Avant
mon départ pour Israël où je dois rencontrer André Chouraqui, j’ai
lu son dernier livre “Mon testament, le Feu de l’Alliance”
et j’aimerais en discuter un peu pour voir si je l’ai assimilé...
Je
suis loin d’avoir lu tous les livres d’un écrivain aussi
passionnant que fécond et dans les “Mots... dits” sur son “Moïse”,
j’ai parlé de plus de cent ouvrages à mettre à son actif depuis la
publication de sa thèse de doctorat. Disons qu’en nous “partageant
la tâche”, plusieurs amis et moi-même en avons lu... quelques uns.
Vous allez sourire si je vous révèle que Samedi dernier j’ai emporté
à mon club de scrabble et pour les prêter à Jean-François les livres
de Chouraqui que je possède, entre autres “L’Amour fort comme la
Mort”, son autobiographie, Moïse, Les Dix Commandements
Aujourd’hui, le Coran... Lui, en revanche, ne m’a pas apporté les
vingt six volumes de la Bible hébraïque
et le Nouveau Testament avec lesquels il a grandi sous le regard ému
de son père médecin, anticlérical et athée farouche, mais Voyage au bout de la Nuit car il m’a déclaré que je ne pouvais
pas mourir idiote!
Le
livre-testament de Chouraqui synthétise, selon les paroles mêmes de
l’écrivain, sa “pensée à partir des étapes principales de sa
vie”.
Ayant assimilé mieux que personne les paroles et les actes des prophètes
au côté desquels il a cheminé durant sa vie déjà longue, il est
devenu en quelque sorte l’un d’entre eux et, à sa manière, après
avoir découvert la réalité de chaque psaume de la bible, de chaque
verset des évangiles, de chaque sourate du coran, il tient à nous dire
une dernière fois
que “les enseignements qui nous sont révélés dans les Ecrits
sont plus que jamais d’actualité”
Dans
un premier temps, Chouraqui retrace le “périple” d’Israël depuis
le moment où Dieu choisit Abraham pour aller en terre promise juqu’à
la conquête de Jérusalem par Pompée et les Romains qui marque la fin
de son indépendance. La révolte des Hébreux contre les envahisseurs
qui occasionna le massacre, selon Tacite, de cinq cent cinquante mille
d’entre eux, d’un million selon Flavius Josèphe, et d’un million
et demi selon les sources hébraïques, marqua le début de la diaspora.
Un autre plus terrible encore provoqua, sans qu’ils y fussent véritablement
préparés, le retour des hébreux en Israël.
Ce
retour fut suivi du conflit arabo-israélien que l’auteur juge
“paradoxal” vu les trois millénaires de cohabitation pacifique
entre les Arabes et les Juifs et la fécondité des relations entre ces
peuples sémites.
C’est, selon Chouraqui, le XVIème siècle qui vit la décadence
des peuples musulmans et la ruine du monde juif établi en terre
d’Islam. “Les Arabes se heurtent aux méfaits du colonialisme à
l’heure même où les Juifs doivent à peu près partout faire front
devant le déchaînement de l’antisémitisme.
Je
crois qu’en quelques lignes, après avoir montré la renaissance du
monde juif et du monde arabe avec la Révolution française, la coïncidence
de la Nahda arabe et de la Haskalah
juive,
le parallèle à établir entre le sionisme qui “tend à utiliser sur
le plan politique les forces spirituelles du judaïsme” et
l’arabisme “celles de l’Islam”,
l’écrivain dépeint parfaitement les origines du conflit actuel dûes,
non pas à l’arrivée des premiers sionistes en Palestine où ils
furent bien accueillis en général par la population arabe, se heurtant
bien sûr aux janissaires autant que les autochtones, mais en grande
partie à l’attitude du gouvernement britannique
qui joua sur deux tableaux
en préconisant d’une part l’installation d’un foyer juif en
palestine
et d’autre part en envoyant le lieutenant Lawrence à la
rencontre des chefs de tribus arabes pour leur demander de lutter à ses
côtés contre les Turcs Ottomans.
En
ce qui concerne les rapports entre les Chrétiens et les Juifs, il ne
semble pas possible de parler de symbiose comme il en a été question
entre les Arabes et les Juifs. C’est par André Chouraqui que j’ai
appris l’existence de Méliton, un évêque de Sardes, qui a déclaré
dans un sermon (vers 160-170 de notre ère): “Dieu a été assassiné,
le roi d’Israël a été tué par la main des juifs”, ouvrant ainsi
la porte à deux mille ans d’antijudaïsme. C’est également par lui
que m’est apparu plus “réel” Jésus “Iéshoua” qui vécut
comme un Juif pieux, accomplissant ses mitsvot
(commandements), vivant de la Tora, obéissant aux rites de sa vie à sa
mort.
Il est bien entendu difficile de commenter la vie terrestre de Jésus,
étant donné que les sources de l’histoire de son époque “sont
rares, lacunaires et problématiques”, une des raisons sans doute pour
lesquelles je me suis toujours dit qu’avec le Judaïsme nous avions la
Bible comme référence, qu’avec l’Islam nous nous trouvions face à
une religion révélée historique et retranscrite sinon par Mohammed
mais en tout cas par ses adeptes de son vivant mais qu’avec le
Christianisme, nous n’avions rien de tel pour conforter nos croyances.
Alors
Chouraqui est intervenu pour me raconter Paul que je ne portais pas spécialement
dans mon coeur et qu’il m’a fait apparaître comme un Juif aussi
pieux que Jésus et qui sut faire “de l’histoire de son peuple le
fondement de sa pensée théologique”.
Ceci dit, il n’en demeure pas moins qu’en dépit de Jésus et de
Paul et “grâce” à des hommes
tels que Méliton, évêque de Sardes, la haine judéo-chrétienne ou
plutôt la haine des chrétiens contre les juifs n’a fait que grandir
avec la bénédiction de l’Eglise à tous les niveaux et ce, il faut
bien le dire, jusqu’à Jean XXIII et surtout Jean-Paul II:
“Unis au même Dieu nous devrions parler le même langage: celui de
l’amour réciproque dans l’Alliance. Dans cette humilité, reconsidérons
les griefs que nous avons les uns contre les autres, pour mieux nous en
débarrasser une fois pour toutes. Seul contre notre âtre commun: le
feu de l’Alliance.”
A
ce stade du livre, l’auteur nous a livré ses observations sur les
rapports judéo-arabes et sur les rapports judéo-chrétiens. Si l’on
devait compter en termes d’années ou de siècles, il serait aisé de
s’apercevoir que les liens entre les Arabes et les Juifs ont été
plus convaincants que ceux entre les Chrétiens et les mêmes Juifs.
André Chouraqui nous donne alors une explication quant aux dissensions
entre les tenants des trois religions révélées dues selon lui à la
main-mise qu’a exercé l’Occident sur la Bible et le Coran. Il va même
jusqu’à dire, ce qui peut paraître incroyable, “far-fetched”
comme disent nos amis anglo-saxons: “la difficile mondialisation que
nous vivons de nos jours a commencé à Alexandrie par la traduction de
la Bible hébraïque en grec par les Septante”... “c’était la
première oeuvre littéraire traduite d’une langue dans une autre,
d’hébreu en grec.”... “Et après le grec, le latin. La Vulgate de
St Jérôme ouvrait le message au plus grand nombre”.
Il ajoute: “L’adage dit ‘Traduttore, traditore’, ‘le
traducteur trahit’.
Il en a été de même pour le Coran qui ne se conçoit
qu’en arabe dans toutes les mosquées du monde mais qui a été
traduit dans toutes les langues pour permettre au monde non arabophone
de connaître son contenu. “Les ‘métraductions’ ont participé
aux fantasmes collectifs propres à la diabolisation de la religion
d’autrui”.
Là, je crois qu’il n’est pas nécessaire de commenter. Cela semble
tellement évident.
Ainsi
puis-je maintenant poser la question à mille euros car je sais qu’André
Chouraqui va me donner la réponse: l’universalité peut-elle coïncider
avec la modernité? Oui, me dit-il, puisque les Dix Paroles existent.
Elles “sont des ‘recettes’ de vie, des préceptes à agir... Il a
fallu trois mille ans pour que l’humanité arrive à un point où la
plupart des principes du Décalogue sont intégrés par les appareils législatifs
et judiciaires, aux niveaux national et international.”
Je sais évidemment car l’autobiographie de Chouraqui m’est familière
que le rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme,
René Cassin, la comparait au Décalogue. Pour autant les hommes dans
leur ensemble, toutes religions confondues, sont-ils prêts à respecter
ces “commandements”, ceux du Décalogue comme ceux de la Déclaration
Universelle? Les terribles évènements actuels comme ceux d’hier,
comme ceux d’autrefois, me laissent perplexe face au manque évident
de coopération des différentes communautés humaines. Comme le pense
Chouraqui citant Heidegger pour étayer sa thèse: il y a “dichotomie
entre une pensée et l’incapacité dramatique à l’appliquer.”
Cette
impossibilité de respecter les commandements quels qu’ils soient a été
bien évidemment exacerbée par l’émergence des fondamentalismes qui
ont interprété les Livres d’une manière scandaleuse. “Ils n’ont
pas hésité à mobiliser leur Dieu, juif, chrétien, musulman ou autre,
à la rescousse de leurs intérêts et de leur haine.”
L’auteur, dans son souci légitime de montrer que les commandements
sont aussi valables aujourd’hui qu’hier trouve des exemples
contemporains pour illustrer sa thèse. Sans vouloir les citer tous mais
en constatant que tous sont valables aujourd’hui (Tu
ne tueras point, Glorifie ton père et ta mère, Tu ne voleras pas, Tu
aimeras ton prochain comme toi-même...) je choisis les tragiques
conséquences de ce non respect des commandements vis-à-vis de la Terre
nourricière si indispensable à l’homme qu’il doit lui laisser le
temps de respirer, de se reposer comme il devrait se reposer lui-même:
Souviens-toi
du jour du Shabbat (...)
Tu
travailleras six jours (...)
Le
septième jour, (...) tu ne feras aucun ouvrage (...)
Les
commandements qui ont constitué une alliance entre Dieu et l’humanité
seraient, selon Chouraqui, en forme de pyramide, le bas de la
pyramide étant l’alliance entre Dieu et Adam et Eve, le haut
“l’ultime Alliance, l’Alliance messianique qui couronnera cet édifice
par le salut de l’humanité entière”. Dans ce bel édifice, je
retrouve les tenants des trois religions révélées et je ne peux bien
sûr que souhaiter cette symbiose des temps messianiques en espérant même
que nous n’aurons pas besoin d’attendre jusque là pour qu’elle se
réalise. Cependant je pose la question: est-il possible de parler de
l’humanité entière quand sont occultés non seulement les adeptes
des autres religions du monde, hindouïstes, bouddhistes, mazdéistes,
animistes... mais tous les athées, les agnostiques...qui représentent
plusieurs milliards d’individus?
André
Chouraqui vient me sauver du doute presque aussitôt, il a entendu ma
question, mon appel (quelle fatuité de ma part!). Dans son
avant-dernier chapitre, après avoir parlé de son implication avec le
roi du Maroc Hassan II et Anouar el-Sadate dans la tentative de réconciliation
entre les Musulmans et les Juifs que Theodor Herzl avait appelé de
toutes ses forces, il écrit: “L’avenir
religieux de l’humanité passe par une relation harmonieuse entre les
théories impersonnelles de l’Orient et le personnalisme des juifs,
des chrétiens et des musulmans. Les peuples de l’Asie Orientale
pourraient s’allier avec les religions abrahamiques annonciatrices de
l’Etre essentiel en tant qu’Etre matriciel et créateur. De leur côté,
les fils d’Abraham, au contact de leur frères indiens, tibétains ou
chinois, pourraient accéder
à une vision plus transcendantale et plus pure de l’Etre. Le
patrimoine religieuse de l’humanité ne se réduit pas aux deux pôles
Orient et Occident. Chaque tradition religieuse peut apporter sa
contribution à l’émergence de l’homme nouveau: l’animisme
africain peut enseigner le respect de la vie et des existences; le
chamanisme sibérien ou amérindien est susceptible de révéler les
possibilités insoupçonnées de notre psyché; le totémisme peut concrétiser
l’alliance avec le monde animal dont les fondements ont été donnés
dans la Bible, mais dont l’application pratique est assez négligée
par les peuples du Livre.”
La
“relation harmonieuse” entre les tenants de toutes les croyances du
monde donnera-t-elle naissance à l’homme
nouveau dont parle André Chouraqui dans son dernier chapitre
“L’Utopie de l’Homme Nouveau” où il rappelle qu’il a “été
l’un de ceux qui ont inventé le mot matriciel
comme attribut fondamental du Dieu créateur”? La
reconnaissance de la femme comme l’égale de l’homme se fera-t-elle
par “la capacité de l’homme nouveau, et de la femme nouvelle, à
s’ouvrir à l’androgynie”? La bible ne nous enseigne-t-elle pas,
dit Chouraqui “que le premier être, Adam
Kadmon, était androgyne... “l’amour” étant “la recherche
de l’union et de l’unité de ces deux complémentarités?”
Ces
questions existentielles et devrais-je dire “super existentielles”
appellent quelques réponses car je suis bien sûre que l’écrivain
n’attend pas de moi (qu’il lira ou ne lira pas) une apologie
inconditionnelle. Si André Chouraqui a sans doute inventé le mot “matriciel
comme attribut fondamental du Dieu créateur” (celui des trois
religions révélées), le concept remonte à ce qu’il est convenu
d’appeler “la plus haute antiquité” païenne qui exista parallèlement
à la première religion révélée.
Je citerai pour illustrer mon propos deux exemples de
l’attribution par Zeus à lui-même des caractéristiques matricielles
de la gestation féminine: celui de la naissance d’Athéna et celui de
la naissance de Dyonisos:
Zeus,
le roi de l’Olympe, prit d’abord pour épouse Métis (la prudence)
et elle fut enceinte d’Athéna. Mais ayant appris que les enfants de Métis
allaient le surpasser en sagesse et donc lui ravir l'empire du ciel, il
l’engloutit dans ses entrailles et introduisit l’embryon dans son crâne.
Pris de maux de tête, Il demanda à Héphaïstos de lui fendre la tête
d'un coup de hache. Athéna sauta toute armée du crâne de son père en
poussant des cris. Il va sans dire qu’Athéna resta vierge, Zeus évitant
ainsi les risques d’une descendance qu’il ne souhaitait pas.
Semele
était fille de Cadmus et d’Harmonie et la mère, par Zeus, du dieu
Dyonisos. Zeus ayant couché secrètement avec Semele, Hera ne découvrit
l’affaire qu’une fois Semele enceinte. Décidée à se venger, Hera
déguisée persuada Semele de demander à Zeus de venir à elle dans
toute la splendeur avec laquelle il la visitait elle-même. Semele fit
alors jurer à Zeus par le Styx qu’il lui accorderait cette faveur.
Zeus vint alors à elle armée du tonnerre et des éclairs et Semele fut
détruite. Zeus sauva l’embryon des cendres de sa mère et le cousit
dans sa cuisse où il demeura jusqu’à sa naissance.
Ma
deuxième remarque est la suivante: je conçois ce qu’il y a de
fascinant dans la vision d’une “Utopie de l’Homme Nouveau” mais
est-elle réalisable dans un avenir sinon proche du moins perceptible
par notre imagination humaine? Je rappelle ici que l’utopie est
philosophiquement une société idéale mais imaginaire, telle que la
conçoit et la décrit un auteur donné. Je pourrais trouver bien
d’autres définitions de l’utopie mais cela prendrait des pages et
des pages. Je me contenterai de celle donnée par Thomas More
à propos de son ouvrage “L’Utopie”: ‘nulle
part’, un lieu qui n’est dans aucun lieu, une présence absente, une
réalité irréelle, un ailleurs nostalgique, une altérité sans
identification. À ce nom s’attache une série de paradoxes: Amaurote,
la capitale de l’île, est une ville fantôme; son fleuve, Anhydris,
un fleuve sans eau; son chef, Ademus, un prince sans peuple, ses
habitants, les Alaopolites, des citoyens sans cité et leurs voisins,
les Achoréens, des habitants sans pays. Cette prestidigitation
philologique a pour dessein avoué d’annoncer la plausibilité d’un
monde à l’envers et pour dessein latent de dénoncer la légitimité
d’un monde soi-disant à l’endroit.”
Les
remarques ci-dessous ont été faites par des amis athées auxquels
j’ai parlé du Feu de L’Alliance. Jacques m’a dit: “Un point
me donne froid dans le dos: cette idée d’androgynie comme dépassement
des différences entre les sexes. D’autant plus qu’elle sera sans
doute parfaitement réalisable dans un avenir proche! Les manipulations
génétiques qui n’en sont encore qu’à leurs balbutiements mais qui
progressent à une vitesse terrifiante vont permettre dans quelques décennies
tout-au-plus de créer ce type d’individu androgyne qu’André
Chouraqui appelle de ses voeux, et j’avoue que ça me fait peur. De même
que me fait peur l’idée que les manipulations génétiques permettent
l’émergence de différents types d’humains de plus en plus
divergents, créés en fonction des besoins ou des désirs du moment.
Mais au nom de quoi, justement, pourrais-je m’y opposer? De quels
principes?"
Je
crois personnellement qu’en dépit du souhait d’androgynie d’André
Chouraqui, il faudrait à “l’homme Nouveau” du génie pour
entrevoir des sociétés autrement que patriarcales.
Elles l’ont été par la volonté de l’homme depuis l’origine des
temps et les femmes des trois religions révélées, en tout cas, pour
indispensables qu’elle aient été, ont surtout assumé la continuité
en mettant au monde des enfants mâles, Eve, Sarah, Rebecca, Rachel,
Lia, Marie, Fatima (Khadidja était trop âgée quand elle a épousé
Mohammed pour concevoir). Yves avec lequel nous discutions du problème
l’a situé dans notre monde contemporain où l’on parle beaucoup de
parité. Il m’a fait remarquer que tous les pays dits démocratiques
avaient deux chambres, l’une comportant des représentants assez
jeunes pour prendre des initiatives, l’autre des membres assez mûrs
pour entériner ces initiatives quand ils les jugeaient raisonnables.
Les Etats-Unis ont la Chambre des Représentants et le Sénat, la
Grande-Bretagne, la Chambre des Communes et la Chambre des Lords, la
France l’Assemblée Nationale et le Sénat... Voici l’utopie qu’il
m’a proposée et qui m’a semblé faire partie des “utopies réalisables”.
Sans aller jusqu’à l’androgynie, pourquoi ne pas concevoir que
chaque chambre, plutôt que d’être dominée par l’âge le soit par
le sexe: une chambre des hommes, une chambre des femmes, chacune prenant
de l’autre ce qu’elle a de meilleur à offrir pour le bien des
citoyens. Il faudrait alors entrevoir d’autres concepts pour le
premier ministre, la formation de son cabinet et surtout pour le chef de
l’Etat. L’utopie qui me paraissait réalisable au niveau législatif
commençait à poser problème au niveau exécutif. Mais là je
n’entrevois pas encore de solution et je dois m’arrêter en me
disant qu’après tout c’est peut-être André Chouraqui,
l’utopiste de l’homme nouveau, qui détient la clef de l’énigme.
Pourquoi ne pas y croire en ce premier jour de l’année 2002 où nous
aurions bien besoin de nous ressourcer à la fois pour retrouver nos
racines profondes et en découvrir de nouvelles dont nous ne soupçonnions
pas l’existence, pour en quelque sorte unir hier à demain et entrer
enfin dans le meilleur des mondes possibles?
Egoïstement
et comme bouquet final, en hommage aussi à celle qui m’a recueillie
dans son “Parnasse”, je vous offre quelques phrases de Marie: “Grâce
à toi, Lise, nous avons eu hier soir une conversation passionnante. A
partir de ta critique du dernier livre de Chouraqui, nous avons remonté
les siècles, jusqu’aux mythes fondateurs, de l’Inde à l’Egypte,
en passant par la Grèce et la Mésopotamie. Tu sais que les mythes sont
un dada que j’enfourche dès que l’occasion se présente. Il
m’arrive même, éventuellement, d’aller faire un petit tour dans
les Galaxies parce que je suis une passionnée d’astronomie, surtout
d’astrophysique gràce à mon inspirateur, Hubert Reeves.”
N’est-ce pas tout ce qui importe en définitive, Jean, d’intéresser
les lecteurs? Xavier
est, je crois, de cet avis.
Je me permets
d’employer ce mot parce que l’auteur lui-même parle de
“testament” mais je suis convaincue que ce livre ne sera pas le
dernier. C’est certainement le souhait non seulement de sa famille
et de ses amis mais de tous ses lecteurs.
J’ai
personnellement et à mon humble niveau montré dans mon étude
“Soufisme et Hassidisme” la symbiose qui existait au Moyen Age
entre les soufis et les hommes pieux ou Hasïdïm d’Egypte en
m’appuyant sur “Les Deux Traités de Mystique Juive” de Obadia
et David Maïmonide.
Chapitre “Les rivalités
naissent de la confusion”, page 45.
Mouvements arabes et juifs de renaissance, la
haskalah étant tout de même plus
proche de la philosophie des Lumières et la nahda (plus tardive), un mouvement
politique libano-tunisien enrichi par l¹intervention de personnalités
littéraires telles que May Ziadeh (1886-1941), femme de lettre libanaise
d¹origine palestinienne, auteur entre autres de ³Bâhitu al badiah²
(La
Chercheuse de la Campagne), ³Al mossâwât (L¹égalité), ³Sawânitu
fatât² (Les
rêveries d¹une jeune fille).
Sans vouloir une fois de plus
me comparer à André Chouraqui, tel a toujours été mon sentiment
quant à l’énorme responsabilité des Britanniques même s’il est
venu depuis s’y ajouter d’autres facteurs.
Selon sa noble
habitude...
Déclaration Balfour de
1917.
On sait comment le lieutenant
non seulement mena sa tâche à bien mais gagna l'estime des Arabes et
adhèra à leur culture au point de s' arabiser en partie. Il ira
jusqu'à les conduire lui-même à la bataille, en leur promettant
l'indépendance...
Mes
sentiments sur l’existence charnelle de Jésus avaient été une
première fois modifiés quand j’ai regardé à la Télévision
“Corpus Christi”. J’ai regretté par la suite que ARTE n’ait
diffusé qu’une première série de cinq films où quelques-uns des
plus grands chercheurs internationaux confrontaient pour la première
fois les hypothèses et les découvertes de chacune de leurs
disciplines. Il est certain qu’il fallait en tout cas lire les
livres qui étaient le prolongement indispensable de cette série. Il
n’en demeure pas moins que c’est avec André Chouraqui que
j’apprends peu à peu à concevoir un Jésus différent de ce qu’Il
m’apparut durant la plus grande partie de mon existence: soit une légende
(je prie les chrétiens de me pardonner) inventée pour donner corps
à la seconde religion révélée, soit comme un prophète dans une
tradition plus proche de celle de l’Islam que celle du
Christianisme. Je bute encore sur l’Universalité du Christ et là
je crois que je mourrai sans renoncer à ma conviction.
L’Injustice faite à Paul -
Chapitre: Le malentendu Criminel.
En dépit de toute
l’admiration que j’éprouve pour l’oecuménisme d’André
Chouraqui, j’ai toujours pensé que la décision papale de faire
rayer partout où on le rencontrait le terme “déïcide” ne
concernait pas les Juifs eux-mêmes qui ne se considéraient pas comme
tels et que cette initiative n’était pas un progrès sinon pour les
chrétiens qui n’ont pas tous approuvé. C’était leur problème
qu’il leur fallait résoudre, pas celui des Juifs et le fait ne
constituait en aucune façon une avancée vers la reconnaissance de
l’Etat Hébreu, une décision prise par le Vatican parallèlement
avec sa reconnaissance de l’OLP., c’est-à-dire bien tard à mon
avis.
Chapitre
“Le Malentendu criminel”, dernier alinéa, page 82.
Chapitre “Traduttore
Tradittore”, “Un message universalisé mais déformé”, pages
85, 86.
Chapitre: “L’Universalité
et la Modernité des Dix Paroles”, page 109.
Je me souviens d’une émission
du Rabbin José Eisenberg tournée en Israël dans un kibboutz
religieux où l’on pratique l’année sabbatique qui est la
septième, celle du repos pendant laquelle la terre d’Israël doit
être en jachère. La dernière est allée de Roch ha-chanah 2000 à
Roch ha-chanah 2001.
“L’ouverture des monothéismes
au reste du monde”, chapitre “Celui qui entend IHVH: Israël, qui
est-il?”, page 163.
“L’Utopie de l’Homme
Nouveau”, page 182
“ Saint Thomas More
(1478-1535) fut décapité pour avoir refusé de reconnaître Henri
VIII comme chef suprême de l’Église d’Angleterre. Il est le
premier semble-t-il à avoir forgé le mot “utopie” qui n’existe
sans doute pas en grec et qui est rendu par “utopia” en latin
moderne.
Jacques
me signale qu’il a rencontré il y a quelques mois Françoise Gange
qui a écrit plusieurs livres à ce sujet. Elle tente, dans l’un
d’entre eux, “Les Dieux menteurs” de démontrer qu’une
société matriarcale existait en Mésopotamie avant les religions
révélées (culte d’Ishtar). Cette société matriarcale a ensuite
été détruite mais il en reste des traces, y compris dans la Bible.
A ce propos, on pourrait aussi évoquer Dihya ou Damya (la
Devineresse), reine et héroïne semi-légendaire de la tribu berbère
des Djarwa, dans l'Aurès (morte dans l'Aurès v. 702). Elle résista
longtemps aux conquérants arabes, et fut finalement vaincue et tuée.
-
Les
personnes citées se reconnaitront.