A propos du livre Mon testament, le Feu de l'Alliance, d'André Chouraqui

par Lise Willar

Mots...dits

Avant mon départ pour Israël où je dois rencontrer André Chouraqui, j’ai lu son dernier livre “Mon testament, le Feu de l’Alliance” et j’aimerais en discuter un peu pour voir si je l’ai assimilé...

 Je suis loin d’avoir lu tous les livres d’un écrivain aussi passionnant que fécond et dans les “Mots... dits” sur son “Moïse”, j’ai parlé de plus de cent ouvrages à mettre à son actif depuis la publication de sa thèse de doctorat. Disons qu’en nous “partageant la tâche”, plusieurs amis et moi-même en avons lu... quelques uns. Vous allez sourire si je vous révèle que Samedi dernier j’ai emporté à mon club de scrabble et pour les prêter à Jean-François les livres de Chouraqui que je possède, entre autres “L’Amour fort comme la Mort”, son autobiographie, Moïse, Les Dix Commandements Aujourd’hui, le Coran... Lui, en revanche, ne m’a pas apporté les vingt six volumes de la Bible hébraïque et le Nouveau Testament avec lesquels il a grandi sous le regard ému de son père médecin, anticlérical et athée farouche, mais Voyage au bout de la Nuit car il m’a déclaré que je ne pouvais pas mourir idiote!

 Le livre-testament de Chouraqui synthétise, selon les paroles mêmes de l’écrivain, sa “pensée à partir des étapes principales de sa vie”[1]. Ayant assimilé mieux que personne les paroles et les actes des prophètes au côté desquels il a cheminé durant sa vie déjà longue, il est devenu en quelque sorte l’un d’entre eux et, à sa manière, après avoir découvert la réalité de chaque psaume de la bible, de chaque verset des évangiles, de chaque sourate du coran, il tient à nous dire une dernière fois[2] que “les enseignements qui nous sont révélés dans les Ecrits sont plus que jamais d’actualité[3]     

Dans un premier temps, Chouraqui retrace le “périple” d’Israël depuis le moment où Dieu choisit Abraham pour aller en terre promise juqu’à la conquête de Jérusalem par Pompée et les Romains qui marque la fin de son indépendance. La révolte des Hébreux contre les envahisseurs qui occasionna le massacre, selon Tacite, de cinq cent cinquante mille d’entre eux, d’un million selon Flavius Josèphe, et d’un million et demi selon les sources hébraïques, marqua le début de la diaspora. Un autre plus terrible encore provoqua, sans qu’ils y fussent véritablement préparés, le retour des hébreux en Israël.

Ce retour fut suivi du conflit arabo-israélien que l’auteur juge “paradoxal” vu les trois millénaires de cohabitation pacifique entre les Arabes et les Juifs et la fécondité des relations entre ces peuples sémites.[4]   C’est, selon Chouraqui, le XVIème siècle qui vit la décadence des peuples musulmans et la ruine du monde juif établi en terre d’Islam. “Les Arabes se heurtent aux méfaits du colonialisme à l’heure même où les Juifs doivent à peu près partout faire front devant le déchaînement de l’antisémitisme.[5]  Je crois qu’en quelques lignes, après avoir montré la renaissance du monde juif et du monde arabe avec la Révolution française, la coïncidence de la Nahda arabe et de la Haskalah juive[6], le parallèle à établir entre le sionisme qui “tend à utiliser sur le plan politique les forces spirituelles du judaïsme” et l’arabisme “celles de l’Islam”[7], l’écrivain dépeint parfaitement les origines du conflit actuel dûes, non pas à l’arrivée des premiers sionistes en Palestine où ils furent bien accueillis en général par la population arabe, se heurtant bien sûr aux janissaires autant que les autochtones, mais en grande partie à l’attitude du gouvernement britannique[8] qui joua sur deux tableaux[9] en préconisant d’une part l’installation d’un foyer juif en palestine[10] et d’autre part en envoyant le lieutenant Lawrence à la rencontre des chefs de tribus arabes pour leur demander de lutter à ses côtés contre les Turcs Ottomans[11].  

En ce qui concerne les rapports entre les Chrétiens et les Juifs, il ne semble pas possible de parler de symbiose comme il en a été question entre les Arabes et les Juifs. C’est par André Chouraqui que j’ai appris l’existence de Méliton, un évêque de Sardes, qui a déclaré dans un sermon (vers 160-170 de notre ère): “Dieu a été assassiné, le roi d’Israël a été tué par la main des juifs”, ouvrant ainsi la porte à deux mille ans d’antijudaïsme. C’est également par lui que m’est apparu plus “réel” Jésus “Iéshoua” qui vécut comme un Juif pieux, accomplissant ses mitsvot (commandements), vivant de la Tora, obéissant aux rites de sa vie à sa mort.[12] Il est bien entendu difficile de commenter la vie terrestre de Jésus, étant donné que les sources de l’histoire de son époque “sont rares, lacunaires et problématiques”, une des raisons sans doute pour lesquelles je me suis toujours dit qu’avec le Judaïsme nous avions la Bible comme référence, qu’avec l’Islam nous nous trouvions face à une religion révélée historique et retranscrite sinon par Mohammed mais en tout cas par ses adeptes de son vivant mais qu’avec le Christianisme, nous n’avions rien de tel pour conforter nos croyances.

Alors Chouraqui est intervenu pour me raconter Paul que je ne portais pas spécialement dans mon coeur et qu’il m’a fait apparaître comme un Juif aussi pieux que Jésus et qui sut faire “de l’histoire de son peuple le fondement de sa pensée théologique”.[13] Ceci dit, il n’en demeure pas moins qu’en dépit de Jésus et de Paul et “grâce” à des  hommes tels que Méliton, évêque de Sardes, la haine judéo-chrétienne ou plutôt la haine des chrétiens contre les juifs n’a fait que grandir avec la bénédiction de l’Eglise à tous les niveaux et ce, il faut bien le dire, jusqu’à Jean XXIII et surtout Jean-Paul II[14]: “Unis au même Dieu nous devrions parler le même langage: celui de l’amour réciproque dans l’Alliance. Dans cette humilité, reconsidérons les griefs que nous avons les uns contre les autres, pour mieux nous en débarrasser une fois pour toutes. Seul contre notre âtre commun: le feu de l’Alliance.”[15]

A ce stade du livre, l’auteur nous a livré ses observations sur les rapports judéo-arabes et sur les rapports judéo-chrétiens. Si l’on devait compter en termes d’années ou de siècles, il serait aisé de s’apercevoir que les liens entre les Arabes et les Juifs ont été plus convaincants que ceux entre les Chrétiens et les mêmes Juifs. André Chouraqui nous donne alors une explication quant aux dissensions entre les tenants des trois religions révélées dues selon lui à la main-mise qu’a exercé l’Occident sur la Bible et le Coran. Il va même jusqu’à dire, ce qui peut paraître incroyable, “far-fetched” comme disent nos amis anglo-saxons: “la difficile mondialisation que nous vivons de nos jours a commencé à Alexandrie par la traduction de la Bible hébraïque en grec par les Septante”... “c’était la première oeuvre littéraire traduite d’une langue dans une autre, d’hébreu en grec.”... “Et après le grec, le latin. La Vulgate de St Jérôme ouvrait le message au plus grand nombre”.[16]  Il ajoute: “L’adage dit ‘Traduttore, traditore’, ‘le traducteur trahit’.[17] Il en a été de même pour le Coran qui ne se conçoit qu’en arabe dans toutes les mosquées du monde mais qui a été traduit dans toutes les langues pour permettre au monde non arabophone de connaître son contenu. “Les ‘métraductions’ ont participé aux fantasmes collectifs propres à la diabolisation de la religion d’autrui[18]. Là, je crois qu’il n’est pas nécessaire de commenter. Cela semble tellement évident.        

Ainsi puis-je maintenant poser la question à mille euros car je sais qu’André Chouraqui va me donner la réponse: l’universalité peut-elle coïncider avec la modernité? Oui, me dit-il, puisque les Dix Paroles existent. Elles “sont des ‘recettes’ de vie, des préceptes à agir... Il a fallu trois mille ans pour que l’humanité arrive à un point où la plupart des principes du Décalogue sont intégrés par les appareils législatifs et judiciaires, aux niveaux national et international.”[19] Je sais évidemment car l’autobiographie de Chouraqui m’est familière que le rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, René Cassin, la comparait au Décalogue. Pour autant les hommes dans leur ensemble, toutes religions confondues, sont-ils prêts à respecter ces “commandements”, ceux du Décalogue comme ceux de la Déclaration Universelle? Les terribles évènements actuels comme ceux d’hier, comme ceux d’autrefois, me laissent perplexe face au manque évident de coopération des différentes communautés humaines. Comme le pense Chouraqui citant Heidegger pour étayer sa thèse: il y a “dichotomie entre une pensée et l’incapacité dramatique à l’appliquer.”[20]

Cette impossibilité de respecter les commandements quels qu’ils soient a été bien évidemment exacerbée par l’émergence des fondamentalismes qui ont interprété les Livres d’une manière scandaleuse. “Ils n’ont pas hésité à mobiliser leur Dieu, juif, chrétien, musulman ou autre, à la rescousse de leurs intérêts et de leur haine.”[21] L’auteur, dans son souci légitime de montrer que les commandements sont aussi valables aujourd’hui qu’hier trouve des exemples contemporains pour illustrer sa thèse. Sans vouloir les citer tous mais en constatant que tous sont valables aujourd’hui (Tu ne tueras point, Glorifie ton père et ta mère, Tu ne voleras pas, Tu aimeras ton prochain comme toi-même...) je choisis les tragiques conséquences de ce non respect des commandements vis-à-vis de la Terre nourricière si indispensable à l’homme qu’il doit lui laisser le temps de respirer, de se reposer comme il devrait se reposer lui-même:

Souviens-toi du jour du Shabbat (...)

Tu travailleras six jours (...)

Le septième jour, (...) tu ne feras aucun ouvrage (...)[22]

Les commandements qui ont constitué une alliance entre Dieu et l’humanité  seraient, selon Chouraqui, en forme de pyramide, le bas de la pyramide étant l’alliance entre Dieu et Adam et Eve, le haut “l’ultime Alliance, l’Alliance messianique qui couronnera cet édifice par le salut de l’humanité entière”. Dans ce bel édifice, je retrouve les tenants des trois religions révélées et je ne peux bien sûr que souhaiter cette symbiose des temps messianiques en espérant même que nous n’aurons pas besoin d’attendre jusque là pour qu’elle se réalise. Cependant je pose la question: est-il possible de parler de l’humanité entière quand sont occultés non seulement les adeptes des autres religions du monde, hindouïstes, bouddhistes, mazdéistes, animistes... mais tous les athées, les agnostiques...qui représentent plusieurs milliards d’individus?

André Chouraqui vient me sauver du doute presque aussitôt, il a entendu ma question, mon appel (quelle fatuité de ma part!). Dans son avant-dernier chapitre, après avoir parlé de son implication avec le roi du Maroc Hassan II et Anouar el-Sadate dans la tentative de réconciliation entre les Musulmans et les Juifs que Theodor Herzl avait appelé de toutes ses forces, il écrit: “L’avenir religieux de l’humanité passe par une relation harmonieuse entre les théories impersonnelles de l’Orient et le personnalisme des juifs, des chrétiens et des musulmans. Les peuples de l’Asie Orientale pourraient s’allier avec les religions abrahamiques annonciatrices de l’Etre essentiel en tant qu’Etre matriciel et créateur. De leur côté, les fils d’Abraham, au contact de leur frères indiens, tibétains ou chinois, pourraient  accéder à une vision plus transcendantale et plus pure de l’Etre. Le patrimoine religieuse de l’humanité ne se réduit pas aux deux pôles Orient et Occident. Chaque tradition religieuse peut apporter sa contribution à l’émergence de l’homme nouveau: l’animisme africain peut enseigner le respect de la vie et des existences; le chamanisme sibérien ou amérindien est susceptible de révéler les possibilités insoupçonnées de notre psyché; le totémisme peut concrétiser l’alliance avec le monde animal dont les fondements ont été donnés dans la Bible, mais dont l’application pratique est assez négligée par les peuples du Livre.”[23]

La “relation harmonieuse” entre les tenants de toutes les croyances du monde donnera-t-elle naissance à l’homme nouveau dont parle André Chouraqui dans son dernier chapitre “L’Utopie de l’Homme Nouveau” où il rappelle qu’il a “été l’un de ceux qui ont inventé le mot matriciel  comme attribut fondamental du Dieu créateur”? La reconnaissance de la femme comme l’égale de l’homme se fera-t-elle par “la capacité de l’homme nouveau, et de la femme nouvelle, à s’ouvrir à l’androgynie”? La bible ne nous enseigne-t-elle pas, dit Chouraqui “que le premier être, Adam Kadmon, était androgyne... “l’amour” étant “la recherche de l’union et de l’unité de ces deux complémentarités?”[24]     

 

Ces questions existentielles et devrais-je dire “super existentielles” appellent quelques réponses car je suis bien sûre que l’écrivain n’attend pas de moi (qu’il lira ou ne lira pas) une apologie inconditionnelle. Si André Chouraqui a sans doute inventé le mot “matriciel comme attribut fondamental du Dieu créateur” (celui des trois religions révélées), le concept remonte à ce qu’il est convenu d’appeler “la plus haute antiquité” païenne qui exista parallèlement à la première religion révélée.  Je citerai pour illustrer mon propos deux exemples de l’attribution par Zeus à lui-même des caractéristiques matricielles de la gestation féminine: celui de la naissance d’Athéna et celui de la naissance de Dyonisos:

Zeus, le roi de l’Olympe, prit d’abord pour épouse Métis (la prudence) et elle fut enceinte d’Athéna. Mais ayant appris que les enfants de Métis allaient le surpasser en sagesse et donc lui ravir l'empire du ciel, il l’engloutit dans ses entrailles et introduisit l’embryon dans son crâne. Pris de maux de tête, Il demanda à Héphaïstos de lui fendre la tête d'un coup de hache. Athéna sauta toute armée du crâne de son père en poussant des cris. Il va sans dire qu’Athéna resta vierge, Zeus évitant ainsi les risques d’une descendance qu’il ne souhaitait pas.

Semele était fille de Cadmus et d’Harmonie et la mère, par Zeus, du dieu Dyonisos. Zeus ayant couché secrètement avec Semele, Hera ne découvrit l’affaire qu’une fois Semele enceinte. Décidée à se venger, Hera déguisée persuada Semele de demander à Zeus de venir à elle dans toute la splendeur avec laquelle il la visitait elle-même. Semele fit alors jurer à Zeus par le Styx qu’il lui accorderait cette faveur. Zeus vint alors à elle armée du tonnerre et des éclairs et Semele fut détruite. Zeus sauva l’embryon des cendres de sa mère et le cousit dans sa cuisse où il demeura jusqu’à sa naissance.

 

Ma deuxième remarque est la suivante: je conçois ce qu’il y a de fascinant dans la vision d’une “Utopie de l’Homme Nouveau” mais est-elle réalisable dans un avenir sinon proche du moins perceptible par notre imagination humaine? Je rappelle ici que l’utopie est philosophiquement une société idéale mais imaginaire, telle que la conçoit et la décrit un auteur donné. Je pourrais trouver bien d’autres définitions de l’utopie mais cela prendrait des pages et des pages. Je me contenterai de celle donnée par Thomas More[25] à propos de son ouvrage “L’Utopie”: ‘nulle part’, un lieu qui n’est dans aucun lieu, une présence absente, une réalité irréelle, un ailleurs nostalgique, une altérité sans identification. À ce nom s’attache une série de paradoxes: Amaurote, la capitale de l’île, est une ville fantôme; son fleuve, Anhydris, un fleuve sans eau; son chef, Ademus, un prince sans peuple, ses habitants, les Alaopolites, des citoyens sans cité et leurs voisins, les Achoréens, des habitants sans pays. Cette prestidigitation philologique a pour dessein avoué d’annoncer la plausibilité d’un monde à l’envers et pour dessein latent de dénoncer la légitimité d’un monde soi-disant à l’endroit.”

 

Les remarques ci-dessous ont été faites par des amis athées auxquels j’ai parlé du Feu de L’Alliance. Jacques m’a dit: “Un point me donne froid dans le dos: cette idée d’androgynie comme dépassement des différences entre les sexes. D’autant plus qu’elle sera sans doute parfaitement réalisable dans un avenir proche! Les manipulations génétiques qui n’en sont encore qu’à leurs balbutiements mais qui progressent à une vitesse terrifiante vont permettre dans quelques décennies tout-au-plus de créer ce type d’individu androgyne qu’André Chouraqui appelle de ses voeux, et j’avoue que ça me fait peur. De même que me fait peur l’idée que les manipulations génétiques permettent l’émergence de différents types d’humains de plus en plus divergents, créés en fonction des besoins ou des désirs du moment. Mais au nom de quoi, justement, pourrais-je m’y opposer? De quels principes?"

Je crois personnellement qu’en dépit du souhait d’androgynie d’André Chouraqui, il faudrait à “l’homme Nouveau” du génie pour entrevoir des sociétés autrement que patriarcales.[26] Elles l’ont été par la volonté de l’homme depuis l’origine des temps et les femmes des trois religions révélées, en tout cas, pour indispensables qu’elle aient été, ont surtout assumé la continuité en mettant au monde des enfants mâles, Eve, Sarah, Rebecca, Rachel, Lia, Marie, Fatima (Khadidja était trop âgée quand elle a épousé Mohammed pour concevoir). Yves avec lequel nous discutions du problème l’a situé dans notre monde contemporain où l’on parle beaucoup de parité. Il m’a fait remarquer que tous les pays dits démocratiques avaient deux chambres, l’une comportant des représentants assez jeunes pour prendre des initiatives, l’autre des membres assez mûrs pour entériner ces initiatives quand ils les jugeaient raisonnables. Les Etats-Unis ont la Chambre des Représentants et le Sénat, la Grande-Bretagne, la Chambre des Communes et la Chambre des Lords, la France l’Assemblée Nationale et le Sénat... Voici l’utopie qu’il m’a proposée et qui m’a semblé faire partie des “utopies réalisables”. Sans aller jusqu’à l’androgynie, pourquoi ne pas concevoir que chaque chambre, plutôt que d’être dominée par l’âge le soit par le sexe: une chambre des hommes, une chambre des femmes, chacune prenant de l’autre ce qu’elle a de meilleur à offrir pour le bien des citoyens. Il faudrait alors entrevoir d’autres concepts pour le premier ministre, la formation de son cabinet et surtout pour le chef de l’Etat. L’utopie qui me paraissait réalisable au niveau législatif commençait à poser problème au niveau exécutif. Mais là je n’entrevois pas encore de solution et je dois m’arrêter en me disant qu’après tout c’est peut-être André Chouraqui, l’utopiste de l’homme nouveau, qui détient la clef de l’énigme. Pourquoi ne pas y croire en ce premier jour de l’année 2002 où nous aurions bien besoin de nous ressourcer à la fois pour retrouver nos racines profondes et en découvrir de nouvelles dont nous ne soupçonnions pas l’existence, pour en quelque sorte unir hier à demain et entrer enfin dans le meilleur des mondes possibles?

Egoïstement et comme bouquet final, en hommage aussi à celle qui m’a recueillie dans son “Parnasse”, je vous offre quelques phrases de Marie: “Grâce à toi, Lise, nous avons eu hier soir une conversation passionnante. A partir de ta critique du dernier livre de Chouraqui, nous avons remonté les siècles, jusqu’aux mythes fondateurs, de l’Inde à l’Egypte, en passant par la Grèce et la Mésopotamie. Tu sais que les mythes sont un dada que j’enfourche dès que l’occasion se présente. Il m’arrive même, éventuellement, d’aller faire un petit tour dans les Galaxies parce que je suis une passionnée d’astronomie, surtout d’astrophysique gràce à mon inspirateur, Hubert Reeves.” N’est-ce pas tout ce qui importe en définitive, Jean, d’intéresser les lecteurs? Xavier est, je crois, de cet avis.[27]          



[1]   Introduction, page 9

[2]  Je me permets d’employer ce mot parce que l’auteur lui-même parle de “testament” mais je suis convaincue que ce livre ne sera pas le dernier. C’est certainement le souhait non seulement de sa famille et de ses amis mais de tous ses lecteurs.

[3]  Introduction, page 27

[4]J’ai personnellement et à mon humble niveau montré dans mon étude “Soufisme et Hassidisme” la symbiose qui existait au Moyen Age entre les soufis et les hommes pieux ou Hasïdïm d’Egypte en m’appuyant sur “Les Deux Traités de Mystique Juive” de Obadia et David Maïmonide.

[5]  Chapitre “Les rivalités naissent de la confusion”, page 45.

[6]  Mouvements arabes et juifs de renaissance, la haskalah étant tout de même plus proche de la philosophie des Lumières et la nahda (plus tardive), un mouvement politique libano-tunisien enrichi par l¹intervention de personnalités littéraires telles que May Ziadeh (1886-1941), femme de lettre libanaise d¹origine palestinienne, auteur entre autres de ³Bâhitu al badiah² (La Chercheuse de la Campagne), ³Al mossâwât (L¹égalité), ³Sawânitu fatât² (Les rêveries d¹une jeune fille).

[7]   id.

[8] Sans vouloir une fois de plus me comparer à André Chouraqui, tel a toujours été mon sentiment quant à l’énorme responsabilité des Britanniques même s’il est venu depuis s’y ajouter d’autres facteurs.

[9]  Selon sa noble habitude...

[10]  Déclaration Balfour de 1917.

[11] On sait comment le lieutenant non seulement mena sa tâche à bien mais gagna l'estime des Arabes et adhèra à leur culture au point de s' arabiser en partie. Il ira jusqu'à les conduire lui-même à la bataille, en leur promettant l'indépendance...

[12] Mes sentiments sur l’existence charnelle de Jésus avaient été une première fois modifiés quand j’ai regardé à la Télévision “Corpus Christi”. J’ai regretté par la suite que ARTE n’ait diffusé qu’une première série de cinq films où quelques-uns des plus grands chercheurs internationaux confrontaient pour la première fois les hypothèses et les découvertes de chacune de leurs disciplines. Il est certain qu’il fallait en tout cas lire les livres qui étaient le prolongement indispensable de cette série. Il n’en demeure pas moins que c’est avec André Chouraqui que j’apprends peu à peu à concevoir un Jésus différent de ce qu’Il m’apparut durant la plus grande partie de mon existence: soit une légende (je prie les chrétiens de me pardonner) inventée pour donner corps à la seconde religion révélée, soit comme un prophète dans une tradition plus proche de celle de l’Islam que celle du Christianisme. Je bute encore sur l’Universalité du Christ et là je crois que je mourrai sans renoncer à ma conviction.

[13] L’Injustice faite à Paul - Chapitre: Le malentendu Criminel.

[14] En dépit de toute l’admiration que j’éprouve pour l’oecuménisme d’André Chouraqui, j’ai toujours pensé que la décision papale de faire rayer partout où on le rencontrait le terme “déïcide” ne concernait pas les Juifs eux-mêmes qui ne se considéraient pas comme tels et que cette initiative n’était pas un progrès sinon pour les chrétiens qui n’ont pas tous approuvé. C’était leur problème qu’il leur fallait résoudre, pas celui des Juifs et le fait ne constituait en aucune façon une avancée vers la reconnaissance de l’Etat Hébreu, une décision prise par le Vatican parallèlement avec sa reconnaissance de l’OLP., c’est-à-dire bien tard à mon avis.

[15] Chapitre “Le Malentendu criminel”, dernier alinéa, page 82.

[16] Chapitre “Traduttore Tradittore”, “Un message universalisé mais déformé”, pages 85, 86.

[17] id. page 87.

[18] id. page 91.

[19] Chapitre: “L’Universalité et la Modernité des Dix Paroles”, page 109.

[20] id. page 112.

[21] id. page 117.

[22] Je me souviens d’une émission du Rabbin José Eisenberg tournée en Israël dans un kibboutz  religieux où l’on pratique l’année sabbatique qui est la septième, celle du repos pendant laquelle la terre d’Israël doit être en jachère. La dernière est allée de Roch ha-chanah 2000 à Roch ha-chanah 2001.

[23] “L’ouverture des monothéismes au reste du monde”, chapitre “Celui qui entend IHVH: Israël, qui est-il?”, page 163.

[24]  “L’Utopie de l’Homme Nouveau”, page 182

[25]  “ Saint Thomas More (1478-1535) fut décapité pour avoir refusé de reconnaître Henri VIII comme chef suprême de l’Église d’Angleterre. Il est le premier semble-t-il à avoir forgé le mot “utopie” qui n’existe sans doute pas en grec et qui est rendu par “utopia” en latin moderne.

[26] Jacques me signale qu’il a rencontré il y a quelques mois Françoise Gange qui a écrit plusieurs livres à ce sujet. Elle tente, dans l’un d’entre eux, “Les Dieux menteurs” de démontrer qu’une société matriarcale existait en Mésopotamie avant les religions révélées (culte d’Ishtar). Cette société matriarcale a ensuite été détruite mais il en reste des traces, y compris dans la Bible. A ce propos, on pourrait aussi évoquer Dihya ou Damya (la Devineresse), reine et héroïne semi-légendaire de la tribu berbère des Djarwa, dans l'Aurès (morte dans l'Aurès v. 702). Elle résista longtemps aux conquérants arabes, et fut finalement vaincue et tuée.

  

[27] Les personnes citées se reconnaitront.