
m'avoir dit tristement qu'elle aimait le noir... j'ai su que des
idées subversives s'étaient mises en travers de
nos routes et que je devais, pour un temps du moins mais qui dure
encore, m'éclipser de leurs vies. Je l'ai fait avec une
profonde tristesse et je sais dans mon coeur qu'il en a été
de même pour mon amie.
6 - Pour ne pas dire mille quatre cents ans, c'est
à dire au début de l'hégire.
7 - du nom de Arthur James, Lord Balfour. La Déclaration
fut envoyée sous forme de lettre par Lord Balfour à
Lord Rothschild.
8 - Au moment même où Théodor
Herzl, écrivain juif hongrois (1860-1904) publiait "l'Etat
Juif, Essai d'une Solution Moderne à la Question Juive).
Il fut le fondateur du Sionisme dont le premier Congrès
se réunit à Bâle en Août 1897 et qui
se donna pour but "la création en Palestine d'un foyer
juif, garanti par la loi publique."
9 - Quand j'étais petite fille, il y avait
déjà sur le rebord de la cheminée une boîte
bleue du Keren Kayemeth Leisraël (Fonds national Juif) dans
laquelle nous mettions de l'argent pour le rachat des terres aux
Arabes, plus tard, après la Seconde Guerre Mondiale, pour
augmenter les plantations d'arbres. Je me souviens que dans de
nombreux cas les Arabes étaient très contents de
vendre aux sionistes des terres qui leur paraissaient improductives.
Je me souviens mal en revanche des échauffourées
entre sionistes et Arabes. Je n'avais que cinq ans en 1928, 16
en revanche en 1939
10
- Je traduis ici un passage de "International Campaign for
Justice for the Victims of Sabra and Shatila" qu'on ne peut
soupçonner de mansuétude à l'égard
des Israéliens: Le Jeudi 16 Septembre et durant les 40
heures qui suivirent les membres des Phalanges violèrent,
tuèrent, blessèrent un grand nombre de civils désarmés,
la plupart des enfants, des femmes et des vieillards, à
l'intérieur des camps encerclés et bloqués.
On estime le nombre des victimes entre 700 (chiffres israéliens)
et 3500. Il n'y a jamais eu d'investigation officielle de la tragédie,
la Commission Kahan d'Israël n'ayant pas eu un mandat judiciaire
et n'étant pas appuyé par une force légale
Il
n'en demeure pas moins qu'il y a eu du côté israélien
une commission d'enquête dont je donne ici la traduction
des conclusions: Rapport de la Commission d'Enquête sur
les évènements dans les camps de réfugiés
de Beyrouth du 8 Février 1983: La Commission a déterminé
que le massacre à Sabra et Shatila a été
perpétré par une unité des Phalanges, agissant
de son propre chef mais que son entrée dans les camps était
connue d'Israël. Aucun Israélien n'a été
directement responsable des évènements qui sont
arrivés dans les camps. Mais la Commission a affirmé
qu'Israël était indirectement responsable pour le
massacre puisque les forces israéliennes tenaient la région.
Monsieur Begin été jugé responsable de n'avoir
pas exercé une plus grande influence en la matière
et laissé les Phalangistes pénétrer dans
les camps aussi bien que de ne pas avoir pris les mesures nécessaires
pour éviter cette effusion de sang, Monsieur Shamir pour
n'avoir pas alerté Monsieur le Ministre Zippori, Monsieur
Eitan, Chef d'Etat Major, pour n'avoir pas donné les ordres
nécessaires pour prévenir le massacre. La Commission
a recommandé la démission du Ministre de la Défense,
du Directeur des Services de Renseignement et d'un certain nombre
d'autres officiers supérieurs responsables.
Du
côté libanais, en revanche, les faits n'ont a ce
jour jamais été reconnus ou revendiqués.
Un avocat franco-libanais a fait il n'y a pas longtemps un long
discours à Paris où il a retracé "tous"
les évènements qui ont marqué la guerre civile
de son pays. Les camps de Sabra et Shatila et par conséquent
les massacres n'ont pas une seule fois été évoqués.
11
- Au moment même où je me relis pour envoyer ce texte
à Anita, j'écoute CNN et je viens d'entendre le Président
Bush: il a enfin pris la parole pour conseiller aux Israéliens
de se retirer des territoires palestiniens qu'ils ont envahis sans
pour autant épargner Arafat et la conscience qu'il a des
attaques terroristes sans pour autant les interdire (mais a-t-il
le pouvoir politique de le faire?)
12
- Ce message, je ne le citerai pas car je ne peux le cautionner.
Il m'apparaît comme un de ces amalgames dont sont friands
à l'heure actuelle certaines personnes qui assimilent les
faits d'aujourd'hui à ceux de l'Allemagne nazie.
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