Les trente ans du Condor

 par Catherine Raucy

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Vu l'autre jour sur Arte, Les Trois jours du Condor, de Sydney Pollack. C'est un film que j'aime bien, à la fois accessible, séduisant et intelligent, un exemple de ce que peut faire le bon cinéma américain quand il ouvre les yeux sur le réel. J'aime bien sûr le beau couple que forment Robert Redford et Faye Dunaway, mais aussi leurs personnages de héros malgré eux, la réalité que leur donne la mise en scène, loin du glamour hollywoodien. Et j'aime surtout le début du film, son mélange de décontraction et d'humour, l'univers réaliste et quotidien qu'il installe avant de le voir sauvagement détruire par des tueurs à gages à la solde de mystérieux commanditaires.

Mais ce film de 1975 revu en 2006 prend des résonnances nouvelles. Peut-être à cause des Twin Towers, qui sont au centre de plusieurs plans et dont la présence dans un film, après le 11 septembre 2001, semble chaque fois étrange, comme une apparition fantômatique. Mais surtout à cause de la dernière scène, filmée devant l'immeuble du New York Times, pendant laquelle un membre important de la CIA dévoile, pour le héros et pour nous, les ressorts cachés de l'intrigue: les morts inexpliquées, la traque dont le personnage principal est la cible ont eu pour but de protéger des intérêts pétroliers au Moyen-Orient, pour lesquels on n'hésiterait pas non plus à déclencher une guerre; c'est un jeu de pouvoirs, dont les victimes collatérales importent peu.

Après les deux guerres du Golfe et pendant que se poursuit l'occupation embarrassante de l'Irak, avec ses brutalités et ses attentats quotidiens, cette explication qui put paraître à l'époque peu vraisemblable semble étrangement prémonitoire. Peut-être la marque des bons réalisateurs, de ceux qui sont aussi des citoyens éclairés, est-elle de proposer à leurs spectateurs de tels films: capables de les divertir, de les entrainer dans une intrigue, pour leur permettre ensuite, par ce détour, de jeter sur le monde un regard plus éveillé.