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Le Roi
Salomon, l’homme le plus sage de la terre, avait parmi ses serviteurs un
favori. Pourquoi? Parce qu’il faisait parfaitement tout ce qu’il lui
demandait de faire. Mais les autres serviteurs du palais devinrent très
jaloux. Le Roi savait que la jalousie est un vilain
défaut et qu’il devait y mettre fin. Aussi décida-t-il de
confier à son serviteur un travail impossible à exécuter. Quand il
constaterait que le serviteur n’avait pas réussi dans sa tâche, il le
convoquerait devant tous les autres et le remettrait à sa place afin que
tout le monde jouisse du même traitement et qu’il n’y ait plus de
jalousie dans le palais.
Ainsi
le Roi appela son serviteur un mois avant la pâque juive et il inventa
une histoire. Il dit à son serviteur qu’on lui avait parlé d’une
bague spéciale qui avait ce caractère particulier: quand on la portait
dans la tristesse, on devenait heureux, et quand on la portait dans la
joie, on devenait triste. Le Roi dit: “Je
la veux. Peux-tu la trouver?” “T’ai-je jamais déçu?” répondit
le serviteur. “Bien sûr, je peux
la trouver!”
“Très
bien” dit le Roi. “Apporte-la
moi le premier soir de Pâques.” “Pâques?” demanda le serviteur
“c’est dans un mois, je peux vous l’apporter dans deux jours.”
“Non, non” dit le Roi, “offre-la
moi pour Pâques et donne-la moi le soir du dîner de Seder.” “Oui,
mon Roi”, dit le serviteur.
Celui-ci
choisit des amis, les divisa en quatre groupes dont un partirait vers le
Nord, un autre vers le Sud, un autre vers l’Est, un autre vers
l’Ouest. Il leur dit: “allez
votre chemin, arrêtez quiconque et parlez-lui de la bague. S’il sait
quelque chose ou a entendu parler de quelque chose, revenez me le dire.
Ainsi nous pourrons aller chercher la bague et la rapporter au Roi.”
Au
bout de deux ou trois jours la première mission revint mais “Nada”
(bien sûr puisque le Roi avait fabriqué l’histoire de toutes pièces
et qu’une telle bague n’existait pas). La seconde mission revint
bredouille, de même que la troisième et la quatrième. Trois semaines
s’étaient maintenant écoulées et le serviteur devint de plus en plus
nerveux. Le “Seder” devant avoir lieu dans une semaine, il devait
lui-même trouver la bague. Il allait de place en place, de village en
village, de ville en ville, de maison en maison, de porte en porte, ne
dormant plus, ne mangeant plus, posant à chacun la même question mais
“Nada”. La veille du “Seder”, il revint à Jérusalem mais il
avait peur de se retrouver au palais, chacun parlait de lui et disait
qu’il était devenu fou.
Il se
retrouva par hasard dans le quartier le plus pauvre de la ville et là, au
fond d’une allée, il aperçut une toute petite échoppe à l’intérieur
de laquelle se trouvait un vieil homme, un joaillier. Il se dit en lui-même
“si j’arrive pas à trouver la
bague peut-être ce vieil homme pourrait-il la fabriquer? De toutes façons
je n’ai plus rien à perdre, je vais lui poser la question.” Il
entra dans la boutique et dit à l’homme: “le
Roi désire une bague qui rende triste quand on est heureux et heureux
quand on est triste. Peux-tu fabriquer une telle bague?” Le
joaillier réfléchit une seconde et répondit: “bien
sûr, c’est un jeu d’enfant.” Il prit une des bagues qui était
sur la table et y grava quelque chose en hébreu. Le serviteur était un
esclave et il ne savait pas lire. Il prit la bague et s’en fut.
Au
palais, tout le monde était au courant de l’histoire et attendait la
suite avec impatience. Le Roi était présent, un grand sourire sur le
visage. Le serviteur était dans un coin, priant pour que le roi ait oublié
son voeu. Mais le Roi lui fit signe d’avancer. Silence. Chacun tentait
de s’approcher pour mieux entendre. Le serviteur était terrifié, il
vint auprès du Roi en tremblant, les yeux rivés au sol. Le Roi sourit et
lui demanda: “Alors, tu as la
bague?” Le serviteur était si effrayé qu’il murmura d’une voix
brisée: “J’espère, mon
Roi...” “Je n’entends rien” dit le Roi. “J’espère”
dit le serviteur plus fort. “Tends-la
moi”, dit le Roi. Le serviteur lui donna la bague d’une main
tremblante. Le Roi la prit avec le même grand sourire et la mit à son
doigt puis il lut ce que le vieil homme avait gravé. Son visage devint
triste tout-à-coup. Quand le serviteur se rendit compte de la tristesse
de son Roi, il sut qu’il avait trouvé la bague inespérée.
Sur la
bague étaient inscrits ces quelques mots en hébreu “Gam
Ze Ya-avor”, ce qui veut dire:
“Cela aussi passera”
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