N’oublions
jamais qu’Ingrid Bétancourt est retenue en otage depuis de
trop longues années et que nous devons tous nous unir pour
obtenir sa libération.
Des
septuagénaires et des adolescents réunis pour s’initier à
l’informatique : cette initiative revient à la maison de
retraite Le Foyer du romarin, à Clapiers (Hérault). Après
avoir créé dans son établissement un cybercafé ouvert aux
habitants du village, Michel
Aimonetti,
le directeur, s’est lancé dans l’organisation de « cafés
des âges. » Celui du 26 novembre lançait le débat
avec un film de Marcel Jeanneteau, Grand, petit, qui
montre des enfants sur leurs lieux de loisirs (fête foraine,
plage) s’exprimant sur les métiers qu’ils aimeraient
faire plus tard et, en parallèle, des résidents du Foyer du
romarin, évoquant les jeux de leur enfance et les professions
qu'ils avaient exercées. L’idée de créer des forums sur
le thème du vieillissement est née en Belgique, avec les
« cafés gérontologiques » lancés à
l'initiative du gouvernement. Les participants de tous âges y
débattent de sujets comme l’amélioration de la qualité
des maisons de retraite et des services d’aide à domicile,
le soutien à apporter aux familles en cas de dépendance de
leurs parents...
L’initiative
française, d’origine associative, est davantage centrée
sur les relations entre les générations. Il s’agit de
faire émerger des témoignages, des idées, des projets pour
amener les politiques à prendre en compte le fait qu’on vit
plus longtemps et qu’être vieux ne signifie pas avoir moins
d’exigences qu’à 35 ou 45 ans. « Nous avons préféré
l’appellation « café des âges » pour des
raisons de convivialité » explique Jean-Michel
Caudron, secrétaire général de l’association Vieillir
c’est vivre, qui coordonne l’opération. Cette structure a
été fondée en avril par Paulette Guinchard-Kunstler, secrétaire
d’Etat chargée des personnes âgées dans le gouvernement
de Lionel Jospin et députée (PS) du Doubs, et Denis Jacquat,
député (UMP) de Moselle. « Après mon passage au
gouvernement, j’ai voulu me mobiliser pour qu’on ne considère
plus la vieillesse sous le seul angle médical et que la réflexion
sur le sujet ne reste pas l’apanage des professionnels »
explique Madame Guinchard-Kunstler.
Les
« cafés des âges » ne se tiennent pas forcément
dans des cafés. Ils sont hébergés par des mairies, des
maisons de retraite, des centres sociaux, des associations. En
revanche, leur déroulement est codifié : un livre, un film
ou un témoignage servent de point de départ à la
discussion, qui se clôt sur un verre de l’amitié - sans
alcool !
Le
premier « café » parisien a réuni le 19 juillet
une vingtaine de participants appelés à commenter l’appel
« Vieillir c’est vivre » et le diaporama qui
l’accompagne. Françoise, 70 ans, pharmacienne à la
retraite, est interpellée par une image montrant une femme au
visage ridé. « Effacer les rides vous effacerait le
sourire » dit-elle. Son métier lui a appris que les
femmes sont très sensibles aux publicités pour les crèmes
anti-âge. « C'est la dictature du jeunisme renchérit
Monique, 72 ans. Pour vieillir heureux, il faut savoir redéfinir
ses priorités. » Quant à Pierre, médecin gérontologue
qui rencontre aussi des adolescents dans les établissements
scolaires, il est convaincu que le dialogue abolit la barrière
des âges.
Lors
du « café des âges » de Clapiers, les aînés se
sont montrés préoccupés de l’image qu’ils offrent aux
jeunes, l’un d’eux citant même une des Stances à
Marquise de Corneille : « Marquise, si mon
visage/ A quelques traits un peu vieux,/ Souvenez-vous qu’à
mon âge/ Vous ne vaudrez guère mieux. » « On
est toujours le vieux de quelqu'un » a relativisé
M. Aimonetti, évoquant « un sondage auprès de 400
enfants de 10 à 13 ans, qui montrait qu’un tiers d’entre
eux se sentent vieux en quittant la maternelle, en cessant de
croire au Père Noël ou en redoublant une classe. »
L’important
est de conserver une activité, comme ce retraité allemand
qui, dans le film de Marcel Jeanneteau, continuait à
pratiquer le vol à voile. « On peut créer à tout
âge, quel que soit le domaine, de manière individuelle ou
collective » estimait Jacqueline Tamagna qui anime
des ateliers intergénérationnels d’écriture. « Et,
si possible, produire aussi pour les autres » a
ajouté une autre participante, évoquant une retraitée
artiste peintre qui avait organisé une exposition de ses
oeuvres à la maison de retraite. « Tout cela est réalisable,
à condition d’ouvrir vers l’extérieur les structures
pour personnes âgées et de ne pas multiplier les obstacles
qui les isolent » a conclu un troisième. Ces
propositions figureront sans doute en bonne place dans un
premier bilan des « cafés des âges » prévu en
juin 2006.
Je vis depuis
peu dans une résidence hôtelière de Vincennes où mes
nouveaux amis et amies ont environ de 70 à 90 ans. Certains
ont des problèmes physiques ou psychosomatiques, d’autres
sont tout à fait aptes à tenir des conversations, jouer au
bridge, au scrabble, au gin et à d’autres jeux que je ne
connais pas moi-même. Nous disposons d’un bar où prendre
le café en bavardant est notre plaisir quotidien. C’est
principalement là que nous apprenons la vie des uns et des
autres et nous intéressons à un passé souvent plein de
rebondissements et d’aventures. Nous disposons d’une salle
de jeux, d’une salle de billard, d’une salle de
musculation et de salons accueillants. Des films sont donnés
plusieurs fois par semaine, des concerts et des conférences
également. Des sorties accompagnées nous sont proposées au
théâtre, au musée ou à l’occasion d’évènements plus
prestigieux comme celui du Cadre Noir de Saumur…
Nous vivons
sans aucune contrainte dans nos appartements qui donnent sur
des jardins où s’ébattent de nombreux petits oiseaux, nous
déjeunons et dînons à notre aise dans un joli restaurant,
servis avec convivialité par des jeunes femmes et des jeunes
gens qu’envieraient de nombreux établissements et ceci sans
mesurer leur sourire au montant du pourboire qu’ils seraient
en droit d’espérer. Sabine qui préside à nos destinées
est toujours disponible pour nous entendre et nous conseiller.
Comme un de mes livres vient d’être accepté par L’Harmattan,
elle m’a même proposé de faire la signature ici-même et
je suis entrain de considérer son offre avec reconnaissance
et plaisir.
Je ne dis pas
que je nage tous les jours dans la joie, pas plus que les
autres résidants d’ailleurs car nous avons comme tout le
monde nos joies et nos peines : Je vais être arrière-grand-mère
d’une petite fille dans quelques jours, ce qui est le présage
d’un grand bonheur mais ma famille est dispersée de par le
monde - mon fils cadet vit à San Francisco - et si je l’ai
vu il y a trois semaines environ, ce n’est pas un plaisir
qui m’est souvent donné. Je me fais beaucoup de souci pour
mon frère cardiaque et plus âgé que moi de trois ans. Je ne
suis pas toujours moi-même en pleine forme mais quand je me
retrouve à midi entre deux amies dont l’une a des problèmes
de dos et l’autre mange si peu que je me penche parfois vers
elle pour l’encourager à vider un peu plus son assiette, je
crois que je serais bien ingrate de me plaindre.
En tout cas,
songeant à ces « cafés des Ages », je vais peut-être
suggérer à Sabine d’en organiser un parmi nous. Ainsi,
nous pourrions parler de nos problèmes, de nos idées, de nos
familles, de nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants,
des livres que nous lisons, des émissions et des programmes
que nous écoutons… Je suppose néanmoins que le risque de
telles rencontres est qu’elles dégénèrent et que certains
dénigrent leurs voisins, ce qui ne serait pas de bon augure
dans une telle entreprise. Un exemple de la déroute
psychosomatique de certains résidants : une dame se
plaint d’être assaillie par les avances d’un Monsieur
Victor et un jour ils en sont pratiquement venus aux mains. Je
supposais que le lendemain la dame irait s’asseoir à une
autre place puisque la scène l’avait plongée dans les
larmes et les tremblements… Mais non, elle a depuis
l’incident conservé la même place et je crois qu’elle se
plaît dans cette situation équivoque. Le problème est que
nous vivons ensemble et que peut-être certains d’entre nous
se connaissent un peu trop ! De toutes façons, j’ai pu
ainsi évoquer notre « maison » qui est
suffisamment conviviale pour qu’au bout de peu de temps, je
m’y sente presque comme chez moi. Allons, quelques semaines
de plus et les problèmes que j’ai plus ou moins bien assumés
s’estomperont dans le ciel qui regarde mes arbres et mes
oiseaux.
…Quelques
semaines ont passé mais je n’ai pu effacer complètement le
fait que je ne vivais pas véritablement, qu’en fait je
survivais même si la naissance d’une adorable petite Esther
est venue me rappeler que j’étais maintenant à la tête de
quatre générations. Je me souviens dans les instants de
spleen que jusqu’à quatre-vingts ans j’ai beaucoup voyagé,
en voiture surtout, afin de ne rien perdre du paysage que ce
soit en France dans mes chères Cévennes, en Bretagne quand
les genêts sont en fleurs, en Corse où les langoustes de
Bonifacio enchantèrent mon palais de gourmette, en Dordogne
dont les eaux reflètent l’image des châteaux qui les
surplombent… aux Etats-Unis où j’aimais regarder les pêcheurs
de la rivière Maine et leurs lignes argentées ou admirer les
canyons du Colorado, en Anatolie où je retrouvais chaque année
le jardin de Nevzyie, à la Pointe de Bic sur le Saint-Laurent
où je regardais au loin les bélugas et leur dos blanc qui se
détachaient sur la mer, à Rimouski dans la presqu’île de
Gaspésie où je jouais au scrabble avec les religieuses de
l’abbaye, en Acadie où je me souvenais du « Grand dérangement »
voulu par les Anglais qui exilèrent en masse les habitants
vers la Louisiane, en Egypte où par deux fois je fus prise
dans une tempête : de sable à Assouan, sur le Nil à
Louxor… J’ai tant aimé la neige et fait avec le chef des
guides de Chamonix toutes les variantes des Grands Montets,
skié en Colombie britannique ainsi qu’à travers les
sommets du Colorado, joué au golf en France, en Espagne, au
Portugal, en Ecosse, au Québec, en Acadie et aux Etats-Unis,
en Floride comme en Californie. Oui, il y a deux ans à peine,
j’étais encore une adulte à part entière, je décidais de
mon avenir et j’assumais tous les actes de ma vie, qu’ils
fussent bons ou mauvais. J’observais le monde qui
aujourd’hui doit venir à moi par le biais des médias qui
évidemment sont riches en informations mais ne sont pas la réalité
que j’appréhendais chaque jour.
Comme les
autres résidents, je me sens assistée, protégée par
d’autres personnes alors que naguère je ne devais compter
que sur moi-même. Et puis j’ai déjà ressenti quelque
amertume à voir partir des gens qui, pour fugace qu’ait été
leur passage dans mon existence, m’avaient attendrie telle
cette Madame Denoyel qui, ne pouvant plus vivre sans aide, est
soudain partie pour une résidence médicalisée. Elle était
assise à côté de moi au restaurant et - comme je l’ai dit
- je l’encourageais à manger un peu plus quand soudain elle
s’arrêtait, n’ayant plus faim ou ne sachant plus très
bien ce qu’elle faisait là, assise au milieu des ces
personnes qu’elle ne reconnaissait plus. Je lui découpais
sa viande ou lui préparais son poisson et elle avait une
jolie parole pour me remercier. Je suis sûre que dans sa
nouvelle résidence, elle recevra une aide quotidienne et
n’aura plus un sens quelconque des responsabilités qui nous
incombent encore pour combien de temps…
Le plus dur
pour moi, ce sont les après-midi. Le matin, je
m’installe devant mon ordinateur et les mots sont encore là
pour m’aider à me souvenir d’autrefois, de naguère,
d’aujourd’hui tout en n’oubliant pas que demain est
rempli d’incertitudes qui me hantent parfois. Que va-t-il
arriver en Irak après les élections ? L’Iran dont le
président, à l’instar de le Pen, a nié la Shoah, prépare-t-elle
un mauvais coup contre Israël ? Gare à Téhéran dans
ce cas ! Le sida va-t-il croître encore en Afrique ?
Les enfants pakistanais vont-ils mourir cet hiver dans leur
montagne faute de soins, de victuailles et de couvertures ?
Les villages détruits par le tsunami vont-ils être
reconstruits avant les grands hôtels touristiques ?
L’indisposition de Sharon aura-t-elle un impact sur les évènements
du Moyen Orient ? Les Allemands qui ont obtenu la libération
de l’archéologue Susanne Osthoff font-ils mieux que les
Français qui n’ont pas encore obtenu d’informations sur
l’enlèvement de l’ingénieur Planche ?…
Le matin, je suis à peu près la même personne
qu’autrefois mais quand arrive l’heure du déjeuner, je
bascule dans un autre monde et j’observe autour de moi les
messieurs et les dames âgés qui souvent ne feront rien de
plus que d’écouter la radio, attendre les films et les conférences
jusqu’au dîner du soir. Pour ma part, je joue au bridge et
au scrabble dans un club mais je le fais sans joie et pense à
l’inutilité de ma vie présente. C’est alors que la résidence
ne m’apparaît plus comme un havre mais comme une préparation
que je ne puis situer dans le temps à un au-delà auquel je
ne crois pas. Je me dis que Sabine et toutes ces gentilles
serveuses, qu’Ernesto, le factotum qui m’a aidée à
mettre en place mes nouveaux appareils, ne sont que des
« pré-anges » et que je ne suis plus dans le
monde mais entre deux mondes, l’un qui m’est trop familier
dans lequel j’ai vécu trop d’aventures, l’autre, cet
inconnu qui ne me dit rien qui vaille. Je n’éprouve plus la
joie de simplement vivre sans penser aux lendemains qui, pour
moi, ne chanteront plus.