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Vivre en Irak (4)

 

par Lise Willar   

 

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 N’oublions jamais qu’Ingrid Bétancourt est retenue en otage depuis de trop longues années et que nous devons tous nous unir pour obtenir sa libération.

Paris a confirmé l'enlèvement lundi matin 5 décembre à Bagdad d’un ingénieur français travaillant pour une organisation non gouvernementale. « Vous me permettrez de saisir l’occasion de ce point de presse pour vous confirmer, malheureusement, l’enlèvement d’un ingénieur français, M. Bernard Planche, ce matin à Bagdad » a déclaré Dominique de Villepin lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre chinois Wen Jiabao.

« L’ensemble des services de l’Etat français est pleinement mobilisé pour permettre une libération aussi rapide que possible de notre compatriote.  Je renouvelle aujourd'hui de manière solennelle les conseils de prudence les plus stricts à nos compatriotes déjà présents ou désireux de se rendre en Irak. Dans les conditions actuelles de sécurité, il est formellement déconseillé d’entreprendre un tel voyage » a ajouté le chef du gouvernement.

Bernard Planche est un employé de l’ONG AACCESS qui oeuvre dans le secteur économique et social. Selon les autorités irakiennes, il travaille à la station d’épuration de Roussafa, dans l’est de Bagdad. « Notre ambassade avait appelé l’attention de M. Planche, comme celle de nos autres compatriotes, sur les risques qu'il courait en ne prenant pas les mesures indispensables à sa sécurité » a dit le porte-parole du Quai d'Orsay, Jean-Baptiste Mattei. « Il lui avait été conseillé de quitter le pays ou, à défaut, de garder le contact avec l’ambassade. »

Selon des témoins cités par la police irakienne, l’ingénieur a été enlevé alors qu’il quittait son domicile par sept hommes armés circulant à bord de deux voitures dans le quartier aisé de Mansour, dans l’est de Bagdad. Des traces de sang ont été retrouvées devant le portail de sa résidence. Un habitant a raconté que les ravisseurs avaient frappé Bernard Planche qui hurlait avant de le pousser dans une voiture devant plusieurs témoins. « Tout le monde regardait et personne n’a rien fait pour l’aider. » Il s’agit de la troisième opération du genre visant des Occidentaux en dix jours en Irak. Les ravisseurs des militants pacifistes menacent de les exécuter si tous les prisonniers écroués en Irak ne sont pas libérés d’ici jeudi. Quant au groupe détenant Susanne Osthoff et son chauffeur irakien, il répète que les deux otages seront tués si l'Allemagne ne cesse pas toute coopération avec le gouvernement irakien.

Des milliers de civils ont été kidnappés en Irak depuis la chute de Saddam Hussein en avril 2003, parmi lesquels plus de 200 étrangers. Les journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot ont été libérés en décembre 2004 après quatre mois de captivité. Leur consoeur du quotidien Libération, Florence Aubenas, enlevée le 5 janvier 2005, avait été relâchée le 10 juin avec son guide, Hussein Hanoun al Saadi.

L’armée américaine a abandonné les poursuites contre un officier qui avait été accusé d’avoir donné l’autorisation à deux de ses hommes de tuer deux civils irakiens. S’il avait été condamné, le lieutenant Erick J. Anderson, 26 ans, aurait pu risquer la prison à perpétuité. Lors d'une audience devant la justice militaire, l’un des soldats qui avait accusé Anderson a changé de version, un autre a refusé de témoigner. Le dossier est donc clos et l’officier n’ira pas en cour martiale. Anderson dirigeait une unité de 36 hommes dans l’infanterie en Irak en août 2004. Quatre de ses hommes furent condamnés pour avoir assassiné des Irakiens sans armes près de Sadr City, l’immense cité populaire chiite de Bagdad. Deux soldats avaient ensuite témoigné que leur lieutenant avait donné son feu vert pour les tuer.

Mais le mois dernier le soldat Michael Williams a expliqué avoir impliqué son chef uniquement pour tenter de réduire à 25 ans sa propre condamnation à la prison à vie. Il a avoué avoir tiré à trois reprises sur les Irakiens avant même l’arrivée du lieutenant Anderson dans le bâtiment que la patrouille avait investi. Un autre soldat qui a été condamné à un an de prison a refusé de témoigner après avoir dit auparavant qu’Anderson l’avait autorisé à achever un adolescent blessé pour « mettre fin à ses souffrances. »

Ces quelques lignes montrent l’indifférence totale dont font preuve une majorité de militaires américains envers la population irakienne. Je reste sans voix devant le fait qu’on ait « achevé » un adolescent pour abréger ses souffrances. C’est une méthode médiévale et certainement pas contemporaine où les hôpitaux existent pour traiter les blessures faites en temps de guerre comme en temps de paix !

Mohammed Hamza al-Zoubaidi, ancien Premier ministre de Saddam Hussein, capturé en Irak en avril 2003, est mort dans un hôpital militaire américain à Bagdad, a annoncé lundi l’armée américaine. Le décès d’Al-Zoubaidi, un chiite de 67 ans, remonte à vendredi 2 décembre mais l’armée américaine ne l’a rendu public que lundi 5, en suggérant qu’il était dû à une crise cardiaque. Peu avant de succomber, l’ancien dirigeant irakien s’était « plaint de douleurs à la poitrine » a ainsi rapporté le lieutenant-colonel Guy Rudisill, porte-parole de l’armée américaine pour les opérations de détention en Irak. « Les premiers résultats (suggèrent) qu’il est mort d’un arrêt cardiaque » mais la confirmation de la cause du décès sera donnée par l’autopsie a déclaré le porte-parole. Après l’autopsie, le corps sera restitué à la famille, a dit l'armée.

Al-Zoubaidi figurait sur la liste des 55 responsables de l’ancien régime irakien les plus recherchés par l’armée américaine. Sous Saddam Hussein, il était membre du Conseil de commandement révolutionnaire et était l'un des hauts responsables du parti Baas au pouvoir. Lors de l’invasion américaine de 2003, il dirigeait les forces irakiennes dans le centre du pays. Les forces irakiennes l’ont capturé le 20 avril 2003 à Hillah, une ville située à une soixantaine de kilomètres au sud de Bagdad sans qu’aucun coup de feu n’ait été tiré. Il devait comparaître ultérieurement devant le tribunal spécial qui juge actuellement Saddam Hussein et ses co-accusés.

Un mot : l’adolescent est « achevé », l’ancien ministre du dictateur est conduit à l’hôpital. Comme partout ailleurs, deux poids deux mesures pour le commun des mortels et le ministre même s’il faisait partie d’une équipe dictatoriale.

Un double attentat suicide dans un centre de formation de la police irakienne à Bagdad a fait au moins 27 morts et une cinquantaine de blessés parmi les policiers et les élèves, déclare l'armée américaine. La police irakienne a pour sa part fait état de 37 morts et 76 blessés tandis que le ministère de l’Intérieur évoquait un bilan de 36 morts et 72 blessés. L’armée américaine a précisé qu’aucun de ses soldats n'avait été victime de cet attentat survenu à 12h45 (09h45 GMT) dans l’est de la capitale irakienne où un entrepreneur américain a cependant été touché. Elle a souligné que ce double attentat avait été commis par deux hommes et non par deux femmes comme elle l’avait annoncé dans un premier temps.

La première explosion est survenue alors que les élèves policiers se rendaient au mess après un exercice de tir a raconté un survivant, Nizal Mahmoud Khalaf, interrogé à la sortie d’un hôpital où ont été transférés les blessés. Le second kamikaze s’est fait exploser alors que les rescapés tentaient de s’enfuir, a-t-il ajouté. D’après l’armée américaine, un premier kamikaze s’est fait sauter près d’un groupe d'élèves devant une salle de cours. Comme ils pensaient que l’attaque provenait de l’extérieur, instructeurs et élèves se sont précipités dans un bunker où un second kamikaze a fait exploser la charge explosive attachée à son vêtement.

Un double attentat similaire avait fait au moins 74 morts le 18 novembre à Khanakine, dans le nord-est de l’Irak lorsque deux kamikazes avaient visé deux mosquées chiites à l'heure de la prière du vendredi. Comme avant chaque échéance électorale depuis le renversement de Saddam Hussein par l’armée américaine en avril 2003, les violences se multiplient en Irak à l’approche du scrutin législatif du 15 décembre. Les insurgés, essentiellement sunnites, prennent régulièrement pour cibles les policiers et les militaires irakiens, moins bien équipés que leurs homologues américains. Le groupe terroriste Al-Qaïda en Irak a revendiqué mardi soir 6 l’attentat-suicide commis en milieu de journée contre l’école de police de Bagdad. Parmi les victimes, sept femmes policières ou étudiantes ont été tuées et six autres blessées, a précisé le capitaine de police Jalil Abdul-Qadir.

L’attentat de mardi 6 décembre est le plus meurtrier pour les forces de sécurité irakiennes depuis qu’un kamikaze s'est fait exploser dans un restaurant de Bagdad fréquenté par des policiers et des militaires, le 10 novembre. Cet attentat avait fait 35 morts. Onze militaires irakiens ont en outre péri samedi dans une embuscade tendue au nord de Bagdad.

Le président déchu Saddam Hussein a défié mercredi le Haut tribunal pénal irakien en refusant de comparaître à la cinquième audience de son procès qui a vu deux nouveaux témoins accabler les accusés. A la fin des débats, le procès a été ajourné au 21 décembre, après les élections législatives du 15 décembre. « Le tribunal poursuivra le procès et informera l’accusé de son déroulement pendant son absence. Je parle de Saddam Hussein » a indiqué le président du tribunal, Rizkar Amine, à l’ouverture de l’audience.

Saddam Hussein avait reproché mardi soir au tribunal d’avoir décidé de tenir une nouvelle audience mercredi, soulignant qu’après celles de lundi et mardi, il n’avait plus d’habits propres et ne pouvait pas fumer ni marcher. « Allez au diable ! » avait-il lancé en conclusion. L’accusé peut être jugé par contumace même si le président du tribunal a insisté pour qu’il soit présent et suive le déroulement du procès, selon une source du tribunal. Pour cette cinquième journée, deux témoins à charge anonymes ont déposé derrière un rideau avec la voix modifiée électroniquement. Huit ont déjà été entendus par la Cour depuis la reprise du procès lundi. Ils ont dénoncé les exactions de l’ancien régime contre les populations de Doujaïl. L’un d’eux a décrit l'assaut contre son domicile après l’attentat contre le convoi présidentiel et les tortures qu’il aurait subies dans la redoutable prison d’Abou Ghraib.

Le demi-frère de Saddam Hussein, Barzan Hassan Ibrahim al-Tikriti, a récusé ces témoignages et dénoncé les mauvais traitements dont il affirme avoir été l’objet depuis son arrestation en avril 2003. Il a affirmé avoir gardé pendant neuf mois le pyjama qu’il portait lors de son arrestation et que les accusés n'avaient pas eu droit à une tasse de thé pendant un an. En outre, a-t-il dénoncé, « nous n’avons eu droit qu’à six cigarettes par jour et de la plus mauvaise qualité » pendant six mois. Barzan a également dénoncé les conditions actuelles de détention, critiquant notamment le fait qu’ils « sont obligés de se réveiller à 4h du matin pour faire du sport » « C’est l’Amérique, gardienne de la démocratie qui fait cela ! » a-t-il dit.

Saddam Hussein est jugé ainsi que sept responsables de son régime depuis le 19 octobre pour le massacre de Doujaïl, perpétré en représailles à une attaque contre le convoi présidentiel en 1982 dans ce village. Ils ont tous plaidé non coupables et contestent la légitimité du tribunal. Les accusés risquent la pendaison. L’audience de mardi avait été marquée par la déposition de cinq témoins dont les deux premières femmes à témoigner devant le tribunal. S’exprimant derrière un rideau, ces femmes dont l’identité n’a pas été dévoilée ont dénoncé des tortures de la part des services de sécurité de Saddam Hussein. Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté mercredi matin à Owja, le village natal du dictateur déchu, au nord de Bagdad, pour demander sa libération. « Notre âme et notre sang, nous les sacrifions pour toi Saddam » ont-ils scandé.

Avant la cinquième audience, des hommes armés ont attaqué l’hôpital de Kirkouk (nord), libérant un détenu membre d’une cellule liée à al-Qaïda qui planifiait d’assassiner un juge du tribunal, Raëd Jouhi et tuant trois policiers, selon le responsable de la sécurité de l’hôpital. Le détenu avait été blessé par des tirs de la police lors de son arrestation avec les onze autres membres de la cellule. D’autre part, les ravisseurs des quatre membres de l’ONG Christian Peacemakers Team (PCT) qui avaient menacé de les tuer si tous les prisonniers en Irak n’étaient pas libérés d'ici au 8 décembre, ont repoussé leur ultimatum de deux jours, a annoncé mercredi soir la chaîne Al-Jazira.

Par ailleurs, le bilan du double attentat suicide perpétré mardi à l’Académie de police de Bagdad est monté à 40 tués et 70 blessés, selon les services de sécurité. Un précédent bilan faisait état de 36 morts et 72 blessés.

L’armée américaine a annoncé la mort mardi d’un de ses soldats tué par l’explosion d’une mine à Habbaniyah, au nord-ouest de Bagdad. Son décès porte à 2.133 le nombre de soldats américains et personnel assimilé militaire morts en Irak depuis l’invasion de mars 2003, selon le Pentagone. Malgré ce nombre de victimes dans les rangs de l’armée américaine, Bush poursuit son « œuvre » :

Poursuivant sa contre-offensive visant à reconquérir l'opinion américaine, il a vanté les progrès enregistrés dans les villes irakiennes de Nadjaf et Mossoul et réaffirmé qu’il n’était pas question de « céder au terrorisme. » « Au fil de cette guerre, nous avons appris que remporter la bataille pour (le contrôle des) villes irakiennes ne constituait qu’une première étape. Il nous faut aussi gagner la ‘bataille d’après la bataille’ en aidant les Irakiens à consolider leurs avantages et empêcher les terroristes de revenir » a-t-il dit devant le Council on Foreign Relations.

Deux ans et demi après l’intervention contre le régime de Saddam Hussein et à une semaine des élections législatives du 15 décembre censées parachever la transition politique irakienne, George Bush s’est lancé dans une contre-offensive visant à réduire les critiques sur sa gestion de la crise. La semaine dernière, devant les élèves de l’Académie navale, il avait défendu sa « stratégie nationale pour la victoire en Irak » : aider les Irakiens à prendre en main leur sécurité « sans assistance étrangère majeure » mais refus de fixer un calendrier pour le rapatriement des « boys. » « Tant que je serai votre commandant en chef, l’Amérique ne fuira pas devant les auteurs d’attentats et les assassins » avait-il dit. « Nous n'abandonnerons pas l’avenir de l’Irak à des hommes comme (Abou Moussab) Zarkaoui et nous n’abandonnerons pas l’avenir du Moyen-Orient à des hommes comme (Oussama) ben Laden » a-t-il réaffirmé mercredi. « Nous mènerons à son terme notre mission en Irak et laisserons derrière nous une démocratie capable de se gouverner et de se défendre par elle-même » a-t-il poursuivi.

Dans ce discours portant notamment sur la reconstruction, le président américain a mis l’accent sur les centrales électriques, les écoles, les hôpitaux et les entreprises de nouveau en activité en dépit de l’insurrection. A Nadjaf, a-t-il dit, les projets de BTP ont rendu du travail aux habitants de cette ville sainte chiite au sud de Bagdad, l’hôpital a rouvert et des responsables élus sont en place dans les instances locales. A Mossoul, a-t-il poursuivi, les dirigeants ont restauré les axes routiers et les ponts franchissant le Tigre, reconstruit des écoles et des hôpitaux, amélioré le réseau d’approvisionnement et d’évacuation de l’eau et entrepris les travaux de réaménagement de l’aéroport de cette ville du nord.

L’offensive de l’administration, amorcée le mois dernier par le vice-président Dick Cheney, résulte de la chute de la cote de popularité de Bush à des niveaux sans précédent depuis son arrivée à la Maison blanche. Dans le même temps, les critiques se font plus pressantes que jamais sur l'absence de stratégie de l’administration dans une crise qui a coûté la vie à plus de 2.100 militaires américains et mobilise encore, deux ans et demi après le renversement de Saddam Hussein, quelque 155.000 soldats. Pour l’opposition démocrate, les précisions apportées par Bush et son administration sont insuffisantes. « Seule l’exposition devant le peuple américain d’une stratégie pleine et entière de succès, avec des repères politiques, économiques et militaires permettant d'en mesurer les progrès et une information pleine et publique du Congrès bénéficieront réellement aux troupes, à leurs familles et au peuple américain » écrivent les sénateurs démocrates Harry Reid, Carl Levin et Jack Reed dans une lettre ouverte à George Bush. « Au lieu de poursuivre ce bombardement médiatique pour tenter de reformuler une stratégie qui ne fonctionne pas, le président et son administration devraient fournir à l’opinion un plan doté d’un calendrier pour mener à terme la mission militaire en Irak » a renchéri le sénateur Russ Feingold. Un autre sénateur démocrate, Joseph Lieberman, a proposé pour sa part la création d’un « Groupe de travail pour la victoire en Irak » associant des élus des deux bords.

L’Armée islamique en Irak (AII) annonce sur un site internet avoir tué le consultant américain en matière de sécurité qu’elle détenait. Selon le groupe rebelle, l’otage, présenté sous l’identité de Ronald Schulz, a été exécuté en raison du refus de Washington de satisfaire ses exigences qui comprenaient l’indemnisation des victimes irakiennes des attaques américaines. « Le criminel de guerre (George) Bush continue avec son arrogance et quiconque sert ses intérêts criminels n’a aucune valeur, c’est pourquoi ce cochon de conseiller américain en sécurité auprès du ministère de l’Intérieur a été tué » affirme le groupe radical dans son communiqué. L’authenticité de ce communiqué, diffusé sur un site généralement utilisé par les insurgés, n’a pas pu être vérifiée. Le texte n’était accompagné d’aucune image mais les insurgés ont précisé qu’ils fourniraient bientôt des photos de l’exécution.

A Washington, la Maison blanche a fait savoir qu’elle n'avait aucune confirmation de la mort de l’otage américain. « Je ne dispose d’aucune confirmation officielle sur ce point » a déclaré Frederick Jones, porte-parole du Conseil national de sécurité à la présidence américaine. Mardi - décembre, dans une cassette diffusée par la chaîne de télévision qatarie Al Djazira, l’AII avait annoncé la capture d'un consultant américain en matière de sécurité et prévenu qu’elle le tuerait dans 48 heures si les Américains ne libéraient pas tous les détenus irakiens. Elle demandait aussi au gouvernement américain d’indemniser les Irakiens qui ont été victimes des offensives menées par l’armée américaine contre les insurgés dans la province d’Anbar qui comprend les villes de Ramadi et Falloudja. On distinguait sur la vidéo un Occidental blond, assis les mains liés derrière le dos, avec en toile de fond le sigle de l’AII. On y voyait également un passeport américain au nom de Ronald Schulz.

Si elle est avérée, la mort de Schultz, un électricien de quarante ans, constituerait la première mise à mort d’un otage étranger en Irak depuis l’exécution, fin juillet, de deux otages algériens par leurs ravisseurs. Un otage japonais avait été tué en mai et en 2004, l’AII avait exécuté un journaliste italien, Enzo Baldoni, Rome refusant de retirer ses troupes d’Irak. C’est aux mains de l’AII que les Français Georges Malbrunot et Christian Chesnot ont été retenus pendant quatre mois, avant d’être relâchés, il y a un an. L’enlèvement du consultant américain s’inscrit dans une série de récents enlèvements d’étrangers en Irak, après celui des quatre pacifistes chrétiens (deux Canadiens, un Britannique et un Américain), de l’archéologue allemande et, lundi, de l’ingénieur français Bernard Planche.

Trente personnes ont été tuées hier, jeudi 8 décembre, et plusieurs autres blessées à Bagdad dans un attentat suicide dans un autocar, déclare la police. Le véhicule s’apprêtait à quitter une gare routière dans le centre de la capitale irakienne pour se rendre à Nassiriah, dans le sud de l’Irak, lorsque le kamikaze est monté à bord et a fait exploser sa bombe, ont précisé des policiers. Cet attentat survient exactement une semaine avant les élections législatives censées doter l’Irak de son premier parlement souverain depuis le renversement de Saddam Hussein par l’armée américaine en avril 2003. Les forces de sécurité irakiennes et l’armée américaine s’attendent à une flambée de violences à l’approche du scrutin.

L’armée américaine a placé en détention vendredi un haut responsable de l’organisation al-Qaïda en Irak à Ramadi, ont annoncé les Marines américains qui ajoutent qu’il a été livré par la population locale. Amir Khalaf Fanus, également connu dans la région de Ramadi comme « le boucher », était recherché pour meurtre et enlèvement a précisé le capitaine Jeffrey Pool, dans une déclaration depuis Ramadi à 115km à l’ouest de Bagdad. « C’est le plus haut membre d’Al-Qaïda en Irak a être livré aux responsables irakiens et américains par des citoyens locaux » a-t-il ajouté. « Sa capture est une autre indication que la population locale est lasse de la présence des insurgés dans sa communauté. » L’homme figurait en troisième position sur la liste des suspects recherchés par l’armée américaine à Ramadi.

Le procès de Saddam Hussein et de sept de ses lieutenants a été ajourné, mercredi 7 décembre, à Bagdad au mercredi 21 décembre, après les élections législatives. Cet ajournement était attendu pour des raisons de sécurité, en raison de la campagne électorale pour les élections législatives qui se dérouleront le 15 décembre. Le président du Haut Tribunal pénal, Rizkar Amine, a annoncé l’ajournement au terme de la cinquième audience qui a été marquée par la déposition de deux témoins, en l’absence de Saddam Hussein. Le problèmes est donc de savoir dans quelles mesures les élections ne perturberont pas encore plus l’atmosphère troublée du pays et si les choses pourront continuer comme avant, procès, tortures, enlèvements, tueries, kamikazes…

Le sort de quatre otages occidentaux restait inconnu samedi 10 décembre, après l’expiration de l’ultimatum des ravisseurs qui ont menacé de les tuer si tous les détenus en Irak n’étaient pas libérés, tandis que l’armée américaine annonçait la perte de quatre de ses soldats en une journée.

Le corps d’un Egyptien enlevé vendredi, Mohammad Ibrahim al-Hilali, 46 ans, portant plusieurs impacts de balles, a été retrouvé jeté en bord de route au nord de Bagdad, selon une source sécuritaire. Cet homme travaillant pour l’armée américaine avait été enlevé par des inconnus armés devant son domicile dans le quartier Al-Qadissiyah, au centre de Tikrit, à 180 km au nord de la capitale, a indiqué la police locale.

Les « Brigades des Epées du droit », un groupe juqu’ici inconnu a enlevé il y a 14 jours le Britannique Norman Kember, 74 ans, les Canadiens James Loney, 41 ans, et Harmeet Singh Sooden, 32 ans, et l’Américain, Tom Fox, 54 ans. Il a menacé de les tuer si les détenus dans les prisons irakiennes et américaines n’étaient pas libérés avant le 8 décembre avant de prolonger cet ultimatum au 10 décembre, selon la chaîne de télévision Al-Jazira du Qatar. Un émissaire canadien, Ehab Lotayef, venu à Bagdad, a dit qu’aucun contact n'avait pu être établi avec les ravisseurs mais l’émissaire des organisations antiguerre britanniques qui s'est rendu en Irak, Anas Altikriti, s’est dit plus optimiste sur le sort de M. Kember, selon les médias britanniques. L’ONG pour laquelle travaillent les quatre otages, Christian Peacemaker Teams (CPT), a multiplié les appels pour leur libération. « Nous travaillons pour les opprimés et nous condamnons nos gouvernements pour leurs agissements en Irak » a affirmé dans un communiqué cette ONG, présente en Irak depuis 2002, et qui recense depuis la chute de Bagdad en avril 2003, les abus dans les prisons irakiennes.

Les ravisseurs de l’archéologueAllemande Susanne Osthoff, enlevée le 25 novembre dans le nord et menacée de mort avec son chauffeur irakien si son pays ne cesse pas sa collaboration avec l’Irak, et le Français, Bernard Planche, kidnappé le 5 décembre à Bagdad, ne se sont pas encore manifestés.

De son côté, l’Armée islamique en Irak a affirmé jeudi sur Internet avoir exécuté un Américain, Ronald Schulz, dont elle avait revendiqué le rapt. Washington a dit ne pouvoir confirmer sa mort. La pratique des rapts a fait son apparition en Irak en avril 2004. D’autres Occidentaux et plusieurs ressortissants arabes restent au nombre des personnes enlevées ou portées disparues. Une quarantaine d’étrangers sont actuellement détenus ou portés disparus en Irak mais les rapts touchent aussi les Irakiens dont des centaines ont été enlevés.

Sur un autre front de la violence, un soldat irakien a été tué et 18 personnes ont été blessées dans différentes attaques à Bagdad et au nord de la capitale, selon des sources de sécurité. L’armée américaine a annoncé la mort samedi de quatre de ses soldats dans deux attaques à Bagdad et au sud de la capitale.

Au plan politique, l’ex-Premier ministre Iyad Allaoui a lancé une attaque frontale contre son rival aux législatives du 15 décembre, le chef du gouvernement actuel Ibrahim Jaafari. Il a accusé son gouvernement d’avoir conduit le pays « au bord du gouffre de la guerre civile » tout en dénonçant les attaques contre les membres de sa liste multiconfessionnelle et laïque.

La kamikaze belge qui sest fait exploser en Irak, il y a trois semaines, s’appelait Muriel Degauque. Cétait une enfant de Charleroi. Elle était née à Charleroi. Elle avait grandi à Charleroi. Elle avait été serveuse dans un café et vendeuse en boulangerie à Charleroi.Elle était allée à lAthénée royal de Fontaine-l'Évêque.

Muriel vivait depuis trois ans rue de Merode, près de la gare du Midi, à Bruxelles, avec un Belgo-Marocain de 7 ans son cadet, Issam Goris, tué en Irak par les Américains. En rencontrant Issam, Muriel sétait appelée Myriam.

Pour les parents, cest Issam qui a converti leur fille à lislam. Et quand ils parlent de conversion, Jean et Liliane sous-entendent : endoctrinement car, pour eux, la conversion de Muriel tenait plus dun lavage de cerveau que dun sentiment religieux profond et sincère. En tout cas, quand ils venaient en Belgique, une voisine a dit à la télévision que Muriel était habillée en noir, portait la burqa pour sortir et des gants noirs pour que tout son corps soit couvert. Issam a été tué quelques jours avant que sa femme naccomplisse son acte criminel.

La campagne électorale en Irak s’est durcie à l’approche des législatives du 15 décembre, des candidats lançant des attaques frontales contre le gouvernement sur fond de poursuite de violences politiques. Les Irakiens hospitalisés, les détenus et les membres des forces de sécurité ont commencé à voter lundi. Les membres de la diaspora voteront dans 15 pays à partir du 13 décembre et jusqu’à jeudi, alors que le reste du pays votera le 15 décembre.

Des mesures de sécurité draconiennes ont été prévues pour ces élections : le pays sera à l’arrêt à partir de mardi 13 avec cinq jours chômés, l’interdiction de port d'armes, un couvre-feu nocturne et la fermeture des frontières terrestres ainsi que des aéroports du 14 au 16 décembre. Quelque 7.000 candidats participent à la course électorale. Les électeurs doivent choisir les 275 députés de l’Assemblée qui siègera pendant quatre ans. Le pays est divisé en 18 circonscriptions, du nombre des provinces. La nouvelle Assemblée devra choisir le conseil présidentiel, formé du président et des deux vice-présidents, et ensuite le chef du gouvernement.

L’ambassadeur américain en Irak, Zalmay Khalilzad, a affirmé dimanche que ces élections devraient permettre aux sunnites d’obtenir un plus grand rôle politique et a mis en garde contre un retrait précipité des troupes de son pays d’Irak qui pourrait, selon lui, conduire à une « guerre civile. »

Le sort de quatre otages occidentaux, travaillant pour l’ONG Christian Peacemaker Teams (CPT) et enlevés à Bagdad le 26 novembre, restait toujours inconnu, après l’expiration samedi 10 de l’ultimatum des ravisseurs qui ont menacé de les tuer si tous les détenus d'Irak n’étaient pas libérés. Londres n’a pas de nouvelles de l’otage Britannique Norman Kember a dit le ministre de la Défense John Reid. « Nous faisons tout le possible (...) pour sauver sa vie et pour que celle de ses collègues soit protégée » a dit M. Reid sur la chaîne Sky News.

S’exprimant sur le sort d’une autre otage, l’Allemande Susanne Osthoff, archéologue enlevée en Irak le 25 novembre, le président irakien Jalal Talabani a estimé que sa vie n'était pas en danger tout en reconnaissant ne disposer d’aucune information. Quant à l’otage français, Bernard Planche, kidnappé le 5 décembre à Bagdad, et dont on est sans nouvelles depuis, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a affirmé qu’il s'agissait « d'une affaire excessivement délicate. » Par ailleurs, un groupe armé a revendiqué dans une vidéo diffusée par la chaîne al-Arabiya le rapt de quatre Iraniens, au nord de Bagdad, une zone où la rébellion sunnite est particulièrement active.

Dans la campagne électorale, l’ex-Premier ministre Iyad Allaoui n’a pas mâché ses mots samedi, accusant le gouvernement de son rival Ibrahim Jaafari d’avoir échoué et d’avoir, en plus, exacerbé les tensions dans le pays, en ne protégeant pas les candidats. Son parti, le Mouvement de l’Entente nationale, a indiqué dimanche avoir déposé 60 plaintes devant la Commission électorale indépendante sur des violations des règles de campagne.

« Les forces de sécurité se livrent à des exactions contre les candidats, divisant le pays et le plaçant au bord du gouffre de la guerre civile qui peut l'embraser à tout moment » a déclaré samedi M. Allaoui, un chiite laïc. Le même jour, le Parti islamique, la principale formation sunnite du pays, a accusé les autorités de « larges violations » des règles de la campagne.

« Pour la première fois, les sunnites vont participer massivement à une élection et ils seront représentés comme jamais auparavant dans la nouvelle assemblée » a affirmé M. Khalilzad à la chaîne américaine ABC. A CNN, M. Khalilzad a indiqué qu’il semble qu’aucun parti n'obtiendra de majorité et que les sunnites devraient remporter entre 40 et 55 des 275 sièges du nouveau Parlement, ce qui impliquera la formation de coalitions.

George Bush a déclaré que 30.000 Irakiens environ avaient été tués depuis l’intervention militaire américaine de mars 2003 contre le régime de Saddam Hussein. C’est, semble-t-il, la première fois que Bush avance publiquement un tel bilan, mais un collaborateur du président s’est empressé de dire qu’il ne s’agissait pas d'un bilan officiel. « Il n’existe aucune estimation officielle du gouvernement américain » a déclaré Scott McClellan, porte-parole de la Maison blanche. Il a précisé que le chiffre de 30.000 était basé sur des « estimations publiques citées par des médias. »

Ce chiffre correspond en gros à ceux de l’Iraq Body Count, un groupe indépendant britannique qui avance, sur la base des informations fournies par les médias, qu'entre 27.383 à 30.892 civils - sans compter les militaires - ont été tués en Irak depuis le début de l’invasion du pays par les forces américaines. Ces chiffres sont basés sur les informations parues dans les médias, qui ne signalent pas nécessairement toutes les morts. D’autres estimations, dont l’une effectuée par des scientifiques et publiée par la revue médicale Lancet, avancent un bilan de 100.000 civils tués.

Le président irakien, Djalal Talabani, ne briguera pas une réélection à la tête de l’Irak après les élections législatives de jeudi parce que la nouvelle Constitution, dit-il, a trop bridé les prérogatives de la fonction.

« Cette fonction ne me tente pas » a déclaré Talabani dans un entretien à la chaîne de télévision al Irakiya, dont la transcription a été communiquée mardi par ses services. « Je ne veux pas être un président protocolaire » ajoute-t-il, en estimant que la fonction présidentielle, telle que définie par la constitution adoptée en octobre, ne permet plus à son titulaire de « participer aux affaires de l'Etat. »

Talabani, chef de file de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), l’une des deux principales factions kurdes, a été désigné président du « nouvel Irak » par les députés de l’assemblée intérimaire élue en janvier dernier. La décision de Talabani, premier chef d’Etat non arabe d’un pays arabe, pourrait suggérer sa volonté de rechercher un poste plus puissant au sein du futur gouvernement.

Après les détenus, les malades et les membres de forces de sécurité, les Irakiens de la diaspora ont commencé mardi à voter pour les législatives qui verront la mise en place d’institutions permanentes. Plus de 500 bureaux de vote sont prévus dans 15 pays pour permettre aux électeurs de choisir leurs 275 représentants à l’Assemblée nationale qui doit siéger pendant quatre ans. Les opérations de vote prendront fin jeudi. « Nous déployons tous les efforts pour que ces élections soient honnêtes car tout problème aura des répercussions sur le scrutin en Irak aussi » a déclaré à la presse un responsable de la Commission électorale à Bagdad, Farid Ayar. Il a précisé qu'il n’y avait aucun recensement officiel pour les Irakiens de l’étranger. « Nous portons une attention particulière à la présence d'observateurs internationaux et d’ONG » a ajouté M. Ayar.

Douze bureaux de vote ont ouvert leurs portes en Jordanie où se trouve le bureau de la Commission électorale en charge du vote de la diaspora. La présidente de ce bureau, Hamdiya al-Husseini, a dit s'attendre à « un nombre plus important d’électeurs en raison de la participation de parties qui avaient boycotté les élections » de janvier, en allusion aux sunnites qui avaient largement boudé cette consultation.

Aux Emirats arabes unis, près de 12.600 Irakiens sont inscrits pour voter dans les bureaux de Dubaï et Abou Dhabi autour desquels des mesures de sécurité draconiennes ont été mises en place.

Selon la Commission électorale, les Irakiens de la diaspora peuvent voter en Jordanie, en Iran, en Syrie, au Liban, au Canada, en Autriche, en Australie, en Allemagne, en Turquie, aux Etats-Unis, en Suède, au Danemark, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et aux Emirats arabes unis.

Quelque 300.000 électeurs inscrits dans les hôpitaux, les centres de détention et au sein des forces de sécurité avaient été appelés à voter lundi. Le reste du pays, soit quelque 15,5 millions d’électeurs inscrits, doit se rendre aux urnes jeudi.

L’armée américaine a indiqué que les Irakiens avaient voté en masse dans les centres de détention de la Force multinationale. Selon elle, 90% des 12.000 électeurs inscrits se sont prononcés. Selon la Commission électorale, quelque 22.000 détenus étaient concernés par le vote.

La nouvelle Assemblée devra choisir un conseil présidentiel (président et deux vice-présidents) et un chef du gouvernement. Le président américain George W. Bush a affirmé que les Irakiens feraient à nouveau mentir les pronostics les plus sombres en allant voter jeudi, tout en reconnaissant que la violence ne cesserait pas après les législatives. Dans un nouveau discours sur la stratégie américaine en Irak, M. Bush a salué le processus de démocratisation en cours. « A chaque étape » a-t-il dit « les Irakiens ont fait mentir les sceptiques et les pessimistes. » Mais « un Irak libre ne sera pas un Irak tranquille. (...) Ce sera un pays qui continuera de faire face à un certain niveau de violence » a-t-il ajouté.

Selon le quotidien britannique Times, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne envisagent dès mars 2006 un retrait échelonné de leurs forces d’Irak, aussitôt qu'un gouvernement permanent sera installé dans ce pays. Quelque 160.000 soldats américains et 8.000 Britanniques sont présents en Irak. Les responsables américains ont parlé de réduire leurs troupes après les élections, sans parler cependant de retrait définitif.

La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a accusé mardi 13 décembre, avec amertume, la communauté internationale de boycotter le procès de l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein et d’avoir fait peu de choses pour le poursuivre en justice. Mme Rice n’a pas spécifié quels pays étaient visés par son accusation ni ce qu’elle considérait comme un manque de soutien. « Je suis attristée de dire que la communauté internationale n'a pratiquement rien fait pour aider à poursuivre (en justice) Saddam Hussein » a-t-elle dit, intervenant lors d'un discours devant un club de réflexion à Washington. « Le fait que la communauté internationale boycotte le procès de Saddam a uniquement des conséquences négatives sur la population irakienne qui est actuellement en train de lutter pour la justice et la liberté dont elle a été privée si longtemps (sous le régime) de Saddam Hussein » a-t-elle indiqué. Elle oublie de préciser que les juges et procureurs irakiens qui participent à ce procès ont été largement formés par les Américains et les Britanniques. Les Etats-Unis ont investi près de 128 millions de dollars pour l’entraînement et la préparation des juges et avocats impliqués dans le procès, selon Human Rights Watch. Le tribunal a été accusé, notamment par les avocats de la défense, d’avoir été mis en place par des puissances étrangères occupantes. Mme Rice intervenait dans le cadre des efforts mis en place par l’administration Bush pour améliorer son image dans l’opinion publique américaine de plus en plus critique sur la guerre.

Alors que le président américain Bush vante les efforts des Etats-Unis pour lutter contre l’insurrection en Irak et pour conduire ce pays vers la démocratie, Mme Rice s'est concentrée sur l’attitude de la communauté internationale, soulignant que le succès a été mitigé pour recueillir son adhésion et son soutien financier.

« De nombreux pays notamment le Japon et la Corée du sud, se sont distingués par leur générosité. Mais d’autres comme les voisins de l'Irak, devraient faire bien davantage » a-t-elle dit faisant ainsi référence de manière voilée à l’Arabie saoudite et au Koweit. « Et à tous ceux qui se sont engagés à aider le peuple irakien, il est temps maintenant de fournir cette aide » a-t-elle lancé. La secrétaire d’Etat a une nouvelle fois fustigé deux des voisins de l’Irak - la Syrie et l'Iran - qui cherchent toujours à saboter la transition de l’Irak vers un Etat démocratique. « La Syrie n'a pas pris suffisamment de mesures pour arrêter les terroristes qui vont en Irak a partir de son territoire » a indiqué Mme Rice ajoutant à propos de l’Iran que ce pays « continue d’interférer dans les affaires irakiennes et à soutenir la violence dans la société irakienne. » Mme Rice a salué la tenue des élections législatives jeudi en Irak et les a qualifiées de démonstration du courage des Irakiens et d’une étape clé dans le processus politique. Elle a toutefois reconnu que cela ne signifiait pas un terme à l’insurrection mais a espéré que la transition politique pourrait permettre de freiner le mécontentement des sunnites envers la présence des soldats américains. « Nous croyons que certains d’entre eux peuvent devenir convaincus d’adhérer à la formation d’un Irak démocratique qui serait assez fort pour protéger les droits des minorité » a-t-elle dit.

Les Irakiens doivent en finir ce jeudi 15 décembre avec les institutions de transition qui les représentent depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 en élisant les 275 députés d'une Assemblée nationale appelée à légiférer pendant un plein mandat de quatre ans. Quinze millions d’Irakiens sont appelés aux urnes. Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes comme prévu à 07h00 (04h00 GMT) et fermeront à 17h00 (14h00 GMT) et, comme les véhicules sont interdits de circulation par mesure de sécurité, c’est à pied que les électeurs se rendent dans les bureaux de vote.

Peu après l’ouverture du scrutin, une forte explosion a été entendue dans Bagdad. On ignore pour l’instant quelle en est la cause mais il pourrait s'agir d’un tir de mortier contre la « zone verte », le complexe gouvernemental au coeur de la capitale où des hommes politiques de haut rang doivent effectuer leur devoir électoral.

Les résultats définitifs ne seront probablement pas connus avant deux à trois semaines, notamment en raison du complexe système de représentation à la proportionnelle. Une fois l’assemblée élue, les principaux partis entameront des négociations sur la formation d’un Conseil présidentiel, composé d'un président et de deux vice-présidents. Ce conseil doit être approuvé à la majorité des deux tiers des députés. Le président demandera ensuite au plus important bloc représenté à l’Assemblée nationale de désigner un Premier ministre qui sera approuvé, lui, à la majorité simple et formera un gouvernement.

Pas moins de 231 listes sont soumises au choix des électeurs : L'Alliance irakienne unifiée (AIU), alliance de formations islamistes qui fait partie de la coalition de gouvernement, devrait, selon les observateurs, arriver largement en tête. L’AIU devrait cependant reculer et au lieu des 48% des voix obtenus aux législatives du 30 janvier dernier, elle devra plutôt se contenter d'environ 40%, estiment-ils.

Les Kurdes, deuxième bloc au parlement sortant, devraient remporter dans les 25% des voix et seront talonnés pour la seconde place par la Liste nationale irakienne de l'ex-Premier ministre Iyad Allaoui, large coalition qui avait rallié 14% des suffrages en janvier et qui devrait gagner du terrain.

Les législatives du 30 janvier dernier devaient permettre l’avènement d'un gouvernement de transition chargé de superviser la rédaction de la constitution. Celle-ci ayant été approuvée par référendum en octobre dernier, il restait à organiser des législatives pour mettre en place une Assemblée nationale stable, élue pour un mandat plein. A la différence de janvier, cette fois-ci les sunnites, minoritaires dans le pays, ne boycottent pas le scrutin.

Al Qaïda a juré de saboter les élections mais d’autres rebelles sunnites arabes soutiennent des candidats et, soucieux d’avoir leur mot à dire dans un gouvernement censé rester quatre ans au pouvoir, affirment qu'ils protégeront les bureaux de vote. La sécurité n’en est pas moins maximale pour assurer un déroulement paisible du scrutin dans les 6.291 bureaux de vote du pays. Environ 150.000 soldats et policiers irakiens patrouilleront dans les rues pour empêcher les attentats suicide et les fusillades qui ont fait une quarantaine de morts le 30 janvier. Près de 160.000 soldats américains sont présents pour, le cas échéant, prêter main forte aux troupes irakiennes.

Le calme relatif qui règne dans le pays ainsi que la forte participation espérée dans l’électorat sunnite devraient être salués comme autant de succès par les Américains dont 59% désapprouvent, aux dires d’un nouveau sondage, la gestion de la guerre en Irak par le président George Bush.

Celui-ci a déclaré mercredi que l’armée américaine resterait en Irak « jusqu'à ce que la victoire soit acquise » et que les Américains devaient faire preuve de patience. Prononçant le dernier d’une série de quatre discours en deux semaines sur sa stratégie en Irak, le président américain a une nouvelle fois endossé l’entière responsabilité de la faillite des services de renseignement américains sur les présumées armes de destruction massive de Saddam Hussein qui ont justifié l'intervention militaire en mars 2003.

Bush a rejeté les appels de l’opposition démocrate en faveur d’un retrait progressif des forces américaines. Pour lui, une telle décision serait « la recette d'un désastre » car elle enverrait le mauvais message aux soldats américains, aux Irakiens et à Al Qaïda. « Saddam (Hussein) constituait une menace » a-t-il insisté, en assurant que le monde était plus sûr depuis le renversement de l’ancien dirigeant irakien.

La Chambre des représentants américaine devrait se prononcer vendredi sur le maintien des troupes déployées en Irak en examinant une proposition de résolution de la majorité républicaine déposée au soir des législatives irakiennes. Cette résolution, diffusée jeudi soir par l’état-major républicain de la Chambre, stipule notamment que « fixer un calendrier artificiel pour le retrait d'Irak des forces américaines ou mettre fin mettre fin immédiatement à leur déploiement en Irak en les déployant ailleurs dans la région est fondamentalement inconciliable avec l’obtention de la victoire en Irak. »

Avec ce vote, la Chambre aura l’occasion pour la deuxième fois en moins d’un mois de se prononcer contre un redéploiement immédiat des troupes irakiennes, comme le propose le démocrate John Murtha. Le 18 novembre, la Chambre avait massivement repoussé une version simplifiée à l’extrême de la proposition de M. Murtha, par 403 voix contre 3 et 6 abstentions.

Le président de la Chambre des représentants, le républicain Dennis Hastert, avait salué jeudi le bon déroulement des législatives irakiennes, y voyant une justification du maintien de la présence américaine.  « A ceux qui argumenteraient que les Etats-Unis devraient immédiatement se retirer d’Irak, je demanderais de regarder les visages des Irakiens autrefois opprimés. Ils sont optimistes et ils ont enfin voix sur leur avenir » avait dit M. Hastert, pour qui « maintenant plus que jamais, nous devons rester à l’offensive dans cette guerre contre le terrorisme. »

La résolution, qui vise par ailleurs à exprimer la solidarité de la Chambre avec les Irakiens et avec les militaires servant en Irak, fait écho à cette réaction. Elle souligne notamment que les électeurs irakiens ont été « protégés par les forces de sécurité irakiennes avec l’aide des forces américaines et de la coalition. Le maintien de la présence des forces américaines en Irak ne sera requise que jusqu’à ce que les forces irakiennes puissent se dresser pour que nous puissions nous retirer et pas plus longtemps que nécessaire dans ce but » est-il indiqué.

L’opposition démocrate a également salué jeudi l’organisation des législatives irakiennes mais en soulignant qu’elles devaient « marquer le début d’une transition essentielle entre les gouvernements irakien et américain » « Les quatre prochains mois seront un moment critique pour que les Irakiens assument plus de contrôle de leur pays, et permettent une transition réussie en 2006 qui ramènera à la maison un nombre significatif de nos troupes » a souligné le chef de l'opposition démocrate au Sénat Harry Reid.

Le débat sur la résolution risque de créer un nouveau dilemme pour l’opposition démocrate. Son chef de file à la Chambre Nancy Pelosi avait estimé il y a deux semaines qu’une majorité de son groupe se retrouve sur la position de M. Murtha. M. Murtha plaide pour le début immédiat du retrait d’Irak des forces américaines (qui prendrait selon lui 6 mois), avec maintien d’une force de réaction dans la région.

Sur fond d’incidents limités, les Irakiens se sont fortement mobilisés pour élire leur premier Parlement représentatif depuis des décennies, la minorité sunnite qui avait boycotté le scrutin précédent se montrant résolue à ne pas rester hors des cercles du pouvoir. Les files d'attente étaient telles à certains endroits que les bureaux de vote sont restés ouverts une heure de plus que prévu. Dans la province natale de Saddam Hussein, plus de 80% des inscrits ont voté selon un responsable électoral.

Ce scrutin visait à désigner pour quatre ans un Conseil des représentants de 275 membres. Il contrastait avec celui organisé en janvier pour désigner une assemblée de transition qui avait été marqué par le boycottage sunnite et des attentats dont le bilan s’était élevé à 40 morts.

Les Etats-Unis qui comptent sur un gouvernement irakien stable pour favoriser le retrait progressif de leurs troupes du pays se sont réjouis de la participation aux législatives. « Le peuple irakien est en train de prouver au monde que les personnes de toutes origines veulent pouvoir choisir leurs dirigeants et vivre libres » a dit Scott McClellan, porte-parole de la Maison blanche en évoquant « une journée historique. »

Les sunnites, qui dominaient le pays sous le régime de Saddam Hussein, ont voté malgré les menaces d’Al Qaïda, sous la protection de rebelles nationalistes. Le taux de participation atteignait au moins 67% pour dix heures de scrutin, soit environ dix millions d’inscrits, a déclaré le chef de la Commission électorale Hussein Hendaoui. Il n'avait pas dépassé 58% le 30 janvier. La mobilisation a été élevée dans les régions kurdes et sunnites. Dans la ville de Falloudja, bastion de la guérilla sunnite, elle a atteint 70% selon des responsables locaux. Dans cette ville, les opérations de vote ont été interrompues un moment par une pénurie de documents et de véhicules électoraux.

Des plaintes pour irrégularités ont été enregistrées ainsi que pour tentatives d’orientation du vote dans certaines villes du Nord mais la processus global s'est déroulé de façon satisfaisante a estimé la Commission électorale.

« Je suis enchanté de voter pour la première fois parce que cette élection aboutira au retrait des forces d’occupation américaines » confiait Djamal Mahmoud, 21 ans, dans la ville sunnite de Ramadi. Les opérations de vote ont cessé peu après 18h00 (15h00 GMT) et le dépouillement a aussitôt commencé. En ouvrant les urnes, les employés électoraux prononçaient une courte prière. Quelques résultats provisoires pourraient être connus jeudi mais le décompte total prendra deux semaines ou plus a indiqué la Commission électorale à Bagdad. L’émissaire de l’Onu Achraf Kazi s’est dit satisfait : « Dans l’ensemble, c’est une journée historique et une bonne journée. »

Selon des sondages informels effectués en divers points du pays, l’Alliance islamiste chiite au pouvoir et ses alliés kurdes domineraient toujours leurs bastions du Sud et du Nord respectivement mais une partie importante de l’électorat semble aussi s’être prononcée en faveur de l’ancien Premier ministre Iyad Allaoui, chef de file d'un courant laïque regroupant des candidats de différentes appartenances religieuses. Les violences sont restées contenues grâce à d’impressionnantes mesures préventives. Deux personnes ont cependant été tuées par des tirs de mortiers à Mossoul et à Tal Afar dans le Nord, et trois autres - dont un marine américain - blessées par un tir analogue sur la zone verte de Bagdad à l’ouverture du scrutin à 07h00 (04h00 GMT).

Le ministre de l’Intérieur a dit qu’un kamikaze circulant dans une voiture piégée avait été abattu à Bagdad et la police a dit en avoir arrêté un autre dans l’est de la capitale. L’armée américaine a par ailleurs annoncé qu’un marine avait été tué mercredi près de Ramadi. Huit autres personnes dont deux militaires irakiens ont péri victimes d’actes de violences. Il s’agit notamment de quatre rebelles, déchiquetés dans l’explosion de la bombe qu’ils avaient posée sur une route d’Ichaki, à 90 km au nord de Bagdad.

Les diplomates américains espèrent que l’intégration des sunnites au processus politique affaiblira l’insurrection et permettra aux Irakiens de prendre peu à peu en charge la sécurité sans provoquer une guerre civile. « Les urnes sont une victoire de la démocratie sur la dictature » a dit le Premier ministre chiite sortant Ibrahim al Djaafari après avoir voté. « Le véritable triomphe, c’est que les gens votent - peu importe pour qui - et qu’ils aient décidé de le faire malgré les bombes. »

J’avais décidé de poursuivre mes observations sur la vie en Irak jusqu’aux élections dont je ne puis préjuger aujourd’hui les résultats qui ne seront connus que dans deux ou trois semaines. Je vais donc interrompre mon étude en espérant avoir montré objectivement ce qui se passe dans le pays soumis aux fluctuations des démarches américaines et à celles des gens qui n’ont pas intérêt à voir le calme s’installer dans le pays. Je ne souhaite qu’une chose, c’est que les communautés chiites, sunnites et kurdes arrivent à s’entendre dans la rue comme au sein de la nouvelle assemblée et que le nouvel ordre ne soit pas perturbé par les attentats kamikazes qui n’ont cessé depuis des semaines. Les troupes de la coalition partiront-elles un jour ? Je ne suis pas devin et m’en rapporte aux faits quotidiens. S’il se produit quelque chose d’extraordinaire dans le cadre des élections ou de leur suite, j’en informerai mes amis lecteurs.