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Le prix Nobel de la paix 2003 a été attribué hier à Shirin Ebadi. Cette avocate iranienne qui exerçait les fonctions de juge sous l’ancien shah et a été destituée par l’imam Khomeynei (une femme étant considérée comme « trop émotive » pour présider un tribunal) a été récompensée pour son action en faveur des droits de l’Homme et de la démocratie.
Voici à ce propos ce que j’ai pu lire dans la revue :
The Iranian Children’s Rights Society ( La Société sur les Droit des Enfants Iraniens) : Ms. Shirin Ebadi was awarded the 2001 Rafto Prize in recognition of her sustained fight, over many years, for human rights and democracy in Iran. In particular, her efforts have focused on strengthening the legal status of women and children. Shirin Ebadi is famous as the first female judge in Iran. She had to resign her position following the revolution in 1979, when conservative Islamic clerics took control of the country and introduced severe restrictions on the role of women in society. (Madame Shirin Abadi a reçu en 2001 le Prix
Rafto[1] en reconnaissance de sa lutte soutenue depuis de nombreuses années pour les droits de l’homme et de la démocratie en Iran. En particulier, ses efforts se sont concentrés sur le renforcement du statut légal des femmes et des enfants. Shirin Ebadi est connue pour avoir été la première femme juge en Iran. Elle a dû renoncer à cette fonction suite à la Révolution de 1979 quand les cléricaux conservateurs islamistes ont pris le pouvoir et introduit des restrictions sévères sur le rôle de la femme dans la société.)
Mme Ebadi, âgée de 56 ans, est la onzième femme à être distinguée du prestigieux prix, mais la première musulmane. Elle l’a emporté parmi 165 candidats, dont le pape Jean Paul II, l’ancien président tchèque Vaclav Havel (qui, à mes yeux était également digne d’être honoré) et notre excellent Monsieur Chirac, Président de la République française (pour son refus de se joindre aux Américains dans la Guerre d’Iraq !) La lauréate a déclaré être «abasourdie » à l’annonce de cette distinction, en ajoutant que le prix allait
«à tous les Iraniens qui se battent pour la démocratie. » « L’Islam n’est pas incompatible avec les droits de l’homme » a ensuite affirmé l’avocate iranienne à Paris. (J’ai d’ailleurs remarqué en la voyant aux informations d’hier soir que si Madame Ebadi porte le
foulard[2] en Iran et dans son bureau de travail, elle était vêtue quand elle a appris la nouvelle à Paris d’une élégante robe noire et la tête découverte.) Elle a aussi profité de sa nouvelle notoriété pour demander « la libération » des prisonniers iraniens « luttant pour la démocratie. » Elle a joué un rôle-clef en 1997 dans l’élection du président réformateur Mohammad
Khatami.
Le choix de Mme Ebadi a suscité la controverse. L’ancien président polonais et lauréat du Nobel de la paix 1983 Lech Walesa (catholique très pratiquant et antisémite avéré et invétéré) a déclaré que ce choix constituait à ses yeux une
« grande erreur. » Evidemment, en dehors du fait que sa femme et son fils aîné soient allés à Oslo recevoir son propre Nobel de la Paix, la première ne doit pas avoir eu beaucoup de temps à consacrer à la politique avec tous les enfants qu’elle a dû élever ! Il a évidemment estimé que le prix aurait dû revenir à Jean Paul II. « Il le méritait », ont estimé de leur côté des responsables au Vatican. La communauté catholique Sant’Egidio a toutefois estimé que le choix de Mme Ebadi était «
une grande chance. » Le souverain pontife devrait d’ailleurs adresser un message de félicitations à la lauréate, a-t-on dit au
Vatican.
J’ai entendu dire aux informations d’hier que la télévision iranienne avait annoncé la nouvelle par quelques mots non de félicitations mais de doute quant au bien-fondé de l’attribution du Prix à une Iranienne. Le gouvernement réformateur de Téhéran a finalement félicité Shirin Ebadi pour l’attribution du prix Nobel de la paix 2003 après quelques heures de réflexion mais cette récompense irrite les conservateurs qui voient dans cette distinction une nouvelle conspiration de l'étranger au moment même où se pose la délicate question du nucléaire. Assadollah Badamchian, homme politique conservateur a qualifié le prix d’ « infamie » ajoutant que Mme Ebadi avait été récompensée
« pour les services rendus à l'oppression et au colonialisme occidentaux. »
Est-elle pratiquante ? Elle refuse de répondre à cette question, se contentant de s’affirmer « musulmane. » Cette avocate explique : « Il y a vingt ans que j’essaie de faire comprendre que l’on peut être musulman et avoir des lois qui respectent les droits de l’homme. »
L’attribution du prix Nobel 2003 a une indéniable
portée politique. Le porte-parole du gouvernement iranien, Abdollah
Ramezanzadeh, a cependant traduit l’embarras dans lequel ce choix
a plongé le régime de Téhéran. « Nous
sommes heureux qu’une femme iranienne musulmane ait su se faire
distinguer par la communauté internationale pour son action en
faveur de la paix. Nous espérons pouvoir utiliser davantage ses
vues expertes en Iran », a-t-il déclaré, avant de
rappeler les journalistes pour leur préciser qu’il s’exprimait
à titre personnel et non comme porte-parole du gouvernement. « Rarement
le prix Nobel a été attribué à ceux qui ont servi leur pays « ,
a-t-il ajouté, faisant référence à Anouar El-Sadate, le président
égyptien assassiné, qui aurait « trahi
la Palestine.
« Merci Shirin Ebadi, merci. Aujourd’hui,
grâce à vous, nous avons tous grandi d'un mètre ! »
s’est exclamé en pleurant
Mohsen
Sazegara. Dissident et célèbre prisonnier de conscience, M. Sazegara
a été libéré « sous caution » lundi 6 octobre,
grâce aux efforts de la nouvelle lauréate du prix Nobel de la
paix. Pour cet homme condamné à 114 jours de prison pour « propagande contre le régime
islamique », ce prix est « le
plus bel encouragement possible. » Selon l’écrivain Goli Emami, « après
un quart de siècle d’humiliation, la femme iranienne est de
nouveau fière. » « Lorsque j'ai entendu la
nouvelle, mon cœur s'est arrêté un instant », explique Shahla Sherkat, éditrice
de l’hebdomadaire Zanan. L'intellectuel Dariush Shayegan se
souviendra du 10 octobre comme « un des jours les plus
importants de l'histoire contemporaine iranienne. »
Il
est évident que le gouvernement, même s’il est réformateur, se
trouve face à un dilemme suite à la décision du jury du prix Nobel
d’honorer d’une distinction convoitée par les plus puissants de
la planète une avocate condamnée il y a trois ans dans son pays à
quinze mois de prison avec sursis et à la privation pour cinq ans
de ses droits civiques.
Ce
combat pour la démocratie, la reconnaissance des droits des
citoyens et la réforme de l’arsenal judiciaire, en particulier
dans le respect de l’Islam, est, il est vrai, bien antérieur à
l’émergence en République islamique de ceux que l’on appelle
les réformateurs, groupés depuis 1997 autour du président
Mohammad Khatami. Madame Ebadi a inlassablement pointé les
contradictions de la loi iranienne vis-à-vis des droits des femmes
et ceux des enfants. Elle a toujours rejeté sans appel toute
justification par l’Islam de ces contradictions et violations, les
imputant à un esprit traditionaliste archaïque, sinon machiste.
Je n’ai
personnellement jamais été très tendre pour l’ancien shah
d’Iran que je n’aimais pas beaucoup plus que les imams
politiciens qui ont suivi. Je pourrais me dire alors que, nommée
juge par le gouvernement de Monsieur Oveyda ne plaide pas en la
faveur de Shirin Ebadi, mais voilà, elle est l’exception qui
confirme toujours la règle dans les pays conservateurs comme dans
les pays opprimés. En tant que femme, je me dois de rendre hommage
à une femme qui ne change pas d’idée selon la couleur politique
des gens qui gouvernent son pays mais risque ses fonctions, sa
liberté, sa vie même en réaffirmant toujours et encore le droit
des hommes, des femmes et des enfants à vivre librement, décemment
et selon leurs propres convictions là où ils se trouvent.
Additif :
Je venais à peine de terminer ces Mots…dits quand j’ai
entendu une autre nouvelle que je me permets de rapporter ici parce
qu’elle concerne également un Prix et la Paix. Je tien à parler
de cette femme qui, de la même façon que Shirin Abadi, m’est
toujours apparue comme un modèle à suivre tant son intelligence
est diverse, tant sa connaissance du monde et des êtres humains est
une source inépuisable d’étonnement ravi, tant sa résistance à
toutes les entreprises de Bush a commencé dès l’investiture du
Président des Etats-Unis, tant sa participation active à tous les
mouvements de révolte des opprimés fut intense, que ce soit à
Sarajevo, en Afghanistan ou aujourd’hui en Iraq… Je veux parler
de Suzan Sontag, la grande journaliste et auteure américaine qui a
reçu dimanche 13 octobre le Prix de la Paix des Libraires à la
Foire du Livre de Francfort. Je ne sais pas si les médias américains
mentionneront cette importante nouvelle, je devrai me renseigner à
ce sujet car ils seront sans doute aussi craintifs et dubitatifs que
l’a été la presse et la télévision iranienne au sujet de
Madame Ebadi mais j’écris aujourd’hui sous le coup de l’émotion
suscitée par ces nouvelles : Le Prix Nobel de la Paix à une
avocate iranienne, l’autre Prix de la Paix à une journaliste américaine,
voici ce que j’appelle une victoire des femmes d’aujourd’hui.
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