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Vivre en Irak (2)

 

par Lise Willar   

 

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 N’oublions jamais qu’Ingrid Bétancourt est retenue en otage depuis de trop longues années et que nous devons tous nous unir pour obtenir sa libération.

La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, arrivée vendredi 11 novembre en Irak pour une visite surprise, a appelé les sunnites irakiens à s’exprimer au sujet des prochaines élections en Irak, estimant que « les différences peuvent représenter une force. » La résurgence des rivalités ethniques entre sunnites, chiites et kurdes et les luttes factionnelles qui agitent l’Irak depuis la chute du régime de Saddam Hussein menacent toujours de déstabiliser l’organisation des élections pour l’instauration d'un gouvernement permanent, prévues le 15 décembre prochain.

« Nous soutenons les principes de la démocratie et les efforts visant à combler les différences entre les Irakiens » a déclaré Mme Rice à l’issue d’une réunion avec le Premier ministre irakien, Ibrahim al-Jaafari. Les divisions « peuvent être des différences d’histoire ou de tradition, de culture ou d’ethnies mais dans un processus démocratique, ces différences peuvent être une force plutôt qu’un handicap » a-t-elle poursuivi.[1]

La secrétaire d’Etat américaine semblait être réservée sur la tenue éventuelle d’une conférence de réconciliation organisée par la Ligue arabe. Une réunion de préparation avec la participation d’hommes politiques irakiens - sunnites, chiites et kurdes- devrait avoir lieu le 19 novembre prochain au Caire. « J’espère que ceux qui participeront à la conférence de la Ligue arabe reconnaîtront qu’ils y participent avec un gouvernement irakien qui a été élu » a-t-elle souligné, insistant sur l’importance du rôle du gouvernement irakien.

Arrivée en avion en Irak, Mme Rice s’est rendue à Mossoul, dans le nord, en hélicoptère. Lors de sa visite, elle a notamment rencontré plusieurs hauts responsables sunnites dont le vice-président Ghazi al-Yawer ainsi que des membres des équipes de reconstruction provisoire - unités rapides, civiles et militaires, chargées d’intervenir à la suite d’une attaque de l’insurrection pour rétablir l’ordre. « Si l’Irak ne réussit pas et si l’Irak devient un lieu de désespoir, des générations d’Américains seront également condamnées à avoir peur » a-t-elle affirmé lors d’une cérémonie en l’honneur de ces nouvelles équipes. « Alors nos destins et nos avenirs sont très liés. »

Il s’agissait du deuxième déplacement de la secrétaire d’Etat américaine en Irak depuis sa nomination dans l’administration Bush. Vendredi, Condoleezza Rice a également déclaré qu’elle pourrait se rendre en Jordanie au cours de sa tournée au Proche-Orient pour manifester la solidarité de Washington avec un allié arabe dans la lutte contre le terrorisme. La tournée de Mme Rice, prévue avant les attentats en Jordanie, inclut un arrêt à Bahrain, en Arabie saoudite, en Israël et en Cisjordanie.

A l’approche des élections législatives prévues le 15 décembre en Irak, le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a effectué samedi une visite surprise à Bagdad pour y rencontrer les dirigeants irakiens et appeler à la réconciliation nationale.

Par ailleurs, un site Internet tenu par des responsables du parti Baas, formation au pouvoir en Irak jusqu’à l’invasion américaine, a confirmé dans la journée la mort d’Izzat Ibrahim al-Douri, ancien bras droit de Saddam Hussein et plus haut responsable de l’ancien régime de Bagdad encore en liberté.

Kofi Annan qui effectuait sa première visite en Irak depuis le renversement du régime de Saddam Hussein a rencontré le Premier ministre Ibrahim al-Jaafari, le vice-Premier ministre Rousch Chaouays, l’ancien Premier ministre Ayad Allaoui, des dirigeants politiques et communautaires ainsi que des employés des Nations unies. Il a profité de ce déplacement pour apporter son soutien à la conférence de réconciliation nationale que la Ligue arabe propose d'organiser au Caire à une date non encore fixée. « La réconciliation est absolument vitale en Irak » a déclaré le patron de l’ONU en précisant que son organisation soutenait tous les efforts destinés à ramener la paix dans le pays.

Toutefois, les chiites ont réaffirmé leur réticence à l'égard d’une conférence à laquelle seraient invités tous les groupes sunnites. Ainsi, le chef du principal parti chiite irakien, Abdul-Aziz al-Hakim, a expliqué à Kofi Annan que sa formation ne souhaitait pas la présence d’anciens proches de Saddam Hussein, de membres de l’ancien régime et de mouvements religieux sunnites radicaux soupçonnés de soutenir les attentats suicide qui visent les civils dans le pays. Cette position a déjà été exposée par d’autres responsables chiites et kurdes irakiens qui se méfient de la Ligue arabe, de crainte qu’elle ne favorise les sunnites. En effet, la plupart des pays arabes sont à majorité sunnites, ce qui n’est pas le cas de l'Irak et de ses 60% de chiites.

De son côté, le Premier ministre Ibrahim al-Jaafari, lui aussi chiite, a dit à Kofi Annan que les autorités irakiennes souhaitaient que l’ONU les aide à organiser les élections du 15 décembre, en promouvant la démocratie et en améliorant l’efficacité des forces de sécurité irakiennes dans leur lutte contre les insurgés sunnites. La visite de Kofi Annan fait suite à celles du secrétaire britannique au Foreign Office Jack Straw jeudi et de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice vendredi. Le chef de la diplomatie britannique et son homologue américaine ont tous deux appelé la population irakienne à participer au prochain scrutin.

La journée de samedi a également été marquée par un nouvel attentat à la voiture piégée qui a fait huit morts dont une mère et sa fille de huit ans et 21 blessés devant un marché d'un quartier chiite de Bagdad, selon la police.

Par ailleurs, un site baassiste a confirmé dans la journée le décès d’Izzat Ibrahim al-Douri, annoncé la veille par un communiqué du parti Baas diffusé par courrier électronique. Al-Douri était considéré par les Américains comme l’orchestrateur de la résistance aux forces de la coalition et le principal chaînon du lien réunissant d’anciens cadres du régime déchu et des extrémistes islamistes. Le site baassiste décrit d'ailleurs al-Douri comme « commandant sur le terrain de la résistance héroïque. » On ignore toutefois si cet homme à la santé fragile depuis des années, âgé de 63 ans, jouait encore un rôle direct dans l’organisation de la guérilla. En juin, le gouvernement irakien affirmait qu'Al-Douri avait perdu de son influence parmi les insurgés pro-Saddam. L’annonce du décès n'a pu être vérifiée de manière indépendante. Interrogé, Abdul-Rahman Mohammed Ibrahim, neveu et gendre d’al-Douri, a précisé qu’il ne disposait pas de confirmation directe du décès. Toutefois, certains proches de Saddam Hussein vivant hors d'Irak considéraient l’information comme exacte. Le Premier ministre irakien Ibrahim al-Jaafari a dit ne pas pouvoir la confirmer mais a jugé que, si elle était vraie, elle aurait « un effet positif sur l’Irak et un effet négatif sur les résidus de terrorisme. »

Deux personnes ont été tuées dans un attentat commis lundi 14 novembre près de la Zone verte, secteur ultra-protégé de Bagdad et symbole du pouvoir, tandis que les forces américaines et irakiennes multipliaient les offensives contre les foyers rebelles avant les législatives du 15 décembre. Dautre part, des unités américaines soutenues par des soldats irakiens ont effectué, sans résultat apparent, des recherches dans trois localités de la province de Salaheddine au nord de Bagdad, pour trouver la trace du numéro 2 de l’ex-régime, Ezzat Ibrahim, quatre jours après l’annonce de sa mort présumée.

Deux Sud-africains travaillant pour une société de sécurité ont été tués et trois autres personnes blessées, un Américain, un Sud-africain et un Irakien, dans l’attentat à la bombe près de la Zone verte à 09H10 (06H10 GMT), selon l’ambassade des Etats-Unis. L’armée américaine a indiqué que l’attaque avait été commise à l’aide d’une bombe artisanale contre un convoi de voitures tout-terrain d’une firme de sécurité privée se dirigeant vers l’une des entrées de la Zone verte appelée « porte des Assassins » par les Américains. L’explosion a été suivie par des tirs nourris d’armes automatiques dans le secteur situé entre le siège de l’ambassade d'Iran et ladite porte des Assassins. La Zone verte abrite les bureaux du gouvernement irakien ainsi que les sièges des ambassades des Etats-Unis et de Grande-Bretagne.

Les violences en Irak ont également tué quatorze Irakiens, notamment à Bagdad et dans l’ouest du pays. A quatre semaines des élections législatives, l’armée américaine a annoncé qu’elle multipliait les opérations militaires contre les foyers rebelles dans plusieurs provinces à majorité sunnite, du nord, du sud et de l’ouest du pays.

L'offensive irako-américaine « Rideau d’acier » lancée il y a dix jours à la frontière avec la Syrie (ouest), s’est étendue à Oubaïdi où des combats se déroulant depuis l’aube ont fait 50 morts parmi les rebelles, selon un communiqué militaire américain. Les combats à Oubaïdi, « un centre de transit et d’entraînement pour les terroristes » selon l'armée, marquent la troisième phase de l’offensive qui vise à établir une présence militaire permanente à la frontière pour stopper l’infiltration de combattants étrangers de Syrie, selon les autorités. Les deux premières ont permis de « nettoyer » les localités de Houssaybah et Karabilah et d’y établir une présence militaire permanente a indiqué l’armée américaine selon laquelle plus 100 rebelles ont été arrêtés.

A Baaqouba, une opération coup de poing, baptisée « K.O. » et menée par des unités spéciales irakiennes s'est soldée par 370 arrestations qui ont provoquée une manifestation de sunnites dans cette ville située au nord de Bagdad. Ces opérations ont provoqué un tollé au sein de la communauté arabe sunnite dont certains dirigeants se sont empressés de dénoncer « une campagne visant des personnalités nationalistes sunnites dans le but d’entraver la participation » de leur électorat aux législatives.

Dans un rapport publié à Bagdad, l’Onu a souligné que les opérations en cours avaient « un effet dévastateur sur la population civile » et « contribuaient à provoquer le déplacement et la souffrance de milliers de familles. » Le rapport a insisté en outre sur la menace que représente pour les civils « la prolifération de milices et de groupes criminels ou terroristes. »

Par ailleurs, une source proche du Haut Tribunal pénal irakien chargé de juger le président déchu Saddam Hussein a affirmé que la prochaine audience du procès était toujours fixée au 28 novembre malgré le boycottage de ses travaux par les avocats de la défense.

Enfin, un responsable de la Ligue arabe a annoncé que le Premier ministre irakien Ibrahim Jaafari assisterait à l’ouverture de la réunion préparatoire de la conférence de réconciliation irakienne, prévue le 19 novembre au Caire. Plusieurs chefs de la diplomatie arabe dont ceux de Jordanie et de Syrie y seront présents, selon lui.

Des formations sunnites irakiennes ont réclamé mercredi une enquête internationale indépendante dans l’affaire de mauvais traitement de détenus dans un centre relevant du ministère de l’Intérieur à Bagdad. Le Comité des oulémas, principale association religieuse sunnite, a accusé « les services du ministère de l’Intérieur de pratiquer la torture et de libérer les prisonniers moyennant une somme d’argent. » « Le gouvernement ne peut être juge et partie. Ce cas n’est pas isolé et nous réclamons une enquête internationale pour mettre un terme à ces exactions » a affirmé cheikh Abdel Salam al-Koubaïssi, responsable des relations extérieures du comité. Le Parti islamique, principale formation politique sunnite, a également appelé à une enquête internationale. « Nous souhaitons une enquête impartiale et internationale car nous avons des doutes sur l’implication de parties haut placées dans le gouvernement dans cette affaire » a déclaré le porte-parole du parti Ayad al-Samarraï, sans nommer ces parties. « Nous avons affirmé depuis un certain temps qu’il y avait des arrestations sans aucune base légale et que des violations des droits de l'Homme, notamment des cas de torture, étaient commises par des services officiels » a-t-il dit. « Lenquête doit déterminer si ces violations sont le fait de services officiels surtout que le centre concerné relève du ministère de l’Intérieur » a-t-il souligné. Pour Ayad al-Samarraï, « il est préférable dans ces circonstances que l’enquête soit impartiale et internationale surtout que d’autres enquêtes menées dans le passé sur des cas de violations similaires n’ont rien donné. »

Le Comité des oulémas affirme « avoir des témoignages enregistrés et filmés de détenus libérés qui ont été torturés. » « Nous avons remis à Amr Moussa (secrétaire général de la Ligue Arabe) ces documents lors de sa visite à Bagdad le 20 octobre » a dit cheikh Koubaïssi. Il a accusé « des services du ministère de l’Intérieur d’interpeller les gens la nuit chez eux, sous l’accusation d’être des terroristes puis d’extorquer sous la torture des aveux dont des passages sont retransmis à la télévision. » Plusieurs sont libérés après un ou deux mois « moyennant argent et sans qu’une quelconque preuve ait été retenue contre eux » a ajouté M. Koubaïssi.

Près de 170 imams du Comité des oulémas « sont détenus sans jugement dans les labyrinthes du ministère de l'Intérieur » a-t-il affirmé, ajoutant qu’ « après maintes démarches auprès du gouvernement pour accélérer la procédure judiciaire, un seul a été libéré et transféré dans un hôpital d’Amman pour y être soigné d’une embolie cérébrale. » « Un autre détenu, Hareth al-Samarraï, arrêté le 17 juillet et libéré il y a deux semaines, a indiqué avoir payé 110.000 dinars (environ 80 dollars) pour être libéré » a dit le responsable du comité des oulémas, ajoutant qu’à sa libération, ce détenu « était une loque et portait les traces des chocs électriques sur son corps. »

Le Premier ministre Ibrahim Jaafari a ordonné mardi une enquête sur 173 cas de détenus emprisonnés sans décision de justice, qui souffraient selon lui de sous-alimentation et qui ont fait l’objet de tortures. Selon une source officielle les détenus, en majorité des sunnites, avaient été découverts dimanche par des soldats américains dans un bâtiment appartenant au ministère de l’Intérieur.

Illustration du malaise croissant des républicains face à la situation en Irak, le Sénat des Etats-Unis a adopté une résolution préconisant que les Irakiens commencent l’an prochain à assurer leur propre sécurité afin de permettre un retrait progressif des forces américaines. Le Sénat à majorité républicaine a en revanche rejeté une motion démocrate demandant au président George Bush de soumettre un calendrier de retrait des forces américaines, ce à quoi il est farouchement opposé. Les sénateurs se sont prononcés par 79 voix contre 19 en faveur de cette résolution qui souligne que l’année 2006 « doit être une période d’importante transition vers la pleine souveraineté de l’Irak. » Au cours de cette période poursuit le texte « les forces de sécurité irakienne prendront le premier rôle pour assurer la sécurité d’un Irak libre et souverain, créant ainsi les conditions au redéploiement progressif des forces américaines hors d’Irak. »

En visite au Japon, George Bush a estimé que ce vote était positif parce que les sénateurs ont rejeté l’idée d’un calendrier de retrait défendue par les démocrates. « Il est important que nous réussissions en Irak (...) La seule raison qui pourrait nous en empêcher serait de perdre notre sang froid et d’autoriser les terroristes à nous chasser d’Irak en tuant des innocents » a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre japonais, Junichiro Koizumi.

Invité avant lui à réagir à ce vote, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, avait déclaré qu’il ne considérait pas que la résolution du sénat traduisait une impatience croissante quant à l’issue de l’intervention militaire en Irak. « Si l’opinion américaine, et c’est compréhensible, veut savoir quand nos forces pourront quitter l’Irak, je crois qu’elle ne souhaite pas que nous partions tant que la mission n’aura pas été achevée » avait-il ajouté lors d’une conférence de presse au Pentagone. La résolution, proposée par le camp républicain, était très proche d’un texte proposé par les démocrates, à l’exception du calendrier de retrait réclamé par ces derniers. « Aujourd'hui, vous avez assisté à un vote de censure de la politique que mène l’administration Bush en Irak » a interprété le chef de file des sénateurs démocrates, Harry Reid.

John Warner, président républicain de la commission des forces armés, a souligné pour sa part que cette résolution visait à dire aux Irakiens : « Nous avons accompli notre part, maintenant, c’est à vous de relever le défi. » Parmi les 19 sénateurs ayant rejeté ce texte, le républicain Lindsey Graham a estimé qu'il adressait « un mauvais signal » à l’insurrection irakienne. Le sénateur de Caroline du Sud y voit en outre « l’écho d’une certaine nervosité à l’égard de la perception que l’opinion a du cours de la guerre et de ses conséquences sur les élections (de mi-mandat) de l'année prochaine. » Le contingent américain actuellement déployé en Irak compte quelque 160.000 hommes. George Bush a refusé de préciser tout calendrier de retrait, expliquant qu’une telle annonce ne ferait que renforcer la détermination des insurgés.

Le Pentagone a reconnu mercredi 17 novembre avoir utilisé des munitions au phosphore blanc dans l'offensive de 2004 contre la ville irakienne de Falloudja mais a tenté de justifier la légalité de ce type d'armement. Substance incendiaire qui émet une vive lumière quand elle est exposée à l'air, le phosphore blanc est utilisé par les militaires pour marquer des cibles, éclairer des zones de combat ou, à l’inverse, dissimuler des mouvements de troupes mais l’usage d'armes incendiaires contre des populations civiles est interdit par la Convention de Genève, notamment par un protocole additionnel datant de 1983.

Selon un documentaire diffusé au début du mois par la télévision publique italienne, c’est pourtant ce qu’auraient fait les forces américaines lors de l’offensive de novembre 2004 contre Falloudja, bastion des insurgés irakiens situé à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Bagdad. « Nous démentons catégoriquement cette affirmation » a affirmé mercredi le lieutenant-colonel Barry Venable, porte-parole du Pentagone. Un de ses collègues, Bryan Whitman, a reconnu cependant que les bombes au phosphore blanc faisaient partie des stocks d’armes conventionnelles des forces américaines. « Nous les utilisons comme nous utilisons tout autre type d'armes conventionnelles » a-t-il ajouté.

Dans le cas précis de Falloudja, Venable a indiqué que « les forces américaines avaient utilisé du phosphore blanc à la fois dans des opérations classiques de criblage (...) mais aussi lorsqu’elles ont été confrontées à des insurgés retranchés dans des positions à couvert dont elles ne pouvaient les déloger autrement. » Les militaires qualifient cette technique de « shake-and-bake » (secouer et cuire) : des obus au phosphore blanc sont tirés sur des positions ennemies pour faire fuir ses occupants, lesquels s’exposent alors à un intense tir d’artillerie. Mais pour Daryl Kimball, directeur de l’Arms Control Association, basée à Washington, il n’est pas évident que cet usage soit conforme à la convention internationale sur les armes conventionnelles. « Les armes au phosphore blanc ne devraient pas être employées comme n’importe quelle autre arme conventionnelle » estime-t-il, appelant à une étude indépendante des règles d’engagement de tel ou tel type d’armement en vigueur dans les rangs des forces américaines.

Dans le documentaire de la RAI, Jeff Englehart, présenté comme un ancien soldat de la Première division d’infanterie qui aurait pris part à l'offensive contre ce bastion de l'insurrection, à une l’ouest de Bagdad, évoque « des corps brûlés, des enfants et des femmes brûlés. » Au moment de la diffusion, un porte-parole des forces américaines à Bagdad, le lieutenant-colonel Steven Boylan, avait dit ne pas se souvenir de l’utilisation de phosphore blanc à Falloudja.

Je me dis une fois de plus : Je ne sais pas s’il fait bon vivre aujourd’hui en Amérique quand on est musulman, sunnite ou chiite, mais il est certainement risqué de vivre en Irak et je crois me souvenir même avoir été surprise par l’incandescence qui se dégageait lors de certaines batailles de la coalition contre les troupes ou la population irakiennes. En tout cas, la guerre et les affrontements continuent de plus belle et voici ce que j’ai lu dans les informations du 19 novembre :

Deux kamikazes ont réduit deux mosquées chiites à l’état de ruines, faisant au moins 77 morts et 80 blessés au moment des prières du vendredi, à Khanakine dans le nord-est de l’Irak, rapportent les autorités locales. Le bilan s’est alourdi tout au long de la journée mais semblait se stabiliser dans la soirée. Une troisième explosion, de moindre importance, a été signalée près d'une banque de la ville, a indiqué la police. Les kamikazes sont entrés dans les mosquées avec des ceintures d’explosifs et se sont fait sauter alors que les édifices étaient remplis de fidèles. Peu après les attentats, des miliciens kurdes se sont déployés dans la ville pour ramener le calme. Les troupes américaines ont aidé à l'évacuation des blessés vers des hôpitaux de Soulaïmaniah, grande ville kurde du nord-est de l’Irak. Khanakine où vivent à la fois des chiites et des Kurdes est situé non loin de la frontière iranienne. Ces attentats, parmi les plus meurtriers ayant frappé l’Irak, risquent d’attiser un peu plus les tensions religieuses à moins d’un mois des élections législatives du 15 décembre. Khanakine avait jusqu'à présent été relativement épargnée par les violences qui ensanglantent l’Irak depuis le renversement de Saddam Hussein par l’armée américaine en avril 2003.

 Des rebelles sunnites tentent de déclencher une guerre confessionnelle en multipliant les attaques contre la majorité chiite du pays, y compris dans des lieux de culte. Le 2 novembre dernier, au moins 29 personnes avaient été tuées dans un attentat contre une mosquée chiite de Moussayyib, au sud de Bagdad. A Bagdad, deux camions piégés ont fait vendredi au moins six morts, dont deux enfants, et une quarantaine de blessés. D’après un journaliste de Reuters qui se trouvait à proximité, les deux camions ont explosé près d’un grand hôtel, le Hamra, fréquenté par des ressortissants étrangers. Selon l’armée américaine, l’hôtel était la cible des activistes mais ces derniers n’ont pu pénétrer dans l’enceinte du bâtiment et les camions ont explosé à proximité d’un bloc d’appartements voisin. L’immeuble et une vingtaine de véhicules ont été détruits. C’est la deuxième fois en quelques semaines que des hôtels réputés de Bagdad sont la cible d’attaques. Le Sheraton et le Palestine avaient été frappés fin octobre.

Le lieu du double attentat de vendredi est également situé à quelques centaines de mètres du bunker du ministère de l'Intérieur où plus de 170 prisonniers apparemment victimes de sévices ont été découverts dimanche par des soldats américains. Trois heures après ces déflagrations, des soldats américains ont fait exploser une voiture suspecte dans le même secteur de la capitale.

Cinq personnes d'une même famille ont été tuées lundi matin 21 novembre à un barrage routier américain au nord de Bagdad alors que le gouvernement a annoncé qu’une conférence de réconciliation nationale prévue à Bagdad début 2006 discutera du calendrier de retrait des forces étrangères. La famille Al-Sawamra a été décimée, au petit matin, lorsque circulant devant une base américaine à l’est de Baaqouba (60 km au nord-est de Bagdad), elle a essuyé les tirs d’une mitrailleuse à un barrage routier temporaire. Deux hommes et trois enfants de moins de cinq ans ont été tués par les tirs et trois personnes (deux femmes et un jeune enfant) blessées, selon la police de la province de Diyala et l’hôpital de Baaqouba. Le chauffeur, Ahmad Kamel Al-Sawamra, 22 ans, na pas été atteint. « J'ai ralenti et jai quitté la route mais ils ont continué de tirer » a-t-il dit. « J'ai vu ma famille se faire tuer, lun après lautre » a-t-il ajouté.

Selon le commandant Steven Warren, porte-parole américain, « la voiture est arrivée trop rapidement » sur le barrage. Il a assuré que les militaires avaient procédé à « des tirs d’avertissement » sans succès avant qu’une mitrailleuse n’entre en action. « Dès que nous avons découvert qu’il s’agissait de civils, nous avons envoyé une équipe médicale » a-t-il dit. « S'il n’y avait pas d’attentats suicides, il n’y aurait pas de telles tragédies » a-t-il souligné.

Les forces américaines qui doivent faire face aux attaques suicide menées par des kamikazes se lançant sur leurs positions avant d’exploser ont déjà été responsables par le passé d’erreurs de tirs coûtant la vie à des civils.

Entre-temps, six Irakiens ont été tués dans des attaques dont quatre civils dans un attentat à la voiture piégée perpétré au nord de Bagdad a-t-on appris de sources policières. A Bassorah, ville du sud à majorité chiite, des inconnus ont abattu près de sa maison cheikh Khalil Ibrahim al-Chahir, membre du comité des oulémas sunnites. Ce comité est très critique à l’égard du gouvernement à dominante chiite. La police a par ailleurs retrouvé le corps d’un otage libanais, Nizam Adnan Kourdiye, au nord de Bagdad.

Alors que la conférence inter-irakienne du Caire s’est achevée lundi après trois jours de travaux, un communiqué du ministère des Affaires étrangères à Bagdad a confirmé la tenue d’une conférence de réconciliation fin février ou début mars 2006, à Bagdad, avec notamment la discussion d’un calendrier de retrait des forces étrangères, essentiellement américaines, en Irak. « L’un des points essentiels de la conférence sera la discussion du calendrier de la fin de l’occupation » a précisé le communiqué. Le ministère a indiqué que la conférence de Bagdad aura également pour objet « l’élargissement du processus politique » avec la participation de tous les partis politiques « dans un climat démocratique qui est désormais celui de l'Irak » !!! Au Caire, la déclaration finale de la réunion a aussi demandé « un calendrier pour le retrait des troupes étrangères », une requête de longue date de la minorité sunnite alors que le gouvernement s’est toujours prononcé contre un départ prématuré des troupes de la coalition. Le texte demande en outre l’établissement d’un programme de « reconstruction des forces armées afin qu’elles puissent contrôler la situation sécuritaire et mettre fin aux opérations terroristes. »

Le processus de réconciliation nationale, entamé samedi au Caire sous l’égide de la Ligue arabe, constitue la première tentative de sortie politique de la tourmente dans laquelle l’Irak a sombré après le renversement du régime de Saddam Hussein, en 2003. « Les Etats-Unis devraient être en mesure de retirer certaines de leurs unités l’an prochain mais il est prématuré de parler d’un retrait complet » a déclaré l’ambassadeur américain à Bagdad, Zalmay Khalilzad. « Je pense qu’il sera possible de commencer à réduire nos forces l’an prochain » mais « parler d'un retrait total des forces américaines à cette date est irréaliste » a-t-il dit.

Dix-neuf Irakiens ont été tués dans un attentat suicide à la voiture piégée perpétré mardi soir 22 novembre dans une rue commerçante bondée de Kirkouk, selon un bilan donné mercredi par une source hospitalière. Un bilan de source policière faisait état mardi soir de 16 tués et 28 blessés. « Dix-neuf personnes ont péri, 26 ont été blessées et trois sont portées disparues » a déclaré à l’AFP le docteur Nihad Omar Walid, de l'Hôpital général de Kirkouk (250 km au nord de Bagdad.) Les téléphones cellulaires des trois disparus ont été retrouvés sur les lieux de l’attentat, a indiqué de son côté le général de la police Adel Zeineddine. Il avait précisé mardi que des femmes et des enfants ainsi que des policiers figuraient parmi les victimes :  quatre parmi les morts et cinq parmi les blessés.

Le kamikaze a foncé à bord de la voiture piégée dans la foule de curieux et de policiers qui s’étaient rassemblés dans la rue Bagdad après l’explosion d’un engin piégé et l’assassinat d’un policier par des tirs d'inconnus. La rue était également fréquentée par de nombreux Irakiens qui faisaient leurs courses avant de rentrer chez eux.

Est-ce une conséquence de ce nouvel attentat :

La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a déclaré mardi soir que les conditions pour une réduction du nombre de soldats américains déployés en Irak pourraient être réunies très prochainement. Le président (George W. Bush) a dit que dès que les forces irakiennes seraient prêtes, nous envisagerons une réduction de nos forces et je pense que le moment va arriver très prochainement où les Irakiens seront de plus en plus à même de prendre en charge la sécurité de leur propre avenir » a-t-elle déclaré dans une interview à la chaîne de télévision Fox News.

Environ 159.000 militaires américains sont actuellement déployés en Irak à trois semaines d’un scrutin fixé au 15 décembre qui doit permettre l’avènement du premier gouvernement démocratiquement élu dans ce pays depuis le renversement du régime de l’ancien président Saddam Hussein en avril 2003. Après ces élections, le nombre de soldats américains doit passer à 138.000, selon un responsable du Pentagone.

Cependant, Mme Rice a estimé que les forces de sécurité irakiennes devaient prouver qu’elles étaient capables de « tenir le pays » avant tout début de retrait des forces américaines. « Cela veut dire qu'elles doivent être capables de sécuriser la route qui va de l’aéroport (à Bagdad) qui a toujours été considérée comme un axe violent. Cela veut dire (aussi) qu'ils contrôlent des régions entières dans le Sud et certaines au Nord » a-t-elle expliqué. S’exprimant également sur CNN, Mme Rice a toutefois ajouté que le nombre de militaires membres de la coalition internationale en Irak « allait clairement baisser car les forces américaines ne sont plus utiles dans le volume actuellement fourni. »

Ces commentaires surviennent après un appel lancé à la conférence du Caire par des hommes politiques irakiens dont beaucoup sont candidats au prochain scrutin à un retrait des troupes étrangères d'Irak selon un calendrier correspondant au degré de préparation des forces irakiennes pour la prise en charge de la sécurité du pays : D’après ce que nous avons lu précédemment et vu le nombre d’attentats quotidiens, les dissensions pratiquement ingérables entre les sunnites et les chiites, il semble improbable que les forces de sécurité irakiennes soient aptes à tenir le pays comme l’a suggéré madame Rice qui, pas plus que les autres Américains, ne semble être consciente de la « revanche » que se croient en droit de prendre les chiites après plusieurs décennies de joug sunnite sous la direction de Saddam Hussein.

La diminution du nombre de troupes américaines en Irak est toujours un sujet de discussion en haut lieu. Témoin cette nouvelle information qui date du mercredi 23 novembre :

Le Pentagone envisage de réduire la présence militaire américaine en Irak de 155.000 actuellement à environ 138.000 après les élections irakiennes du 15 décembre et à environ 100.000 l’été prochain si les conditions le permettent, ont déclaré mercredi des responsables de la défense. Ils ont cependant ajouté que différents scenarii, y compris le maintien des effectifs actuels, sont étudiés en fonction de la situation politique et des conditions de sécurité en Irak ainsi que des progrès réalisés dans la formation de forces de sécurité irakiennes. Ils ont aussi souligné qu’aucune décision n’avait encore été prise.

Bryan Whitman, porte-parole du Pentagone, a expliqué que le département de la Défense avait l’intention, après les élections du 15 décembre, de ramener à 138.000 hommes les effectifs qui ont été portés à un niveau sans précédent de 161.000 hommes avant le référendum constitutionnel du 15 octobre. Après avoir été réduits de quelques milliers d’hommes après ce scrutin, les effectifs augmentent à nouveau en prévision des élections du 15 décembre.

 

En mars et à nouveau en juillet, le général George Casey, chef des forces américaines en Irak, a prédit une réduction assez importante des forces américaines au printemps et en été de l’an prochain si le processus politique irakien se déroule bien et si des progrès sont réalisés dans la formation de forces de sécurité irakiennes. Des responsables du Pentagone ont dit en août que cela entraînerait une réduction de 20.000 à 30.000 hommes par rapport aux 138.000 hommes alors présents en Irak. Mais un responsable de la défense a déclaré sous le sceau de l’anonymat que la réduction restait à l’étude et qu’une réduction moins importante ou aucune réduction faisaient toujours partie des options possibles. « Il y a un potentiel pour ramener à 100.000 au cours de l’été prochain. Rien ne va se passer rapidement. Cela sera échelonné » a-t-il prédit.

Le général John Vines, commandant en second des forces américaines en Irak, a mis en garde mardi contre un retrait précipité qui déstabiliserait l’Irak. Parallèlement, un débat sur le retrait des forces américaines d’Irak s'est ouvert au Congrès et la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a déclaré mardi qu’au vu des progrès réalisés par les Irakiens, les forces américaines ne seraient probablement « pas nécessaires beaucoup plus longtemps à leur niveau actuel. »

Vu de loin, ces discussions ont l’air d’être une sorte de « bla bla bla » pour rassurer les familles sans toutefois leur donner trop d’espoir. On a l’impression que le Pentagone joue au « retirera - retirera pas » : personne ne peut être sûr que les prochaines élections amèneront plus de sécurité dans ce pays meurtri, je n’en suis personnellement pas convaincue du tout, une fois encore eu égard aux dissensions profonde et quinze cents fois centenaires entre chiites et sunnites.

En tous cas, la violence continue à faire des victimes en Irak, notamment parmi les civils, tandis que les législatives du 15 décembre se préparent. Pour la seule journée du dimanche 30 octobre, treize Irakiens ont été tués dans différentes attaques dont le frère du vice-président chiite, Adel Abdel Mehdi, Ghaleb Abdel Mehdi, qui occupait le poste de conseiller au cabinet irakien.

( à suivre...)


[1] On voit ici que la secrétaire d’Etat ne connaît rien aux différences insurmontables entre l’islam sunnite et l’islam chiite d’une part et les Kurdes d’autre part. Je me demande toujours si les Américains ont une seule fois, avant d’entreprendre leur action en Irak, lu des livres leur expliquant bien ce qu’étaient les différentes communautés du Moyen-Orient. Ils jugent en maîtres du monde mais jamais en humanistes.