Une photographie de Stéphane Popu

 

La peur et mes plaisirs 

de l'été

 

par Lise Willar   

 

Mots...dits

 

 

Retrouvez les écrits de Lise Willar 
sur son site

 

Nous avons tous peur pour Ingrid Betancourt et avec Renaud, nous chantons « Dans la Jungle » pour qu’elle revienne :

Trois années dans la jungle
Ligotée, bâillonnée
Entourée de ces dingues
Ces doux illuminés

Qui t’ont fait prisonnière
Otage précisément
De leur triste guerre
Perdue depuis longtemps

 Eux qui voulaient jadis
La liberté, le droit
Crachent sur la justice
En s’en prenant à toi

Ils méprisent la vie
Et la femme que tu es
Au bout de leurs fusils
La victoire est fanée

Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi
Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

 Trois années dans la jungle
Ligotée, bâillonnée
Avec ces porte-flingues
Devenus tes geôliers

 Qui te citent Staline
Ou te lisent Mao
A toi qui, j’imagine
Préfèrerait Rimbaud

 Peut-être, comme moi
Les croyais-tu, naguère
Fils de Che Guevara
Et porteurs de lumière

 Mais leur lutte finale
Leur matin du grand soir
C’est la haine et le mal
Et surtout les Dollars

 Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi
Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

Je n’connais pas le nom
De tous ceux, comme toi
Qui croupissent en prison
Otages ici ou là

Anonymes, oubliés
D’Irak, de Colombie
Victimes sacrifiées
Pour de sombres conflits

Où narcotrafiquants
Et minables malfrats
S’érigent en combattants
D’obscures guérillas

‘lors en chantant pour toi
Ingrid, c’est aussi
Pour eux que je me bats
Et pour eux que je crie

Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi
Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

Trois années dans la jungle
Ligotée, bâillonnée
Avec le vent qui cingle
Dans tes cheveux défaits

 Tu restes, malgré tout
Sereine et élégante
Ta revanche sur ces fous
Est de rester vivante

 Pour tous ceux que tu aimes
Et qui ne t’oublient pas
Qui veulent briser ces chaînes
Qui ne te briseront pas

 Ton nom est synonyme
Ingrid Betancourt
Contre l’armée du crime
De courage et d’amour

 Nous t’attendons Ingrid
Et nous pensons à toi
Et nous ne serons libres
Que lorsque tu le seras

 

Comme je ne suis pas partie en vacances, j’ai été beaucoup plus tributaire de la radio qu’habituellement. C’est ainsi que tous les après-midi, j’ai écouté les nombreux participants des « Rencontres de Pétrarque » qui ont lieu chaque année au mois de juillet au cloître des Ursulines de Montpellier. Durant deux jours, les rencontres ont porté sur la peur[1] qui est un sujet trop actuel pour la plupart d’entre nous, je le crains : Qu’est-ce que la peur ? Comment l’appréhender, comment la penser ? Durant le premier jour de conversation, on a tenté de définir et circonscrire le thème, de recenser ce que certains grands penseurs en on dit. Et cela nous a emmené, de ci de là, des peurs collectives, aux peurs plus profondes, en soi...

Les invités étaient  Sylviane Agacinski[2] , philosophe, professeur à l’EHESS, Philippe Borgeaud, historien, professeur d’histoire des religions à l’Université de Genève, Bernard Salignon, professeur de philosophie esthétique et éthique, il dirige le département de psychanalyse à l’Université de Montpellier 3, Jean-Luc Plouvier qui, à la tête de l'ensemble Ictus, s’est produit le 19 juillet pour un programme Waits / Weil, dans le cadre du Festival de Marseille.

Mais il y eut bien sûr un grand nombre d’intervenants : Une romancière israélienne en particulier, Orly Castel-Bloom, a évoqué la peur qu’on pouvait ressentir à la table d’un café de Jérusalem ou de toute autre ville de l’Etat hébreu en sirotant un simple jus de fruit. Apparemment, la possibilité d’un attentat ne semble jamais la quitter. Elle a même ajouté - je ne suis pas d’accord avec elle dans ce cas - que la peur qu’on ressent pour soi-même rend égoïste car on ne peut plus s’intéresser aux malheurs des autres. Je vais mal en ce moment, j’ai à la fois des problèmes physiques et une dépression très forte et pourtant chaque jour je me penche sur tout ce que mes contemporains subissent de contraintes et de larmes, que ce soit dans les attentats, les terribles feux qui ont éclaté en France, au Portugal et en Espagne, les pertes de pompiers, les maisons brûlées, les milliers d’hectares de forêts saccagés, les accidents d’avion qui paraissaient très nombreux et meurtriers en ce mois d’août et dont l’un a touché plus de 160 personnes de la communauté française de Martinique, ceux de la route, les problèmes rencontrés par la navette spatiale Discovery pour rentrer sur terre, la reprise des recherches nucléaires en Iran et bien sûr les ouragans de Louisiane, le séisme du Pakistan. Je trouve au contraire de cette intervenante que les grands soucis des hommes font apparaître les nôtres comme des succédanés, nous « boostent » en quelque sorte comme pour nous dire : « Allons un peu de courage, pense aux petits enfants qui n’ont pas de lait ou de pain, qui n’ont plus de maison, plus de parents : ils attendent de toi que tu fasses abstraction de ton petit mal-être pour leur porter secours. Je ne dis pas que l’on ne doit plus avoir peur pour soi mais que cette peur doit être comparée à celle des autres afin d’être minimisée, remise à sa juste place.

J’ai préféré la seconde série d’entretiens sur la peur car non seulement on y a lu un très beau texte de Wole Soyinka, prix Nobel de littérature en 1986[3], qui évoque trois sortes de peur : celle qu’ont ressentie les hommes durant la Seconde Guerre mondiale  où les civils ont été atteints en proportion égale ou supérieure même à celle des militaires et qui est la marque du vingtième siècle au même niveau que la peur de la bombe atomique dont on parle beaucoup en ce moment suite à la commémoration du soixantième anniversaire de la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki. Cette guerre faisait toutefois partie d’un affrontement général voulu par des Etats souverains. La dernière décennie du vingtième siècle mais surtout cette première décennie du vingt et unième sont confrontées à une autre forme de peur, celle du terrorisme qui s’exerce surtout contre les civils, femmes, hommes, enfants compris, et qu’on ne peut pas définir de la même façon que les guerres d’autrefois ou de naguère. C’est la raison pour la quelle on ne parle même plus d’organisation mais de nébuleuse quand on se réfère à Al Qaïda par exemple.

Et pourtant je me demande, en définitive, si toutes les peurs que nous avons évoquées jusqu’ici ne vont pas être balayées en quelque sorte par la peur des pandémies nouvelles, de cette fameuse grippe aviaire qui, en atteignant la Turquie et plus près de nous la Roumanie, frappe à notre porte.  La grippe aviaire est une infection due à un virus de la famille des Orthomyxoviridae qui comprend plusieurs genres (ou types) dont Influenzavirus A. Celui-ci est divisé en sous types parmi lesquels les sous-types H5 et H7. Cette infection peut toucher presque toutes les espèces d’oiseaux, sauvages ou domestiques. Elle peut être fortement contagieuse surtout chez les poulets et les dindes, et être susceptible d’entraîner une mortalité extrêmement élevée dans ces espèces. Le virus Influenza aviaire peut éventuellement infecter d’autres espèces animales comme le porc et/ou d’autres mammifères.

Le virus de la grippe aviaire, lorsque la souche est hautement pathogène, peut se transmettre exceptionnellement à l’homme, comme cela a été observé pour le virus influenza A/H5N1 à Hong Kong en 1997 et en février 2003 ou, plus récemment, au Vietnam où des foyers de virus aviaire ont été observés fin 2003. Des cas de transmission à l’homme du virus influenza A/H7N7 ont été également été observés aux Pays-Bas au printemps 2003. La transmission s’effectue lors de contacts fréquents et intensifs avec des sécrétions respiratoires ou des déjections d’animaux infectés. Une transmission du virus aviaire à l’homme risque de favoriser des échanges de matériel génétique entre les deux virus chez une personne déjà contaminée par le virus de la grippe humaine. Un tel réassortiment génétique entre ces deux virus pourrait engendrer l’apparition d’un nouveau type de virus susceptible de s’adapter plus facilement à l’homme. Ce mécanisme faciliterait ainsi la transmission inter humaine de ce nouveau type de virus qui pourrait diffuser sur un mode épidémique voire pandémique, comme cela s’est vu dans le passé. Chaque foyer de grippe aviaire animale nouvellement identifié nécessite que soient mises en œuvre par les autorités sanitaires des pays affectés des mesures ayant pour objectifs d’éviter toute exposition au virus et d’éradiquer la maladie. Les stratégies de lutte contre l’influenza aviaire reposent essentiellement sur le diagnostic, l’hygiène, l’éducation, la quarantaine et la réduction de la taille des élevages (politique d’abattage massif.

La peur dans ce cas précis est mondiale : Le ministre palestinien de la  Santé publique Zohdi el-Wiheidi a indiqué samedi 14 octobre qu’aucun cas de  la grippe aviaire n'a été détecté dans les territoires  palestiniens et toutes les mesures préventives ont été prises afin d’enrayer cette maladie. Le ministre a cependant noté que les territoires palestiniens  étaient un arrêt possible des oiseaux migrateurs, qui pourraient  transporter cette maladie.

La grippe aviaire a provoqué d’importantes pertes de volailles  dans le sud-est de l’Asie depuis 2003 et a tué plus de 60  personnes. Les autorités thaïlandaises enquêtent sur la possibilité que la souche du virus qui touche aujourd’hui une dizaine de pays d’Asie, appelée H5N1, ait été apportée par des oiseaux migrateurs. Les canards sauvages sont en effet connus pour être les hôtes naturels du virus et sont, ironie du sort, les plus résistants à la maladie. Un contact entre les oiseaux domestiques et sauvages pourrait être à l’origine de l'épidémie. Dans le passé, les marchés d’oiseaux vivants ont joué un rôle important dans la propagation.

La capacité de réagir de la région de Québec à une éventuelle pandémie de grippe aviaire a été testée en fin de semaine. Les autorités régionales de la santé ont tenu un exercice de vaccination massive dans le cadre de la campagne annuelle de vaccination contre l’influenza.

« Nous sommes vraiment contents du résultat » a lancé Raymonde Pépin, responsable de la vaccination au CSSS de la Vieille-Capitale. « Malgré le fait qu’il y a eu des files d'attente et que les bénévoles et employés n’ont souvent pas eu le temps de prendre leur pause, tout s’est déroulé dans l’ordre. » Le nombre exact de personnes vaccinées dans les trois centres prévus à cet effet n’est pas encore connu, mais on estime qu’il approche l’objectif de départ de 3000. Toutefois, l’objectif de 160 personnes à l’heure n’a pas tout à fait été atteint. Le centre le plus achalandé, à Sainte-Foy, a réussi à donner 150 vaccins à l’heure.

Le récent passage à l’humain de la grippe du poulet présente un danger redoutable : en l’absence de vaccin et de traitement, les morts pourraient, selon l’Organisation mondiale de la santé, se compter en millions. En Thaïlande, la poussée de grippe aviaire du début de l’année 2004 a aussi secoué les perspectives des agro-industriels, précipitant une crise dont les premiers à faire les frais sont d’ores et déjà les petits fermiers.

En France, Christian Rondeau, président de l’Ordre national des vétérinaires réuni de vendredi à dimanche en congrès à Limoges, considère que l’épidémiosurveillance demeure efficace dans le cadre du risque redouté en France d'une épizootie de grippe aviaire. Les vétérinaires français se montrent d’ailleurs très critiques sur le caractère alarmant donné à la menace de grippe aviaire dans le pays. Ils mettent en garde contre l’amalgame entre la peste aviaire et une pandémie grippale qui, selon les spécialistes, n'est pas à craindre dans les conditions annoncées en France.

« Nous sommes en présence d’un problème typique de santé animale, celui de la peste aviaire » a déclaré Jeanne Brugère-Picoux, professeur à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort et membre des académies vétérinaire et médicale, vendredi, à Limoges. Elle a appelé les médecins à ne pas se saisir d’un « problème animal » refusant tout risque de « psychose de santé humaine sur un problème typique de santé animale. »

De son côté, Christian Rondeau explique que « si seuls 70 vétérinaires sur les 14.000 de France sont spécialisés dans la filière volaille et en font une mono-activité, notamment en Bretagne et dans l’Ain, on peut compter sur environ 4.000 praticiens ruraux pour intervenir dans l’épidémiosurveillance. » Il précise qu’  « il en va ainsi pour toutes les filières. » Leur efficacité se mesure à « la rapidité à établir un diagnostic, sur examen direct ou complémentaire, pour permettre la mise en place urgente des mesures de police sanitaire appropriées, souvent l'euthanasie des sujets contaminés et la surveillance du reste du cheptel » estime M. Rondeau. « Quand une maladie dangereuse pour la santé de l’homme menace, le vétérinaire participe au dispositif général de riposte sanitaire en alertant les services vétérinaires départementaux, qui transmettent aux administrations. »

Ce rôle d’acteur de santé public trouve aujourd’hui son illustration dans la participation de l’Ordre des vétérinaires à la rédaction d’un décret en préparation, piloté par le ministère de la Santé et cosigné par celui de l’Agriculture et de la Pêche. « Il soumettra tous les élevages avicoles du pays à une surveillance systématique, à raison d’une visite annuelle obligatoire » précise M. Rondeau. « Après avoir réagi fort et avec efficacité contre l’ESB (encéphalite spongiforme bovine, maladie de la « vache folle ») et contre la fièvre aphteuse, contrairement à ce qui s’est passé en Grande-Bretagne, la France a prouvé la qualité de sa couverture vétérinaire » se réjouit-il.

Il n’en reste pas moins que la couverture vétérinaire du pays souffre d'un manque flagrant d'harmonie. Les jeunes diplômés s'orientent de préférence vers la pratique de ville, secteur pourtant saturé où leurs revenus tendent à la baisse. Ils sont aujourd'hui environ 7.000 sur près de 14.000 praticiens, auxquels il faut ajouter environ 5.000 praticiens mixtes, dans les agglomérations cernées par des zones d'élevage. Par contre, la campagne recherche des vétérinaires ruraux, désespérément. Il ne manque pourtant pas de passionnés à la recherche d’émules, tels Richard Corde, président de l’Association vétérinaire équine française (AVEF), qui compte environ 400 membres. L’équitation se développe, qu’il s'agisse de courses, de concours, de randonnée, toutes disciplines qui font appel au vétérinaire équin.

Le coordonnateur du programme de l’OMS de lutte contre la grippe aviaire, le docteur Klaus Stoehr, a affirmé en novembre 2004 que la grippe aviaire pourrait provoquer une pandémie touchant tous les pays de la planète et faire des millions de morts. C'est que jusqu’à maintenant, les humains contaminés l’ont été par des oiseaux malades et le virus n’avait pas subi de réaménagement génétique. Mais voilà, ce que l’OMS craignait est en train de se produire. Une étude, publiée dans le New England Journal of Medicine confirme les premiers cas documentés de transmission du virus de cette grippe de personne à personne. Nous faisons donc face à un virus foudroyant en mutation constante, et transmissible entre humains.

Cette réalité inquiète au plus haut point les autorités sanitaires internationales. Identifié pour la première fois il y a une centaine d’années en Italie, le virus de la grippe aviaire, appelé également grippe du poulet ou influenza aviaire, est une infection virale contagieuse qui touche les oiseaux de toutes plumes. Certaines espèces, comme les poulets, dindons ou pintades, sont toutefois plus susceptibles de l’attraper. Se manifestant par une perte d’appétit, des plumes ébouriffées, des fièvres, des diarrhées, des gonflements ou encore une soif excessive, la maladie peut, dans le cas de souches particulièrement virulentes, présenter un taux de mortalité proche de 100 %.

Les pays occidentaux ne sont pas à l’abri d’une contamination. Ainsi, durant les années 1983 et 1984, les États-Unis ont été confrontés à une souche dont le taux de mortalité avoisinait 90 %. Pour enrayer la maladie, les autorités sanitaires ont dû procéder à l’abattage de quelque 17 millions de volatiles. Au Canada, des virus de grippe aviaire faiblement pathogène ont été identifiés à trois reprises depuis 1975. La dernière éclosion a été rapportée en Ontario, en 2000.

La stratégie mondiale de lutte contre la grippe aviaire chez les animaux reste largement sous-financée malgré les contributions importantes de quelques bailleurs de fonds, met en garde la FAO (Food Agricultural Organization.) « Il semble raisonnable de constituer des stocks de vaccins antiviraux pour protéger les gens contre une pandémie potentielle de grippe aviaire mais, dans le même temps, la lutte contre le virus à sa source - chez les animaux - ne doit pas être sous-estimée » a déclaré M. Joseph Domenech, vétérinaire en chef à la FAO. « Des services vétérinaires nationaux efficaces sont essentiels pour améliorer la détection précoce de la grippe aviaire. L’échange rapide et l'analyse des échantillons de virus exigent des ressources supplémentaires afin de pouvoir répondre immédiatement lors de l’apparition de la maladie » a souligné l'expert de la FAO.

La Stratégie mondiale pour le contrôle progressif de la grippe aviaire hautement pathogène lancée en mai 2005 par la FAO et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit l’exécution de programmes de contrôle dans les pays du sud-est asiatique nécessitant un financement de plus de 100 millions de dollars sur les trois prochaines années.

A ce jour, les bailleurs de fonds, notamment l’Allemagne (6 millions de dollars), la Suisse (4 millions de dollars), les Etats-Unis (6 millions de dollars) et le Japon (0,5 million de dollars) ont promis un montant total de quelque 16,5 millions de dollars. La FAO fournira 2 millions de dollars supplémentaires sur ses propres ressources. La Banque mondiale et la Commission européenne prévoient également d'investir largement dans le contrôle de la grippe aviaire.

Ce soutien est excellent, mais ce n’est qu'un premier pas et, à moins qu’il ne se traduise par davantage de financements pour soutenir les pays affectés, le cycle de l’infection de la grippe aviaire qui se développera chez les volailles cet hiver, ne sera pas stoppé, selon la FAO. La circulation d'un grand nombre de virus de l'influenza parmi les animaux dans beaucoup de pays et à proximité de l'homme constitue un facteur de risque majeur qui pourrait provoquer une pandémie.

Il reste une petite chance pour réduire, avant l’hiver, les niveaux de l’infection: la vaccination des volailles. Dans des pays comme le Viet Nam, la vaccination des volailles est le seul moyen de réduire les niveaux d’infection dans le court laps de temps qui nous sépare de l'hiver. Cela implique des campagnes de vaccination massives, particulièrement chez les petits producteurs qui sont en contact étroit avec leurs animaux. Les pays d’Asie font de leur mieux pour contrôler le virus, mais ils ne peuvent pas le faire seuls et on ne doit pas s’attendre à ce qu’ils le fassent seuls, selon M. Domenech.

Des succès ont, toutefois, été enregistrés par la Thaïlande qui a réussi à contrôler le virus de la grippe aviaire. Aucun nouveaux cas de contamination humaine n’a été rapporté récemment dans ce pays. Le Viet Nam a récemment lancé un ambitieux programme de vaccination de toutes les volailles dans les provinces à risque. Ce pays aura besoin de 10 millions de dollars supplémentaires pour mettre en œuvre son programme de vaccination, améliorer les équipements de laboratoire et mener à bien les programmes de surveillance post-vaccination. L’Indonésie aussi a besoin d’un important soutien financier pour améliorer l’efficacité des campagnes de vaccination en cours.

Une fois de plus, la FAO recommande aux pays situés sur le trajet des oiseaux migrateurs de mettre en place des programmes de surveillance. L’Inde et le Bangladesh, l’Europe centrale, le Moyen-Orient et certaines régions d’Afrique devraient améliorer la prévention nationale, les systèmes de détection précoce et les plans de réponse rapide. « Les activité nationales nécessiteront un soutien supplémentaire de la part des bailleurs de fonds, estimé à quelque 50 millions de dollars pour les trois prochaines années » a indiqué M. Domenech. La majeure partie de ces fonds devrait être utilisée pour la prise de conscience, la formation, les équipements de protection, les laboratoires et la surveillance aussi bien des animaux sauvages que des volailles. Les ressources nationales des pays à risque ne seront pas suffisantes pour financer leurs stratégies de contrôle, a souligné M. Domenech. Au niveau mondial, il convient de financer aussi la surveillance, la coordination et le travail de référence des laboratoires. Investir aujourd’hui dans le contrôle de la grippe aviaire chez les animaux est peu coûteux comparé aux coûts d’une pandémie mondiale qui pourrait se produire demain.

Tous ces détails techniques permettront-ils d’éloigner le danger si les chercheurs ne trouvent pas le vaccin qui permettrait de simplifier les choses ? Il se trouve qu’à mon humble niveau, j’ai « peur » d’avoir fait quelque chose de mal. Dans mon nouvel appartement, j’ai une belle terrasse où de nombreux moineaux viennent me tenir compagnie. Ce matin, j’ai partagé avec eux ma demi-baguette. Quel festin pour eux et quel plaisir pour moi de les voir se régaler ! Oui mais… A midi, je déjeune au restaurant de ma nouvelle résidence. Ma voisine a parlé de fleurs, d’arbres et puis elle a dit à une amie qu’il ne fallait surtout pas nourrir les moineaux parce que cela risquait de faire revenir les pigeons. De là aux risques d’une contamination par la voie de ces volatiles, il n’y avait qu’un pas et je me suis promis de ne plus contrevenir aux règles.

J’ai, en terminant ces mots…dits, une impression étrange, celle que la nature n’est pas tendre envers nous et qu’elle semble vouloir punir les hommes de tous les crimes et de tous les péchés qu’ils ont commis. Sacrée grippe aviaire : Serait-elle l’initiatrice d’une nouvelle arche de Noé qui permettrait de sauver deux spécimens de tout ce qui vit sur notre planète? Mais j’y pense… Et si l’un des spécimens était atteint sans qu’on ait pu le détecter ? Alors, je crois que nous serions bien proches du jugement dernier. Alea jacta est !

 

Mes Plaisirs de l’Eté

 

La peur n’a pas suffi - heureusement - à remplir mon été. Dans ma quête des bons programmes,  j’ai découvert des hommes dont j’ai la modestie de dire que, pour certains, je les découvrais. Tel fut le cas pour Serge de Beaurecueil. J’ai en effet appris à la fois qui était ce dominicain épris de l’Afghanistan et son attraction pour un soufi qui, lui aussi, m’était inconnu : Ansârî. J’étais d’autant plus intriguée que tout le monde sait que je me suis intéressée au soufisme voici bien des années.

Un des ouvrages de Serge de Beaurecueil « Mes enfants de Kaboul » raconte l’histoire que j’ai entendue de ses lèvres mêmes sur France Culture dans une interview bien sûre rediffusée puis que l’écrivain est décédé il y a environ deux ans :

Ayant décidé très tôt de devenir dominicain, et après des études scientifiques très poussées, Serge de Beaurecueil est envoyé au Caire pour poursuivre ses études - sa spécialité est alors l’Islam. Dans la capitale égyptienne, il décide de prendre pour sujet de ses recherches Ansari, un maître du soufisme qui vécut à Hérat au XIIe siècle et dont l’œuvre a eu une influence considérable sur la pensée islamique. Le Caire n'est qu’une étape. Bientôt Serge de Beaurecueil, pour faciliter son travail, s'installe en Afghanistan, le pays même d’Ansârî.

Pour gagner sa vie, il devient professeur de Lettres, d’abord dans l’enseignement supérieur, puis dans le secondaire, enfin dans le primaire jusqu’au jour où il n’est plus que simple infirmier du lycée. La vie dure ainsi à Kaboul de 1961 à 1966 jusqu’à ce jour où Serge de Beaurecueil recueille chez lui un jeune garçon afghan d’une dizaine d’années, paralysé des deux jambes, qui arpentait péniblement le trottoir[4], vivant des aumônes qu'on voulait bien lui donner. Bien vite, ce premier enfant est rejoint par deux autres, deux frères, démunis eux aussi. Quelques mois ont à peine passé que la famille s’augmente d’un petit orphelin - il n’a que cinq ans - qui arrive du fin fond des montagnes afghanes et que la chance a conduit par hasard chez le père.
Ainsi, peu à peu, Serge de Beaurecueil abandonne ses recherches sur Ansârî pour s’occuper des enfants de Kaboul. Pas n’importe lesquels mais ceux que le hasard de la maladie - un grand nombre d’entre eux sont handicapés - de la misère, puis de la guerre, mettra sur son chemin. L’intellectuel dominicain a abandonné ses travaux pour devenir le père d’une famille nombreuse qu’il loge, nourrit, soigne, éduque.

Voilà 1’itinéraire que raconte ce livre, comme celui des enfants eux-mêmes. Car si les uns viennent de Kaboul même, la plupart d'entre eux sont originaires de montagnes et de provinces lointaines. Ils racontent la misère, la solitude, l’abandon, tout ce qu’il faut trop souvent vivre dans un pays sous-développé, de culture encore pastorale et archaïque, où la guerre n’est pas seule responsable de la difficulté de vivre.

Ayant appris qui était Serge de Beaurecueil j’ai évidemment voulu en savoir plus sur le poète soufi Ansârî qu’il a traduit comme l’a fait Eva de Vitray-Meyerovitch pour Rûmî : L’un des maîtres de la littérature soufie (XIe siècle) en langue persane, Khwâdja ‘Abdullâh Ansârî (1006-1089) est né et mort à Hérat (Ouest de l’Afghanistan). Enfant prodige, puis travailleur acharné, il a consacré sa vie à l’enseignement et à la polémique contre les « innovateurs », théologiens et philosophes ce qui lui valut de connaître bien des épreuves. Marqué par son milieu familial, puis par la rencontre de soufis tel que Tâqî Sijistani et surtout Abu-I-Hasan Kharaqânî, il a été un guide spirituel éclairé. Son œuvre comporte : Le Chemin de Dieu ou Les étapes des itinérants vers Dieu.[5] Ce texte majeur de la littérature soufie (XIe siècle)  a été largement diffusé d'un bout à l’autre du monde musulman, maintes fois commenté et de façons fort différentes, ce traité à fait florès au cours des âges. Il est accompagné de deux autres traités, Les Cents Terrains, qui constitue une première ébauche, et Les Déficiences des Demeures qui en précise l’enseignement. Ces textes sont précédés d’une biographie d’Ansârî et d’une présentation des trois traités par Serge de Beaurecueil.

 

J’ai également eu le plaisir d’écouter le West-Eastern Symphony orchestra. Avant de parler de l’orchestre, je voudrais dire que je suis depuis longtemps une inconditionnelle de Barenboïm. A l’époque heureuse où il dirigeait l’orchestre de Paris Salle Playel et plus tard Au Palais des Congrès, j’ai toujours été abonnée à ses concerts. C’est la raison pour laquelle je voudrais rappeler pour ceux qui le connaissent moins bien ce qu’a été cette vie dédiée à la musique comme pianiste et comme chef d’orchestre : Daniel Barenboïm est né en 1942 à Buenos Aires de parents juifs d’origine russe. Sa mère a été son premier professeur de piano à l’âge de cinq ans, puis son père est resté son unique professeur. C’est en août 1950, à peine âgé de 7 ans, qu’il donna son premier récital à Buenos Aires et c’est en 1952 que la famille Barenboïm quitta l’Argentine pour Israël. Deux ans plus tard, durant l’été 1954, les parents amènent leur fils Daniel à Salzbourg pour fréquenter les master-classes de direction d’orchestre d’Igor Markevitch. C’est au cours de ce même été qu’il rencontra Wilhelm Furtwängler et eut l’honneur de jouer devant lui. Furtwängler écrivit alors ces mots : « A onze ans, Barenboïm est déjà un phénomène ». A Paris en 1955, Daniel Barenboïm étudie avec Nadia Boulanger l’harmonie et la composition. 1952 marque ses débuts de pianiste à Vienne et à Rome et 1955 à Paris, suivis par ceux de Londres (1956) et New York en 1957 avec Léopold Stokowski. A partir de ce moment, il joue régulièrement en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Australie et en Extrême Orient.

L’année 1964 marque le début de ses premiers enregistrements dans un répertoire réunissant les plus grandes oeuvres pour piano avec notamment des cycles complets de sonates de Beethoven et Mozart et des concertos pour piano de Mozart qu’il interprète tant comme chef que comme soliste, mais aussi les concertos de Beethoven avec Otto Klemperer ou comme chef avec Arthur Rubinstein en soliste, ceux de Brahms avec Sir John Barbirolli et de Bartok avec Pierre Boulez. À partir de 1964, Daniel Barenboïm se consacre davantage à la direction d’orchestre. Son étroite collaboration avec l’English Chamber Orchestra commence en 1965 et durera plus de dix ans. Pendant cette fructueuse période, ils jouent ensemble d’innombrables concerts en Angleterre, dans toute l’Europe, aux Etats-Unis, au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Après ses débuts à Londres en 1967, avec le Philharmonia Orchestra, les plus grands orchestres européens et américains sollicitent Daniel Barenboim. Entre 1975 et 1989 il est le directeur Musical de l’Orchestre de Paris, où sont jouées notamment des commandes et des créations d’oeuvres contemporaines, avec des exécutions d’oeuvres de Lutoslawski, Berio, Boulez, Henze, Dutilleux, Takemitsu…

L’année 1973 a marqué ses débuts comme chef à l’opéra avec une représentation du Don Giovanni de Mozart au Festival d’Edimbourg. Ses débuts au Festival de Bayreuth datent de 1981 : il en sera alors le chef invité pendant 18 ans, donnant des représentations de Tristan et Isolde, L’Anneau du Nibelung, Parsifal et Les Maîtres chanteurs de Nuremberg. En 1991, il succède à Sir Georg Solti comme Directeur Musical du Chicago Symphony Orchestra et en 1992 il devient General Music Director et Directeur Artistique du Deutsche Staatsoper de Berlin, qui l’a élu « chef à vie ».

Depuis des années, Daniel Barenboïm oeuvre pour la réconciliation entre Arabes et Israéliens. Partant du principe que « La musique est le langage de la paix », il a créé en 1999 avec l’écrivain Edward Saïd[6], le West-Eastern Divan Orchestra, une formation composée de jeunes musiciens d’Israël et de Palestine, de Syrie, de Jordanie, du Liban, d’Egypte et d’Espagne. 

Les deux premières années, l’Atelier s’installe à Weimar, puis à Chicago, et, depuis l’été 2002, à Séville. Cette entreprise hors du commun est soutenue financièrement par le gouvernement autonome d’Andalousie et quelques mécènes espagnols privés. Daniel Barenboïm refuse toutefois toute donation qui pourrait apporter une connotation politique au projet. L’Atelier et l’Orchestre qui en est issu, n’ont aucune doctrine politique autre que celle qui est la base de sa création : l’idée qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit israélo-palestinien.

 

Aujourd’hui, l’orchestre compte environ 80 musiciens arabes et israéliens, âgés de 13 à 26 ans, et se réunit un mois tous les ans avant de partir en tournée. En juillet 2005, c’est à Séville que s’est tenu le septième atelier qui s’est poursuivi par une tournée européenne et s’est achevée par le concert du 21 août à Ramallah.
Avant le concert, Daniel Barenboïm a déclaré : « Notre objectif sera atteint quand l’orchestre pourra jouer dans tous les pays dont les musiciens sont originaires. Ce concert à Ramallah est un grand pas dans cette voie. »

Je me suis bien sûr branchée sur Arte pour écouter le concert donné hier soir à Ramallah par Daniel Barenboïm et le West-Eastern Divan Orchestra en faveur de la paix et du dialogue au Proche-Orient. Quelque 700 personnes avaient rempli à ras bord la salle de concert de Ramallah, certains spectateurs restant debout dans les allées et devant les portes tandis que d’autres ont écouté les oeuvres de Beethoven et Mozart sur un écran dans une autre salle.

C’est la première fois que cet orchestre de 100 musiciens qui compte dans ses rangs non seulement des Israéliens et des Palestiniens mais des Syriens, Libanais, Egyptiens et Jordaniens se produit dans les territoires palestiniens. Pour éviter tout problème, certains musiciens avaient voyagé vers Ramallah avec un passeport diplomatique fourni par l’Espagne. Le concert a été dédié à Edward Saïd, l’intellectuel décédé en 2003, en présence de son épouse Mariam.

 

Nadeem Hassan, musicien de 21 ans et un des dix Syriens de la formation, a expliqué qu’il avait été impatient de rencontrer des Israéliens. « Quand j'ai fait leur connaissance, j’ai découvert qu'ils étaient des gens normaux. Certains sont créatifs dans leur travail et j'ai beaucoup appris d'eux » a-t-il estimé.

Tal Reval Theodorou, musicien israélien de 23 ans, juge qu'il est « important pour les personnes de la région de se découvrir réciproquement. Nous comprenons tous que nous avons besoin de la paix. Nous nous rencontrons ici et nous avons des relations humaines, pas politiques. »

Lors d’une conférence de presse, Daniel Barenboim a réaffirmé son engagement pour la paix. « Il y a deux peuples avec un attachement profond pour cette partie du monde. Soit nous nous entretuons tous, soit nous apprenons à vivre avec l’idée que nous devons partager cette terre dans l'égalité et la dignité » a lancé le chef d’orchestre. Israélien qui avait à ses côtés Madame Mariam Saïd, la femme d’Edward Saïd dont j’ai beaucoup parlé dans mes Mots…dits, ayant eu un peu de peine à comprendre comment ce professeur américain épris de musique avait pu à la fois revenir en Palestine pour être un des ministres de Yasser Arafat et fonder l’orchestre judéo-arabe avec son ami Daniel Barenboïm.

 

Alors que son dernier roman, Shalimar le clown, paraît en France en octobre, l’écrivain Salman Rushdie a évoqué avec Laure Adler le 26 août 2005 sur Arte les histoires qui tissent la trame de son œuvre, de la déclaration d’indépendance de l’Inde aux « temps très sombres » du présent.

Laure Adler s'est rendue à Londres pour un entretien exceptionnel avec l’écrivain. Pour « Permis de penser », il évoqua les histoires qui tissent la trame de son œuvre, de la naissance de l’Inde aux « temps très sombres » du présent.  Salman Rushdie inclut intimement la grande Histoire dans les milliers d’histoires encloses dans ses romans foisonnants. Son deuxième roman, LES ENFANTS DE MINUIT (Stock, 1983), qui lui valut la célébrité grâce au couronnement du Booker Prize, racontait la sanglante partition de l’Inde, avec l’accession du pays à l’indépendance, en 1947 – l’année même de sa naissance, à Bombay, au sein d'une famille d'intellectuels originaire kashmiris. SHALIMAR LE CLOWN, qui paraît en octobre chez Plon, relate la disparition de l’ « espace enchanté » que fut le Cachemire, sous les coups de l’armée indienne et du terrorisme pakistanais, avec un détour par la Californie d’aujourd'hui et la France sous occupation nazie. Car les histoires du monde, dit l’écrivain indo-britannique, autrefois séparées, se fondent aujourd'hui en une histoire unique, dont sa tâche est d’explorer les frontières éclatées. Il revient avec Laure Adler sur LES VERSETS SATANIQUES (Bourgois, 1989), dont la fatwa de l’ayatollah Khomeiny, tout en le condamnant à une longue clandestinité révolue depuis peu, a éclipsé le sens - il s’agit d’abord d’un roman sur l'Angleterre de Margaret Thatcher. Il parle de New York où il s'est installé depuis quelques années, théâtre de son récit prémonitoire, FURIE (Plon), paru aux Etats-Unis le 11 septembre 2001 pour relater la chute d'un moderne Âge d’or. Le monde, à ses yeux, est aujourd'hui entré dans les « temps les plus sombres » qu'il ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais ils sont aussi, sourit-il, "très favorables à la littérature".

Salman Rushdie est l'auteur de recueils d'essais comme FRANCHISSEZ LA LIGNE (1992-2002), de nouvelles (Est-Ouest) et de huit romans, parmi lesquels LA HONTE (1983, prix du Meilleur Livre étranger), LE SOURIRE DU JAGUAR (1987), LE DERNIER SOUPIR DU MAURE (1995), LA TERRE SOUS SES PIEDS (1999), tous édités ou réédités chez Plon. Son dernier roman, SHALIMAR LE CLOWN[7], est paru en France le 6 octobre 2005 chez Plon.

 

 

[1] Lundi 18 juillet : Genèse et représentation de la peur. Quand la peur surgit-elle ? Quels en sont les éléments déclencheurs et quelles formes prend-elle? Effroi ou lent cheminement de l'inquiétude, ce sentiment s'exprime de multiples façons. Au regard de l'histoire, la peur est liée à des représentations individuelles, collectives, qui la modèlent et en déterminent la nature.

  Mardi 19 juillet : Géopolitique de la peur. Les représentations de la peur sont intrinsèquement liées, modelées, façonnées à une identité, parfois à une appartenance communautaire, régionale, nationale. Comment dessiner une carte de la peur ? Elle n'est pas l'apanage des régimes politiques dictatoriaux qui se nourrissent de la terreur populaire : la peur sévit également dans les démocraties. La peur n'a pas de patrie.

 Mercredi 20 juillet : Peur et corps social. Le corps social vit en partie au rythme de ses peurs. Ses frémissements interrogent la nature et la validité des liens qui permettent à l'édifice social de tenir. La peur permet-elle d'actualiser, de valider, de renégocier les liens qui tissent une société ?

Jeudi 21 juillet : Risques et prévention. Comment appréhende-t-on la peur ? Quels indices permettent de prévoir son surgissement ? Quels sont et quels ont été les moyens d'évaluation et de prévention de la peur ?

Vendredi 22 juillet : Sortir de la peur. Les Etats, les communautés, l'humain, inventent des remèdes à leur peur. Diversion ou véritables réponses aux inquiétudes, quelles sont ces parades, ces solutions, comment exorcise-t-on la peur ? Quelles réponses proposent le spirituel, l'art, le politique, le social pour sortir de la peur ?


          
2  Sylviane Agacinski : Métaphysique des sexes. Masculin / Féminin aux sources du christianisme
Seuil (25 janvier 2005). Les grands mythes chrétiens dessinent une histoire des sexes. Un drame dans lequel la femme sépare le premier homme de Dieu : la création d'Adam tourne à la catastrophe par la faute d'Eve. Mais si Eve éloigne l'homme de Dieu, Marie rapproche Dieu de l'homme. C'est d'elle que naît le nouvel Adam : Jésus. En philosophie, en théologie, les grands textes fondateurs font le récit d'une vision masculine de l'histoire : la femme diffère de l'homme, jamais l'inverse. Comme si le point de vue viril était l'unique et l'universel - tandis que la femme demeure toujours l'autre, le genre différent. " Il n'y a ni mâle ni femelle ", écrit pourtant saint Paul. Le christianisme aurait-il l'ambition de renverser la " fatalité " de la condition sexuée ? Paul poserait-il ici les fondements d'un universalisme chrétien en annonçant l'égalité des sexes ? Sylviane Agacinski montre au contraire que, comme dans la philosophie grecque, la pensée chrétienne des premiers siècles identifie l'esprit et l'intellect à l'homme, la chair et le péché à la femme. Avec cette Métaphysique des sexes, Sylviane Agacinski décrit un régime de pensée masculin qui survit encore dans l'imaginaire contemporain.  

   Philippe Borgeaud : Aux origines de l'histoire des religions, Seuil (2 janvier 2004)
La question de l'identité religieuse dans son rapport à la laïcité est plus actuelle que jamais. Ainsi, que signifient ce désir d'introduire le mot «religion» dans le préambule de la future Constitution européenne ou, au contraire, cette réticence à y faire une quelconque allusion ? La multiplication des sectes, la forte politisation actuelle des religions, le «retour» du religieux, proclamé dans le monde des organisations internationales et des seigneurs de la guerre, invitent à repenser certains concepts. D'où l'importance de saisir l'origine de notre notion de «religion», ce qu'elle recouvre. A l'heure où l'on veut promouvoir l'histoire des religions dans l'enseignement, Philippe Borgeaud propose un livre fondamental. Entre Athènes, Rome et Jérusalem, rien ne vaut un détour par les territoires lointains, mais fondateurs, où apparaissent les premières formulations de nos évidences. Ce qui s'impose alors - doit-on s'en étonner ? , c'est le caractère pluriel et polémique du mot «religion», un objet qui n'existe pas de toute éternité, que l'on ne cesse de construire et de reconstruire. La véritable matière de l'histoire des religions, celle qu'il est devenu de plus en plus urgent d'étudier, ce n'est pas la série des grandes ou petites «religions du monde», mais bien les mécanismes, souvent archaïques, et résistants, qui fondent les croyances actuelles. En prendre conscience tout en s'interrogeant sur les exigences de l'histoire des religions, une discipline non confessionnelle, de type historique, anthropologique et comparatiste, n'est pas aujourd'hui un luxe. 
 Philippe Borgeaud : Exercices de mythologie : Labor et Fides (18 novembre 2004)
Le mythe n'est pas une croyance. Il relève d'une pratique du bonheur. Dégagé des contraintes du réel, faisant intervenir merveilleux et métamorphoses, il permet d'explorer les limites de l'imaginaire psychologique et social. Et sa fonction identitaire ne l'empêche pas de se transformer continuellement. Telle est l'appréhension de l'univers mythique que défend avec maestria Philippe Borgeaud.
Amoureux de cette créativité incessante qu'offre le mythe, à l'affût de trames communes entre les récits, l'auteur propose dans ce livre une belle analyse de l'histoire du labyrinthe, de l'enfant au miel, du cousin d'Orphée... Chaque fois, il s'agit d'étudier les réceptions diverses, selon le contexte, de ces récits. Le lecteur sort convaincu que le mythe n'est finalement rien de moins que la réponse multiple, jamais définitive, aux questions que l'on se pose traditionnellement sur le monde et sur soi-même.

   

[3]  

Wolé Soyinka (alias Akiwande Oluwole Soyinka) est né à Abeokuta au Nigeria le 13 juillet 1934. Soyinka grandit dans les environs de la mission anglicane d’Aké. Ses parents (son père est responsable d’une école primaire et sa mère commercante) « chrétiens et occidentalisés » tiennent cependant à équilibrer l’environnement anglophone colonial dans lequel il évolue par de fréquentes visites dans le village natal de son père, à Isara en pays Yoruba. Dans la bibliothèque familiale, Soyinka découvre la littérature et les écrivains anglais. Son oeuvre sera plus tard doublement influenceée, par la litterature européenne et par la culture Yoruba.

A 12 ans, Soyinka quitte Aké pour Ibadan et à l’âge de 18 ans entre dans la nouvelle université d’Ibadan. Il y étudie de 1952 à 1954. En 1954, attiré par le théâtre, il va achever sa formation à Leeds en Angleterre où il obtient un « BA »  (l’équivalent d’une maîtrise) en anglais. De 1957 à 1959, il continue son apprentissage européen en étant notamment « script-reader », acteur et metteur en scène au Royal Court Theater de Londres. A la même période, il compose deux de ses premières pièces, « The Swamp Dwellers » et « The lion and the jewel. » Les deux pièces seront jouées à Londres et Ibadan. En 1960, il reçoit une bourse du centre de recherche Rockefeller et retourne au Nigeria. Il crée sa propre troupe de théâtre appelée « the Mask » et produit une nouvelle pièce, « A Dancing in the forest » à l’occasion des cérémonies d’indépendance du NIgeria.Il a réuni ses mémoires d’enfance sous le titre d’ « AKE. »

[4] Un tel enfant, je le raconte dans mes voyages, nous a suivis toute une journée à Bénarès et j’ai su par notre accompagnateur qu’il faisait partie d’une caste de mendiants, sa colonne vertébrale ayant sans doute été tronquée dès sa naissance afin qu’il ne puisse jamais se tenir debout..

[5] Langue d'origine : arabe et persan. Traduit par Serge de Beaurecueil en 1999, 287 p.
Première édition : 1985 - Collection : La Bibliothèque de l’islam - ISBN : 2742712313

 

[6] J’ai eu l’occasion dans d’autres mots…dits d’évoquer la collaboration entre Edward Saïd et daniel Barenboïm

[7] Mon fils arrive de San Fracisco le 3O octobre. Je lui ai demandé de m’apporter Shalimar le Clown » que je voudrais inclure dans mes prochains livres…dits.