Une photographie de Stéphane Popu

 

Vivre en Irak (1)

 

par Lise Willar   

 

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N’oublions jamais qu’Ingrid Bétancourt est retenue en otage depuis de trop longues années et que nous devons tous nous unir pour obtenir sa libération.

 

 

Si j’ai voulu noter presque jour par jour l’évolution de la situation en Irak, c’est qu’à propos des évènements qui ont secoué la France durant tout le mois de novembre, les Anglais en particulier les ont mentionnés avec une mauvaise foi totale. J’ai entendu en effet des membres de la communauté noire britannique proclamer combien il était plus enrichissant de vivre en Angleterre ou aux Etats-Unis qu’en France où les minorités issues du Maghreb ou d’Afrique n’ont pas les mêmes opportunités que leurs concitoyens de peau blanche. Je ne suis pas satisfaite du sort qui est fait chez nous aux communautés des banlieues défavorisées et je suis effrayée quand des violences sont commises à n’importe quel niveau mais je pose tout de même une question : Le sort des habitants noirs de Louisiane est-il meilleur que celui réservé par nos gouvernements à nos frères de couleur ? Je ne le crois pas. Je suis bien persuadée que se comptent par dizaines de milliers les gens qui ont subi des préjudices lors du dernier ouragan sans qu’on leur porte immédiatement secours et je ne pense pas qu’un gouvernement français eût agi en ce cas plus mal que le gouvernement Bush.[1] Et puis, surtout, je voudrais savoir si les familles noires qui ont vu leurs fils ou leurs filles partir en Irak sont satisfaits de la politique de leur gouvernement, surtout si certains d’entre eux ou d’entre elles sont morts dans un combat qui ne les concernait pas…

J’aimerais montrer avant tout comment l’on vit à Bagdad en 2005 : Attention ! Un 4 × 4 blanc, juste derrière vous. Quatre types à bord. Ils vont doubler.
- ­ OK, bien reçu. Mohamed, tu ralentis, laisse passer.

 

Nous sommes dans la périphérie de Bagdad. Le chauffeur obéit. Ami ou ennemi ?  Bref silence tendu dans l’habitacle. La radio de bord a cessé de crachoter. Sur le siège passager avant, les puissantes mains d’Adnan se crispent sur le fusil d’assaut posé en travers des genoux. L’arme est enclenchée sur la position automatique. Un frôlement sur la détente, elle crachera une longue salve.

 

Devant, à 10 mètres, trois pistoléros amis ouvrent la voie dans un véhicule banalisé, préviennent des embouteillages, repèrent les check-points volants, conseillent un autre itinéraire. Derrière, à 15 mètres, une autre voiture alliée couvre nos arrières.

A Bagdad, aujourd’hui, plus personne ne fait confiance à personne. La méfiance est à la mesure de l’insécurité : générale. Dans les embouteillages, vite titanesques lorsque la police irakienne décide soudainement de bloquer une avenue ou un pont pour effectuer des contrôles surprise, chacun observe attentivement chacun. Les quatre types devant, dans le 4 × 4, sont-ils flics, bandits, kidnappeurs ou membres de la guérilla ? Le jeune barbu tout seul dans sa vieille guimbarde amochée, sur notre flanc gauche : innocent étudiant ou kamikaze fanatisé qui va, dans une seconde, actionner sa charge explosive et perpétrer un carnage ?

Rester en vie dans le chaos croissant qui s'installe à Bagdad est devenu l’obsession. Il n’y a pas de solution miracle. Pour passer au travers des mitraillades quotidiennes, de jour comme de nuit, éviter les rançonnements, les enlèvements, les assassinats politiques ou crapuleux, sans parler des tirs de roquettes et des attentats à la voiture piégée qui se poursuivent au jour le jour, chacun espère avoir sa panacée. Six millions d'habitants, presque autant d’idées. Aucune n’est absolument sûre.

Depuis qu'une roquette rebelle s’est abattue en octobre sur l’école de son quartier (4 enfants tués, 6 gravement blessés), Leila n’envoie plus ses deux fils en classe. Au début de l'occupation, je travaillais pour les Américains, comme secrétaire. Un polycopié signé d’une ‘brigade de la résistance’ a été glissé sous ma porte en octobre 2004. Il comportait 39 noms, le mien était surligné de bleu. ‘Dernière chance pour sauver votre vie’ disait le texte. ‘Cessez immédiatement de collaborer avec les croisés.’ Depuis, je ne mets plus le nez dehors. Mon mari fait les courses. Cinq minutes de retard et je suis morte d’inquiétude. Bien sûr, je ne suis jamais retournée à mon bureau dans la ‘zone verte’.

Abou Abdallah, lui, a fait l’inverse. Chargé naguère de distribuer le courrier dans les bureaux de la présidence Saddam Hussein, il fait aujourd’hui le taxi à l’intérieur même de la forteresse « verte. » Six kilomètres carrés au départ, près du double à présent : la « zone internationale », son nom officiel désormais, est protégée par une double rangée de hauts murs anti-explosion qui courent sur plusieurs dizaines de kilomètres au cœur de la cité. Il y a des miradors et des projecteurs partout, d’énormes frises de barbelés et des milliers de soldats irakiens nerveux et surarmés tout au long. Les forces américaines qui sont à l’intérieur, avec chars d’assaut, blindés, hélicoptères de combat et tout l’attirail pour tenir un siège, ne sont pratiquement plus visibles dans les rues de la capitale.

Ils ont peur de sortir maintenant, ricane Abou Abdallah. Ce sont nos soldats qui doivent les protéger. Bizarre, non ? Le gros homme moustachu, 46 ans et six enfants, a eu de la chance. Des milliers d’anciens résidents de la zone ont été expulsés par les forces américaines dès après l’invasion, en mai 2003. Depuis, d’autres vagues d’expulsions des logements HLM et des pavillons jadis réservés aux fonctionnaires de la présidence ont suivi. Abou Abdallah et quelques milliers d’autres civils ont pu rester. Ils sont au service du nouveau pouvoir, balayent les bureaux, tapent le courrier, cuisinent et s’occupent des maisons occupées par les contractors, les entrepreneurs, essentiellement américains ou britanniques, qui ont obtenu des contrats de protection ou de reconstruction. Blottie dans une boucle du grand fleuve qui traverse la capitale, la « zone verte » a été ainsi baptisée par les soldats américains en opposition à la « zone rouge » où l'on saigne et qui concerne tout le reste du pays. Elle compte tous les bâtiments officiels encore debout,­ palais présidentiel, centre de conventions, monument au soldat inconnu, ministères, ambassades amies, etc. Le nombre de résidents, irakiens et étrangers, autorisés à vivre là est confidentiel.

Abou Abdallah connaît sur le bout du doigt les quarante et quelques rues et avenues interdites à toute personne démunie de permis ad hoc. Il connaît les zones sensibles qui, en tant qu’Irakien, lui sont défendues, à l’intérieur de la zone. Mais ça paye bien ici. Et puis on a de l’électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Contre deux ou trois heures seulement en « zone rouge. » Depuis juin 2004, Abou Abdallah n’a pas mis un pied hors de la zone protégée. Trop dangereux dehors dit-il. Et puis, si l’on sort, il faut revenir. Et là, n'importe quel soldat géorgien, salvadorien ou népalais peut, sur un mouvement d’humeur, confisquer votre pass et vous interdire de rentrer. J’ai pas mal d’amis à qui c'est arrivé.

Bien sûr, chaque jour ou presque, la « zone verte » est la cible de roquettes tirées depuis l’autre rive urbaine du Tigre. Mais c'est quand même plus sûr ici. Seul problème, les enfants ne vont plus à l’école du quartier. Elle a été squattérisée par des familles et, de toute façon, il n’y avait plus d’instituteurs assez fous pour faire quotidiennement l’aller-retour.

Jawad Al-Roumi vit à l’extérieur, à moins de 1 kilomètre de la zone. Propriétaire du restaurant Ibn Zambour, sur l’avenue As-Shawa, ce petit homme de 37 ans a décidé fin 2004 de ne plus quitter sa cuisine. D’y manger et d’y dormir, sauf les vendredis et samedis, pour voir les enfants. J’en avais assez des check-points, des vrais comme des faux, des explosions incessantes, des heures d’attente aux stations-service pour faire le plein. Pour parcourir les 6 km, à vol d’oiseau, entre ma maison d’Al-Daura et mon travail, je mettais parfois plus de trois heures. En réduisant le plus possible ses déplacements, Jawad croyait avoir trouvé une certaine sécurité. Jusqu'au 19 juin dernier.[2]

  Ainsi, je note que la violence continue à faire des victimes en Irak, notamment parmi les civils, tandis que les législatives du 15 décembre se préparent. Pour la seule journée du dimanche 30 octobre, treize Irakiens ont été tués dans différentes attaques dont le frère du vice-président chiite Adel Abdel Mehdi, Ghaleb Abdel Mehdi, qui occupait le poste de conseiller au cabinet irakien. La sécurité, avec les services publics toujours déficients, doit dominer la campagne électorale qui s’annonce très animée avec la participation de plus de 200 mouvements politiques dont la plupart font partie de vingt et une alliances.

Selon une évaluation du Pentagone, plus de 26 000 Irakiens ont été tués ou blessés dans les attaques des insurgés depuis le 1er janvier 2004. Il ne s’agit que d’une « estimation et d’un chiffre subjectif » a déclaré, dimanche Greg Hicks, porte-parole du ministère de la défense américain. Le Pentagone ne publie pas de chiffres précis des victimes irakiennes parce qu’il manque de données fiables, a précisé le porte-parole. Cette évaluation est tirée d'un graphique montrant la progression du nombre moyen de victimes par jour - irakiennes et américaines - au fur et à mesure de l’évolution de la situation politique sur le terrain. Le rapport, intitulé « Mesurer la sécurité et la stabilité en Irak » et destiné au Congrès, a été publié le 13 octobre, mais ce graphique était passé inaperçu.

Le graphique évalue le nombre moyen de victimes irakiennes à plus de vingt-cinq par jour entre le 1er janvier et le 31 mars 2004, période baptisée « de référence. » Puis ce chiffre moyen passe à trente du 1er avril au 28 juin, période de « pré-souveraineté » avant de monter à quarante pendant la période de « souveraineté » (29 juin-26 novembre) et à plus de cinquante pendant la campagne électorale (27 novembre 2004 - 11 février 2005). Il se replie à un peu moins de cinquante, du 12 février au 28 août (période « pré-constitution »)

Enfin, pendant la campagne pour le référendum (du 29 août, à la publication du rapport), le nombre de victimes grimpe à plus de soixante par jour. Les pertes de l’armée américaine continuent de leur côté de s'allonger, avec l’annonce, dimanche 30 octobre, de la mort d’un marine à l’ouest de Bagdad. Ce décès porte à 2 014 le nombre de GI’s et civils américains assimilés militaires morts dans le cadre des opérations militaires en Irak depuis l’invasion du pays en mars 2003, selon un décompte établi par l’AFP.

Le Pentagone comptabilise dans son bilan tous les soldats morts dans le cadre de l’opération « Iraqi Freedom », qu’ils soient morts en Irak ou dans les pays du Golfe où est stationnée une partie de ses troupes. Les estimations de victimes civiles sont fondées sur des rapports d’incidents fournis par les unités de la coalition déployées en Irak, a souligné le porte-parole du Pentagone.

L’opposition a fait un coup de force au Sénat américain pour remettre l’Irak au centre du débat politique en exigeant un rare débat à huis clos sur une éventuelle « manipulation » du renseignement par l’administration Bush. Rompant avec tous les usages parlementaires, le chef de file des démocrates Harry Reid a provoqué un coup de théâtre en ordonnant sans crier gare que le Sénat poursuive ses débats à huis clos, une procédure exceptionnelle réservée à des débats touchant à la sécurité nationale ou à une éventuelle destitution d'un président. Cette « gifle » au pouvoir, selon le chef de la majorité Bill Frist, intervient quatre jours après la démission et l’inculpation de Lewis Libby, le directeur de cabinet du vice-président Dick Cheney impliqué dans une affaire de fuite médiatique visiblement destinée à faire taire un critique de la guerre en Irak. Depuis le début de la semaine, la Maison Blanche a multiplié les initiatives pour tourner la page de cette affaire : le président George W. Bush a nommé un nouveau juge à la Cour suprême lundi et a annoncé une stratégie pour faire face à une éventuelle pandémie de grippe aviaire mardi.

Mais l’opposition n'a pas voulu évacuer si tôt le débat sur la guerre en Irak, de plus en plus impopulaire alors qu’elle a fait plus de 2.000 morts dans les rangs américains et dont le bien-fondé est selon elle remis en cause par l’affaire Plame-Wilson qui a valu son inculpation à M. Libby. Les Américains « méritent une enquête complète et exigeante sur la façon dont l'administration de George W. Bush a mené ce pays en guerre, il faut des réponses à des questions essentielles, notamment sur la façon dont elle a constitué son dossier pour la guerre en Irak » a expliqué le chef de l’opposition Harry Reid.

« Comment des hauts responsables de l’administration Bush ont-ils manipulé ou fabriqué le renseignement présenté au Congrès ou au peuple américain ? » a encore demandé M. Reid. M. Libby est soupçonné d’avoir divulgué l’identité de l’agent de la CIA Valerie Plame pour discréditer son mari Joseph Wilson. Cet ancien ambassadeur s’était publiquement interrogé durant l’été 2003 sur de « faux prétextes » qu'aurait invoqués l’administration Bush pour envahir l’Irak trois mois et demi plus tôt, en particulier l’existence d’armes de destruction massive restées introuvables. Selon M. Reid, la majorité républicaine a failli à ses responsabilités en ne menant pas d’enquête parlementaire sur une éventuelle manipulation du renseignement par l’administration Bush. Après deux heures de débats et de négociations à huis clos, M. Reid se félicitait que son coup de force ait porté des fruits. « Le 14 novembre, nous aurons une idée sur la manière dont ils vont mener (cette investigation) à bien » expliquait-il. « Enfin. »

En juillet 2004, la commission du renseignement du Sénat, comptant des démocrates et des républicains, s’était contentée d’analyser la performance des services du renseignement, accusant la CIA de s’être fourvoyée sur l’Irak et d’avoir exagéré la menace des armes de destruction massive. Elle avait parallèlement affirmé « n’avoir trouvé aucune preuve que l’administration Bush ait tenté d’influencer ou de faire pression pour que des experts de la CIA modifient leurs conclusions » sur l’existence de ces armes. Cette assertion a été répétée mardi par le président républicain de la commission, Pat Roberts, qui a assuré que, sur 250 analystes du renseignement, aucun n’avait fait état de pression politique. Interrogé par des journalistes sur une éventuelle manipulation du renseignement, M. Roberts qui a assuré qu’un nouveau rapport était presque prêt a préféré le terme « utilisation. » L’administration « a utilisé les informations (du renseignement) parce qu’elle y a cru » a-t-il dit, soulignant que les erreurs concernant les capacités du régime de Saddam Hussein relevaient d’un « échec mondial du renseignement. »

Un enfant d’une dizaine d'années s’est fait exploser dans le nord de l’Irak contre le convoi d’un chef de la police, le blessant ainsi que son chauffeur, a-t-on appris de source policière. Visé par cet attentat suicide perpétré à Kirkouk (250 km au nord de Bagdad), le général Khattab Abdallah Areb a indiqué qu’un enfant âgé entre 10 et 13 ans, portant une ceinture explosive, s’était approché en courant vers son convoi et s'était fait exploser contre son véhicule alors que celui-ci arrivait à un poste de police. Le général, atteint d'éclats au ventre, à la poitrine et à la jambe, est soigné à l’hôpital général de la ville ainsi que son chauffeur également blessé par l’explosion qui a coûté la vie à son auteur.

Selon des sources sécuritaires, deux autres explosions d’engins piégés visant des patrouilles de la police et de l'armée dans cette ville pétrolière du nord, ont blessé cinq membres des forces de sécurité: deux policiers et trois gardes nationaux. D’autre part, trois Irakiens, dont un policier, ont été tués par l’explosion d’un engin qui a également fait trois blessés, dont un membre des forces de sécurité, au passage d’une patrouille de la police à Madaën (30 km au sud de Bagdad), selon des sources policières. De même source, six soldats ont été blessés, dont deux grièvement, par l’explosion d’une bombe au passage de leur véhicule au nord-est de Baaqouba (60 km au nord de Bagdad).

Six policiers irakiens ont été tués et dix autres blessés dans l’attaque d’un barrage routier par un commando rebelle équipé d’armes lourdes à Bores, près de Bakouba, à 65 km au nord de Bagdad. Selon un responsable de la police, l’attaque a été menée par un nombre important d’insurgés vers 08h00 locales (05h00 GMT), au début de la fête de l'Aïd el-Fitr marquant la fin du mois de jeûne du ramadan. Un policier présent sur les lieux a parlé de neuf morts et de 12 membres des forces de l'ordre blessés.

Les forces américaines et irakiennes ont lancé samedi 5 novembre une nouvelle offensive impliquant 3.500 soldats près de la frontière avec la Syrie, une zone considérée comme une porte d’entrée des combattants d’Al-Qaïda en Irak. « Quelque 2.500 Marines, marins et soldats du Regimental Combat Team et 1.000 soldats irakiens ont commencé une opération baptisée Al-Hajib Elfulathi (Rideau dacier) dans la province dAl-Anbar » dans louest de lIrak a indiqué l'armée américaine dans un communiqué. « L’objectif de l’opération est la restauration de la sécurité le long de la frontière irako-syrienne et la destruction du réseau terroriste Al-Qaïda en Irak qui opère à Houssaybah, à la frontière de la Syrie. »

L’offensive est la dernière d’une série d'opérations menées par l’armée américaine dans la région d’Al-Anbar, frontalière de la Syrie, décrite comme la porte d’entrée des combattants étrangers en Irak (un bon prétexte pour justifier une action contre la Syrie dans un avenir plusous moins proche !) Pour écraser ce foyer de résistance, les GI’s ont mené pas moins de quatre opérations depuis fin septembre dans la vallée de l’Euphrate qui court de la frontière syrienne jusqu’aux abords de Bagdad et constitue selon l’armée américaine l’un des principaux axes d’infiltration de combattants étrangers. La dernière « Iron Fist », menée le 1er octobre pendant six jours à une dizaine de km de la frontière syrienne, avec environ un millier de soldats, essentiellement des Marines, s’est soldée par la mort de plus de 50 rebelles.

Néanmoins les violences meurtrières ont continué en Irak malgré les succès annoncés par les autorités américains et irakiennes contre les réseaux d’Al-Qaïda en Irak où, selon elles, plusieurs cellules ont été démantelées et leurs chefs arrêtés dans le nord et l’ouest ainsi que dans Bagdad. « L'offensive Rideau d’acier fait partie de l’opération Sayad (Chasseur) destinée à empêcher Al-Qaïda d’opérer dans la vallée de l’Euphrate et à établir une présence militaire commune (irako-américaine) permanente le long de la frontière syrienne » affirme le communiqué.

« En éliminant l’influence terroriste dans et autour de Houssaybah, les troupes de la Coalition et les forces irakiennes visent à assurer un environnement sûr à la population de cette région en prévision des élections (générales) du 15 décembre » selon le texte. Il affirme que « les insurgés ont empêché les habitants de Houssaybah de participer au processus démocratique, en recourant aux meurtres et aux intimidations » en référence au référendum sur la Constitution le 15 octobre.

« Depuis le début de l’été, les capacités de combat des forces irakiennes se sont améliorées dans Al-Anbar » souligne l’armée américaine, ajoutant que l’offensive « Rideau d’acier » est la première dans laquelle des bataillons irakiens participent à une large échelle dans une opération conjointe avec la Force multinationale. Par ailleurs, l’armée américaine a annoncé la mort vendredi de trois de ses soldats dans des attaques en Irak dont deux dans la région de Bagdad. « Un soldat rattaché à la 2ème force expéditionnaire des Marines est décédé des suites de ses blessures provoquées par l’explosion d’une mine au passage de son véhicule près de Habbaniyah » à 60 km à l’ouest de Bagdad, selon un communiqué militaire. « Un soldat de Task Force Baghdad a succombé à ses blessures causées par l’explosion d’un engin artisanal contre son convoi le 4 novembre dans l’est de Bagdad » selon un autre communiqué. Un autre soldat de la même force a été tué par des tirs à l’arme légère dans la région de Bagdad. Ces décès portent à 2.042 le nombre de soldats ou de civils assimilés militaires américains morts en Irak depuis l’invasion de mars 2003, selon un bilan fourni par un organisme indépendant, Iraq Coalition Casualties. Alors, je pose une fois de plus la question : Combien de temps encore les familles américaines accepteront de voir mourir leurs fils dans une guerre « terminée » en trois semaines et qui n’est peut-être que le prélude à de nouvelles offensives dans d’autres pays peu enclin à considérer les Etsts-Unis comme le maître du monde ?

Voici de nouvelles informations sur cette guerre qui n’en finit pas de faire des victimes : Quelque 3.500 soldats américains et irakiens ont déclenché une grande offensive à la frontière irako-syrienne pour traquer des combattants d’Al Qaïda et dégager le terrain pour les législatives du 15 décembre, annonce l’armée américaine. L’opération « Rideau d'acier » (Steel Curtain) lancée dans la province sunnite d’Anbar, vise à rétablir la sécurité le long de la frontière et à « détruire le réseau terroriste d'Al Qaïda en Irak » qui opère autour de la ville de Koussaïba, précise un communiqué des « marines. » La province qui s’étend de l’ouest de Bagdad à la Syrie est un foyer d’insurrection sunnite contre le gouvernement à dominante chiite et kurde et ses alliés américains. Une tentative d’assassinat, à Bagdad, contre un dirigeant sunnite a encore fait monter d’un cran les tensions intercommunautaires.

« Le gouvernement est incapable de contrôler la situation » a réagi Hussein al Falloudji, un homme politique sunnite, après l’attaque dont Fakhri al Kaisi a été victime. Touché de cinq balles alors qu’il circulait seul dans la capitale, Kaisi est dans un état critique. Il avait dit craindre d’être la cible d’ « escadrons de la mort » chiites ou d’insurgés sunnites opposés à son rôle dans le processus politique. Des unités militaires ont bouclé des routes et restreint les mouvements de personnes autour des villes de Kaïm et Koussaïba tandis qu’était fêté l’Aïd el Fitr marquant la fin du ramadan.

Des témoins ont signalé des accrochages entre soldats américains et rebelles près de Koussaïba, ville de 30.000 habitants. « La force progresse dans la ville pour rétablir la sécurité le long de la frontière et détruire le réseau d’Al Qaïda en Irak qui opère dans la région » a dit l’armée américaine. « Koussaïba est l’un des principaux centres de transit en Irak de combattants étrangers, d’équipement et d’argent. » Des informations non confirmées émanant de la population locale ont fait état de dizaines de victimes à Koussaïba et Kaïm mais l’armée américaine a affirmé que les raids aériens n’avaient touché que des bâtiments d’où des insurgés avaient ouvert le feu. Les militaires ont découvert six bombes samedi et ils ont donné refuge à quelque 400 habitants ajoute le communiqué. Des habitants contactés par téléphone ont dit que la plus grande partie des 30.000 habitants de Koussaïba avaient fui la ville. Ils ont ajouté que l’offensive était menée par des forces irakiennes appuyées par des militaires américains.

L’un des principaux partis politiques sunnites, le Dialogue national, a condamné l’offensive en affirmant qu’elle ferait « couler le sang d’« autres innocents. » Le parti a aussi réclamé le limogeage du ministre (sunnite) de la Défense, Saadoun Doulaimi, qui a recommandé aux habitants de ne pas protéger d’insurgés.

Le ministre de la Défense a dit à la télévision : « Nous ferons tomber leurs maisons sur la tête de leurs enfants. Il devrait être traduit devant un tribunal international et jugé comme l’un des criminels de guerre de l’Irak » affirme un communiqué du Dialogue national. « Les maisons qui servent de refuge au terrorisme n’ont rien de privé » a riposté le ministre de la Défense. « Sans hésitation, je dis que nous irons abattre leurs maisons sur la tête de leurs habitants et sur le terrorisme qu’ils ont apporté de l’extérieur. »

La branche irakienne d’Al Qaïda a de nouveau menacé vendredi 4 novembre de tuer des diplomates étrangers à Bagdad un jour après avoir exprimé l’intention d’exécuter deux employés de l’ambassade du Maroc pris en otages alors qu’ils traversaient en voiture la province d’Anbar en provenance de Jordanie. Dans un communiqué diffusé sur un site Internet souvent utilisé par le groupe, Al Qaïda annonce également samedi avoir attaqué vendredi un point de contrôle de police à Bouhriz, au nord de Bagdad, tuant six policiers. Dans la même région, treize personnes ont été tuées samedi par des tirs visant un minibus, à Balad Rouz. On ignore l’identité des victimes. La participation au référendum constitutionnel du 15 octobre dernier ayant été faible dans la province d’Anbar, l’armée souligne que l’offensive a notamment pour but de faire échec aux manoeuvres d’intimidation des insurgés envers la population régionale afin que celle-ci puisse voter en décembre. Sur les 260.000 personnes qui ont voté au référendum dans la province, 97% ont rejeté le projet de constitution qui, dans les régions chiites et kurdes du pays, a été ratifié massivement.

Et pour ne pas perdre l’habitude, les violences se poursuivent : Un kamikaze a fait exploser sa voiture à un point de contrôle de l’armée américaine lundi au sud de Bagdad, tuant quatre GI, a annoncé le commandement américain en Irak. Les quatre soldats étaient membres de la Task Force Bagdad chargée d’assurer la sécurité dans la capitale irakienne et sa région. Cet attentat suicide intervient alors que l’armée américaine a lancé une vaste offensive contre le bastion rebelle présumé d’Husaybah, dans l’ouest de l’Irak, près de la frontière syrienne. Cette offensive, qui en était lundi 7 novembre à son troisième jour, a pour l’heure coûté la vie à un soldat américain.

L’organisation Al-Qaïda en Irak a lancé un ultimatum aux autorités irakiennes, majoritairement chiites, sommées de mettre fin à l’offensive contre Husaybah dans les 24 heures sous peine de voir « le sol trembler sous leurs pieds. » Après une offensive de quatre jours, les forces américaines et irakiennes ont pris le contrôle de la ville rebelle d’Husaybah, fief présumé d’Al-Qaïda en Irak près de la frontière syrienne, a annoncé le commandement des Marines. « La ville d'Husaybah est à présent sécurisée » a déclaré le colonel Stephen Davis, joint au téléphone par l’Associated Press. « Pour l’heure, on ne nous signale aucune résistance à l’intérieur de la ville même si des poches résiduelles peuvent réapparaître. » Environ 2.500 militaires américains et un millier de soldats irakiens ont pris part à cet assaut engagé samedi 5 npvembre contre Husaybah, ville considérée comme une porte d'entrée en Irak pour les combattants étrangers en provenance de Syrie. L’un des objectifs de cette opération baptisée « Rideau de fer » était de briser l’emprise d’Al-Qaïda et de ses alliés irakiens sur cette zone avant les élections législatives du mois prochain.

Un Marine a trouvé la mort au cours de l’offensive. Selon le colonel Davis, les forces de la coalition ont capturé plus de 150 hommes en âge de combattre et trois insurgés, deux Saoudiens et un Koweïtien, ont été tués dimanche par les troupes irakiennes alors que, déguisés en femmes, ils tentaient de s’introduire dans un camp de personnes déplacées. Les Marines et leurs alliés irakiens entendent maintenir à long terme une présence à Husaybah pour prévenir un retour des insurgés. Ils comptent également poursuivre leur offensive dans la vallée de l’Euphrate où Al-Qaïda stationnerait des forces.

Je reste sans voix face à l’information que j’ai lue ce matin, 10 novembre, tant elle est inquiétante dans sa brièveté : Un kamikaze s’est fait exploser ce matin près d'un restaurant fréquenté par les policiers de Bagdad, tuant au moins 35 personnes et en blessant 25 autres tandis qu'à Takrit une voiture piégée tuait sept candidats devant un centre de recrutement, selon la police irakienne. La déflagration a retenti dans tout le centre de Bagdad vers 9h45 locales, à l’heure où de nombreux policiers s'arrêtent dans ce restaurant pour le petit déjeuner. Le commandant Abdel-Hussein Minsef a déclaré que 35 policiers et civils avaient été tués dans cet attentat-suicide et que 25 autres personnes dont au moins 20 civils, étaient blessées. A l’origine, les informations faisaient état d’un double-attentat perpétré par deux kamikazes, les témoins ayant entendu deux explosions. Mais un responsable de la police irakienne, le major Falah al-Mohammedawi, a précisé que le kamikaze portait sur lui une bombe dans un sac ainsi qu’une ceinture d’explosifs, d’où les deux explosion entendues. Dans un communiqué publié sur Internet, Al-Qaïda en Irak a revendiqué cette attaque présentée comme une riposte aux opérations menées par les forces irakiennes et américaines près de la frontière avec la Syrie. Les explosions se sont produites juste avant l’arrivée en Irak du ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw qui devait rencontrer le Premier ministre Ibrahim al-Jaafari, selon le bureau de ce dernier.

Par ailleurs, la police irakienne a annoncé l’enlèvement à Kirkouk (nord de l’Irak) de Hadjem Al-Hassani, frère du président du parlement irakien. Ce dernier se présente aux élections législatives du 15 décembre sur une liste laïque conduite par l’ancien premier ministre chiite Iyad Allaoui.

Les avocats assurant la défense de Saddam Hussein ont déclaré qu'ils ne retourneraient pas au procès si leur sécurité n'était pas garantie par une  force internationale neutre. Cette déclaration fait suite à l’assassinat, le 9 novembre, d’un second membre de l’équipe de juristes défendant l’ancien dictateur. Khalil Al-Dulaimi, qui dirige l’équipe a accusé les troupes américaines et le gouvernement irakien d’être implicitement responsables de ces assassinats, en n’assurant pas la sécurité nécessaire au procès. Des soldats américains ont reconnu avoir bombardé une maison tenue par des insurgés où se trouvaient des civils irakiens. Les soldats et les marines n'avaient pas connaissance que des civils étaient pris en otages dans la maison au moment de l’offensive a indiqué l’armée dans un communiqué. C’est la première fois que les forces américaines reconnaissent être responsables de la mort de civils. Les marines qui se sont rendus sur les lieux après l’attaque ont découvert cinq corps et ont porté secours à deux blessés, un adulte et une petite fille. 

 

                                                    ... ( à suivre)

 


[1] J’ai suivi une émission hier soir, 27 novembre, sur Arte et j’ai entendu une information qui m’a stupéfiée : les habitants de la Nouvelle-Orléans ont subi - entre autres - le même genre d’ouragan destructeur en 1927 et les digues de 2005 n’étaient pas plus aptes à résister à Katarina que celles construites 78 années auparavant ! J’ai été aussi surprise par le fait que les autorités aient fait évacuer, plutôt que les habitants, les troupes stationnées dans la ville pour les mettre le plus vite possible à l’abri de l’ouragan et des inondations…

[2] J’aimerais qu’on me cite une seule ville au monde où tous les habitants vivent dans un tel état de frayeur et d’appréhension constantes, où les enfants ne peuvent plus aller en classe, où la « zone rouge » est celle où l’on saigne… Je répète une fois encore combien il est atroce que les Américains aient mis à feu et à sang un tel pays d’antique civilisation sans le recours à l’Onu.