Libérez
Ingrid Bétancourt des FARC.
Ne
l’oublions pas !
Je
n’ai rien écrit depuis le 4 septembre parce que ce jour-là
j’ai commis la plus grosse erreur de ma vie : J’ai tenté
de mettre fin à mes jours en prenant une dizaine de comprimés.
C’était un dimanche, j’avais dit à mon fils Thierry qui
s’occupe de moi avec une vigilance incomparable de ne plus
revenir après-déjeuner jusqu’au lendemain pour bien profiter
de son week-end avec son amie Fabienne. Apparemment, il ne m’a
pas crue puisque sur le coup de quatre heures (je ne l’ai bien sûr
appris que par la suite) et n’ayant pas la clef de mon
appartement, il a sonné à la porte et n’a eu aucune réponse
de ma part. Se doutant de quelque chose - c’est la raison pour
laquelle il était revenu – il s’est précipité chez les
pompiers qui, eux aussi ont sonné puis tapé violemment dans la
porte.
Trois
heures n’avaient pas suffi évidemment pour que je dorme du
sommeil éternel et j’ai entendu les coups frappés de plus en
plus violemment : Je me suis levée avec peine et j’ai pensé
que j’allais directement à la porte. Je savais que celle-ci était
blindée avec en plus des fermetures installées par Fichet et
que, par conséquent, les pompiers ne pourraient pas la détruire
à la hache. J’ai donc ouvert et je me suis retrouvée, sans me
souvenir à l’heure actuelle du trajet, au Service des Urgences
du CHU de Sèvres, la commune la plus proche de Chaville où je réside.
Personne ne m’a précisé si on m’a fait un lavage de
l’estomac. Toujours est-il que j’ai passé une nuit affreuse
et une matinée non moins affreuse.
Dès
le lundi après-midi mon fils m’a accompagné à l’hôpital
Ste Anne où j’ai été reçue par un psychiatre qui, après
m’avoir écoutée patiemment, a fait entrer mon fils et lui a
dit qu’elle désirait m’envoyer immédiatement dans un
institut psychiatrique. Thierry a refusé de consentir à cette
demande, craignant que je ne me retrouve au milieu de personnes âgées
atteintes de débilité mentale. Il ne savait pas que, n’acquiesçant
pas à ce désir, il engageait sa propre responsabilité et
qu’il se voyait obligé d’écrire une lettre dans laquelle il
reconnaissait engager sa propre responsabilité en cas de récidive
de ma part. Il l’a fait et s’est engagé à voir un psychiatre
dès mon retour à l’hôpital de Sèvres.
Nous
sommes ainsi repartis au CHU en taxi. J’étais extrêmement
fatiguée et je me suis reposée contre l’épaule de mon cher
fils. A l’arrivée, après être passée aux urgences, j’ai été
envoyée dans le service de médecine qui occupait alors le sixième
étage, le cinquième étant inaccessible pour un ou deux jours.
J’ai partagé la chambre d’une dame qui avait apparemment eu
un accident aux jambes. Elle n’était pas souriante et lisait à
partir de quatre heures du matin, allumant sa lumière sans tenir
compte de ma présence. Dès le premier soir, on a commencé un
traitement à base de médicaments
nouveaux et qui n’avaient aucun rapport avec ceux que
m’administrait mon médecin de médecine générale depuis vingt
sept ans que j’habite Chaville, « aldactazine » pour
faire baisser ma tension et « temesta » pour me
permettre de reposer la nuit depuis le départ de mon fils cadet
pour les Etats-Unis, il y a une vingtaine d’années : Je
n’avais plus une nuit tranquille depuis dix années environ. Le
nouveau somnifère que le docteur Organdeau me donnait m’ont
permis de dormir quelques heures mais pas assez pour éviter la
lumière de ma voisine…
Il
m’est arrivé une chose étrange la deuxième nuit de mon séjour :
Je me suis réveillée vers une ou deux heures du matin et j’ai
constaté que tous les maux que je subissais depuis quelques années
ou quelques mois étaient envolés - plus de goût âcre dans la
bouche, plus de nausées, une jeune fille quoi ! - Je me suis
levée, ai enfilé socquettes et mule et suis partie aussitôt
annoncer la bonne nouvelle aux infirmières et aides-soignantes de
garde. Elles ont accueilli la nouvelle sans montrer de plaisir
particulier et m’on dit d’aller me recoucher. Je n’ai pas
compris alors qu’elles savaient que ma rémission serait de
courte durée…
La
plupart des patients de médecine sont redescendus au cinquième
étage le troisième jour et j’ai hérité d’une chambre
individuelle qui eût été parfaite sans l’électricité
ouverte vingt deux heures sur vingt quatre juste devant la porte
que je devais maintenir fermée pour ne pas me fatiguer les yeux,
sans les télévisions qui étaient allumées dans les chambres
proches toute la journée plus une bonne partie de la nuit, sans
un monsieur qui frappait de sa canne pour appeler à l’aide plutôt
que de sonner, qui appelait sa mère alors qu’il était né en
1912, qui voulait sortir pour retrouver sa grand-mère ou sa femme
et qui, après coup, avait une bonne partie de sa tête puisque sa
femme beaucoup plus jeune que lui et sa belle-sœur existaient bel
et bien !
Mes
yeux étaient trop fatigués pour que je puisse lire. J’écoutais
ainsi la radio que m’avait apportée de chez moi Thierry et
j’ai pu constater combien les participants à ce media s’écoutaient
parler, journalistes, écrivains, chanteurs, comédiens… Mon
temps était partagé entre cette écoute et tous les examens que
j’ai du subir, doppler, scanner, prises de sang, examens
cardiologiques, prise de la température dans l’oreille (dont
mon frère m’a dit que ce n’était pas la méthode la plus
moderne et qu’il existait des bandelettes qu’on se pose une
seconde sous la langue et qui vous donnent immédiatement votre
température), de la tension… On m’a fait plus d’examens
durant les douze jours que j’ai passés au CHU que durant toute
ma vie ! J’étais
habituellement accompagnée d’une aide-soignante mais le
cardiologue m’a permis de remonter toute seule dans ma chambre
et une secrétaire m’a ouvert la porte de l’ascenseur avec une
clef.
Je
ne sais pas ce qui se passe dans les cliniques privées, je sais
que Jacques Chirac a été « chouchouté » dans son hôpital
du Val de Grâce mais je suis persuadée d’une chose : La
nourriture était infâme, d’autant plus immangeable que j’étais
habituée depuis plus de cinquante ans à manger sans sel suite à
la tension de mon mari, le Docteur Landau et la mienne propre. Le
Docteur Moussus qui s’occupait de mon cas fut intraitable :
les méthodes avaient changé et la tension n’exigeait plus de régime
sans sel. Jamais elle n’a pu admettre que l’on pouvait
difficilement passer de pas de sel du tout à un salage normal. Je
demandais seulement qu’on me donne de la cuisine sans sel avec
un petit sachet sur
le côté qui me permettrait d’assaisonner selon mes besoins :
Je n’ai jamais pu obtenir ce privilège. D’autre part,
j’avais entendu un patient demander de la viande hachée. J’ai
fait de même puisque le goût âcre qui ne me permettait plus de
me nourrir normalement m’empêchait également de porter mes
appareils dentaires. Ce n’est pas de la viande hachée qu’on
me donna mais de la viande mixée dont je n’ai jamais pu avaler
la moindre miette.
Je
dois aborder un sujet qui ne peut intéresser que mes proches ou
plus particulièrement moi-même. Un gastro-entérologue m’a
fait il y a une année environ une coloscopie et une fibroscopie.
Il a déclaré dans son compte-rendu de la fibroscopie que le goût
âcre était sans doute le responsable des maux dont je souffrais
et que je pourrais souffrir dans un délai plus ou moins long de
nausées, preuve non pas de déficiences physiques mais d’une dépression
profonde : mon médecin de médecine générale n’a pas
tenu compte de son avis. J’aurais dû consulter un psychiatre dès
ce jour-là et je n’en serais peut-être pas où j’en suis.
J’ai demandé à mon fils la raison pour laquelle il ne
m’avait pas conseillé il y a un an de le faire puisque lui-même
avait eu recours à ce traitement il y a quelques années :
Il m’a répondu avec juste raison que, « chieuse »
(sorry !) comme je l’étais, trop sûre de moi en quelque
sorte, orgueilleuse pour employer un terme plus choisi, j’aurais
catégoriquement refusé.
Pourquoi
parler de ces examens ? C’est parce qu’un jour j’ai eu
le malheur de dire au docteur Organdeau en l’absence du docteur
Moussus que j’avais besoin d’un suppositoire à la glycérine
(sorry ! à nouveau) pour aller à la selle. Au lieu de cela,
elle a ordonné un lavement qui a eu un effet aussi désastreux
que la coloscopie et qui m’a fait maigrir de deux kilos. J’en
avais déjà perdu six durant ces derniers mois et j’ai constaté
cette nouvelle diminution de poids lors d’une pesée. Je pesais
dès lors cinquante deux kilos pour une taille d’un mètre
cinquante neuf environ, ce qui n’est pas tout à fait suffisant
puisque je crois qu’une femme doit peser environ cinq kilos de
moins que sa taille, c’est-à-dire cinquante quatre kilos.
Lors
d’une visite du docteur Moussus, je luis ai dit que je me
sentais capable de continuer mon traitement chez moi. Je ne
pouvais plus supporter le bruit et la nourriture de l’hôpital
et je ne pouvais plus me contenter de parcourir les différents
couloirs de l’étage que nous n’avions le droit de quitter
sous aucun prétexte. Je me souvenais alors de l’hôpital Tenon
qui était proche du domicile de mon enfance : les enfants du
directeur étaient nos compagnons de classe et nous allions
souvent jouer dans le jardin de l’établissement avec la petite
fille qui a par la suite relié tous les livres dont j’ai hérité
de mes parents et le garçon qui est devenu l’ami de mon frère.
Apparemment, les méthodes ont changé depuis cette époque où
l’on ne semblait pas avoir peur que les malades ne s’échappent.
Le docteur Moussus a consenti à ma demande et il a donc été décidé
avec Thierry qu’il viendrait me chercher Vendredi à une heure
et m’emmènerait chez moi. J’ai ainsi fait mes petits bagages
dans la matinée et j’étais prête à partir dès l’arrivée
de mon fils et dès que le médecin aurait fait l’ordonnance que
nous devions remettre à ma pharmacie de Chaville.
Je
m’arrête d’écrire pour ce matin : je reprendrai mon récit
ce soir ou demain car je dois me préparer pour déjeuner au
restaurant avec mon fils.
…
Le temps de rédiger une lettre et nous sommes arrivés au Chinois
de Viroflay à une heure et demie. Thierry s’est régalé de
poulet à la crème très épicé, moi j’ai absorbé les trois
quarts d’une soupe chinoise aux crevettes et aux gambas
accompagnée de riz et de thé. Comme dessert, ananas pour moi que
je n’ai pu manger parce qu’il n’était pas assez sucré, mon
fils de nougat (contre mon gré car il a trop d’appétit et ce
n’est pas bon pour son cœur) et il a terminé l’ananas puis
nous avons bu un délicieux expresso. Je puis donc reprendre mon récit
maintenant.
Nous
avons quitté le CHU après que j’aie salué deux personnes
rencontrées dans le couloir
et nous nous sommes arrêtés au Buffalo Gril de Chaville où
j’ai commandé un steak poêlé. Je croyais que le seul fait de
sortir de l’hôpital me permettrait de dévorer à mon aise !
Il n’en fut rien car depuis que j’ai ce goût âcre dans la
bouche et comme je l’ai peut-être dit plus haut, je supporte
mal (pas du tout devrais-je dire) mes appareils dentaires. J’ai
donc grignoté pendant que Thierry mangeait son propre steak avec
son appétit habituel. J’ai avalé quelques frites qui n’étaient
pas salées puis une salade de fruits tirés d’une boîte et pas
frais comme je les aime ou tout au moins les aimais. Nous nous
sommes arrêtés à la pharmacie pour prendre les médicaments et
j’ai regagné mon logis.
Après
maintes recommandations quant à la prise de ces derniers, Thierry
a enfin été libre de regagner son appartement pour vaquer à ses
propres affaires. Depuis ce jour-là, stimulée sans doute par un
des remèdes, je n’ai jamais autant parlé au téléphone, à
mon frère âgé de trois de plus que moi, atteint d’une déficience
cardiaque et qui était venu me voir à l’hôpital malgré la
distance qui sépare sa résidence de Vincennes et Sèvres (en dépit
du plaisir que j’avais eu à le voir, je lui ai dit de ne pas
commettre à nouveau une telle imprudence et de me téléphoner
aussi souvent qu’il le désirait pour que nous restions en
contact sans le fatiguer outre mesure), à mon fils cadet qui réside
à San Francisco, est marié avec Wendy, une ancienne infirmière
en soins intensifs du Kayser Hospital de San Francisco, a une
« petite » Sara qui à douze ans est aussi « grande »
que lui (1 mètre 75 ou 78) et exerce la profession de manager
dans le service d’informatique de la banque la plus importante
des Etats-Unis, à ma fille qui habite Montpellier, est une cavalière
émérite mais vient d’être atteinte malheureusement d’un
cancer du sein qui n’a pas exigé de chimiothérapie mais 60 séances
de deux grays qui sont des unités de mesure en radiothérapie (je
connais le mot parce que le père de mes enfants était radiothérapeute
et surtout parce que je l’emploie au scrabble, le y étant une
lettre chère, Fabienne, l’amie de mon fils, Christine mon
ancienne belle-fille que j’ai considérée et considère encore
comme ma fille, mes nombreux amis, Jacques des merveilleuses Cévennes
que mes lecteurs des Mots…dits connaissent bien, à ma chère
amie belge Renée qui habite aux Etats-Unis près de Boston après
avoir exercé la littérature française dans une Université de
l’Ohio, qui est écrivain et au courant de mes dernières mésaventures
sans que j'aie précisément prononcé en lui écrivant
l'expression v"tentative de suicide" mais "une
grosse bêtise" (Jacques et elle ont lu mon dernier livre
« Ma Vie » et elle était aussi enthousiaste que
Jacques, Anita la présidente d'Ecrits-vains?, Manu,
biologiste et président de mon club de scrabble de Boulogne,
Jocelyne une amie écrivain qui est une de mes
"admiratrices" et dont le mari, Alain, vient de gagner
le championnat du monde de blitz de scrabble, section vermeils…
J’en passe et des meilleurs !
J’avais
maintenant un problème : J’étais hyper active mais le
somnifère que m’avait prescrit le docteur Moussus et qu’il
avait changé parce que le premier (du « stilnox » je
crois) n’avait eu aucun effet au cours d’une nuit me
permettait de dormir un peu plus mais au lieu du goût âcre me
laissait maintenant un goût amer. Très sage, je continuais à le
prendre mais ce n’était de gaîté de cœur. De nombreux événement
survenaient par la même occasion : Thierry sentait bien que
je ne pourrais pas vivre seule très longtemps. Céleste, la femme
de ménage portugaise que j’avais depuis de nombreuses années
et qui résidait à quelques deux cents mètres de mon propre
domicile avait déménagé sans
me prévenir et je n’avais rien pu deviner quand elle a commencé
à venir avec une sœur cadette, Laura, qui ne parlait pas un mot
de français. Je croyais qu’elle voulait simplement lui présenter
les personnes pour lesquelles elle travaillait. Je ne savais même
pas que la dite Laura résidait à Vélizy distante de quatre ou
cinq kilomètres de
Chaville. Céleste s’était démis la clavicule quelques mois
plus tôt et bien sûr elle devait se rendre à l’hôpital de
Sèvres plusieurs fois par semaine mais elle se faisait
aider par sa sœur (je croyais que c’était momentané, jusqu’à
ce qu’elle aille mieux puisqu’on ne parlait pas de l’opérer.)
Un
mercredi matin, Céleste n’est pas venue et j’ai du faire face
à Laura. Je suis trilingue (français, anglais, espagnol) mais je
n’ai jamais appris le portugais qui me paraissait beaucoup plus
difficile que sa voisine ibérique. Depuis deux mois environ, nous
nous adressons l’une à l’autre par le langage des signes. Céleste
n’a plus donné signe de vie et j’ai deviné peu à peu
l’existence de la fille de Laura, Christina, qui parle mieux
notre langue que sa mère (enfin, quand elle est allée me faire
les courses, à mon retour de l’hôpital, elle a acheté huit
paquets du même potage Liebig sans s’apercevoir qu’il en
existait de plusieurs sortes !)
Voici :
mes yeux sont à nouveau fatigués. Je dois interrompre mon récit
que je reprendrai demain, je l’espère.
J’ai
déjà fait de nombreuses choses depuis mon réveil à cinq heures
vingt cinq : Après environ six heures et demie d’un
sommeil sans rêve et entrecoupé de petits moments de veille, je
me suis levée puis j’ai ouvert mon ordinateur afin de corriger
les fautes du prologue des rubaiyat de mon poète et ami américain
résidant à Paris, Blake Dawson : J’aime sa poésie que
j’ai traduite en sa présence mais il n’a la possession ni de
notre langue ni de son orthographe ! Après avoir imprimé le
prologue, j’ai changé mon lit pour faire la lessive, une première
depuis mon retour. J’ai oublié d’y mettre les jeans que le
monsieur qui retouche mes affaires a rétréci hier et qui me va
maintenant à merveille. J’ai pris mon petit déjeuner à huit
heures, imprimé les trente six dernières pages de mon « Horizon
2005 » que j’ai commencé il y a vingt cinq ans et qui
comportait ce matin mille quatre cent quatre vingt dix huit pages.
Je
suis ainsi prête à reprendre le fil de mon récit :
Heureusement que dans mon « malheur » j’avais la
cousine du mari de Céleste qui est mon amie et me dépanne quand
je n’ai pas le courage de faire les commissions. Elle a toujours
vécu en France et parle couramment comme son mari et ses enfants
qui sont les garçonnets les plus mignons et les plus intelligents
que je connaisse, en tout cas l’aîné : trouvant que son
frère de cinq ans - il en a huit – mangeait trop de bonbons, il
luit a dit « continue et tu auras une carie ! »
Tandis
que j’essayais de reprendre une vie « normale »,
Thierry recherchait une résidence qui pourrait me convenir. Comme
il a dans son travail de nombreux contacts avec des agents
immobiliers, il a découvert deux résidences gérées par la même
société : « Les Templitudes » de Versailles et
de Vincennes. Après avoir visité celle de Versailles qu’il a
trouvée magnifique, il a pris rendez-vous avec le directeur des
« Templitudes » de Vincennes. Mon frère
et l’amie de mon fils, Fabienne, habitent par hasard à
quatre minutes de cette dernière et mon fils se rend à son
appartement six à sept fois par semaine. Pour ces deux raisons,
j’ai été immédiatement tentée par la seconde solution qui me
permettait de déjeuner avec Claude quand son amie, retraitée du
CNRS, se rendait à paris pour le déjeuner.
Le
directeur pouvait libérer un studio dès le premier octobre après
l’avoir fait repeindre à neuf. Je me suis donc rendue à
Vincennes avec Thierry et nous avons pris mon frère au passage
pour qu’il déjeune avec nous : il était venu la veille
avec Nicole (son amie) et avait admirer l’ensemble, les salles
de jeux où les résidents jouaient au scrabble (en parties
libres, pas au duplicate comme je le faisais moi-même dans mes
clubs, en tournois et sur Internet) et de billard, les salons, le
restaurant… Je ne pense pas qu’il a pu visiter un appartement
comme nous l’avons fait tous les trois quand le directeur nous y
a emmener. Le problème est que, toute prête que je soie à
quitter Chaville, ne serait-ce que pour les volets ( !) qui
sont là-bas des persiennes électrique, je devrai durant trois
mois me contenter d’un studio de trente mètres carrés avec
kitchinette et salle de bains dans le quel je ne pourrais mettre
que la moitié de mon appartement. C’est dans trois mois
seulement qu’un appartement presque aussi grand que le mien sera
disponible : Alea jacta est. Ne serait-ce que pour voir mon
frère plus souvent, je serais prête à déménager le plus vite
possible. Ce déménagement me paraît d’ailleurs imminent puis
que Thierry va prendre dès demain rendez-vous avec une déménageur.
Je prendrai le mobilier indispensable et le reste sera déposé au
garde-meuble jusqu’à ce qu’un plus grand appartement soit libéré.
L’ennui
est bien sûr que je devrai payer en même temps les trois mois de
préavis à mon propriétaire et la location du studio, ce qui
représente à peu près la même somme mais doublée. J’ai tout
de même réussi un « coup de maître » : Comme
le dit propriétaire me réclamait ma taxe sur les ordures ménagères,
je lui ai téléphoné pour lui déclaré que, puisqu’il avait
pratiqué un rafistolage plutôt que d’assumer la dépense de
nouveaux volets qui lui incombait, il pourrait m’offrir cette
année la dite taxe. Il a tout de suite accepté à ma grande
surprise. Je ne savais pas alors que j’allais aussi vite lui
annoncer que je déménageais et je me demande quelle réaction il
aura en apprenant ce qui sera pour lui, avouons-le, une mauvaise
nouvelle. Tant pis, je m’armerai de courage et je foncerai !
En
attendant, je continue à prendre les médicaments, à supporter
le goût âcre dans ma bouche qui, je dois le reconnaître, est
redevenu un goût âcre depuis ma visite chez le psychiatre. Car,
j’ai vu un nouveau « shrink » (comme ils disent aux
USA, un type qui vous rétrécit le cerveau !) chez lequel
Thierry a pris rendez-vous pour moi vendredi après-midi à dix
sept heures. Nous avons fait halte chez le marchand de matériel
électronique où mon fils m’a acheté un clavier noir aux
lettres blanches qui ressorte mieux que sur mon ancien clavier
gris ; Il faut dire que je profite également de mon « boostage »
pour écrire le plus possible parce que je ne sais pas de quoi
demain sera fait. Hier en particulier, je suis restée devant l’écran
trois heures le matin et trois heures l’après-midi, une folie.
Le psychiatre, un très bel homme d’une quarantaine d’années,
m’a écoutée durant une demi-heure et, contrairement à ce que
je pensais, m’a posé pas mal de questions. Moi qui croyais que
la page blanche me suffisait pour m’épancher, confier mes états
d’âme, je me suis aperçue (un peu tard sans doute) que
raconter sa vie à une personne attentive, ce n’était pas mal
non plus. Il faut dire que j’avais mon Jacques pour le faire
mais il apparaît (il « appaire » dirait l’ancien président
de mon club de scrabble de la rue Lesueur) qu’il faut aller
au-delà et tout raconter, tout confier, même les choses les plus
anodines. C’est la raison sans doute pour laquelle le traitement
dure aussi longtemps ! J’en
ai au moins jusqu’à cent ans, moi qui voulais mourir le plus
vite possible. Je suis blousée, flouée… Toujours est-il qu’à
ma grande surprise, il a accepté de me donner un autre somnifère
et c’est ainsi que j’ai le plaisir d’être revenue à mes
premières amours : une sensation plus âcre qu’amère. Ce
n’est pas pour cela que les aliments me paraissent plus agréables
au goût : les repas sont toujours une corvée et j’ai beau
changé tous les jours de diète, je n’arrive pas à retrouver
ma joie de naguère, manger et boire gentiment. Dire que les
Grands Echézeaux de la Romanée Conty furent ma drogue il y a une
cinquantaine d’années de cela ! De toutes façons, je
n’ai pas droit à l’alcool pour le moment mais j’ai le
regret de constater que cela ne me fait ni chaud ni froid puisque
de toutes façons je ne bois pratiquement plus depuis mon retour
des Cévennes en mai 2004.
Ainsi
va la vie : courses, écriture et surtout préparation de mon
départ de Chaville : j’ai jeté des centaines de choses
que je conservais pour je ne sais quelle raison absurde. J’ai
donné tout ce qui en valait la peine à mon amie Candida. Elle
est venue prendre le café avec moi hier et maintenant, chaque
fois qu’elle a cinq minutes, elle monte et part avec de gros
sacs. Je suis heureuse pour elle, son mari et ses garçons car
elle n’a pas les moyens en ce moment de faire de grosses dépenses.
Je suppose que mon iMac est destiné à Bryan, l’aîné, le
gosse qui craint les caries pour son petit frère ! Il faut
que je retrouve le logiciel d’installation car il a dix ans d’âge
et je me sers d’un PC depuis qu’Anita a repris les fonctions
de présidente d’Ecrits-vains ?. Voici : ce matin,
j’ai fait une première lessive puis Candida est venue. Je suis
partie au marché et après le déjeuner, j’ai retiré tous les
napperons qui couvraient mes tables basses. Encore du travail
intense pour demain matin. Je crois que mon récit va s’achever
pour le moment. J’ai parlé de la plupart des évènements qui
se sont succédés depuis trois semaines. J’en ai sûrement
oubliés, j’ai trop insisté sur d’autres. Que les lecteurs
veuillent bien me pardonner. J’essaierai de faire mieux la
prochaine fois…