N’oublions
jamais qu’Ingrid Bétancourt est retenue en otage depuis de
trop longues années et que nous devons tous nous unir pour
obtenir sa libération.
La
secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, arrivée
vendredi 11 novembre en Irak pour une visite surprise, a appelé
les sunnites irakiens à s’exprimer au sujet des prochaines
élections en Irak, estimant que « les différences
peuvent représenter une force. » La résurgence des
rivalités ethniques entre sunnites, chiites et kurdes et les
luttes factionnelles qui agitent l’Irak depuis la chute du régime
de Saddam Hussein menacent toujours de déstabiliser
l’organisation des élections pour l’instauration d'un
gouvernement permanent, prévues le 15 décembre prochain.
« Nous
soutenons les principes de la démocratie et les efforts
visant à combler les différences entre les Irakiens »
a déclaré Mme Rice à l’issue d’une réunion avec le
Premier ministre irakien, Ibrahim al-Jaafari. Les divisions
« peuvent être des différences d’histoire ou de
tradition, de culture ou d’ethnies mais dans un processus démocratique,
ces différences peuvent être une force plutôt qu’un
handicap » a-t-elle poursuivi.
La
secrétaire d’Etat américaine semblait être réservée sur
la tenue éventuelle d’une conférence de réconciliation
organisée par la Ligue arabe. Une réunion de préparation
avec la participation d’hommes politiques irakiens -
sunnites, chiites et kurdes- devrait avoir lieu le 19 novembre
prochain au Caire. « J’espère que ceux qui
participeront à la conférence de la Ligue arabe reconnaîtront
qu’ils y participent avec un gouvernement irakien qui a été
élu » a-t-elle souligné, insistant sur l’importance
du rôle du gouvernement irakien.
Arrivée
en avion en Irak, Mme Rice s’est rendue à Mossoul, dans le
nord, en hélicoptère. Lors de sa visite, elle a notamment
rencontré plusieurs hauts responsables sunnites dont le
vice-président Ghazi al-Yawer ainsi que des membres des équipes
de reconstruction provisoire - unités rapides, civiles et
militaires, chargées d’intervenir à la suite d’une
attaque de l’insurrection pour rétablir l’ordre. « Si
l’Irak ne réussit pas et si l’Irak devient un lieu de désespoir,
des générations d’Américains seront également condamnées
à avoir peur » a-t-elle affirmé lors d’une cérémonie
en l’honneur de ces nouvelles équipes. « Alors nos
destins et nos avenirs sont très liés. »
Il
s’agissait du deuxième déplacement de la secrétaire
d’Etat américaine en Irak depuis sa nomination dans
l’administration Bush. Vendredi, Condoleezza Rice a également
déclaré qu’elle pourrait se rendre en Jordanie au cours de
sa tournée au Proche-Orient
pour manifester la solidarité de Washington avec un allié
arabe dans la lutte contre le terrorisme.
La tournée de Mme Rice, prévue avant les attentats en
Jordanie, inclut un arrêt à Bahrain, en Arabie saoudite, en
Israël et en Cisjordanie.
A
l’approche des élections législatives prévues le 15 décembre
en Irak, le secrétaire général
de l'ONU
Kofi Annan a effectué samedi une visite surprise à Bagdad
pour y rencontrer les dirigeants irakiens et appeler à la réconciliation
nationale.
Par
ailleurs, un site Internet tenu par des responsables du parti Baas, formation au pouvoir
en Irak jusqu’à l’invasion américaine, a confirmé dans
la journée la mort d’Izzat Ibrahim al-Douri, ancien bras
droit de Saddam Hussein et plus haut responsable de l’ancien
régime de Bagdad encore en liberté.
Kofi
Annan qui effectuait sa première visite en Irak depuis le
renversement du régime de Saddam Hussein a rencontré le
Premier ministre Ibrahim al-Jaafari, le vice-Premier ministre
Rousch Chaouays, l’ancien Premier ministre Ayad Allaoui, des
dirigeants politiques et communautaires ainsi que des employés
des Nations unies. Il a profité de ce déplacement pour
apporter son soutien à la conférence de réconciliation
nationale que la Ligue arabe propose d'organiser au Caire à
une date non encore fixée. « La réconciliation est
absolument vitale en Irak » a déclaré le patron de
l’ONU en précisant que son organisation soutenait tous les
efforts destinés à ramener la paix dans le pays.
Toutefois,
les chiites ont réaffirmé leur réticence à l'égard
d’une conférence à laquelle seraient invités tous les
groupes sunnites. Ainsi, le chef du principal parti chiite
irakien, Abdul-Aziz
al-Hakim, a expliqué à Kofi Annan que sa
formation ne souhaitait pas la présence d’anciens proches
de Saddam Hussein, de membres de l’ancien régime et de
mouvements religieux sunnites radicaux soupçonnés de
soutenir les attentats suicide qui visent les civils dans le
pays. Cette position a déjà été exposée par d’autres
responsables chiites et kurdes irakiens qui se méfient de la
Ligue arabe, de crainte qu’elle ne favorise les sunnites. En
effet, la plupart des pays arabes sont à majorité sunnites,
ce qui n’est pas le cas de l'Irak et de ses 60% de chiites.
De
son côté, le Premier ministre Ibrahim al-Jaafari, lui aussi
chiite, a dit à Kofi Annan que les autorités irakiennes
souhaitaient que l’ONU les aide à organiser les élections
du 15 décembre, en promouvant la démocratie et en améliorant
l’efficacité des forces de sécurité irakiennes dans leur
lutte contre les insurgés sunnites. La visite de Kofi Annan
fait suite à celles du secrétaire britannique au Foreign
Office Jack Straw jeudi et de la secrétaire d’Etat américaine
Condoleezza
Rice vendredi. Le chef de la diplomatie britannique
et son homologue américaine ont tous deux appelé la
population irakienne à participer au prochain scrutin.
La
journée de samedi a également été marquée par un nouvel
attentat à la voiture piégée qui a fait huit morts dont une
mère et sa fille de huit ans et 21 blessés devant un marché
d'un quartier chiite de Bagdad, selon la police.
Par
ailleurs, un site baassiste a confirmé dans la journée le décès
d’Izzat Ibrahim al-Douri, annoncé la veille par un
communiqué du parti Baas diffusé par courrier électronique.
Al-Douri était considéré par les Américains comme
l’orchestrateur de la résistance aux forces de la coalition
et le principal chaînon du lien réunissant d’anciens
cadres du régime déchu et des extrémistes islamistes. Le
site baassiste décrit d'ailleurs al-Douri comme « commandant
sur le terrain de la résistance héroïque. » On ignore
toutefois si cet homme à la santé fragile depuis des années,
âgé de 63 ans, jouait encore un rôle direct dans
l’organisation de la guérilla. En juin, le gouvernement
irakien affirmait qu'Al-Douri avait perdu de son influence
parmi les insurgés pro-Saddam. L’annonce du décès n'a pu
être vérifiée de manière indépendante. Interrogé,
Abdul-Rahman Mohammed Ibrahim, neveu et gendre d’al-Douri, a
précisé qu’il ne disposait pas de confirmation directe du
décès. Toutefois, certains proches de Saddam Hussein vivant
hors d'Irak considéraient l’information comme exacte. Le
Premier ministre irakien Ibrahim al-Jaafari a dit ne pas
pouvoir la confirmer mais a jugé que, si elle était vraie,
elle aurait « un effet positif sur l’Irak et un effet
négatif sur les résidus de terrorisme. »
Deux
personnes ont été tuées dans un attentat commis lundi 14
novembre près de la Zone verte, secteur ultra-protégé de
Bagdad et symbole du pouvoir, tandis que les forces américaines
et irakiennes multipliaient les offensives contre les foyers
rebelles avant les législatives du 15 décembre. D’autre
part, des unités américaines soutenues par des soldats
irakiens ont effectué, sans résultat apparent, des
recherches dans trois localités de la province de Salaheddine
au nord de Bagdad, pour trouver la trace du numéro 2 de
l’ex-régime, Ezzat Ibrahim, quatre jours après l’annonce
de sa mort présumée.
Deux
Sud-africains travaillant pour une société de sécurité ont
été tués et trois autres personnes blessées, un Américain,
un Sud-africain et un Irakien, dans l’attentat à la bombe
près de la Zone verte à 09H10 (06H10 GMT), selon
l’ambassade des Etats-Unis.
L’armée américaine a indiqué que l’attaque avait été
commise à l’aide d’une bombe artisanale contre un convoi
de voitures tout-terrain d’une firme de sécurité privée
se dirigeant vers l’une des entrées de la Zone verte appelée
« porte des Assassins » par les Américains. L’explosion a
été suivie par des tirs nourris d’armes automatiques dans
le secteur situé entre le siège de l’ambassade d'Iran et
ladite porte des Assassins. La Zone verte abrite les bureaux
du gouvernement irakien ainsi que les sièges des ambassades
des Etats-Unis et de Grande-Bretagne.
Les
violences en Irak ont également
tué quatorze Irakiens, notamment à Bagdad et dans l’ouest
du pays. A quatre semaines des élections législatives,
l’armée américaine a annoncé qu’elle multipliait les opérations
militaires contre les foyers rebelles dans plusieurs provinces
à majorité sunnite, du nord, du sud et de l’ouest du pays.
L'offensive
irako-américaine « Rideau d’acier » lancée il
y a dix jours à la frontière avec la Syrie (ouest), s’est
étendue à Oubaïdi où des combats se déroulant depuis
l’aube ont fait 50 morts parmi les rebelles, selon un
communiqué militaire américain. Les combats à Oubaïdi,
« un centre de transit et d’entraînement pour les
terroristes » selon l'armée, marquent la troisième
phase de l’offensive qui vise à établir une présence
militaire permanente à la frontière pour stopper
l’infiltration de combattants étrangers de Syrie, selon les
autorités. Les deux
premières ont permis de « nettoyer » les localités
de Houssaybah et Karabilah et d’y établir une présence
militaire permanente a indiqué l’armée américaine selon
laquelle plus 100 rebelles ont été arrêtés.
A
Baaqouba, une opération coup de poing, baptisée « K.O. »
et menée par des unités spéciales irakiennes s'est soldée
par 370 arrestations qui ont provoquée une manifestation de
sunnites dans cette ville située au nord de Bagdad. Ces opérations
ont provoqué un tollé au sein de la communauté arabe
sunnite dont certains dirigeants se sont empressés de dénoncer
« une campagne visant des personnalités nationalistes
sunnites dans le but d’entraver la participation » de
leur électorat aux législatives.
Dans
un rapport publié à Bagdad, l’Onu a souligné que les opérations
en cours avaient « un effet dévastateur sur la
population civile » et « contribuaient à
provoquer le déplacement et la souffrance de milliers de
familles. » Le rapport a insisté en outre sur la menace
que représente pour les civils « la prolifération de
milices et de groupes criminels ou terroristes. »
Par
ailleurs, une source proche du Haut Tribunal pénal irakien
chargé de juger le président déchu Saddam Hussein a affirmé
que la prochaine audience du procès était toujours fixée au
28 novembre malgré le boycottage de ses travaux par les
avocats de la défense.
Enfin,
un responsable de la Ligue arabe a annoncé que le Premier
ministre irakien Ibrahim Jaafari assisterait à l’ouverture
de la réunion préparatoire de la conférence de réconciliation
irakienne, prévue le 19 novembre au Caire. Plusieurs chefs de
la diplomatie arabe dont ceux de Jordanie et de Syrie y seront
présents, selon lui.
Des
formations sunnites irakiennes ont réclamé mercredi une enquête
internationale indépendante dans l’affaire de mauvais
traitement de détenus dans un centre relevant du ministère
de l’Intérieur à Bagdad. Le Comité des oulémas,
principale association religieuse sunnite, a accusé « les
services du ministère de l’Intérieur de pratiquer la
torture et de libérer les prisonniers moyennant une somme
d’argent. » « Le
gouvernement ne peut être juge et partie. Ce cas n’est pas
isolé et nous réclamons une enquête internationale pour
mettre un terme à ces exactions » a affirmé cheikh
Abdel Salam al-Koubaïssi, responsable des relations extérieures
du comité. Le Parti islamique, principale formation politique
sunnite, a également appelé à une enquête internationale. « Nous souhaitons
une enquête impartiale et internationale car nous avons des
doutes sur l’implication de parties haut placées dans le
gouvernement dans cette affaire » a déclaré le
porte-parole du parti Ayad al-Samarraï, sans nommer ces
parties. « Nous avons affirmé depuis un certain temps
qu’il y avait des arrestations sans aucune base légale et
que des violations des droits de l'Homme, notamment des cas de
torture, étaient commises par des services officiels »
a-t-il dit. « L’enquête
doit déterminer si ces violations sont le fait de services
officiels surtout que le centre concerné relève du ministère
de l’Intérieur » a-t-il souligné. Pour Ayad
al-Samarraï, « il est préférable dans ces
circonstances que l’enquête soit impartiale et
internationale surtout que d’autres enquêtes menées dans
le passé sur des cas de violations similaires n’ont rien
donné. »
Le
Comité des oulémas affirme « avoir des témoignages
enregistrés et filmés de détenus libérés qui ont été
torturés. » « Nous avons remis à Amr Moussa
(secrétaire général de la Ligue Arabe) ces documents lors
de sa visite à Bagdad le 20 octobre » a dit cheikh
Koubaïssi. Il a accusé « des services du ministère de
l’Intérieur d’interpeller les gens la nuit chez eux, sous
l’accusation d’être des terroristes puis d’extorquer
sous la torture des aveux dont des passages sont retransmis à
la télévision. » Plusieurs sont libérés après un ou
deux mois « moyennant argent et sans qu’une quelconque
preuve ait été retenue contre eux » a ajouté M. Koubaïssi.
Près
de 170 imams du Comité des oulémas « sont détenus
sans jugement dans les labyrinthes du ministère de l'Intérieur »
a-t-il affirmé, ajoutant qu’ « après maintes démarches
auprès du gouvernement pour accélérer la procédure
judiciaire, un seul a été libéré et transféré dans un hôpital
d’Amman pour y être soigné d’une embolie cérébrale. »
« Un autre détenu, Hareth al-Samarraï, arrêté le 17
juillet et libéré il y a deux semaines, a indiqué avoir payé
110.000 dinars (environ 80 dollars) pour être libéré »
a dit le responsable du comité des oulémas, ajoutant qu’à
sa libération, ce détenu « était une loque et portait
les traces des chocs électriques sur son corps. »
Le
Premier ministre Ibrahim Jaafari a ordonné mardi une enquête
sur 173 cas de détenus emprisonnés sans décision de
justice, qui souffraient selon lui de sous-alimentation et qui
ont fait l’objet de tortures. Selon une source officielle
les détenus, en majorité des sunnites, avaient été découverts
dimanche par des soldats américains dans un bâtiment
appartenant au ministère de l’Intérieur.
Illustration
du malaise croissant des républicains face à la situation en
Irak, le Sénat des Etats-Unis a adopté une résolution
préconisant que les Irakiens commencent l’an prochain à
assurer leur propre sécurité afin de permettre un retrait
progressif des forces américaines. Le Sénat à majorité républicaine
a en revanche rejeté une motion démocrate demandant au président
George Bush de soumettre un calendrier de retrait des forces
américaines, ce à quoi il est farouchement opposé. Les sénateurs
se sont prononcés par 79 voix contre 19 en faveur de cette résolution
qui souligne que l’année 2006 « doit être une période
d’importante transition vers la pleine souveraineté de
l’Irak. » Au cours de cette période poursuit le texte
« les forces de sécurité irakienne prendront le
premier rôle pour assurer la sécurité d’un Irak
libre et souverain, créant ainsi les conditions au redéploiement
progressif des forces américaines hors d’Irak. »
En
visite au Japon, George
Bush a estimé que ce vote était positif parce que les sénateurs
ont rejeté l’idée d’un calendrier de retrait défendue
par les démocrates. « Il est important que nous réussissions
en Irak
(...) La seule raison qui pourrait nous en empêcher serait de
perdre notre sang froid et d’autoriser les terroristes à
nous chasser d’Irak en tuant des innocents » a-t-il
ajouté lors d’une conférence de presse commune avec le
Premier ministre japonais, Junichiro Koizumi.
Invité
avant lui à réagir à ce vote, le secrétaire à la Défense,
Donald Rumsfeld, avait déclaré qu’il ne considérait pas
que la résolution du sénat traduisait une impatience
croissante quant à l’issue de l’intervention militaire en
Irak. « Si
l’opinion américaine, et c’est compréhensible, veut
savoir quand nos forces pourront quitter l’Irak, je crois
qu’elle ne souhaite pas que nous partions tant que la
mission n’aura pas été achevée » avait-il ajouté
lors d’une conférence de presse au Pentagone. La résolution,
proposée par le camp républicain, était très proche d’un
texte proposé par les démocrates, à l’exception du
calendrier de retrait réclamé par ces derniers. « Aujourd'hui,
vous avez assisté à un vote de censure de la politique que mène
l’administration Bush en Irak » a interprété
le chef de file des sénateurs démocrates, Harry Reid.
John
Warner, président républicain de la commission des forces
armés, a souligné pour sa part que cette résolution visait
à dire aux Irakiens : « Nous avons accompli notre
part, maintenant, c’est à vous de relever le défi. »
Parmi les 19 sénateurs ayant rejeté ce texte, le républicain
Lindsey Graham a estimé qu'il adressait « un mauvais
signal » à l’insurrection irakienne. Le sénateur de
Caroline du Sud y voit en outre « l’écho d’une
certaine nervosité à l’égard de la perception que
l’opinion a du cours de la guerre et de ses conséquences
sur les élections (de mi-mandat) de l'année prochaine. »
Le contingent américain actuellement déployé en Irak compte quelque 160.000
hommes. George Bush a refusé de préciser tout calendrier de
retrait, expliquant qu’une telle annonce ne ferait que
renforcer la détermination des insurgés.
Le
Pentagone a reconnu mercredi 17 novembre avoir utilisé des
munitions au phosphore blanc dans l'offensive de 2004 contre
la ville irakienne de Falloudja mais a tenté de justifier la
légalité de ce type d'armement. Substance incendiaire qui émet
une vive lumière quand elle est exposée à l'air, le
phosphore blanc est utilisé par les militaires pour marquer
des cibles, éclairer des zones de combat ou, à l’inverse,
dissimuler des mouvements de troupes mais l’usage d'armes
incendiaires contre des populations civiles est interdit par
la Convention de Genève, notamment par un protocole
additionnel datant de 1983.
Selon
un documentaire diffusé au début du mois par la télévision
publique italienne, c’est pourtant ce qu’auraient fait les
forces américaines lors de l’offensive de novembre 2004
contre Falloudja, bastion des insurgés irakiens situé à une
cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Bagdad. « Nous
démentons catégoriquement cette affirmation » a affirmé
mercredi le lieutenant-colonel Barry Venable, porte-parole du
Pentagone. Un de ses collègues, Bryan Whitman, a reconnu
cependant que les bombes au phosphore blanc faisaient partie
des stocks d’armes conventionnelles des forces américaines.
« Nous les utilisons comme nous utilisons tout autre
type d'armes conventionnelles » a-t-il ajouté.
Dans
le cas précis de Falloudja, Venable a indiqué que « les
forces américaines avaient utilisé du phosphore blanc à la
fois dans des opérations classiques de criblage (...) mais
aussi lorsqu’elles ont été confrontées à des insurgés
retranchés dans des positions à couvert dont elles ne
pouvaient les déloger autrement. » Les militaires
qualifient cette technique de « shake-and-bake »
(secouer et cuire) : des obus au phosphore blanc sont tirés
sur des positions ennemies pour faire fuir ses occupants,
lesquels s’exposent alors à un intense tir d’artillerie.
Mais pour Daryl Kimball, directeur de l’Arms Control
Association, basée à Washington, il n’est pas évident que
cet usage soit conforme à la convention internationale sur
les armes conventionnelles. « Les armes au phosphore
blanc ne devraient pas être employées comme n’importe
quelle autre arme conventionnelle » estime-t-il,
appelant à une étude indépendante des règles
d’engagement de tel ou tel type d’armement en vigueur dans
les rangs des forces américaines.
Dans
le documentaire de la RAI, Jeff Englehart, présenté comme un
ancien soldat de la Première division d’infanterie qui
aurait pris part à l'offensive contre ce bastion de
l'insurrection, à une l’ouest de Bagdad, évoque « des
corps brûlés, des enfants et des femmes brûlés. » Au
moment de la diffusion, un porte-parole des forces américaines
à Bagdad, le lieutenant-colonel Steven Boylan, avait dit ne
pas se souvenir de l’utilisation de phosphore blanc à
Falloudja.
Je
me dis une fois de plus : Je ne sais pas s’il fait bon
vivre aujourd’hui en Amérique quand on est musulman,
sunnite ou chiite, mais il est certainement risqué de vivre
en Irak et je crois me souvenir même avoir été surprise par
l’incandescence qui se dégageait lors de certaines
batailles de la coalition contre les troupes ou la population
irakiennes. En tout cas, la guerre et les affrontements
continuent de plus belle et voici ce que j’ai lu dans les
informations du 19 novembre :
Deux
kamikazes ont réduit deux mosquées chiites à l’état de
ruines, faisant au moins 77 morts et 80 blessés au moment des
prières du vendredi, à Khanakine dans le nord-est de
l’Irak, rapportent les autorités locales. Le bilan s’est
alourdi tout au long de la journée mais semblait se
stabiliser dans la soirée. Une troisième explosion, de
moindre importance, a été signalée près d'une banque de la
ville, a indiqué la police. Les kamikazes sont entrés dans
les mosquées avec des ceintures d’explosifs et se sont fait
sauter alors que les édifices étaient remplis de fidèles.
Peu après les attentats, des miliciens kurdes se sont déployés
dans la ville pour ramener le calme. Les troupes américaines
ont aidé à l'évacuation des blessés vers des hôpitaux de
Soulaïmaniah, grande ville kurde du nord-est de l’Irak.
Khanakine où vivent à la fois des chiites et des Kurdes est
situé non loin de la frontière iranienne. Ces attentats,
parmi les plus meurtriers ayant frappé l’Irak, risquent
d’attiser un peu plus les tensions religieuses à moins
d’un mois des élections législatives du 15 décembre.
Khanakine avait jusqu'à présent été relativement épargnée
par les violences qui ensanglantent l’Irak depuis le
renversement de Saddam Hussein par l’armée américaine en
avril 2003.
Des
rebelles sunnites tentent de déclencher une guerre
confessionnelle en multipliant les attaques contre la majorité
chiite du pays, y compris dans des lieux de culte. Le 2
novembre dernier, au moins 29 personnes avaient été tuées
dans un attentat contre une mosquée chiite de Moussayyib, au
sud de Bagdad. A Bagdad, deux camions piégés ont fait
vendredi au moins six morts, dont deux enfants, et une
quarantaine de blessés. D’après un journaliste de Reuters
qui se trouvait à proximité, les deux camions ont explosé
près d’un grand hôtel, le Hamra, fréquenté par des
ressortissants étrangers. Selon l’armée américaine, l’hôtel
était la cible des activistes mais ces derniers n’ont pu pénétrer
dans l’enceinte du bâtiment et les camions ont explosé à
proximité d’un bloc d’appartements voisin. L’immeuble
et une vingtaine de véhicules ont été détruits. C’est la
deuxième fois en quelques semaines que des hôtels réputés
de Bagdad sont la cible d’attaques. Le Sheraton et le
Palestine avaient été frappés fin octobre.
Le
lieu du double attentat de vendredi est également situé à
quelques centaines de mètres du bunker du ministère de l'Intérieur
où plus de 170 prisonniers apparemment victimes de sévices
ont été découverts dimanche par des soldats américains.
Trois heures après ces déflagrations, des soldats américains
ont fait exploser une voiture suspecte dans le même secteur
de la capitale.
Cinq
personnes d'une même famille ont été tuées lundi matin 21
novembre à un barrage routier américain au nord de Bagdad
alors que le gouvernement a annoncé qu’une conférence de réconciliation
nationale prévue à Bagdad début 2006 discutera du
calendrier de retrait des forces étrangères. La famille
Al-Sawamra a été décimée, au petit matin, lorsque
circulant devant une base américaine à l’est de Baaqouba
(60 km au nord-est de Bagdad), elle a essuyé les tirs d’une
mitrailleuse à un barrage routier temporaire. Deux hommes et trois enfants de moins de cinq ans ont été tués
par les tirs et trois personnes (deux femmes et un jeune
enfant) blessées, selon la police de la province de Diyala et
l’hôpital de Baaqouba. Le chauffeur, Ahmad
Kamel Al-Sawamra, 22 ans, n’a pas
été atteint. « J'ai ralenti et j’ai quitté la route
mais
ils ont continué de tirer » a-t-il dit. « J'ai
vu ma famille se faire tuer, l’un après l’autre »
a-t-il ajouté.
Selon
le commandant Steven Warren, porte-parole américain, « la
voiture est arrivée trop rapidement » sur le barrage.
Il a assuré que les militaires avaient procédé à « des
tirs d’avertissement » sans succès avant qu’une
mitrailleuse n’entre en action. « Dès que nous avons
découvert qu’il s’agissait de civils, nous avons envoyé
une équipe médicale » a-t-il dit. « S'il n’y
avait pas d’attentats suicides, il n’y aurait pas de
telles tragédies » a-t-il souligné.
Les
forces américaines qui doivent faire face aux attaques
suicide menées par des kamikazes se lançant sur leurs
positions avant d’exploser ont déjà été responsables par
le passé d’erreurs de tirs coûtant la vie à des civils.
Entre-temps,
six Irakiens ont été tués dans des attaques dont quatre
civils dans un attentat à la voiture piégée perpétré au
nord de Bagdad a-t-on appris de sources policières. A
Bassorah, ville du sud à majorité chiite, des inconnus ont
abattu près de sa maison cheikh Khalil Ibrahim al-Chahir,
membre du comité des oulémas sunnites. Ce comité est très
critique à l’égard du gouvernement à dominante chiite. La
police a par ailleurs retrouvé le corps d’un otage
libanais, Nizam Adnan Kourdiye, au nord de Bagdad.
Alors
que la conférence inter-irakienne du Caire s’est achevée
lundi après trois jours de travaux, un communiqué du ministère
des Affaires étrangères à Bagdad a confirmé la tenue
d’une conférence de réconciliation fin février ou début
mars 2006, à Bagdad, avec notamment la discussion d’un
calendrier de retrait des forces étrangères, essentiellement
américaines, en Irak. « L’un des
points essentiels de la conférence sera la discussion du
calendrier de la fin de l’occupation » a précisé le
communiqué. Le ministère a indiqué que la conférence de
Bagdad aura également pour objet « l’élargissement
du processus politique » avec la participation de tous
les partis politiques « dans un climat démocratique qui
est désormais celui de l'Irak » !!! Au Caire, la déclaration
finale de la réunion a aussi demandé « un calendrier
pour le retrait des troupes étrangères », une requête
de longue date de la minorité sunnite alors que le
gouvernement s’est toujours prononcé contre un départ prématuré
des troupes de la coalition. Le texte demande en outre l’établissement
d’un programme de « reconstruction des forces armées
afin qu’elles puissent contrôler la situation sécuritaire
et mettre fin aux opérations terroristes. »
Le
processus de réconciliation nationale, entamé samedi au
Caire sous l’égide de la Ligue arabe, constitue la première
tentative de sortie politique de la tourmente dans laquelle
l’Irak a sombré après le renversement du régime de Saddam
Hussein, en 2003. « Les Etats-Unis
devraient être en mesure de retirer certaines de leurs unités
l’an prochain mais il est prématuré de parler d’un
retrait complet » a déclaré l’ambassadeur américain
à Bagdad, Zalmay Khalilzad. « Je pense qu’il sera
possible de commencer à réduire nos forces l’an prochain »
mais « parler d'un retrait total des forces américaines
à cette date est irréaliste » a-t-il dit.
Dix-neuf
Irakiens ont été tués dans un attentat suicide à la
voiture piégée perpétré mardi soir 22 novembre dans une
rue commerçante bondée de Kirkouk, selon un bilan donné
mercredi par une source hospitalière. Un bilan de source
policière faisait état mardi soir de 16 tués et 28 blessés.
« Dix-neuf
personnes ont péri, 26 ont été blessées et trois sont portées
disparues » a déclaré à l’AFP le docteur Nihad Omar
Walid, de l'Hôpital général de Kirkouk (250 km au nord de
Bagdad.) Les téléphones cellulaires des trois disparus ont
été retrouvés sur les lieux de l’attentat, a indiqué de
son côté le général de la police Adel Zeineddine. Il avait
précisé mardi que des femmes et des enfants ainsi que des
policiers figuraient parmi les victimes :
quatre parmi les morts et cinq parmi les blessés.
Le
kamikaze a foncé à bord de la voiture piégée dans la foule
de curieux et de policiers qui s’étaient rassemblés dans
la rue Bagdad après l’explosion d’un engin piégé et
l’assassinat d’un policier par des tirs d'inconnus. La rue
était également fréquentée par de nombreux Irakiens qui
faisaient leurs courses avant de rentrer chez eux.
Est-ce
une conséquence de ce nouvel attentat :
La
secrétaire d'Etat Condoleezza
Rice a déclaré mardi soir que les conditions pour
une réduction du nombre de soldats américains déployés en Irak
pourraient être réunies très prochainement. Le président
(George W. Bush) a dit que dès que les forces irakiennes
seraient prêtes, nous envisagerons une réduction de nos
forces et je pense que le moment va arriver très
prochainement où les Irakiens seront de plus en plus à même
de prendre en charge la sécurité de leur propre avenir »
a-t-elle déclaré dans une interview à la chaîne de télévision
Fox News.
Environ
159.000 militaires américains sont actuellement déployés en
Irak
à trois semaines d’un scrutin fixé au 15 décembre qui
doit permettre l’avènement du premier gouvernement démocratiquement
élu dans ce pays depuis le renversement du régime de
l’ancien président Saddam Hussein en avril 2003. Après ces
élections, le nombre de soldats américains doit passer à
138.000, selon un responsable du Pentagone.
Cependant,
Mme Rice a estimé que les forces de sécurité irakiennes
devaient prouver qu’elles étaient capables de « tenir
le pays » avant tout début de retrait des forces américaines. « Cela
veut dire qu'elles doivent être capables de sécuriser la
route qui va de l’aéroport (à Bagdad) qui a toujours été
considérée comme un axe violent. Cela veut dire (aussi)
qu'ils contrôlent des régions entières dans le Sud et
certaines au Nord » a-t-elle expliqué. S’exprimant également
sur CNN, Mme Rice a toutefois ajouté que le nombre de
militaires membres de la coalition internationale en Irak « allait
clairement baisser car les forces américaines ne sont plus
utiles dans le volume actuellement fourni. »
Ces
commentaires surviennent après un appel lancé à la conférence
du Caire par des hommes politiques irakiens dont beaucoup sont
candidats au prochain scrutin à un retrait des troupes étrangères
d'Irak selon un calendrier correspondant au degré de préparation
des forces irakiennes pour la prise en charge de la sécurité
du pays : D’après ce que nous avons lu précédemment et vu
le nombre d’attentats quotidiens, les dissensions
pratiquement ingérables entre les sunnites et les chiites, il
semble improbable que les forces de sécurité irakiennes
soient aptes à tenir le pays comme l’a suggéré madame
Rice qui, pas plus que les autres Américains, ne semble être
consciente de la « revanche » que se croient en
droit de prendre les chiites après plusieurs décennies de
joug sunnite sous la direction de Saddam Hussein.
La
diminution du nombre de troupes américaines en Irak est
toujours un sujet de discussion en haut lieu. Témoin cette
nouvelle information qui date du mercredi 23 novembre :
Le
Pentagone envisage de réduire la présence militaire américaine
en Irak de 155.000
actuellement à environ 138.000 après les élections
irakiennes du 15 décembre et à environ 100.000 l’été
prochain si les conditions le permettent, ont déclaré
mercredi des responsables de la défense. Ils ont cependant
ajouté que différents scenarii, y compris le maintien des
effectifs actuels, sont étudiés en fonction de la situation
politique et des conditions de sécurité en Irak ainsi que des progrès
réalisés dans la formation de forces de sécurité
irakiennes. Ils ont aussi souligné qu’aucune décision
n’avait encore été prise.
Bryan
Whitman, porte-parole du Pentagone, a expliqué que le département
de la Défense avait l’intention, après les élections du
15 décembre, de ramener à 138.000 hommes les effectifs qui
ont été portés à un niveau sans précédent de 161.000
hommes avant le référendum constitutionnel du 15 octobre.
Après avoir été réduits de quelques milliers d’hommes
après ce scrutin, les effectifs augmentent à nouveau en prévision
des élections du 15 décembre.
En
mars et à nouveau en juillet, le général George Casey, chef
des forces américaines en Irak,
a prédit une réduction assez importante des forces américaines
au printemps et en été de l’an prochain si le processus
politique irakien se déroule bien et si des progrès sont réalisés
dans la formation de forces de sécurité irakiennes. Des
responsables du Pentagone ont dit en août que cela entraînerait
une réduction de 20.000 à 30.000 hommes par rapport aux
138.000 hommes alors présents en Irak.
Mais un responsable de la défense a déclaré sous le sceau
de l’anonymat que la réduction restait à l’étude et
qu’une réduction moins importante ou aucune réduction
faisaient toujours partie des options possibles. « Il y
a un potentiel pour ramener à 100.000 au cours de l’été
prochain. Rien ne va se passer rapidement. Cela sera échelonné »
a-t-il prédit.
Le
général John Vines, commandant en second des forces américaines
en Irak, a mis en garde mardi
contre un retrait précipité qui déstabiliserait l’Irak.
Parallèlement, un débat sur le retrait des forces américaines
d’Irak s'est ouvert au Congrès et la secrétaire d’Etat Condoleezza
Rice a déclaré mardi qu’au vu des progrès réalisés
par les Irakiens, les forces américaines ne seraient
probablement « pas nécessaires beaucoup plus longtemps
à leur niveau actuel. »
Vu
de loin, ces discussions ont l’air d’être une sorte de
« bla bla bla » pour rassurer les familles sans
toutefois leur donner trop d’espoir. On a l’impression que
le Pentagone joue au « retirera - retirera pas » :
personne ne peut être sûr que les prochaines élections amèneront
plus de sécurité dans ce pays meurtri, je n’en suis
personnellement pas convaincue du tout, une fois encore eu égard
aux dissensions profonde et quinze cents fois centenaires
entre chiites et sunnites.
En tous cas, la violence continue à faire des
victimes en Irak, notamment parmi les civils, tandis que les législatives
du 15 décembre se préparent. Pour la seule journée du
dimanche 30 octobre, treize Irakiens ont été tués dans différentes
attaques dont le frère du vice-président chiite, Adel Abdel
Mehdi, Ghaleb Abdel Mehdi, qui occupait le poste de conseiller
au cabinet irakien.