Une photographie de Stéphane Popu

 

Le 4 septembre

 

par Lise Willar   

 

Mots...dits

 

 

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Libérez Ingrid Bétancourt des FARC.

Ne l’oublions pas !

 

Je n’ai rien écrit depuis le 4 septembre parce que ce jour-là j’ai commis la plus grosse erreur de ma vie : J’ai tenté de mettre fin à mes jours en prenant une dizaine de comprimés. C’était un dimanche, j’avais dit à mon fils Thierry qui s’occupe de moi avec une vigilance incomparable de ne plus revenir après-déjeuner jusqu’au lendemain pour bien profiter de son week-end avec son amie Fabienne. Apparemment, il ne m’a pas crue puisque sur le coup de quatre heures (je ne l’ai bien sûr appris que par la suite) et n’ayant pas la clef de mon appartement, il a sonné à la porte et n’a eu aucune réponse de ma part. Se doutant de quelque chose - c’est la raison pour laquelle il était revenu – il s’est précipité chez les pompiers qui, eux aussi ont sonné puis tapé violemment dans la porte.

Trois heures n’avaient pas suffi évidemment pour que je dorme du sommeil éternel et j’ai entendu les coups frappés de plus en plus violemment : Je me suis levée avec peine et j’ai pensé que j’allais directement à la porte. Je savais que celle-ci était blindée avec en plus des fermetures installées par Fichet et que, par conséquent, les pompiers ne pourraient pas la détruire à la hache. J’ai donc ouvert et je me suis retrouvée, sans me souvenir à l’heure actuelle du trajet, au Service des Urgences du CHU de Sèvres, la commune la plus proche de Chaville où je réside. Personne ne m’a précisé si on m’a fait un lavage de l’estomac. Toujours est-il que j’ai passé une nuit affreuse et une matinée non moins affreuse.[1]

Dès le lundi après-midi mon fils m’a accompagné à l’hôpital Ste Anne où j’ai été reçue par un psychiatre qui, après m’avoir écoutée patiemment, a fait entrer mon fils et lui a dit qu’elle désirait m’envoyer immédiatement dans un institut psychiatrique. Thierry a refusé de consentir à cette demande, craignant que je ne me retrouve au milieu de personnes âgées atteintes de débilité mentale. Il ne savait pas que, n’acquiesçant pas à ce désir, il engageait sa propre responsabilité et qu’il se voyait obligé d’écrire une lettre dans laquelle il reconnaissait engager sa propre responsabilité en cas de récidive de ma part. Il l’a fait et s’est engagé à voir un psychiatre dès mon retour à l’hôpital de Sèvres.

 Nous sommes ainsi repartis au CHU en taxi. J’étais extrêmement fatiguée et je me suis reposée contre l’épaule de mon cher fils. A l’arrivée, après être passée aux urgences, j’ai été envoyée dans le service de médecine qui occupait alors le sixième étage, le cinquième étant inaccessible pour un ou deux jours. J’ai partagé la chambre d’une dame qui avait apparemment eu un accident aux jambes. Elle n’était pas souriante et lisait à partir de quatre heures du matin, allumant sa lumière sans tenir compte de ma présence. Dès le premier soir, on a commencé un traitement à base de médicaments  nouveaux et qui n’avaient aucun rapport avec ceux que m’administrait mon médecin de médecine générale depuis vingt sept ans que j’habite Chaville, « aldactazine » pour faire baisser ma tension et « temesta » pour me permettre de reposer la nuit depuis le départ de mon fils cadet pour les Etats-Unis, il y a une vingtaine d’années : Je n’avais plus une nuit tranquille depuis dix années environ. Le nouveau somnifère que le docteur Organdeau me donnait m’ont permis de dormir quelques heures mais pas assez pour éviter la lumière de ma voisine…

Il m’est arrivé une chose étrange la deuxième nuit de mon séjour : Je me suis réveillée vers une ou deux heures du matin et j’ai constaté que tous les maux que je subissais depuis quelques années ou quelques mois étaient envolés - plus de goût âcre dans la bouche, plus de nausées, une jeune fille quoi ! - Je me suis levée, ai enfilé socquettes et mule et suis partie aussitôt annoncer la bonne nouvelle aux infirmières et aides-soignantes de garde. Elles ont accueilli la nouvelle sans montrer de plaisir particulier et m’on dit d’aller me recoucher. Je n’ai pas compris alors qu’elles savaient que ma rémission serait de courte durée…

La plupart des patients de médecine sont redescendus au cinquième étage le troisième jour et j’ai hérité d’une chambre individuelle qui eût été parfaite sans l’électricité ouverte vingt deux heures sur vingt quatre juste devant la porte que je devais maintenir fermée pour ne pas me fatiguer les yeux, sans les télévisions qui étaient allumées dans les chambres proches toute la journée plus une bonne partie de la nuit, sans un monsieur qui frappait de sa canne pour appeler à l’aide plutôt que de sonner, qui appelait sa mère alors qu’il était né en 1912, qui voulait sortir pour retrouver sa grand-mère ou sa femme et qui, après coup, avait une bonne partie de sa tête puisque sa femme beaucoup plus jeune que lui et sa belle-sœur existaient bel et bien !  

Mes yeux étaient trop fatigués pour que je puisse lire. J’écoutais ainsi la radio que m’avait apportée de chez moi Thierry et j’ai pu constater combien les participants à ce media s’écoutaient parler, journalistes, écrivains, chanteurs, comédiens… Mon temps était partagé entre cette écoute et tous les examens que j’ai du subir, doppler, scanner, prises de sang, examens cardiologiques, prise de la température dans l’oreille (dont mon frère m’a dit que ce n’était pas la méthode la plus moderne et qu’il existait des bandelettes qu’on se pose une seconde sous la langue et qui vous donnent immédiatement votre température), de la tension… On m’a fait plus d’examens durant les douze jours que j’ai passés au CHU que durant toute ma vie !  J’étais habituellement accompagnée d’une aide-soignante mais le cardiologue m’a permis de remonter toute seule dans ma chambre et une secrétaire m’a ouvert la porte de l’ascenseur avec une clef.

Je ne sais pas ce qui se passe dans les cliniques privées, je sais que Jacques Chirac a été « chouchouté » dans son hôpital du Val de Grâce mais je suis persuadée d’une chose : La nourriture était infâme, d’autant plus immangeable que j’étais habituée depuis plus de cinquante ans à manger sans sel suite à la tension de mon mari, le Docteur Landau et la mienne propre. Le Docteur Moussus qui s’occupait de mon cas fut intraitable : les méthodes avaient changé et la tension n’exigeait plus de régime sans sel. Jamais elle n’a pu admettre que l’on pouvait difficilement passer de pas de sel du tout à un salage normal. Je demandais seulement qu’on me donne de la cuisine sans sel avec un petit sachet  sur le côté qui me permettrait d’assaisonner selon mes besoins : Je n’ai jamais pu obtenir ce privilège. D’autre part, j’avais entendu un patient demander de la viande hachée. J’ai fait de même puisque le goût âcre qui ne me permettait plus de me nourrir normalement m’empêchait également de porter mes appareils dentaires. Ce n’est pas de la viande hachée qu’on me donna mais de la viande mixée dont je n’ai jamais pu avaler la moindre miette.

Je dois aborder un sujet qui ne peut intéresser que mes proches ou plus particulièrement moi-même. Un gastro-entérologue m’a fait il y a une année environ une coloscopie et une fibroscopie. Il a déclaré dans son compte-rendu de la fibroscopie que le goût âcre était sans doute le responsable des maux dont je souffrais et que je pourrais souffrir dans un délai plus ou moins long de nausées, preuve non pas de déficiences physiques mais d’une dépression profonde : mon médecin de médecine générale n’a pas tenu compte de son avis. J’aurais dû consulter un psychiatre dès ce jour-là et je n’en serais peut-être pas où j’en suis. J’ai demandé à mon fils la raison pour laquelle il ne m’avait pas conseillé il y a un an de le faire puisque lui-même avait eu recours à ce traitement il y a quelques années : Il m’a répondu avec juste raison que,  « chieuse » (sorry !) comme je l’étais, trop sûre de moi en quelque sorte, orgueilleuse pour employer un terme plus choisi, j’aurais catégoriquement refusé.

Pourquoi parler de ces examens ? C’est parce qu’un jour j’ai eu le malheur de dire au docteur Organdeau en l’absence du docteur Moussus que j’avais besoin d’un suppositoire à la glycérine (sorry ! à nouveau) pour aller à la selle. Au lieu de cela, elle a ordonné un lavement qui a eu un effet aussi désastreux que la coloscopie et qui m’a fait maigrir de deux kilos. J’en avais déjà perdu six durant ces derniers mois et j’ai constaté cette nouvelle diminution de poids lors d’une pesée. Je pesais dès lors cinquante deux kilos pour une taille d’un mètre cinquante neuf environ, ce qui n’est pas tout à fait suffisant puisque je crois qu’une femme doit peser environ cinq kilos de moins que sa taille, c’est-à-dire cinquante quatre kilos.

Lors d’une visite du docteur Moussus, je luis ai dit que je me sentais capable de continuer mon traitement chez moi. Je ne pouvais plus supporter le bruit et la nourriture de l’hôpital et je ne pouvais plus me contenter de parcourir les différents couloirs de l’étage que nous n’avions le droit de quitter sous aucun prétexte. Je me souvenais alors de l’hôpital Tenon qui était proche du domicile de mon enfance : les enfants du directeur étaient nos compagnons de classe et nous allions souvent jouer dans le jardin de l’établissement avec la petite fille qui a par la suite relié tous les livres dont j’ai hérité de mes parents et le garçon qui est devenu l’ami de mon frère. Apparemment, les méthodes ont changé depuis cette époque où l’on ne semblait pas avoir peur que les malades ne s’échappent. Le docteur Moussus a consenti à ma demande et il a donc été décidé avec Thierry qu’il viendrait me chercher Vendredi à une heure et m’emmènerait chez moi. J’ai ainsi fait mes petits bagages dans la matinée et j’étais prête à partir dès l’arrivée de mon fils et dès que le médecin aurait fait l’ordonnance que nous devions remettre à ma pharmacie de Chaville.

Je m’arrête d’écrire pour ce matin : je reprendrai mon récit ce soir ou demain car je dois me préparer pour déjeuner au restaurant avec mon fils.

… Le temps de rédiger une lettre et nous sommes arrivés au Chinois de Viroflay à une heure et demie. Thierry s’est régalé de poulet à la crème très épicé, moi j’ai absorbé les trois quarts d’une soupe chinoise aux crevettes et aux gambas accompagnée de riz et de thé. Comme dessert, ananas pour moi que je n’ai pu manger parce qu’il n’était pas assez sucré, mon fils de nougat (contre mon gré car il a trop d’appétit et ce n’est pas bon pour son cœur) et il a terminé l’ananas puis nous avons bu un délicieux expresso. Je puis donc reprendre mon récit maintenant.

Nous avons quitté le CHU après que j’aie salué deux personnes rencontrées dans le couloir  et nous nous sommes arrêtés au Buffalo Gril de Chaville où j’ai commandé un steak poêlé. Je croyais que le seul fait de sortir de l’hôpital me permettrait de dévorer à mon aise ! Il n’en fut rien car depuis que j’ai ce goût âcre dans la bouche et comme je l’ai peut-être dit plus haut, je supporte mal (pas du tout devrais-je dire) mes appareils dentaires. J’ai donc grignoté pendant que Thierry mangeait son propre steak avec son appétit habituel. J’ai avalé quelques frites qui n’étaient pas salées puis une salade de fruits tirés d’une boîte et pas frais comme je les aime ou tout au moins les aimais. Nous nous sommes arrêtés à la pharmacie pour prendre les médicaments et j’ai regagné mon logis.

Après maintes recommandations quant à la prise de ces derniers, Thierry a enfin été libre de regagner son appartement pour vaquer à ses propres affaires. Depuis ce jour-là, stimulée sans doute par un des remèdes, je n’ai jamais autant parlé au téléphone, à mon frère âgé de trois de plus que moi, atteint d’une déficience cardiaque et qui était venu me voir à l’hôpital malgré la distance qui sépare sa résidence de Vincennes et Sèvres (en dépit du plaisir que j’avais eu à le voir, je lui ai dit de ne pas commettre à nouveau une telle imprudence et de me téléphoner aussi souvent qu’il le désirait pour que nous restions en contact sans le fatiguer outre mesure), à mon fils cadet qui réside à San Francisco, est marié avec Wendy, une ancienne infirmière en soins intensifs du Kayser Hospital de San Francisco, a une « petite » Sara qui à douze ans est aussi « grande » que lui (1 mètre 75 ou 78) et exerce la profession de manager dans le service d’informatique de la banque la plus importante des Etats-Unis, à ma fille qui habite Montpellier, est une cavalière émérite mais vient d’être atteinte malheureusement d’un cancer du sein qui n’a pas exigé de chimiothérapie mais 60 séances de deux grays qui sont des unités de mesure en radiothérapie (je connais le mot parce que le père de mes enfants était radiothérapeute et surtout parce que je l’emploie au scrabble, le y étant une lettre chère, Fabienne, l’amie de mon fils, Christine mon ancienne belle-fille que j’ai considérée et considère encore comme ma fille, mes nombreux amis, Jacques des merveilleuses Cévennes que mes lecteurs des Mots…dits connaissent bien, à ma chère amie belge Renée qui habite aux Etats-Unis près de Boston après avoir exercé la littérature française dans une Université de l’Ohio, qui est écrivain et au courant de mes dernières mésaventures sans que j'aie précisément prononcé en lui écrivant l'expression v"tentative de suicide" mais "une grosse bêtise" (Jacques et elle ont lu mon dernier livre « Ma Vie » et elle était aussi enthousiaste que Jacques, Anita la présidente d'Ecrits-vains?, Manu, biologiste et président de mon club de scrabble de Boulogne, Jocelyne une amie écrivain qui est une de mes "admiratrices" et dont le mari, Alain, vient de gagner le championnat du monde de blitz de scrabble, section vermeils… J’en passe et des meilleurs !    

J’avais maintenant un problème : J’étais hyper active mais le somnifère que m’avait prescrit le docteur Moussus et qu’il avait changé parce que le premier (du « stilnox » je crois) n’avait eu aucun effet au cours d’une nuit me permettait de dormir un peu plus mais au lieu du goût âcre me laissait maintenant un goût amer. Très sage, je continuais à le prendre mais ce n’était de gaîté de cœur. De nombreux événement survenaient par la même occasion : Thierry sentait bien que je ne pourrais pas vivre seule très longtemps. Céleste, la femme de ménage portugaise que j’avais depuis de nombreuses années et qui résidait à quelques deux cents mètres de mon propre domicile avait déménagé  sans me prévenir et je n’avais rien pu deviner quand elle a commencé à venir avec une sœur cadette, Laura, qui ne parlait pas un mot de français. Je croyais qu’elle voulait simplement lui présenter les personnes pour lesquelles elle travaillait. Je ne savais même pas que la dite Laura résidait à Vélizy distante de quatre ou cinq kilomètres  de Chaville. Céleste s’était démis la clavicule quelques mois plus tôt et bien sûr elle devait se rendre à l’hôpital de  Sèvres plusieurs fois par semaine mais elle se faisait aider par sa sœur (je croyais que c’était momentané, jusqu’à ce qu’elle aille mieux puisqu’on ne parlait pas de l’opérer.)

Un mercredi matin, Céleste n’est pas venue et j’ai du faire face à Laura. Je suis trilingue (français, anglais, espagnol) mais je n’ai jamais appris le portugais qui me paraissait beaucoup plus difficile que sa voisine ibérique. Depuis deux mois environ, nous nous adressons l’une à l’autre par le langage des signes. Céleste n’a plus donné signe de vie et j’ai deviné peu à peu l’existence de la fille de Laura, Christina, qui parle mieux notre langue que sa mère (enfin, quand elle est allée me faire les courses, à mon retour de l’hôpital, elle a acheté huit paquets du même potage Liebig sans s’apercevoir qu’il en existait de plusieurs sortes !)

Voici : mes yeux sont à nouveau fatigués. Je dois interrompre mon récit que je reprendrai demain, je l’espère.

J’ai déjà fait de nombreuses choses depuis mon réveil à cinq heures vingt cinq : Après environ six heures et demie d’un sommeil sans rêve et entrecoupé de petits moments de veille, je me suis levée puis j’ai ouvert mon ordinateur afin de corriger les fautes du prologue des rubaiyat de mon poète et ami américain résidant à Paris, Blake Dawson : J’aime sa poésie que j’ai traduite en sa présence mais il n’a la possession ni de notre langue ni de son orthographe ! Après avoir imprimé le prologue, j’ai changé mon lit pour faire la lessive, une première depuis mon retour. J’ai oublié d’y mettre les jeans que le monsieur qui retouche mes affaires a rétréci hier et qui me va maintenant à merveille. J’ai pris mon petit déjeuner à huit heures, imprimé les trente six dernières pages de mon « Horizon 2005 » que j’ai commencé il y a vingt cinq ans et qui comportait ce matin mille quatre cent quatre vingt dix huit pages.

Je suis ainsi prête à reprendre le fil de mon récit : Heureusement que dans mon « malheur » j’avais la cousine du mari de Céleste qui est mon amie et me dépanne quand je n’ai pas le courage de faire les commissions. Elle a toujours vécu en France et parle couramment comme son mari et ses enfants qui sont les garçonnets les plus mignons et les plus intelligents que je connaisse, en tout cas l’aîné : trouvant que son frère de cinq ans - il en a huit – mangeait trop de bonbons, il luit a dit « continue et tu auras une carie ! »

Tandis que j’essayais de reprendre une vie « normale », Thierry recherchait une résidence qui pourrait me convenir. Comme il a dans son travail de nombreux contacts avec des agents immobiliers, il a découvert deux résidences gérées par la même société : « Les Templitudes » de Versailles et de Vincennes. Après avoir visité celle de Versailles qu’il a trouvée magnifique, il a pris rendez-vous avec le directeur des « Templitudes » de Vincennes. Mon frère  et l’amie de mon fils, Fabienne, habitent par hasard à quatre minutes de cette dernière et mon fils se rend à son appartement six à sept fois par semaine. Pour ces deux raisons, j’ai été immédiatement tentée par la seconde solution qui me permettait de déjeuner avec Claude quand son amie, retraitée du CNRS, se rendait à paris pour le déjeuner.

Le directeur pouvait libérer un studio dès le premier octobre après l’avoir fait repeindre à neuf. Je me suis donc rendue à Vincennes avec Thierry et nous avons pris mon frère au passage pour qu’il déjeune avec nous : il était venu la veille avec Nicole (son amie) et avait admirer l’ensemble, les salles de jeux où les résidents jouaient au scrabble (en parties libres, pas au duplicate comme je le faisais moi-même dans mes clubs, en tournois et sur Internet) et de billard, les salons, le restaurant… Je ne pense pas qu’il a pu visiter un appartement comme nous l’avons fait tous les trois quand le directeur nous y a emmener. Le problème est que, toute prête que je soie à quitter Chaville, ne serait-ce que pour les volets ( !) qui sont là-bas des persiennes électrique, je devrai durant trois mois me contenter d’un studio de trente mètres carrés avec kitchinette et salle de bains dans le quel je ne pourrais mettre que la moitié de mon appartement. C’est dans trois mois seulement qu’un appartement presque aussi grand que le mien sera disponible : Alea jacta est. Ne serait-ce que pour voir mon frère plus souvent, je serais prête à déménager le plus vite possible. Ce déménagement me paraît d’ailleurs imminent puis que Thierry va prendre dès demain rendez-vous avec une déménageur. Je prendrai le mobilier indispensable et le reste sera déposé au garde-meuble jusqu’à ce qu’un plus grand appartement soit libéré.

L’ennui est bien sûr que je devrai payer en même temps les trois mois de préavis à mon propriétaire et la location du studio, ce qui représente à peu près la même somme mais doublée. J’ai tout de même réussi un « coup de maître » : Comme le dit propriétaire me réclamait ma taxe sur les ordures ménagères, je lui ai téléphoné pour lui déclaré que, puisqu’il avait pratiqué un rafistolage plutôt que d’assumer la dépense de nouveaux volets qui lui incombait, il pourrait m’offrir cette année la dite taxe. Il a tout de suite accepté à ma grande surprise. Je ne savais pas alors que j’allais aussi vite lui annoncer que je déménageais et je me demande quelle réaction il aura en apprenant ce qui sera pour lui, avouons-le, une mauvaise nouvelle. Tant pis, je m’armerai de courage et je foncerai !

En attendant, je continue à prendre les médicaments, à supporter le goût âcre dans ma bouche qui, je dois le reconnaître, est redevenu un goût âcre depuis ma visite chez le psychiatre. Car, j’ai vu un nouveau « shrink » (comme ils disent aux USA, un type qui vous rétrécit le cerveau !) chez lequel Thierry a pris rendez-vous pour moi vendredi après-midi à dix sept heures. Nous avons fait halte chez le marchand de matériel électronique où mon fils m’a acheté un clavier noir aux lettres blanches qui ressorte mieux que sur mon ancien clavier gris ; Il faut dire que je profite également de mon « boostage » pour écrire le plus possible parce que je ne sais pas de quoi demain sera fait. Hier en particulier, je suis restée devant l’écran trois heures le matin et trois heures l’après-midi, une folie. Le psychiatre, un très bel homme d’une quarantaine d’années, m’a écoutée durant une demi-heure et, contrairement à ce que je pensais, m’a posé pas mal de questions. Moi qui croyais que la page blanche me suffisait pour m’épancher, confier mes états d’âme, je me suis aperçue (un peu tard sans doute) que raconter sa vie à une personne attentive, ce n’était pas mal non plus. Il faut dire que j’avais mon Jacques pour le faire mais il apparaît (il « appaire » dirait l’ancien président de mon club de scrabble de la rue Lesueur) qu’il faut aller au-delà et tout raconter, tout confier, même les choses les plus anodines. C’est la raison sans doute pour laquelle le traitement dure aussi longtemps !  J’en ai au moins jusqu’à cent ans, moi qui voulais mourir le plus vite possible. Je suis blousée, flouée… Toujours est-il qu’à ma grande surprise, il a accepté de me donner un autre somnifère et c’est ainsi que j’ai le plaisir d’être revenue à mes premières amours : une sensation plus âcre qu’amère. Ce n’est pas pour cela que les aliments me paraissent plus agréables au goût : les repas sont toujours une corvée et j’ai beau changé tous les jours de diète, je n’arrive pas à retrouver ma joie de naguère, manger et boire gentiment. Dire que les Grands Echézeaux de la Romanée Conty furent ma drogue il y a une cinquantaine d’années de cela ! De toutes façons, je n’ai pas droit à l’alcool pour le moment mais j’ai le regret de constater que cela ne me fait ni chaud ni froid puisque de toutes façons je ne bois pratiquement plus depuis mon retour des Cévennes en mai 2004.

Ainsi va la vie : courses, écriture et surtout préparation de mon départ de Chaville : j’ai jeté des centaines de choses que je conservais pour je ne sais quelle raison absurde. J’ai donné tout ce qui en valait la peine à mon amie Candida. Elle est venue prendre le café avec moi hier et maintenant, chaque fois qu’elle a cinq minutes, elle monte et part avec de gros sacs. Je suis heureuse pour elle, son mari et ses garçons car elle n’a pas les moyens en ce moment de faire de grosses dépenses. Je suppose que mon iMac est destiné à Bryan, l’aîné, le gosse qui craint les caries pour son petit frère ! Il faut que je retrouve le logiciel d’installation car il a dix ans d’âge et je me sers d’un PC depuis qu’Anita a repris les fonctions de présidente d’Ecrits-vains ?. Voici : ce matin, j’ai fait une première lessive puis Candida est venue. Je suis partie au marché et après le déjeuner, j’ai retiré tous les napperons qui couvraient mes tables basses. Encore du travail intense pour demain matin. Je crois que mon récit va s’achever pour le moment. J’ai parlé de la plupart des évènements qui se sont succédés depuis trois semaines. J’en ai sûrement oubliés, j’ai trop insisté sur d’autres. Que les lecteurs veuillent bien me pardonner. J’essaierai de faire mieux la prochaine fois…

 

 

 



[1] Thierry m’a dit que, de toutes façons, je n’avais pas pris assez de somnifères pour mourir et que s’il n’était pas revenu, je me serais retrouvée le lendemain vivante mais comme un légume ( !) ce qu’il ne se serait en aucun cas senti le courage d’assumer.