Israël-Palestine, paroles d'Enfants

 par Lise Willar

Mots...dits

 

Comme il faut tout de même parfois mentionner des choses qui font mal, j’ai choisi de parler de cette guerre du Moyen-Orient par le biais d’un documentaire que j’ai vu Mardi soir sur Canal+ “Israël-Palestine, Paroles d’Enfants”. Mon seul problème est qu’il a été tourné en 2000 et que depuis deux ans, les choses étant ce qu’elles sont, je me demande si les paroles des enfants recueillies aujourd’hui n’auraient pas pris un tour encore plus acerbe que celui qui prévaut dans le film.

 

Voici l’histoire en tout cas: Entre 1997 et l'été 2000, B.Z. Goldberg, Justine Shapiro et Carlos Bolado[1]  sont allés à Jérusalem demander à des enfants juifs et musulmans ce qu'ils pensaient de la guerre et de la paix au Moyen-Orient. Le résultat fut “Promises” (Israël-Palestine, Paroles d’Enfants), un documentaire qui ne se concentre pas sur des nouvelles et des événements courants mais plutôt sur la vie intime des enfants et leur façon de la décrire qui prouve leur perspicacité personnelle, traduit leurs émotions qui sont souvent empreintes d’une intense agessivité. 

Moishe, âgé de dix ans, est le fils d'une famille de colons et  rêve de devenir le premier “Premier Ministre” religieux d’Israël. Mahmoud, onze ans, vit dans la vieille ville de Jérusalem, ce qui lui permet un accès à la ville déniée à d'autres Palestiniens. Il prie pour la libération de la Palestine à la Mosquée Al-Aqsa, un des lieux les plus saints de l'Islam, juste à côté du Dôme du Rocher[2]...Au-dessous de la mosquée,  Shlomo, treize ans, qui veut devenir rabbin, prie à l’emplacement le plus saint du judaïsme, le Mur Occidental et il étudie dans une yeshiva de sept heures et demie le matin à sept heures et demie le soir. Les jumeaux Israéliens, Yarko et Daniel, viennent d'une famille depuis lontemps installée en Israël mais curieusement athée car leur grand-père, survivant de l’holocauste qui est venu directement de Pologne en Palestine, ne croit plus en Dieu parce qu’il ne peut imaginer qu’un être supérieur ait pu regarder les massacres sans intervenir[3]. A quinze minutes en voiture des jumeaux, Faraj vit dans le camp de réfugiés de Deheishe[4]  avec sa grand-mère qui porte toujours sur elle la clef à sa maison qui a été détruite durant la guerre de 1948, année de la création de l’Etat d'Israël et du départ des Arabes vers les premiers camps de réfugiés. Sanabel est également une réfugiée, la fille très affirmée de Palestiniens libéraux dont le père journaliste a passé deux ans dans une prison israélienne.

Au début, les enfants répètent les attitudes de leurs aînés bien qu’avec la franchise et la perspicacité que les jeunes apportent souvent à la description des affaires d'adultes. Comme pour leurs aînés, l’espoir des enfants dans un avenir plus clément, semble être dans une impasse: les uns et les autres revendiquent Jérusalem comme leur bien personnel, les uns affirmant que la terre d’Israël est une promesse divine réalisée, les autres rétorquant qu’elle leur fut accordée par Mohammed quand il vint sur son anesse dans la ville sainte.[5]

L'histoire prend un tour nouveau quand on demande à des enfants juifs et musulmans s’ils accepteraient de se rencontrer. Au départ, ils sont pratiquement tous hostiles à cette suggestion, surtout Moishe, enfant de colons, puis les jumeaux et Faraj qui ont éprouvé mutuellement une curiosité croissante, décident tout d’abord de se téléphoner puis de se rencontrer en personne. Ce sont les jumeaux qui ont la possibilité de franchir les barrages pour se rendre au camp. Ils y vont en voiture avec leur mère et sont accueillis par tous les gosses, amis de Faraj et par les parents de celui-ci. Selon les coutumes d’hospitalité des orientaux, la mère de Faraj sert immédiatement un repas copieux à tous les enfants qui se le partagent en riant aus éclats. La rencontre est une démonstration extraordinaire des dimensions humaines du conflit du Moyen-Orient, du poids que l’Histoire peut exercer sur une jeune génération luttant pour trouver une issue. Surtout elle montre qu’avec un peu de bonne volonté, avec l’acceptation de l’autre dans ses différences, avec une âme généreuse, on peut sinon s’entendre du moins se rencontrer, s’expliquer. Et pourtant rien n’est facile car les enfants ne parlent pas la même langue et ont besoin d’interprètes pour bavarder. Il ressort tout de même que les jeunes Palestiniens ont mal de ne pouvoir réaliser leurs rêves et même de ne pas avoir de rêves alors que les enfants israéliens vivent dans un monde où tout leur est possible à tous les niveaux. Ils reprochent également aux adultes de ne pas communiquer comme eux essaient de le faire. Le film s’achèvent sur ces paroles. 

Je termine par une ou deux réflexions des réalisateurs en espérant que j’aurai intéressé quelques lecteurs à une belle histoire:

“Quand je couvrais le premier Intifada dans 1988 en tant que journaliste, j'ai été effrayé la première fois que j'ai vu les enfants palestiniens jouer au jeu de l’Intifada” a dit le producteur-réalisateur Goldberg: “certains jouaient les soldats israéliens et d'autres des manifestants palestiniens, et ils reconstituaient fidèlement le processus: jets de pierre, arrestations, passages à tabac. C’est ainsi que j’ai eu l’idée de faire ce film”.

Le coproducteur-réalisateur Shapiro a dit de son côté, “ma motivation la plus profonde pour faire ce film a été de prouver que “Palestinien” n'égale pas “terroriste” et “Israélien  “soldat”, également que les personnes habitant en Israël et dans les territoires palestiniens ne sont pas des monstres. Les enfants nous réveillent. Ils sont francs, clairs et drôles, et c'est par eux que nous découvrons une vue plus profonde et plus dimensionnelle des Palestiniens et des Israéliens."

Le film a reçu le Prix du Public au festival 2001 du film de Rotterdam, la première fois en trente ans de festival qu'un documentaire se voit discerné un tel Prix. Il a également reçu le Grand Prix, le Prix du Public et le Prix ‘Golden Gate” pour le meilleur documentaire au festival international du film de San Francisco, Le Prix du Festival au Festival International du film à Jérusalem, le Prix de la Libre Expression au festival international du film de Munich un Prix spécial oecuménique au festival international du film de Locarno.

 



[1]  Justine Shapiro est née en Afrique du Sud et a vécu à Berkeley en Californie. Après avoir été pendant quinze ans une actrice de théâtre, de cinéma et de télévision, elle a co-écrit la série mondialement connue “Lonely Planet” puis a accepté de co-filmé “Promises” (Israel-Palestine, Paroles d’Enfants).

   Né à Boston, B.Z. Goldberg a passé son enfance près de Jérusalem. Il est retourné aux Etats-Unis pour étudier le cinéma à l’Université de New York. puis est revenu en Israël en 1987 durant la première Intifada comme correspondant de Reuters et de la BBC.

    Carlos Bolado est né à Mexico où il a étudié la Sociologie à l’Université Nationale et le cinéma à L’Université du Cinéma de Mexico City.

[2]  Ce Dôme et cette mosquée que j’ai aperçus de loin durant mon dernier séjour à Jérusalem, inaccessibles pour moi aujourd’hui, mais que j’ai visités lors de mes précédents voyages.

[3]   Il est typique de constater que cet enfant est le seul à reconnaître que la terre d’Israël doit être divisée entre les Israéliens et les Palestiniens. Je me pose la question: que dirait-il aujourd’hui, deux ans après avoir prononcé ces paroles? je ne peux que souhaiter qu’il ne soit pas radicalisé face aux évènements.

[4]  Dans l’école même du camp, l’instituteur répète inlassablement que Jérusalem appartient aux Palestiniens. C’est ainsi que les enfants ne peuvent en aucun cas confronter des thèses différentes et que certains affirment qu’ils tueront le plus possible de Juifs afin que les Palestiniens puissent récupérer leur terre.

[5] J’ai l’impression qu’on ne raconte jamais aux enfants arabes l’Histoire de la Palestine mais seulement leur Histoire qui remonte à l’Hégire et ne semble pas avoir eu d’origine biblique.