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Vivre en Irak (3)

 

par Lise Willar   

 

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 N’oublions jamais qu’Ingrid Bétancourt est retenue en otage depuis de trop longues années et que nous devons tous nous unir pour obtenir sa libération.

 

L’armée américaine a annoncé avoir lancé lundi 31 octobre, avant l’aube, un raid aérien contre un repaire d’un chef d’Al-Qaida à Karabila, près de la ville d’Al-Qaïm, sur la frontière entre l’Irak et la Syrie. Selon les sources locales, le raid a fait plusieurs victimes civiles. Le moment choisi pour lancer l’attaque et les munitions de précision étaient destinés à éviter des pertes civiles a souligné un porte-parole de l’armée américaine.

De son côté, le docteur AL-Marsoumi de lhôpital de Kam précise que quarante civils auraient été tués et une vingtaine dautres blessés parmi lesquels des femmes et des enfants, tout en ajoutant que son établissement navait reçu que six blessés civils. Selon une évaluation du Pentagone, plus de 26 000 Irakiens ont été tués ou blessés dans les attaques des insurgés depuis le 1er janvier 2004. Il ne s’agit que d’une estimation et d’un chiffre subjectif a déclaré dimanche à l’AFP Greg Hicks, porte-parole du ministère de la défense américain. Le Pentagone ne publie pas de chiffres précis des victimes irakiennes parce qu’il manque de données fiables a précisé le porte-parole.

Cette évaluation est tirée d’un graphique montrant la progression du nombre moyen de victimes par jour irakiennes et américaines au fur et à mesure de l’évolution de la situation politique sur le terrain. Le rapport, intitulé « Mesurer la sécurité et la stabilité en Irak » et destiné au Congrès a été publié le 13 octobre mais ce graphique était passé inaperçu.

Le graphique évalue le nombre moyen de victimes irakiennes à plus de vingt-cinq par jour entre le 1er janvier et le 31 mars 2004, période baptisée « de référence. » Puis ce chiffre moyen passe à trente du 1er avril au 28 juin, période de « pré-souveraineté » avant de monter à quarante pendant la période de « souveraineté » (29 juin-26 novembre) et à plus de cinquante pendant la campagne électorale (27 novembre 2004 - 11 février 2005.) Il se replie à un peu moins de cinquante, du 12 février au 28 août (période « pré-constitution »)

Enfin, pendant la campagne pour le référendum (du 29 août, à la publication du rapport), le nombre de victimes grimpe à plus de soixante par jour. Les pertes de l’armée américaine continuent de leur côté de s’allonger, avec l’annonce, dimanche 30 octobre, de la mort d’un marine à l’ouest de Bagdad. Ce décès porte à 2 014 le nombre de GI’s et civils américains assimilés militaires morts dans le cadre des opérations militaires en Irak depuis l’invasion du pays en mars 2003, selon un décompte établi par l’AFP.

Le Pentagone comptabilise dans son bilan tous les soldats morts dans le cadre de l’opération « Iraqi Freedom » qu’ils soient morts en Irak ou dans les pays du Golfe où est stationnée une partie de ses troupes. Les estimations de victimes civiles sont fondées sur des rapports d’incidents fournis par les unités de la coalition déployées en Irak, a souligné le porte-parole du Pentagone.

De son côté, la presse de Bagdad a salué, mardi 22 novembre, les résultats de la réunion inter-irakienne du Caire qui s'est achevé lundi, après trois jours de débats, par des résultats non négligeables. Les journaux bagdadis affichent un optimisme prudent puisqu’il ne s’agit, pour l’instant, que de déclarations d’intention mais, souligne le quotidien indépendant Al-Mashriq, malgré le peu d'espoir que cette réunion avait suscité au départ, tout le monde s'accorde à dire qu'il s'agit d'un bon début sur la voie d'un dialogue constructif entre les forces irakiennes, dans le but de bâtir un nouvel Irak. A l’issue de cette réunion, il a en effet été décidé de demander un calendrier de retrait des forces étrangères d'Irak, une satisfaction pour la minorité sunnite, même si aucune date n'a été fixée. Le texte final indique également que bien que la résistance soit un droit légitime pour tous les peuples, le terrorisme ne constitue pas une résistance légitime. Les participants sunnites avaient initialement demandé que la réunion cautionne la résistance irakienne aux troupes étrangères. La réunion du Caire a surtout permis le retour des sunnites dans le jeu politique moins d’un mois avant les élections générales du 15 décembre auxquelles ils ont décidé de participer, après avoir boycotté celles du 30 janvier.

La déclaration finale demande également la libération de tous les détenus non inculpés et l’ouverture d’une enquête sur les cas de torture. Une conférence de réconciliation nationale doit avoir lieu vers la fin du mois de février 2006 ou début mars, une fois le processus de transition totalement achevé. Elle pourrait avoir lieu à Bagdad et consacrer le retour à un début de normalité dans le pays. Du moins en théorie. Ensuite, devrait commencer le désengagement progressif des troupes étrangères.

Le ministre de l’intérieur irakien, Bayan Jaber Soulagh, a déclaré à la chaîne de télévision Al-Jazira que vers le milieu de l'an prochain, le maintien de l'ordre sera effectué à 75 % par nos propres forces et nous serons totalement prêts à la fin 2006. La réunion du Caire a d’ailleurs mis l’accent sur un programme de reconstruction des forces armées afin qu'elles puissent contrôler la situation sécuritaire et mettre fin aux opérations terroristes. La déclaration appelle également au respect de toutes les composantes du peuple irakien, à ne pas entraver le processus politique et à une large participation aux prochaines élections.

Après la petite lueur d’espoir née au Caire, le ministre irakien des affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a indiqué, lundi 21 novembre, que des tests d’ADN étaient effectués sur les corps d’insurgés tués dans des combats à Mossoul afin de vérifier si Abou Moussab Al-Zarkaoui, chef présumé d’Al-Qaida en Irak, se trouvait parmi eux. A l’occasion d’une visite à Moscou, M. Zebari a expliqué que des responsables de l’insurrection irakienne se trouvaient, samedi, dans une maison de Mossoul lorsqu’elle a été prise d’assaut par les forces irakiennes et américaines. Les occupants se sont fait exploser.

Saddam Hussein entre évidemment dans le cadre de ces mots…dits car « vivre en Irak » comporte vivre avec la conviction que le procès de l’ancien dictateur aura lieu sans que les Américains ne se l’approprie et ne lui enlève toute objectivité. Voici ce que j’ai pu en apprendre :

Les avocats de la défense de Saddam Hussein font savoir qu’ils ont mis fin à leur boycottage du procès de l’ancien dictateur irakien et qu’ils se présenteront lundi au tribunal pour la prochaine audience bien qu’ils continuent à craindre pour leur sécurité. Deux avocats de Saddam Hussein ont été tués dans les jours qui ont suivi l’ouverture du procès le 19 octobre, ce qui a conduit Khalil Doulaïmi, chef du groupe d’avocats de Saddam, à suspendre tout contact avec le tribunal. Depuis lors, l’équipe est en négociation avec les autorités américaines pour que sa protection soit assurée.

Saddam et ses coaccusés sont inculpés de crimes contre l’humanité (Les sept accusations portées contre Hussein ont été rédigées dans les termes les plus généraux. Elles comprennent le meurtre d’opposants politiques échelonnées sur trois décennies : l’assassinat de leaders religieux en 1974 - le massacre de membres du clan kurde Barzani en 1983 - le déplacement forcé de Kurdes de 1986 à 1988 - le gazage des Kurdes à Halabja en 1988[1] - l’invasion du Koweït en 1990 et la suppression du soulèvement des Kurdes et des Chiites en 1991. La première affaire qui semble vouloir être traité touche à la mort de 148 chiites tués par les services de sécurité irakiens à la suite d’une tentative d'attentat contre Saddam Hussein en 1982. S’il est reconnu coupable, l’ancien dictateur risque la peine de mort.

J’ai eu l’occasion de lire quelques lignes qui m’ont effrayée rétrospectrivement et qui, à elle seule, justifieraient la condamnation de l’« Antechrist » : Tous ceux qui ont été persécutés sous le régime de Saddam Hussein se réjouissent de le voir enfin jugé. Il y a deux ans, la chute de l’ancien régime a marqué la fin du cauchemar pour Zahra, une mère de famille irakienne qui a caché deux de ses fils pendant 23 ans pour qu’ils ne soient pas exécutés comme son mari et ses autres enfants.

Un groupe se présentant comme Al-Qaïda en Irak a mis en ligne un enregistrement montrant les attentats suicide du 24 octobre dernier contre des hôtels de Bagdad qui avaient tué 17 passants et gardes irakiens. La bande vidéo de 13 minutes montre également la préparation des attentats. Avec un chant religieux en fond sonore, une main indique l’itinéraire vers l’hôtel Palestine et l’hôtel Sheraton.

Une voix édicte le plan aux trois kamikazes : « Abou Naïem sera en tête avec la Honda, il prendra complètement à droite vers la place Firdous. Voici l’hôtel Palestine, qui sera la cible d’Abou Jouhayman au volant d’une Jeep Cherokee. » La cassette montre ensuite Abou Dahan en train de conduire un camion-bétonnière, le véhicule qui « transporte la plus grosse charge d'explosifs », d’après la voix off. Peu avant la fin de la vidéo, un homme lit un communiqué : « Avec l'aide de Dieu, les guerriers saints d’Al-Qaïda en Irak ont réussi à frapper l’hôtel Palestine qui était occupé par des journalistes étrangers et des compagnies de sécurité qui protègent des institutions et des personnalités. » La scène finale montre les explosions. Un sous-titre affirme : « les guerriers saints observent l’exécution de l’opération. » Des hommes crient hors champ « Allahou Akbar » (Dieu est grand) tandis que s’élève un épais nuage de fumée.

La puissance d’Al-Qaïda est telle et les chefs apparemment interchangeables - par là je veux dire que l’arrestation de l’un d’entre eux ne semble pas avoir un impact quelconque sur le fonctionnement de l’organisation[2] - que je ne crois pas les Américains  en mesure de s’opposer ou d’entreprendre une opération importante contre ce qu’il faut bien appeler une nébuleuse.

L’émissaire des Nations unies en Irak, Achraf Kazi, redoute que la persistance des attentats en Irak et un scandale de torture dissuadent certains électeurs de participer aux législatives du mois prochain. Deux attentats suicide qui ont fait un total de sept morts sont venus illustrer samedi les propos du représentant spécial en Irak du secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan. Kazi a souligné qu’il restait des obstacles à surmonter pour s’assurer que la violence ne dissuaderait pas les électeurs de voter, comme elle l’a fait pour l’élection, en janvier, d’une assemblée intérimaire. Il a exhorté tous les électeurs irakiens à participer au scrutin du mois prochain auquel on espère que, pour la première fois, les sunnites participent en grand nombre.

Les tensions ont été aggravées avec la découverte, ce mois-ci par des militaires américains, de 170 détenus sunnites détenus au secret dans un bunker du ministère de l’Intérieur. Ils souffraient de malnutrition et beaucoup présentaient des signes de torture. Bon nombre des attentats les plus meurtriers ont été revendiqués par l’activiste jordanien Abou Moussaf Zarkaoui, chef d’Al Qaïda en Irak.

Les militaires américains ont déclaré samedi avoir reçu des informations selon lesquelles un homme présenté comme un lieutenant de Zarkaoui avait été tué le 14 octobre lors d'une opération des forces de la coalition près de Ramadi, un foyer de l’insurrection, à l’ouest de Bagdad. Ils ont précisé que l’annonce de la mort de Bilal Mahmoud Aouad Chebah, alias Abou Oubaïdah, provenait de « sources au sein de la coalition » et d'un membre de la famille proche. Aucune confirmation indépendante de son décès n'a néanmoins pu être obtenue.

Kazi a souligné que la poursuite des violences signifiait que la situation serait trop dangereuse pour que des observateurs internationaux puissent venir en grand nombre surveiller les élections. La supervision sera dès lors assurée par quelque 170.000 observateurs irakiens.

Si je note pratiquement jour par jour les informations que je recueille, c’est pour montrer que les élections, si elles ont lieu, se dérouleront dans un pays qui ne s’est pas encore relevé de l’invasion des forces étrangères et qui subit tous les jours des exactions exercées par toutes les formations en présence, qu’elles soient américaines ou irakiennes. Et si maintenant, on refuse l’entrée dans le pays d’observateurs étrangers, on est en droit de se dire que les élections ne se dérouleront pas d’une façon conforme aux normes universelles en vigueur.

La situation est pour le moins complexe : Les irakiens se trouvent confrontés à la fois avec de nouvelles élections et le procès de Saddam Hussein. Celui-ci reprend dans un contexte de crainte pour la sécurité des témoins, après l’assassinat de deux avocats de la défense. Ce procès s’était ouvert le 19 octobre mais avait été presque immédiatement ajourné du fait notamment de l’absence de dizaines de témoins dont beaucoup craignaient de devoir apparaître publiquement à la barre. La question de leur sécurité sera donc primordiale et la plupart devraient être autorisés à témoigner par écran interposé ou derrière un rideau mais le Tribunal spécial irakien (TSI), créé en 2003 par les Etats-Unis pour juger les dignitaires de l’ex-régime baassiste, a refusé de délocaliser le procès à l’étranger pour assurer une plus grande sécurité de ses acteurs, comme certains le demandaient. « Les meurtres de deux avocats de la défense montrent la nécessité de protéger ces avocats de même que les témoins » a déclaré Richard Dicker, un juriste de l’organisation Human Rights Watch (Surveillance des droits humains.) « Cependant, toutes les dispositions relatives à la sécurité des témoins doivent comporter des garanties quant à l’équité du procès. »

 Les avocats de Saddam Hussein et de ses sept co-accusés avaient menacé de boycotter la reprise des débats si leur sécurité n'était pas garantie. On ne connaît pas les dispositions précises qui ont été prises. Les autorités américaines se sont engagées à collaborer à l’enquête sur le meurtre de leurs confrères. Les témoins jouissent en théorie de programmes de protection bien définis mais de nombreuses organisations de défense des droits de l'homme s’inquiètent du fait que les témoins de la défense ne seraient pas logés à la même enseigne que ceux de l’accusation.

« Ceux qui vont apporter des preuves vont être effrayés. Ils doivent recevoir l’assurance absolue que leur sécurité sera garantie après leur comparution » a dit Miranda Sissons, de l’organisation International center for transitional justice. « C'est quelque chose de très compliqué dans un pays comme l’Irak. » Lundi, les témoins reviendront sur les événements de juillet 1982 et notamment sur les tirs qu’avait essuyés le cortège présidentiel visé par des activistes chiites dans une palmeraie de Doudjaïl, au nord de l’Irak. Avant cela, le président du tribunal devra se prononcer sur plusieurs recours de la défense, dont une requête d’ajournement. Le 19 octobre, le juge Rizgar Mohamed Amin avait décidé un report de 40 jours sans s’expliquer sur sa décision. Il n’avait pas non plus tranché une requête de la défense qui demandait davantage de temps pour préparer le procès. Plusieurs juristes interrogés n’excluent pas un nouvel ajournement des débats car les avocats de la défense n’ont pas eu beaucoup de temps pour étudier le dossier à charge, d’autant qu’il leur a fallu, dans le même temps, se préoccuper de leur propre sécurité. « Nous observerons avec attention comment le juge répond aux recours de la défense, notamment aux requêtes relatives au manque de préparation des avocats » a dit Dicker.

Si aucun ajournement n’est décidé lundi, le procès devrait se poursuivre pendant trois jours. Un autre report devrait alors être décidé en raison - comme je l’ai fait remarquer - de craintes relatives à la sécurité à l’approche des législatives du 15 décembre. Ces craintes sont d’autant plus compréhensibles que quatre humanitaires étrangers, dont deux Canadiens, ont été enlevés en Irak, relançant la série noire des rapts dans le pays durant des périodes importantes de la vie du pays. Le Foreign Office à Londres et l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad ont affirmé « vérifier les informations » faisant état de la présence d’un Britannique et d’un Américain parmi les humanitaires enlevés.

 On se souvient que deux Britanniques et au moins trois Américains ont été assassinés par leurs ravisseurs depuis le début en avril 2004 de la vague d’enlèvements en Irak. En outre, plusieurs Américains sont toujours portés disparus dans le pays Un Canadien d’origine irakienne, Rifaat Mohammad Rifaat, a été enlevé en Irak en avril 2004. On est sans nouvelles de lui depuis cette date. Sur le terrain, six Irakiens ont été tués dimanche 27 novembre dans les violences. Un Marine a été tué samedi à l’ouest de Bagdad, portant à 2.113 le nombre de GI’s ou civils américains assimilés militaires tués en Irak depuis 2003, selon un bilan de l’AFP basé sur les chiffres du Pentagone.

Une ressortissante allemande est portée disparue avec son chauffeur depuis vendredi 25 novembre en Irak, a annoncé mardi Martin Jäger, porte-parole du ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, actuellement en visite à Washington. Selon la télévision publique allemande ARD, la femme a été enlevée. Le bureau de l’ARD à Bagdad a reçu une cassette des ravisseurs qui demandent la fin de la coopération de l’Allemagne avec les autorités irakiennes en échange de sa libération.

Une cellule de crise a été mise en place à Berlin au sein du ministère, a précisé Martin Jäger, ajoutant que l’Allemagne faisait tout « pour garantir l’intégrité physique » de sa ressortissante. Cette cellule de crise doit « clarifier le sort des personnes disparues » a poursuivi le porte-parole sans donner plus de détails sur les circonstances de leur disparition. S’il était confirmé, cet enlèvement serait le premier concernant un ressortissant allemand depuis la chute de Saddam Hussein.

L’Allemagne qui s'était opposée à la guerre en Irak sous le chancelier Gerhard Schröder a toujours refusé d’envoyer ses officiers dans ce pays, y compris dans le cadre de la mission de formation lancée par l’Otan après la guerre, mais participe à la formation d’officiers ou personnels de police irakiens dans les pays voisins. En visite à l’Otan la semaine dernière, la nouvelle chancelière Angela Merkel a réaffirmé que son gouvernement ne participerait pas à la mission de formation de l’alliance atlantique sur le territoire irakien.

Lundi, les gouvernements canadien, américain et britannique ont confirmé leur inquiétude sur la situation de quatre travailleurs humanitaires occidentaux, qui n'ont plus donné de nouvelles depuis samedi 26 novembre en Irak. Le Canada avait annoncé dimanche l’enlèvement de quatre Occidentaux, dont deux Canadiens mais l'ambassade des Etats-Unis à Bagdad a indiqué lundi qu'elle les considérait seulement comme « disparus », aucune partie n’ayant revendiqué leur enlèvement.

Deux dirigeants politiques sunnites et leur garde du corps ont été abattus alors qu’ils circulaient en voiture dans l’ouest de Bagdad, ont rapporté des membres de leur parti. Iyad Alizi et Ali Hussein ont été tués par des inconnus qui ont ouvert le feu sur leur véhicule près d’Abou Ghraïb. Leur assassinat est interprété comme un acte politique à l’approche des élections législatives irakiennes du 15 décembre. Alizi et Hussein appartenaient tous deux au Parti islamique irakien dont le premier était l’un des candidats aux élections.

Le président Djalal Talabani a condamné un « acte de terrorisme » ajoutant qu’Alizi avait été pris pour cible pour la seule raison qu’il était « un bon musulman qui rejetait la violence et le terrorisme. » La majorité chiite irakienne alliée au Kurdes contrôle aujourd’hui le pays que dominait la minorité sunnite sous le régime de Saddam Hussein. Les dirigeants sunnites accusent le gouvernement de ne rien faire contre des « escadrons de la mort » composés de miliciens chiites exerçant des représailles contre les anciens maîtres du pays.

« En Irak, c’est pire que du temps de Saddam Hussein » accuse Iyad Allaoui.  Ils font la même chose qu’à l’époque de Saddam Hussein et pire encore a déclaré dans un entretien à l’hebdomadaire britannique The Observer, l’ex-premier ministre irakien Iyad Allaoui, à propos du respect des droits de l’homme. C’est une comparaison appropriée. Les gens se souviennent de l’époque de Saddam. Cela a été précisément la raison pour laquelle nous l’avons combattu et maintenant nous voyons les mêmes choses a ajouté cet ancien opposant au régime de Saddam Hussein, proche de la CIA. Nous entendons parler de police secrète, de bunkers secrets où les gens sont interrogés. Beaucoup d’Irakiens sont torturés et tués au cours d’interrogatoires. Nous voyons même des tribunaux de la charia qui jugent les gens et les exécutent a-t-il ajouté.

Je trouve personnellement cette constatation extrêmement significative : En effet, les chiites majoritaires semblent avoir repris le flambeau et exercent sur les sunnites les mêmes sévices que les partisans de Saddam Hussein exerçaient sur eux au temps de la dictature. On peut même dire que les Américains viennent ajouter leurs exactions à celles des chiites en se souvenant toutefois que les Sunnites ne sont pas meilleurs dans leurs propres fiefs. De Gaulle aurait dit de la situation en Irak : C’est la chienlit, oui mais une chienlit dont personne ne peut imaginer l’issue car aucune communauté ne cédera devant l’autre et les Américains, s’ils restent, ne céderont devant personne. Vivre en Irak est une calamité ! J’aimerais connaître l’opinion d’un seul habitant s’exprimant avec objectivité : Je suis sûre que pas un Irakien ou une Irakienne ne peuvent accepter de vivre dans une telle atmosphère de tueries quotidiennes qui ne tient compte ni du rang, ni de l’identité, ni de l’âge de la victime potentielle puisque nous voyons des enfants à la fois se faire sauter comme des kamikazes ou être tués dans une guerre qui ne dit pas son nom. Je me pose une question : la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est-elle pire que la guerre d’Algérie ou celle du Vietnam ? Qui peut me répondre ?

Je sais qui peut me répondre car je viens d’apprendre une nouvelle qui ne devrait pas me surprendre mais pourtant continue à sembler inimaginable à la personne douée d’un peu de sens commun que je crois être :

Londres, septembre 2004 : Les locaux dune société de sécurité, dirigée par un ancien officier dinfanterie français, sont le théâtre dauditions un peu particulières. Cheveux ras, physiques impressionnants... Tous Français, les hommes qui défilent devant une petite assemblée de recruteurs ont des profils similaires : anciens de la Légion, des commandos ou des paras. Entre autres faits d'armes, ils ont soutenu le président congolais Denis Sassou Nguesso, combattu à Madagascar ou fondé une école de krav-maga, le sport de combat israélien, dans le sud de la France... La société de sécurité qui recrute au nom de commanditaires souvent américains ou britanniques leur propose une mission de 45 jours, rémunérée 7 000 livres (10 200 euros), afin de protéger des sites sensibles en Irak. Tous, bien sûr, sont désireux de rallier Bagdad où la France a refusé denvoyer des troupes aux côtés des forces américaines. Selon la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), qui a rédigé plusieurs rapports sur le sujet à la mi-novembre, 37 ressortissants français seraient actuellement employés par sept sociétés de sécurité privée en Irak. Pour les services secrets français, la réputation des anciens militaires français en fait des recrues estimées par les sociétés militaires privées étrangères qui apprécient leur pratique des situations de crise, la qualité de leur contact avec les populations locales et leur bonne connaissance des milieux dits exotiques.

Le business est rentable et lancien militaire français a la cote sur ce marché florissant. En octobre 2005, c'est la société américaine Executive Security and Aviation Solutions (ESAS) qui lançait une campagne de recrutement en France, afin de dénicher une cinquantaine de gardes de sécurité. Glenn F., (les noms des anciens militaires ont été volontairement supprimés pour leur propre sécurité) un ressortissant américain, titulaire d’une carte de résident français, ancien déserteur de la Légion, jouait les intermédiaires, avec l’aide de Peter H., autre ancien légionnaire. Il suffisait, pour s’inscrire, d’envoyer par e-mail son CV à l’adresse électronique de Glenn F.

Les services surveillent étroitement l’univers du mercenariat français. Les anciens militaires représentent un vivier d’informateurs privilégiés. Ils ont accès à des milieux très fermés. En outre, la DGSE peut ainsi anticiper d’éventuels coups d’Etat, en signalant, ici ou là, l’embauche en grand nombre d’anciens soldats, pour des causes plus ou moins avouables.

Très prisés sur le marché de la sécurité en Irak, les mercenaires français travaillent donc pour une demi-douzaine de sociétés, essentiellement anglo-saxonnes. Huit d'entre eux ont été embauchés par Unity Resources Group (URG). URG recrute quasi exclusivement d’anciens légionnaires du 2e REP (régiment étranger de parachutistes.) L’un de leurs chefs d’équipes, un homme de 36 ans, né en Tchécoslovaquie (devenue République tchèque), avait fait partie, en septembre 2000, des gardes du corps du général Robert Gueï, éphémère président de la Côte d’Ivoire. L’un de ses coéquipiers, un ancien de la Légion, a été tué dans une embuscade, le 16 avril. Depuis le début des activités des sociétés de sécurité privées (SSP) en Irak, la DGSE a recensé quatre morts de nationalité française. Selon une estimation réalisée par les services secrets en juin 2005, les pertes des sociétés de sécurité, toutes nationalités confondues, atteindraient le chiffre de 238 personnes, pour un effectif global de 50 000 hommes, employés par quelque 400 sociétés.

Reste que le contingent français en Irak se réduit peu à peu. Ils étaient 63 en juin 2005. Ils ne sont donc plus que 37. Outre URG, on dénombre, par exemple, quatre Français au sein de la SSP britannique Erinys, huit autres chez Hart Group Ltd, quatre encore au sein d'Aegis, et un autre chez Kroll.

Cette évolution à la baisse semble surtout due à la dégradation des conditions de sécurité, notamment à Bagdad. Mais les anciens militaires français se méfient aussi des méthodes utilisées par leurs employeurs. La DGSE pointe des dysfonctionnements graves au sein des sociétés : inadaptation des moyens confiés aux équipes attaquées, absence d’assistance aux familles lors de décès... Avec, en outre, un durcissement du contrôle de ces SSP de la part de l'Etat irakien.

Enfin, en Irak comme ailleurs, la mondialisation a ses effets secondaires. Dans un marché très concurrentiel, les agents de sécurité provenant de pays en voie de développement trouvent facilement preneurs. Quitte à permettre à des insurgés irakiens d’infiltrer les effectifs des SSP. Les recrutements obéissent parfois à de curieux critères. Les services de renseignements soulignent que les SSP américaines ont embauché cet été d’anciens membres des Forces libanaises (FL), appréciés pour leur haine des musulmans et leur expérience de la guérilla en milieu urbain. Les rémunérations ont de quoi faire naître les vocations : 10 000 dollars par mois, plus une forte indemnité versée à la famille en cas de décès.

La seule société française à évoluer sur le marché irakien s’appelle Allied International Consultants and Services (AICS). Elle protège en majorité des journalistes francophones, et tente d’imposer ses méthodes de travail particulières. On est arrivé sur place en février 2004 se souvient son responsable à Bagdad, Jean-Philippe L., lui-même ancien militaire. Les Anglo-Saxons, c’est vrai, procèdent différemment. Ils sont très visibles, très agressifs. Nous, on travaille plus le profil, on est plus discret. Et surtout, on essaye de travailler avec les Irakiens. AICS engage des assistants irakiens, souvent d'anciens militaires formés en France dans les années 1980, pour négocier avec les chefs de tribu.

On ne peut pas concurrencer les boîtes anglo-saxonnes, remarque Jean-Philippe L., on ne ramasse que les miettes. Jamais une société américaine ne fera appel à nous. Alors on tente de se démarquer. AICS a escorté une équipe de la BBC jusqu’à la frontière koweïtienne quand Erinys, dans le même temps, emportait un contrat de 40 millions d’euros avec le ministère irakien du pétrole. Cette SSP britannique assure la protection d’ingénieurs américains travaillant au sein de la Gulf Regional Division et sécurise une zone dangereuse contrôlée par la rébellion, près d’Al-Qaim. Un Français de 38 ans travaillait encore très récemment pour Erinys. Il avait occupé le poste de commandant du secteur de la raffinerie de Bayji, avant de s’effacer. Il était, selon les services de renseignement, menacé de mort.

Autre SSP en pointe, Aegis, qui compte d’anciens militaires et diplomates de haut rang dans son conseil de surveillance, a « gagné », elle, un contrat de 293 millions de dollars lancé par le Pentagone. Parmi ses hommes d’élite, un Français de 28 ans qui a fait partie des mercenaires présents en Côte d’Ivoire auprès des forces légalistes de 2002 à 2003. Ce terme de « mercenaires » irrite AICS. On ne fait pas du mercenariat, assure Jean-Philippe L., on ne fait pas la guerre. On gagne quand on ne tire pas un coup de feu. Je ne demande pas à mes hommes d'être des Rambos.

Vivant dans le centre de Bagdad, bredouillant quelques mots d'arabe, dissimulant au mieux leurs armes, les hommes d’AICS jouent la carte de la modestie. Et cultivent un certain art de vivre à la française, précise Jean-Philippe L. On a un vivier d’anciens de l’Irak dans lequel on puise, au gré des besoins. Je veux des types qui ne sont pas excités, sympas avec le client. Et conscients des risques.

Je pose une question : le gouvernement français peut-il intervenir dans de telles situations ou les volontaires sont-ils à tel point libérés de toutes obligation envers l’Etat qu’ils peuvent reprendre du service en Irak ? Je le suppose puisque la DGSE semble pleinement consciente de leur choix et n’intervient pas pour empêcher leur départ. Et puis il y a toujours eu des volontaires pour s’engager dans n’importe quel conflit, non pour des questions psychologiques mais seulement pour l’aspect friqué de l’emploi. On ne changera jamais certains hommes : ils existaient dans l’antiquité, au moyen âge, à la Renaissance… et ont survécu à travers les siècles : ce sont « les mercenaires » qui ont participé à plus de batailles que je ne puis en nommer.

Les choses se précipitent à l’approche des élections : J’ai vu hier soir 29 novembre sur la chaîne de télévision Al Djazira le document video du groupe irakien jusqu’ici inconnu qui montre quatre otages occidentaux présentés comme des « espions des forces occupantes. » La vidéo qui émane des « Epées de la vérité » fait apparaître quatre hommes assis par terre. Le nom de Norman Kember est lisible sur un passeport britannique présenté dans le document. Ce Britannique était au nombre de quatre représentants de l’aide humanitaire - avec deux Canadiens et un Américain - qui ont été enlevés samedi à Bagdad. Al Djazira n'a pas précisé si la cassette vidéo contenait une menace contre la vie des otages. Selon la chaîne, le groupe les accuse d’être des « espions au service des forces occupantes » tout en travaillant pour une organisation chrétienne. Les quatre otages - Tom Fox, 54 ans, originaire de Virginie, Norman Kember, 74 ans, originaire de Londres, James Loney, 41 ans, et Harmeet Singh Sooden, 32 ans, tous deux originaires du Canada - travaillent en effet pour l’association humanitaire Christian Peacemaker Teams, l’une des dernières organisations humanitaires encore présentes en Irak. Bientôt les ONG ne pourront plus travailler en Irak et la population sera complètement démunie contre de tels actes qui font frissonner d’horreur les gens qui vivent loin de ce pauvre pays manipulé par des centaines de kamikazes, de preneurs d’otages et de tueurs comme ceux de l’information suivante : Des hommes armés ont ouvert le feu sur un minibus le 30 novembre au nord de Bagdad, faisant neuf morts et deux blessés. Selon un responsable de la police, dix hommes armés et cagoulés ont perpétré cette attaque près de Bakouba, une localité située à 65km au nord de la capitale irakienne.

Pour en revenir aux enlèvements, j’ai regardé hier soir 29 novembre les informations concernant l’otage qui est une archéologue allemande vivant depuis dix ans en Irak et parlant couramment l’arabe. Elle oeuvrait pour la conservation du patrimoine millénaire du pays. Voici ce que j’ai appris plus précisément : L’Allemagne a été touchée par le phénomène des prises d’otages en Irak. Une Allemande est portée disparue depuis vendredi, a annoncé un porte-parole du ministre des affaires étrangères allemand. La télévision publique allemande ARD a indiqué que son bureau à Bagdad avait reçu une cassette de revendication de l’enlèvement de Suzanne Osthoff, 43 ans, et de son chauffeur irakien dans la région de Ninive. Une photo rendue publique par la télévision montre deux personnes, un homme et une femme, agenouillées et les yeux bandés, entourées de trois hommes masqués. Dans leur message vidéo, les ravisseurs demandent à l’Allemagne de cesser toute collaboration avec le gouvernement irakien et menacent de tuer leurs otages.

Suzanne Osthoff vit en Irak depuis dix ans. Elle a interrompu ses travaux de recherches archéologiques en raison de la guerre et a distribué de l’aide aux populations locales en collaborant à une organisation humanitaire Direkthilfe Irak, selon les indications données par plusieurs médias allemands. Elle avait déclaré au quotidien allemand Neue Osnabrücker Zeitung qu’elle avait reçu des menaces d’enlèvement cet été de la part d’un groupe proche du chef d'Al-Qaida en Irak, Abou Moussab Al-Zarqaoui. Elle avait alors quitté Mossoul pour être mise à l’abri par l’armée américaine dans la zone verte de Bagdad.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré que Suzanne Osthoff avait été vraisemblablement enlevée et a lancé un appel pressant aux ravisseurs pour la délivrer immédiatement ainsi que son chauffeur. S’il était confirmé, cet enlèvement serait le premier concernant un ressortissant allemand depuis la chute de Saddam Hussein, en 2003. L’Allemagne qui s’était opposée à la guerre en Irak sous le chancelier Gerhard Schröder a toujours refusé d’envoyer ses officiers dans ce pays mais participe à la formation de membres des forces de sécurité irakiennes dans les pays voisins.

Par ailleurs, deux Iraniennes enlevées, lundi 28 novembre dans la soirée, avec quatre de leurs compatriotes, ont, elles, été libérées, mardi 29 novembre. Lundi soir, six pèlerins iraniens dont ces deux femmes et deux Irakiens avaient été enlevés par des inconnus armés au nord de Bagdad. Les étrangers circulaient à bord d’un minibus à 70 km au nord de la capitale lorsque leur véhicule a été intercepté par des inconnus armés aux environs de Balad, ville proche de Samarra où se trouve un important mausolée chiite. Depuis la chute de Saddam Hussein, de nombreux Iraniens visitent l’Irak pour se rendre dans les lieux saints chiites. Je disais plus haut que les sunnites exerçaient leurs représailles contre les chiites quand et là où ils le pouvaient, cette information en est une preuve flagrante ainsi que la suivante :  Neuf Irakiens chiites ont été tués mercredi dans une attaque au nord de Bagdad, illustrant l'insécurité continuelle qui règne en Irak.

Face à cette persistance de la violence, le président américain George W. Bush, s’est prononcé contre toute idée de calendrier de retrait des troupes américaines présentes en Irak (160.000 aujourd’hui), s’attirant aussitôt de vives critiques de l’opposition démocrate. Selon un responsable local, les neuf chiites tués étaient des travailleurs agricoles journaliers. Leur bus est tombé dans une embuscade près de Baaqouba (60 km au nord de Bagdad). A Falloujah (50 km à l’ouest de Bagdad), des milliers de personnes ont participé aux funérailles du mufti de la ville, Hamza al-Issaoui, assassiné la veille et les autorités religieuses sunnites ont annoncé un deuil de trois jours. D’autre part, quatre Iraniens enlevés lundi 28 novembre au nord de Bagdad ont été relâchés et se trouvaient mercredi au consulat iranien de Kerbala, au sud de Bagdad, a-t-on appris auprès de l’ambassade d'Iran dans la capitale irakienne. Deux Iraniennes enlevées en même temps qu’eux avaient été libérées la veille.

Lors d’un discours attendu, le président Bush a souligné mercredi à l’Académie navale d’Annapolis (est des Etats-Unis) que le niveau des troupes américaines en Irak dépendait des conditions sur le terrain. Dans un document diffusé par le Conseil à la sécurité nationale, la Maison Blanche se borne à envisager une possible modification du niveau des troupes en 2006 en fonction des progrès des forces irakiennes pour contrôler leur pays. « Certains demandent un calendrier de retrait (...) Mais je pense qu’ils ont tort » a fait valoir le président. « Je ne me satisferai de rien de moins que la victoire complète. » La mission sera achevée « quand les forces de sécurité irakiennes pourront assurer la sécurité de leurs propres citoyens et quand l’Irak ne pourra plus être un refuge pour les terroristes qui préparent de nouveaux attentats contre notre pays » a-t-il dit.

L’armée américaine rémunère secrètement des journaux irakiens pour qu’ils publient des articles rédigés par des militaires américains dans le but d’améliorer l’image des Etats-Unis auprès de la population irakienne, a affirmé mercredi le quotidien Los Angeles Times. D'après le quotidien, des articles rédigés par des militaires et ensuite traduits en arabe sont publiés dans des grands journaux irakiens, avec l’aide d’une société américaine de relations publiques, Lincoln Group.

Ces articles, présentés comme étant rédigés par des journalistes indépendants, vantent le travail des Américains et des Irakiens sur le terrain pour reconstruire l’Irak et dénoncent les actions des insurgés, précise le Los Angeles Times, citant des officiers ayant requis l’anonymat et des documents militaires. Les Etats-Unis ont payé les journaux irakiens en échange de la publication de dizaines d’articles, ajoute le quotidien. Le Pentagone a réagi mercredi en disant qu’il allait examiner ces accusations. « Si tous les éléments de cette histoire sont vrais, il y a des choses que je trouve gênantes » a dit un porte-parole du Pentagone, Bryan Whitman. Selon lui, les pratiques décrites apparaissent en contradiction avec la politique en matière d’information du Pentagone. D’après le Los Angeles Times, des hauts responsables militaires en Irak et au Pentagone ont critiqué ces initiatives soulignant que cela pourrait ruiner la crédibilité des Etats-Unis à l’étranger et au sein de sa propre opinion publique. « Nous cherchons à instaurer les principes de la démocratie en Irak (...) et nous brisons tous ces principes en faisant justement ceci » explique un haut responsable au ministère de la Défense cité par le journal.

Pour ma part et pour ce que je connais des méthodes américaines en Irak, cette information ne me surprend pas du tout. Un gouvernement qui établit des prisons pour incarcérer des prisonniers en Europe sans que l’Union Européenne n’en soit informée est bien capable de manigancer les informations d’un journal irakien à la botte des Etats-Unis. Tenter de maintenir une image de marque est tout de même moins effrayant que de torturer des hommes à l’insu de tous jusqu’à ce que l’information filtre grâce à un journaliste plus perspicace que ses confrères…

Des rebelles ont mené jeudi 1er décembre un spectaculaire coup de main psychologique à Ramadi à l’ouest de Bagdad, tirant sur une base américaine et se déployant dans les rues de la ville qui venait d’être pacifiée en prévision des élections générales du 15 décembre.

Le discours du président américain George W. Bush, qui s’est prononcé contre un calendrier de retrait pré-établi des 159.000 GI’s déployés en Irak a été sévèrement critiqué par le chef radical chiite Moqtada Sadr qui a affirmé que « le peuple irakien veut un tel calendrier. » Selon des habitants de Ramadi (110 km à l’ouest de Bagdad), plusieurs dizaines de rebelles y ont bombardé la base américaine au mortier et aux roquettes et se sont déployés dans les rues avant de s’en retirer.

Dans un communiqué publié sur Internet, le groupe Al-Qaïda en Irak d’Abou Moussab Al-Zarqaoui a affirmé que ses combattants avaient lancé cette attaque. L’armée américaine a minimisé l’importance de ce coup de main mais a reconnu une attaque au lance-roquette contre un poste d'observation américano-irakien qui n'a pas fait de victimes. A deux semaines des élections, cette intervention coordonnée lancée en plein jour par des rebelles constitue un revers psychologique pour les responsables de la sécurité qui ont mené de nombreuses opérations dans la province d’Al-Anbar sur le thème du vote libre. Ramadi, bastion rebelle sunnite, avait fait l’objet il y a quelques jours encore d’une importante opération irako-américaine de reprise en mains.

L’attaque est intervenue au lendemain d'un discours de M. Bush pour qui la mission des GI’s sera achevée « quand les forces irakiennes pourront assurer la sécurité de leurs citoyens et quand l’Irak ne pourra plus être un refuge pour les terroristes qui préparent de nouveaux attentats contre notre pays. » Le calendrier du retrait ne sera pas décidé « par des hommes politiques à Washington » a-t-il ajouté.

« Ce discours est un affront à l’opinion publique internationale, aux Nations unies et au peuple irakien qui a demandé un calendrier de retrait des troupes d’occupation » a rétorqué Moqtada Sadr. Le général américain Martin Dempsey, chargé de la formation des forces irakiennes, a précisé que 33 bataillons irakiens contrôlaient désormais leurs propres « espaces de combat », zones où les GI’s n’interviennent qu’en cas de nécessité. Il a toutefois souligné la nécessité pour l’armée irakienne de s’attirer la confiance de la population et de mettre au pas les milices.

Près d’une semaine après la disparition de cinq Occidentaux en Irak, aucune information n’a été diffusée sur leur sort. L’ambassade des Etats-Unis à Bagdad a appelé à la libération immédiate et inconditionnelle de son ressortissant Thomas Fox, enlevé avec trois autres travailleurs humanitaires samedi à Bagdad, deux Canadiens et un Britannique. L’ONG Christian Peacemaker Teams qui les emploie a lancé un nouvel appel à leur libération. Le Comité des oulémas musulmans (sunnite) a demandé leur libération. Entretemps le meurtre de personnalités politiques sunnites a continué avec la mort d'un responsable du Parti islamique, Nouzad Taher Tawfic, enlevé et tué par des inconnus. Une coalition électorale sunnite, le Front irakien de la concorde, a appelé les forces américaines à se retirer des villes rebelles avant le 15 décembre pour permettre le bon déroulement du scrutin auquel la communauté sunnite a décidé de participer.

Je donne ces informations aujourd’hui, jeudi 2 décembre, et je pense que les choses iront de mal en pis jusqu’au 15 décembre. Je souhaite bien sûr que les élections se déroulent le plus pacifiquement possible, que toutes les communautés y prennent part mais je doute et j’attendrai comme nous tous pour savoir.

 

Le 4 décembre

 

Dix Marines ont été tués dans une explosion à l’ouest de Bagdad, la plus sanglante contre les forces américaines en Irak depuis août, au moment où plusieurs opérations contre les rebelles sont menées dans cette région. Les ravisseurs de quatre otages occidentaux enlevés en Irak ont menacé de les tuer si tous les détenus dans les prisons irakiennes et américaines du pays ne sont pas libérés avant le 8 décembre, a rapporté la chaîne Al-Jazira qui a diffusé vendredi une vidéo.

Les ravisseurs ont donné aux gouvernements irakien et américain jusqu’au 8 décembre pour répondre à leurs exigences, selon la chaîne satellitaire qatariote, qui citait un communiqué reçu avec la vidéo. Tom Fox, 54 ans, Américain, Norman Kember, 74 ans, Britannique, et deux Canadiens, James Loney, 41 ans, et Harmeet Singh Sooden, 32 ans, tous travaillant pour lONG chrétienne Christian Peacemaker Teams, ont été enlevés en Irak samedi dernier par un groupe jusqu’ici inconnu, « les Brigades des Epées du droit. » Les Marines faisaient partie d’une patrouille à pied jeudi lorsqu'un engin artisanal a explosé à proximité, près de Falloujah, à 50 km à l'ouest de la capitale, a annoncé vendredi l’armée américaine. Dix Marines ont été tués et onze blessés. « Sur les onze soldats blessés (...), sept ont repris leur service » selon un communiqué militaire.

Le 3 août, 14 Marines et un interprète civil irakien ont été tués dans une attaque à la bombe visant leur véhicule à Haditha (250 km à l'ouest de Bagdad). Larmée américaine avait mené une offensive denvergure en novembre 2004 contre Falloujah, pour en déloger les rebelles. Dans la région de Falloujah, vendredi 2 décembre, une force combinée irako-américaine a par ailleurs lancé une nouvelle opération contre les rebelles à Ramadi. Deux cents soldats irakiens et 300 Marines mènent cette opération baptisée « Lance » visant à « démanteler » la rébellion et créer les conditions favorables pour les élections du 15 décembre, à Ramadi, capitale de la province occidentale d’Al-Anbar où se trouve aussi Falloujah, a indiqué un communiqué militaire américain. « Lobjectif de lopération est de démanteler les groupes rebelles qui utilisent le secteur de Ramadi comme base pour attaquer les habitants et les forces irakiennes et américaines » a poursuivi le texte.

Entre-temps, 2.000 militaires américains et 500 soldats irakiens poursuivent l’opération « Marteau de fer » dans la région de Hit, à l'ouest de Ramadi, lancée cette semaine. Les forces américaines ont multiplié les opérations dans la vallée de l’Euphrate, s’étendant de la frontière syrienne jusqu’aux approches occidentales de Bagdad, qui est considérée comme la grande voie de ravitaillement en hommes et en matériel de la rébellion. Selon le commandement américain, ces opérations ont permis de saisir une quantité importante d’armes de différents calibres et d’explosifs.

Selon un rapport publié par l’institut américain Washington Institute for Near East Policy, l’insurrection en Irak reste forte et a la capacité de se renforcer à l’avenir, ce qui dément les déclarations du gouvernement américain sur les progrès des forces de la coalition contre les insurgés. « Bien que des milliers d’insurgés aient été tués et que des dizaines de milliers d’Irakiens détenus, les informations sur les incidents et les pertes renforcent le sentiment que l’insurrection n’a jamais été aussi robuste et meurtrière » dit ce rapport.

A l’approche des législatives, les assassinats de personnalités politiques ou religieuses de divers bords se multiplient. Un religieux chiite a été tué et son frère blessé jeudi 1er décembre par des inconnus déguisés en soldats irakiens à Baaqouba, au nord de Bagdad, selon leur famille. Le corps d’un responsable du Parti islamique (sunnite), Nouzad Taher Tawfic, torturé et tué par balles, a été retrouvé le même jour à Kirkouk (nord).

Une semaine après le rapt de l’archéologue allemande Susanne Osthoff avec son chauffeur irakien, Berlin a dit chercher à entrer en contact avec les ravisseurs et sa famille a lancé un appel à la libérer. A Bagdad, le chef radical chiite Moqtada Sadr et le Comité des oulémas (sunnite) ont demandé aussi sa libération. L’ONG Christian Peacemaker Teams qui emploie quatre autres otages occidentaux a aussi lancé un nouvel appel à leur libération.

Le Parti islamique irakien, la plus grande formation politique sunnite, a appelé samedi 3 décembre à la libération des otages occidentaux en Irak, expliquant que de tels enlèvements ternissent l’image de l'Islam et rejaillissent négativement sur ceux qui réclament la fin de la présence militaire américaine. L’organisation non-gouvernementale « Christian Peacemaker Teams » pour laquelle travaillent les quatre missionnaires enlevés le 26 novembre à Bagdad a également appelé samedi à la libération des otages. « Je voudrais leur lancer un appel et leur dire qu'ils se trompent sur l’identité de ces quatre hommes » a déclaré à l'Associated Press (AP) Peggy Gish, de l’ONG basée à Chicago.

Les ravisseurs ont menacé d’exécuter leurs otages, deux Canadiens, un Américain et un Britannique, si les détenus irakiens ne sont pas libérés des prisons américaines et irakiennes, selon la chaîne d’information arabe Al-Jazira. Dans un communiqué, le Parti islamique irakien a de son côté appelé « les ravisseurs à les relâcher car les maintenir en captivité donnera à ceux qui défendent la guerre contre notre pays une chance de dire que les Irakiens ne font pas de différences entre ceux qui les soutiennent et ceux qui sont contre eux. »

Un général de l’armée britannique a été interrogé par la police pour avoir tenté de faire entrave à l’enquête sur la mort d’un soldat en Irak, rapporte dimanche 4 décembre le « Sunday Times. » Le général Peter Wall a été interrogé par la police métropolitaine de Londres sur la mort du sergent Steven Roberts en 2003, selon l’édition dominicale du quotidien britannique. Une porte-parole de la police a confirmé l’existence d’une enquête sur ce décès, mais a refusé de commenter l’identité des personnes interrogées dans le cadre de ces investigations.

Le sergent Roberts, 33 ans, servait dans le 2e Régiment royal de chars britanniques lorsqu’il a été abattu d’une balle dans la poitrine dans le sud de l'Irak le 24 mars 2003. Un Irakien est également mort dans l'attaque. Son décès avait fait la une de la presse britannique car il avait reçu l’ordre de donner son gilet pare-balles à un soldat jugé plus exposé, en raison d’un manque de ce genre d’équipements dans les rangs de l’armée britannique. Or, un rapport balistique a prouvé qu’il aurait survécu avec un gilet pare-balles. L’enquête militaire n’a abouti à aucune inculpation mais, en décembre 2004, le ministre britannique de la Justice a demandé à la police d’ouvrir sa propre enquête.

Dix-neuf militaires irakiens ont été tués et deux autres blessés dans une embuscade tendue samedi 3 décembre à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad. L’attaque qui a eu lieu dans la région d’Adhaim a été précédée par l’explosion d’un engin lors du passage du convoi des soldats, ont précisé des responsables irakiens. A la suite de la déflagration, le convoi a été la cible de tirs nourris.

A Mossoul, des insurgés ont par ailleurs lancé des obus de mortier et des roquettes en direction d’une base américaine à l’aéroport, blessant deux soldats, selon l’armée américaine. L'attaque a été menée à 6h50 locales.

Jeudi 1er décembre, ce sont dix Marines américains qui avaient été tués et 11 autres blessés par l’explosion d’une bombe placée sur une route près de Falloujah. Il s’agissait d’une des attaques les plus meurtrières de ces derniers mois contre les troupes américaines en Irak. Vendredi 2 décembre, un prisonnier irakien âgé de 67 ans est mort alors qu’il était sous la garde des Américains. Selon un communiqué de l’armée diffusé samedi, son décès a été constaté dans un hôpital militaire américain. Aucun autre détail n'a été donné.

Ces deux derniers jours - samedi 3 et dimanche 4 décembre - ont été plus meurtriers pour les forces armées irakiennes que la totalité du mois de novembre, selon les chiffres obtenus par l’agence Associated Press. Selon les chiffres du gouvernement irakien, 17 soldats ont été tués en novembre, contre 25 le mois précédent. Le chiffre de novembre était le plus bas depuis des mois. En comparaison, 84 soldats américains et 102 policiers irakiens sont morts en novembre. Pour la police, il s'agissait du bilan le plus lourd depuis juillet qui avait vu la mort de 134 policiers. Toujours selon le gouvernement irakien, 274 rebelles présumés ont été tués en novembre. Le bilan pour ce qui est des civils irakiens était de 549, soit en très forte hausse par rapport aux 299 du mois d’octobre.

Le procès de Saddam Hussein reprend lundi 5 décembre à Bagdad en présence de plusieurs témoins dans un climat de doutes croissants sur la capacité du tribunal mis en place par les Etats-Unis à satisfaire à la fois l’exigence d’équité et les appels à une condamnation rapide lancés par une majorité d'Irakiens.

Trois à cinq témoins dont les identités seront - pour certains - tenues secrètes, devraient ainsi déposer lundi, a-t-on appris de source américaine proche du Tribunal spécial irakien (TSI) devant lequel l’ancien président et ses sept co-accusés ont comparu six heures depuis le début du procès, le 19 octobre. Dès le premier jour, les débats ont été ajournés au 28 novembre, date à laquelle ils ont été une nouvelle fois repoussés d’une semaine. Ce dernier report a été décidé afin de permettre à deux des accusés – l’ancien vice-président Taha Yassine Ramadan et l’ancien chef des services de renseignement Barzane al Tikriti - de retrouver des avocats après l’assassinat de l’un des défenseurs et la fuite à l’étranger d'un autre. Un autre avocat de la défense a été assassiné depuis le début du procès.

Dimanche 4 décembre, à la veille de la reprise des audiences, l’un des cinq juges a par ailleurs démissionné après avoir découvert que l’un des huit accusés était lié au meurtre de son frère. Il sera remplacé dès lundi ont assuré les autorités. Les audiences qui doivent reprendre aux alentours de 10h00 locales (07h00 GMT) devraient se poursuivrent trois jours durant. Au total, onze témoins doivent défiler à la barre. L’identité de huit d'entre eux sera tenue secrète, ce qui pourrait susciter des doutes sur les droits de la défense à les consulter.

La sécurité reste toutefois la préoccupation essentielle de la communauté internationale qui doute de l’équité du procès dans de telles conditions. « Nous sommes déjà préoccupés par ce que nous avons vu jusqu'à présent, nous sommes préoccupés par le meurtre de deux avocats de la défense et par le fait qu’un autre ait été grièvement blessé » a déclaré John Pace, chargé de la question des droits de l’homme au sein de la Mission d’assistance des Nations unies en Irak. « Nous pensons que les carences dans le mode d’administration de la justice, ajoutées aux antécédents sur les conditions dans lesquelles a été crée ce tribunal, ne permettront pas de garantir un processus susceptible de répondre aux exigences internationales » a-t-il ajouté, en jugeant la « légitimité du tribunal (...) fortement contestée à de nombreux égards. »

Tous les accusés ont plaidé non coupables de crimes contre l’humanité lors de la répression en 1982 d’une tentative d’assassinat de Saddam Hussein qui s'était soldée par la mort de 148 hommes à Doudjaïl, au nord de Bagdad. Ils encourent la peine de mort par pendaison. Depuis le début, la stratégie de la défense est de contester la légitimité du tribunal et Saddam Hussein se comporte lui-même comme s’il demeurait le président de l’Irak, ce qui irrite nombre de ses concitoyens. Le comité de défense de l’ancien homme fort de Bagdad a d’ores et déjà déposé deux nouveaux recours, le premier affirmant qu’il jouit toujours de l’immunité présidentielle et le second, réclamant davantage de temps pour étudier le dossier.

Un ingénieur français a été enlevé par des insurgés armés dans l’ouest de Bagdad, annonce la police irakienne. A Paris, le Quai d’Orsay n’était pas encore en mesure de confirmer cet enlèvement et des appels de l’Associated Press à l'ambassade de France à Bagdad restaient sans réponse dans l’immédiat. Selon les premiers éléments, les ravisseurs à bord de trois voitures ont encerclé l’homme alors qu’il venait de quitter sa maison en voiture dans le quartier ultra-résidentiel de Mansour pour se rendre à son travail dans l’usine d’approvisionnement en eau de Risafa dans le quartier de Karradah dans le centre de la capitale irakienne a dit le capitaine Qassim Hussein de la police irakienne. Selon la police irakienne, cet ingénieur travaillait pour une société française en contrat avant la Compagnie des eaux de l’est de Bagdad pour un projet de canalisation. On ne dispose pas d’autres informations dans l’immédiat : nous sommes quand j’écris le 4 décembre. Il demeure qu’une telle information prouve que certains groupes ne veulent même pas que leurs concitoyens soient assurés de la bonne arrivée d’eau dans leur ville. A l’approche des élections et durant le procès de Saddam Hussein, « vivre en Irak » devient de plus en plus aléatoire.



[1] Le 16 mars 1988, au beau milieu d’une matinée printanière, des bombardiers irakiens font irruption dans le ciel de Halabja, une ville de 60 000 habitants située à l’extrémité sud du Kurdistan irakien, à quelques kilomètres de la frontière iranienne.

La veille, la ville était tombée dans les mains des peshmergas (maquisards) de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de M. Jalal Talabani, soutenus par des Gardiens de la révolution iraniens. Habitués aux offensives et contre-offensives se succédant dans le conflit irako-iranien ravageant la région depuis septembre 1980, les habitants croient d’abord qu’il s’agit d’une opération de représailles classique. Ceux qui en ont le temps se réfugient dans des abris de fortune. Les autres sont surpris par des bombes chimiques que des Mirage et des Mig irakiens déversent, vague après vague. Une odeur nauséabonde de pomme pourrie envahit Halabja. A la tombée de la nuit, les raids aériens cessent et il se met à pleuvoir. Les troupes irakiennes ayant détruit la centrale électrique, c’est à la lumière des torches que les habitants partent à la recherche des leurs, morts, dans la boue.

Le spectacle qu’ils découvrent le lendemain est épouvantable : des rues jonchées de cadavres, des gens frappés par la mort chimique au milieu des gestes ordinaires de leur vie, des bébés tétant encore le sein maternel, des enfants tenus par la main par leur père ou leur mère immobilisés, comme dans un instantané, pétrifiés sur place. En quelques heures, il y a eu 5 000 morts, dont 3 200, n’ayant plus de famille, sont enterrés dans une fosse commune.

Les images de ce massacre font le tour du monde grâce à des correspondants de guerre iraniens, relayés par la presse internationale qui se rend sur les lieux et accorde une certaine place à cet événement sans précédent. Car l’usage des armes chimiques est formellement prohibé par la convention de Genève de 1925 - seule l’Italie de Benito Mussolini a enfreint cette interdiction durant sa guerre d’Abyssinie. Cette fois, c’est contre sa propre population qu’un Etat use de gaz chimiques...

 

 

 [2] Voici un exemple pour illustrer ce que je suis entrain d’écrire : L’armée américaine a annoncé avoir lancé lundi 31 octobre, avant l’aube, un raid aérien contre un repaire d’un chef d’Al-Qaida à Karabila, près de la ville d’Al-Qaïm, sur la frontière entre l’Irak et la Syrie. Selon les sources locales, le raid a fait plusieurs victimes civiles. Le moment choisi pour lancer l’attaque et les munitions de précision étaient destinés à éviter des pertes civiles a souligné un porte-parole de l’armée américaine.