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Comme
il faut tout de même parfois mentionner des choses qui font mal, j’ai
choisi de parler de cette guerre du Moyen-Orient par le biais d’un
documentaire que j’ai vu Mardi soir sur Canal+ “Israël-Palestine,
Paroles d’Enfants”. Mon seul problème est qu’il a été tourné en
2000 et que depuis deux ans, les choses étant ce qu’elles sont, je me
demande si les paroles des enfants recueillies aujourd’hui n’auraient
pas pris un tour encore plus acerbe que celui qui prévaut dans le film.
Voici
l’histoire en tout cas: Entre 1997 et l'été 2000, B.Z. Goldberg,
Justine Shapiro et Carlos Bolado
sont allés à Jérusalem demander à des enfants juifs et
musulmans ce qu'ils pensaient de la guerre et de la paix au Moyen-Orient.
Le résultat fut “Promises” (Israël-Palestine, Paroles d’Enfants),
un documentaire qui ne se concentre pas sur des nouvelles et des événements
courants mais plutôt sur la vie intime des enfants et leur façon de la décrire
qui prouve leur perspicacité personnelle, traduit leurs émotions qui
sont souvent empreintes d’une intense agessivité.
Moishe,
âgé de dix ans, est le fils d'une famille de colons et
rêve de devenir le premier “Premier Ministre” religieux
d’Israël. Mahmoud, onze ans, vit dans la vieille ville de Jérusalem,
ce qui lui permet un accès à la ville déniée à d'autres Palestiniens.
Il prie pour la libération de la Palestine à la Mosquée Al-Aqsa, un des
lieux les plus saints de l'Islam, juste à côté du Dôme du Rocher...Au-dessous
de la mosquée, Shlomo,
treize ans, qui veut devenir rabbin, prie à l’emplacement le plus saint
du judaïsme, le Mur Occidental et il étudie dans une yeshiva de sept
heures et demie le matin à sept heures et demie le soir. Les jumeaux Israéliens,
Yarko et Daniel, viennent d'une famille depuis lontemps installée en Israël
mais curieusement athée car leur grand-père, survivant de l’holocauste
qui est venu directement de Pologne en Palestine, ne croit plus en Dieu
parce qu’il ne peut imaginer qu’un être supérieur ait pu regarder
les massacres sans intervenir.
A quinze minutes en voiture des jumeaux, Faraj vit dans le camp de réfugiés
de Deheishe
avec sa grand-mère qui porte toujours sur elle la clef à sa
maison qui a été détruite durant la guerre de 1948, année de la création
de l’Etat d'Israël et du départ des Arabes vers les premiers camps de
réfugiés. Sanabel est également une réfugiée, la fille très affirmée
de Palestiniens libéraux dont le père journaliste a passé deux ans dans
une prison israélienne.
Au
début, les enfants répètent les attitudes de leurs aînés bien
qu’avec la franchise et la perspicacité que les jeunes apportent
souvent à la description des affaires d'adultes. Comme pour leurs aînés,
l’espoir des enfants dans un avenir plus clément, semble être dans une
impasse: les uns et les autres revendiquent Jérusalem comme leur bien
personnel, les uns affirmant que la terre d’Israël est une promesse
divine réalisée, les autres rétorquant qu’elle leur fut accordée par
Mohammed quand il vint sur son anesse dans la ville sainte.
L'histoire
prend un tour nouveau quand on demande à des enfants juifs et musulmans
s’ils accepteraient de se rencontrer. Au départ, ils sont pratiquement
tous hostiles à cette suggestion, surtout Moishe, enfant de colons, puis
les jumeaux et Faraj qui ont éprouvé mutuellement une curiosité
croissante, décident tout d’abord de se téléphoner puis de se
rencontrer en personne. Ce sont les jumeaux qui ont la possibilité de
franchir les barrages pour se rendre au camp. Ils y vont en voiture avec
leur mère et sont accueillis par tous les gosses, amis de Faraj et par
les parents de celui-ci. Selon les coutumes d’hospitalité des
orientaux, la mère de Faraj sert immédiatement un repas copieux à tous
les enfants qui se le partagent en riant aus éclats. La rencontre est une
démonstration extraordinaire des dimensions humaines du conflit du
Moyen-Orient, du poids que l’Histoire peut exercer sur une jeune génération
luttant pour trouver une issue. Surtout elle montre qu’avec un peu de
bonne volonté, avec l’acceptation de l’autre dans ses différences,
avec une âme généreuse, on peut sinon s’entendre du moins se
rencontrer, s’expliquer. Et pourtant rien n’est facile car les enfants
ne parlent pas la même langue et ont besoin d’interprètes pour
bavarder. Il ressort tout de même que les jeunes Palestiniens ont mal de
ne pouvoir réaliser leurs rêves et même de ne pas avoir de rêves alors
que les enfants israéliens vivent dans un monde où tout leur est
possible à tous les niveaux. Ils reprochent également aux adultes de ne
pas communiquer comme eux essaient de le faire. Le film s’achèvent sur
ces paroles.
Je
termine par une ou deux réflexions des réalisateurs en espérant que
j’aurai intéressé quelques lecteurs à une belle histoire:
“Quand
je couvrais le premier Intifada dans 1988 en tant que journaliste, j'ai été
effrayé la première fois que j'ai vu les enfants palestiniens jouer au
jeu de l’Intifada” a dit le producteur-réalisateur Goldberg:
“certains jouaient les soldats israéliens et d'autres des manifestants
palestiniens, et ils reconstituaient fidèlement le processus: jets de
pierre, arrestations, passages à tabac. C’est ainsi que j’ai eu
l’idée de faire ce film”.
Le
coproducteur-réalisateur Shapiro a dit de son côté, “ma motivation la
plus profonde pour faire ce film a été de prouver que “Palestinien”
n'égale pas “terroriste” et “Israélien
“soldat”, également que les personnes habitant en Israël et
dans les territoires palestiniens ne sont pas des monstres. Les enfants
nous réveillent. Ils sont francs, clairs et drôles, et c'est par eux que
nous découvrons une vue plus profonde et plus dimensionnelle des
Palestiniens et des Israéliens."
Le
film a reçu le Prix du Public au festival 2001 du film de Rotterdam, la
première fois en trente ans de festival qu'un documentaire se voit
discerné un tel Prix. Il a également reçu le Grand Prix, le Prix du
Public et le Prix ‘Golden Gate” pour le meilleur documentaire au
festival international du film de San Francisco, Le Prix du Festival au
Festival International du film à Jérusalem, le Prix de la Libre
Expression au festival international du film de Munich un Prix spécial
oecuménique au festival international du film de Locarno.
Justine Shapiro est née
en Afrique du Sud et a vécu à Berkeley en Californie. Après avoir
été pendant quinze ans une actrice de théâtre, de cinéma et de télévision,
elle a co-écrit la série mondialement connue “Lonely Planet”
puis a accepté de co-filmé “Promises” (Israel-Palestine, Paroles
d’Enfants).
Né à Boston, B.Z. Goldberg a passé son enfance près de Jérusalem.
Il est retourné aux Etats-Unis pour étudier le cinéma à
l’Université de New York. puis est revenu en Israël en 1987 durant
la première Intifada comme correspondant de Reuters et de la BBC.
Carlos Bolado est né à Mexico où il a étudié la Sociologie
à l’Université Nationale et le cinéma à L’Université du Cinéma
de Mexico City.
Ce
Dôme et cette mosquée que j’ai aperçus de loin durant mon dernier
séjour à Jérusalem, inaccessibles pour moi aujourd’hui, mais que
j’ai visités lors de mes précédents voyages.
Il est typique de
constater que cet enfant est le seul à reconnaître que la terre
d’Israël doit être divisée entre les Israéliens et les
Palestiniens. Je me pose la question: que dirait-il aujourd’hui,
deux ans après avoir prononcé ces paroles? je ne peux que souhaiter
qu’il ne soit pas radicalisé face aux évènements.
Dans
l’école même du camp, l’instituteur répète inlassablement que
Jérusalem appartient aux Palestiniens. C’est ainsi que les enfants
ne peuvent en aucun cas confronter des thèses différentes et que
certains affirment qu’ils tueront le plus possible de Juifs afin que
les Palestiniens puissent récupérer leur terre.
J’ai
l’impression qu’on ne raconte jamais aux enfants arabes
l’Histoire de la Palestine mais seulement leur Histoire qui remonte
à l’Hégire et ne semble pas avoir eu d’origine biblique.
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