Ingrid Bettancourt
est détenue par les FARC depuis plus de quatre ans
Vous savez ce qu’est la dépression ? Moi, je ne savais pas personnellement jusqu’à ce que « la chose » me tombe dessus il y a aujourd’hui deux ans.
Je vivais à peu près normalement depuis vingt huit ans, enfin normalement si l’on peut dire : vingt huit ans avec de nombreux voyages dans tous les pays du
monde(1) le bridge, le golf, le scrabble, l’écriture chez mon cher <ecrits-vains.com> et l’éditeur l’Harmattan, de déjeuners, de dîners pour mes nombreux amis venus chez moi pour bien manger ! (Vous-en souvenez vous de mes délicieuses t artes chaudes et froides, de mes cailles au foie gras, n’est-ce pas Blake, dégustées après avoir travaillé plusieurs heures sur la traduction de tes rubayats américains inspirés entre autres du poète persan Omar Khayyam, bien boire aussi, n’est-ce pas, Yves, des compotes que j’ai confectionnées chaque semaine pour Thierry, mon seul fils demeuré à Paris, de mes déjeuners avec Elodia au petit restaurant à côté de sa maison d’éditions de poésies, de mes goûters avec Anita, présidente de notre site, de mes visites chez Jacques, mon ami intime, mari de la poétesse Marie Bataille dans les merveilleuses Cévennes de Stevenson et des parpaillots, de mes conférences dans les classes de Marie, professeur de seconde et de première au lycée d’Alès…) enfin de toutes ces choses qu’on fait quand l’esprit est plein et le cœur vide. Oui, pendant vingt huit ans, j’ai vécu seule la nuit et j’ai, un jour de Janvier 2005 à 82 ans, eu l’envie de ne plus voir personne à part Thierry, Françoise habitant Lattes près de Montpellier, Jean Claude à San Francisco. Quand je dis « ne plus voir personne », c’est la stricte vérité. Durant neuf mois je n’ai parlé qu’au téléphone, autrement rien, le silence, le vide, si ce ne sont que quelques mots à ma femme de ménage.
L’idée de mourir pour n’avoir pas su construire ma vie à travers la seule chose valable en ce bas monde, l’amour et sexuel avec ça. A quatre vingt deux ans, cela peut paraître bizarre aux autres gents, mais moi, je n’avais pas quatre vingt deux ans, j’en avais vingt huit de moins, vingt huit ans durant lesquels pas un homme ne m’a embrassée, touchée, baisée… Mon seul espoir était d’être réincarnée après ma mort en une feuille qui tomberait de Jacques, devenant arbre, encore une catastrophe ! (et aucune chance puisqu’il a 60 ans).
En Janvier 2005 donc, je ne suis plus sortie, ma femme de ménage faisant les courses et l’appartement, moi devant l’ordinateur 7 à 9 heurs par jour. Jacques prétend que j’ai écrit plus de quinze mille pages, de nouvelles en français et en anglais (je suis bilingue), des récits de voyage, des commentaires sur les mystiques des religions : « Soufisme et Hassidisme (publiés chez l’Harmattan avant ma dépression), des traductions de poèmes de Black Dawson et de Billy Collins, le poète lauréat des Etats-Unis pour 2003…. Puis, tout à coup, plus rien : le vide, l’écoeurement, la tristesse, la solitude… J’ai décidé d’en finir et un Samedi après-midi, alors que je ne pensais plus que Thierry venu le matin reviendrait le soir, j’ai absorbé un tube de comprimés. Je me suis retrouvée sur un lit d’hôpital et le matin, j’ai constaté que j’étais couverte de contusions et de bleus. Quand j’ai été capable de poser des questions, j’ai appris que je n’étais pas complètement endormie par les comprimés quand Thierry est revenu le soir inopinément (ou peut-être avait-il pressenti quelque chose) et qu’il s’est trouvé devant deux options, celle de me laisser dormir en encourant trois risques, celui de me voir mourir ou devenir « légume » et d’avoir à me mettre dans un asile de vieillard, en risquant d’être accusé de « non assistance à personne en danger ». Il a choisi la deuxième option, celle d’appeler les pompiers. Je me suis, parait-il, traînée vers eux en me cognant à toutes les portes pour leur ouvrir, car ils auraient eu bien du mal à enfoncer la porte blindée. (J’ai appris, une semaine plus tard, par ma femme de ménage venue me rendre visite, qu’elle avait nettoyé du sang partout, sur la moquette, les murs et les portes.
Mon premier sentiment depuis ma première tentative, il y a trente cinq ans, après une expérience malheureuse avec mon ami américain Harold que j’avais cru m’aimer autant que je lui vouais de passion, une deuxième pendant la période où mon fils toxicomane vivait avec moi (j’ai écrit cette histoire de dix années dans « Mon Fils et moi ») tout en étant suivi par le Docteur Olivenstein et où mes nerfs et mon cœur étaient à bout, fut une tristesse infinie. Une fois de plus je m’étais ratée. Ces sacrés pompiers et ces médecins opiniâtres m’avaient tirée de l’abîme où je voulais m’enfoncer sans jamais plus retrouver la surface. La première chose qu’on m’a imposée ce jour là, c’est une visite en ambulance à l’asile psychiatrique de Ste Anne. Thierry a carrément refusé que j’y entre, affirmant qu’il allait me prendre en mains et qu’il en prenait la responsabilité. Il risquait gros car en cas de récidive, il risquait une année de prison. Malgré tout ce qui vient de se passer, je lui suis reconnaissante de sa réaction d’alors. J’ai passé dans cet hôpital une quinzaine de jours parmi les plus horribles de ma vie. La nourriture était tellement dégueulasse (excusez-moi cette expression) et les médecins comme les infirmières si versatiles qu’au (excusez-moi cette expression) et les médecins comme les infirmières si versatiles qu’au bout de deux semaines j’en ai eu assez et j’ai demandé à mon fils de me raccompagner chez moi, quitte à partir quand on aurait trouvé quelque chose de correct.
Il a accepté, discuté avec les médecins qui m’ont permis de sortir en me donnant une ordonnance. J’ai encore passé un mois seule et Thierry a découvert qu’à Vincennes se trouvait une résidence non médicalisée mais avec soins : Les Templitudes. Je suis allée visiter le studio qui était la chose la plus petite que j’ai jamais vue face à mon appartement parisien de deux cent cinquante mètres carrés et chavillois de cent vingt mètres carrés. Comme je n’avais pas encore beaucoup de réaction vu ma fatigue, Thierry a traité l’affaire avec le directeur qui nous avait invité à déjeuner dans le restaurant spacieux de la résidence. Mon frère Claude qui habitait à cinq minutes de là, une bonne raison pour conclure, a soutenu son neveu dans sa démarche.
Ainsi, après avoir perdu la moitié de mes meubles dans mon premier déménagement j’en ai laissé plus que cela dans ce nouveau changement de lieu, et tout ceci pour habiter un studio dont je ne savais pas ce qu’il serait durant l’insupportable canicule de juillet où j’ai subi plus de 30 degrés Celsius. Mon caractère est devenu suffisamment adaptables à toutes les situations pour que je me fasse très vite des copains et des copines (j’entends bien, pas des amis) et pourtant aucuns (excusez mon orgueil) n’avaient ma culture et mes titres universitaires mais j’ai immédiatement été requise pour jouer au bridge à quinze heures. Au scrabble j’ai refusé parce que personne ne jouait en duplicate, méthode inventée par un Belge il y a une vingtaine d’années et que j’ai joué en tournoi durant une dizaine d’années (j’étais deuxième série trèfle au bridge et troisième série sur sept au scrabble qui a de nombreux joueurs francophones dans le monde entier, les plus grands joueurs non français étant les Belges et les Sénégalais.
Jusqu’au mois d’avril environ, j’ai vécu à peu près normalement, téléphoné à tous mes amis d’<ecrits-vains.com> régulièrement, continuer à écrire ma chronique <mots-dits>. J’ai eu Jean-Claude et sa fille Sara de San Francisco en novembre (le bail de Chaville n’était pas encore arrivé à terme et ils ont pu occuper l’appartement) et j’ai prêté ma voiture à Jean-Claude pour lui permettre de venir me voir et de rencontrer mes petits-enfants et ses amis d’autrefois.) J’ai fêté Noël avec Françoise qui relevait d’un cancer du sein heureusement pris à temps et mon gendre Roland de Montpellier ainsi que leurs enfants et leurs conjoints, la femme de mon petit-fils Jean-François enceinte de pratiquement neuf mois puisque mon arrière petite-fille Esther va avoir un an. Nous avons fait un déjeuner charmant au restaurant de la résidence où je prenais d’ailleurs mon repas tous les midis.
A partir du mois d’Avril, j’ai commencé à avoir des picotements à la gorge qui me faisaient tousser, éternuer et provoquait des larmes aux deux yeux toute la journée. En jouant au bridge, je devais boire deux ou trois verres d’eau pour tenir le coup. J’ai pensé que mon état provenait de ce que je pensais être une allergie due au fait que le jardin était rempli de fleurs dont je respirais le pollen et d’un superbe bouquet que Jean-Claude m’avait fait envoyer en juin pour mon anniversaire et que je n’avais pas voulu donner ou jeter. A partir de juillet, ma vie est devenue insupportable à double titre : mon allergie et la situation de Thierry qui s’est soudain effondrée, causes d’indélicatesses de sa part qui me faisaient mal et que je préfère ne pas mentionner ici (je ne savais heureusement pas encore ce qui m’attendait.)
Françoise qui était déjà venue durant l’hiver pour me faire examiner par une des ophtalmologistes les plus connues de l’hôpital des Quinze-Vingt où j’avais d’ailleurs subi l’opération d’une déchirure sévère de la rétine quelques vingt années auparavant et qui l’a rassurée sur ma bonne vue, est revenue en septembre et, triste de me voir dans cet état lamentable (je jouais encore au bridge, autrement je n’écrivais plus, je ne sortais plus et j’avais du mal à effacer les bugs de mon ordinateur), n’y est pas allée par quatre chemins : « - tu fais ta valise et nous partons à Lattes (leur grande maison près de Montpellier.) Que pouvais-je faire d’autre que d’obtempérer d’autant plus que Thierry était perdu sans un cent au fond de la Bretagne, lui qui avait croqué des centaines de millions ? J’ai donc pris le TGV avec Françoise et Roland nous attendait à la gare. Il s’est saisi de mes valises et me voici embarquée pour le grand inconnu dans une ville où je n’étais pas revenue depuis plusieurs années. Mes enfants m’avaient préparé une grande chambre située au bord du parc, fraîche à souhait sans être étouffante et Françoise me donnait la même nourriture qu’aux Templitudes, en deux fois plus important. Durant plus d’un mois, comme on était au mois d’août, aucun médecin ne consultait sauf un généraliste qui m’a envoyé dans un laboratoire où l’on a analysé des allergies plus ou moins bénignes mais dont aucune ne pouvait occasionner l’état dans lequel je me trouvais. Je faisais comme je pouvais, ayant peur du vent, du soleil, de l’ombre, de la bave de la bonne chienne Nina, un superbe Labrador d’une douceur infinie, jusqu’à l’eau de la douche qui était censée me pénétrer dans les
yeux (2).
Personne ne m’a ennuyée jusqu’à la consultation du Professeur Castelnau, le chez du service psychiatrique de l’hôpital Lapeyronie. Il m’a trouvé une place libre quelques jours après et, en septembre, je me suis retrouvée dans une chambre spacieuse, l’une des quinze de ce service, petit mais si important. Tout de suite, j’ai trouvé du calme, de la gentillesse, de la compréhension. Les infirmières avaient toutes un ordinateur : elles sont allées sur mon site <lisewillar.com> et, après avoir lu « Mon Fils et Moi », elles ont fait de moi leur chouchoute. Peu à peu, je me suis levée, j’ai marché dans le couloir, quelques jours après dans le grand hall intérieur et dans le parc, j’ai fait mes premières sorties avec une infirmière. Quelques jours encore et je suis allée de plus en plus loin avec Françoise qui est venue me voir tous les après-midi. J’ai supporté puis consolé les autres malades quand certaines s’allongeaient par terre et ne voulaient plus bouger. J’ai vu deux fois le Professeur Castelnau. Trois jours après la seconde visite, il a décidé de m’envoyer chez son fils, un psychiatre, le Docteur Castelnau qui se trouve être le cousin germain du compagnon de ma petite-fille Valérie. J’ai été reçue avec une grande gentillesse. Mis à part l’espace sécurisé, j’ai fait la connaissance de tous les malades, jeunes et vieux, surtout des anciens toxicomanes, fumeurs, alcooliques et dépressionnaires comme moi-même(3). J’ai enseigné le scrabble en duplicate à Zouzou et tous les après-midi vers 16h30 je l’ai passionnée au point de se faire mettre un patch, de mettre fin à ses prises de boissons alcooliques et de faire avec ou sans moi de longues promenades dans l’immense parc.
Le dimanche, nous avons commencé à déjeuner au restaurant avec Françoise et Roland, restaurants dans lesquels j’ai dégusté à nouveau les plats d’autrefois. Dans l’un deux, situé juste à côté du château de Villevieille, j’ai mangé des « coucougnettes » d’agneau. Un dimanche du début de novembre, nous avons goûté à Nîmes un délicieux un délicieux brunch face aux Arènes. C’était divin. Quand Françoise venait seule, nous allions nous balader dans les vignes avec Nina puis nous prenions notre goûter à Sommières
(4) où j’ai mangé les meilleurs biscuits du monde servis par un garçon charmant. J’ai passé à la clinique trois semaines puis, il y a huit jours environ, le Docteur Castelnau m’a permis de rentrer chez mes
enfants(5). Je m’y suis sentie bien. Roland a fait plein de transformations dans ma chambre et m’a installé des étagères pour les livres dont je ne peux me passer. Je suis allée chez le coiffeur avec Françoise et nous avons déjeuner dans un restaurant indien avant qu’elle n’aille me présenter à la réceptionniste du Sofitel qu’elle connaît bien pour y avoir logé une quarantaine d’invités à l’occasion du mariage de Jean-François.
Je mange maintenant de tout et les enfants m’ont trouvée assez bien pour aller au match de rugby pendant les quatre jours où ils m’ont laissé au Sofitel. J’ai pour la première fois dormi toute la nuit et c’est la garçon qui m’a réveillée en m’apportant le petit déjeuner. Comme une grande fille j’ai pris mon bain puis je me suis habillée pour aller Place de la Comédie, un lieu qui me rappelle bien des souvenirs parce que Françoise avait un restaurant dans le vieux Montpellier : Le Relais Pétrarque. Ensuite, je me suis bien sûr arrêtée chez Sauramps, la librairie qui fait le coin du Polygone et de la Comédie. Je me suis souvenue que grâce à un livre traduit du ladino (judéoespagnol) trouvé dans cette librairie, j’avais pu écrire le dernier chapitre de « Soufisme et Hassidisme. » J’ai acheté un livre de recettes joliment décoré pour Roland qui est architecte d’intérieur afin que Françoise nous concocte de bons petits plats et un livre de Goscinny pour Sara. J’oublie de dire que le jour précédent j’étais allée aux Galeries Lafayette acheter une serviette de bains et un gant de toilette pour l’adorable Esther, la fillette de onze mois de Jean-François et de Joëlle, mon arrière petite-fille.
Zouzou est venue me voir le lendemain et nous sommes allées déjeuner dans un restaurant italien qui appartient à l’une des réceptionnistes de l’hôtel, Elodie, qui nous y a d’ailleurs accompagnées. Visiblement Zouzou avait faim car elle a mangé un plat de pâtes au poisson apte à nourrir un ogre. Nous sommes ensuite rentrées à l’hôtel pour faire un scrabble et prendre le thé avant qu’elle ne rentre chez elle.
Jacques est venu le jour suivant et après nous être mutuellement racontés (sa mère de 92 ans n’est pas toujours en forme, ce qui est compréhensible), je lui ai lu le premier jet de ces mots…dits et nous avons déjeuné au restaurant du Sofitel qui est au onzième étage et dont les fenêtres plongent sur Montpellier. Je peux à peine exprimer la joie que j’ai ressentie en le voyant aussi près de moi. Il est reparti trop tôt parce qu’il devait passer par Nîmes avant de rentrer à Saint-Jean-du Gard. Le jour suivant, il pleuvait et comme une paresseuse, j’ai lu, écrit, mangé du saumon fumé et regardé la télévision. Françoise m’appelée dans l’après-midi et moi-même j’ai appelé mon frère de trois ans mon aîné qui vient d’être opéré d’un cancer du rein et vit à l’heure actuelle reclus dans une maison de santé de Vence, à quarante minutes de trajet en voiture, ce qui représente une lourde charge pour sa fille Dominique, atteinte elle-même d’ostéosporose qui la rend très fragile : elle n’a pas quitté sa maison d’Antibes depuis quatre mois pour prendre quelque repos.
Françoise est venue me rechercher le lendemain et ma vie aurait repris d’une manière beaucoup plus sereine à Lattes n’étaient le souci que je me fais pour mon frère et celui que me cause Thierry. Il a fait des choses encore plus laides qu’à Vincennes qui devraient me mettre en colère mais je n’ai pas encore (et ne l’aurai sans doute plus jamais) la force de lutter contre les agissements de la chair de ma chair. En dépit de cela, je suis revenue peu à peu à la normale, je profite du moment qui passe et j’espère que Françoise pourra obtenir quelque chose de son frère. Elle est moins atteinte que moi parce qu’elle a un mari. Moi je n’ai plus que Françoise et Jean-Claude. Je dois penser simplement que c’est la première fois que j’écris sur un ordinateur portable que j’ai acheté avant-hier dans un magasin proche de Lattes où Françoise a acheté le sien. J’ai vu mon ami Jacques, j’ai téléphoné à Jordy (mon compère d’<ecrits-vains>, ancien professeur de français et chanteur-poète qui dirige le forum de notre site.) J’ai également appelé Anita, Yves qui a écrit la postface de mon livre, Manu et Eliane, mes anciens amis du club de scrabble de la rue Lesueur à Paris. Elodia est pour plusieurs mois dans son palais tunisien de Sidi Bou Saïd, village de saints et de poètes dont j’ai conté l’histoire dans un de mes mots…dits : Harput et Sidi Bou Saïd. Son collaborateur, le poète Alain Breton, m’a promis de lui faire part de mon coup de fil. Je n’ai pas encore récupéré mes yeux mais je vais de mieux en mieux du point de vue général, physique et psychique, psychosomatique donc. Que demander de mieux ? « Let’s wait and see » comme on dit en anglais.
P.S. J’ai oublié un épisode amusant de mon séjour à la clinique Stella où travaille le Docteur Castelnau. Nous devions aller prendre nos médicaments à l’infirmerie à partir de vingt et une heures le soir. Mon feuilleton (plus ou moins bête) se termine à vint heures quarante cinq. Le temps de passer ma robe de chambre, de parcourir le long couloir (ma chambre spacieuse était la plus éloignée mais elle donnait - je l’ai peut-être déjà dit - sur le parc. J’arrivais donc à l’infirmerie vers vingt heures cinquante cinq quand plusieurs jeunes femmes attendaient déjà son ouverture. A peine au milieu d’elles, l’une des patientes - la première, une jeune fille qui ne manquait pas de m’embrasser - disait : « Mamie d’abord ! »Un soir arriva un monsieur qui me demanda immédiatement mon âge. « quatre vingt trois ans » lui répondis-je. « et bien » reprit-il « j’ai quatre vingt six ans et je passerai le premier. » « Je n’ai jamais demandé à le faire » repris-je. « Ce sont toutes ces charmantes jeunes femmes qui l’ont décidé. » Il n’osa rien répondre et passa à son tour. Le lendemain soir, il était là et prononça directement la phrase suivante : « J’ai quatre vint six ans, je ne passe pas le premier mais comme je suis corse, je demande Mamie en mariage. » Tout était bien qui finissait bien d’autant plus que le monsieur était originaire, comme la famille de mon gendre, de Haute-Corse. Quant au mariage, nous verrons plus tard. Il est trop tôt pour prendre une décision…
1)J’ai été durant dix années l’accompagnatrice de groupes dans pratiquement tous les continents, travaillant pour mon fils aîné Thierry. Je l’ai fait sur ses instructions ou organisant les voyages personnellement depuis le studio proche de la troisième Avenue que me prêtait mon ami le Docteur Vincent Catanzaro, décédé malheureusement trop tôt. J’ai ainsi emmené des groupes en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), Indes, Népal, Hong-Kong, Thaïlande, Moyen Orient, Egypte…) J’ai arrêté de travailler pour Thierry quand tout le groupe (moi y compris) subit de terribles crises d’entérite avec comme ultimes ennemis une tempête de sable à Louxor, une tempête sur le Nil et un « bateau poubelle » sur le même fleuve que j’ai eu le plus grand mal à changer avant d’avoir la chance de rencontrer le capitaine d’un bateau luxueux qui était à quai depuis plusieurs mois pour des réparations importantes mais prêt à repartir.
2) Je dois reconnaître que ce mal d’yeux m’est resté et que j’ai,comme lorsque j’étais enfant, une très importante accumulation de mucus et de squames qui encombrent la racine de mes cils et que je traite tous les soirs avant de m’endormir avec la pommade adéquate.
3) Un peu à l’instar de « Delancey Street Foundation » dirigée à San Francisco par une femme admirable Mimi Sibert, où le Docteur Olivenstein a envoyé mon fils cadet Jean-Claude quand il l’a senti prêt à renoncé aux drogues. Mimi Sibert : une main de fer dans un gant de velours. Jean-Claude vit aux Etats-Unis depuis plus de vingt ans. Il est marié, à une fillette de douze ans qui va au lycée français de San Francisco. Il est lui-même vice-président d’un importante section d’informatique de la banque d’Amérique.
4) Lieu de naissance de Jacques.
5) Avec d’assez nombreux médicaments, cela va sans dire.