Une photographie de Stéphane Popu


Additif aux Mots…dits :
" Pillages à Bagdad "

 par Jean Barbé

Mots...dits

 

J'ai reçu les remarques suivantes de mon ami Jean Barbé qui sont comme toujours écrites avec le bon-sens et la réflexion qui le caractérisent. Je voudrais ainsi en faire profiter tous nos amis :

J'ai lu tes mots-dits à propos de ces insupportables pillages d'Irak et j'aimerais te dire deux mots aussi à ce propos... dis-moi ce que tu en penses.

Je suis plus circonspect que toi sur cette attitude de la coalition, notamment des autorités américaines, face au pillage systématique non pas de la seule Bagdad mais de toutes les villes ou pratiquement, d'Irak.
Cette stratégie de la pagaille tolérée sinon encouragée est en l'occurrence de "bonne guerre" même si, en effet, en pleine contravention avec la convention de Genève. Il semble peu douteux à beaucoup d'observateurs avisés que cette déferlante d'une population en manque de tout et brusquement libérée de son joug était prévisible et sans doute prévue par les "stratèges" coalisés… leur diligence à protéger, dès avant le début du sac, le ministère du Pétrole pourrait en être un témoignage.
Cette anarchie totale et tous azimuts, c'est à dire détruisant non pas seulement ces richesses incomparables, à nos yeux occidentaux, des trésors archéologiques de Mésopotamie mais réduisant à néant tout ce qui ressemble à un début d'administration ou d'organisation et cela jusque dans la dernière tentative de dispenser des soins dans les hôpitaux était, et est encore, un atout inestimable pour les forces militaires qui tenaient les villes ; d'abord parce que tandis que les habitants se livraient à leurs larcins, pillaient la ville et s'affrontaient entre pilleurs et commerçants ou entre pilleurs entre-eux, se "contenaient" les uns les autres, les tentatives de quelques coups de "résistance" étaient bien plus difficiles à organiser et bien plus faciles à déjouer par les troupes alentour qui se concentraient sur cette éventualité…
Et puis surtout dans cet Irak devenu en quelques jours un pays complètement désorganisé et à tous les niveaux, la revendication des iraqiens eux-mêmes pour l'instauration d'une tutelle assurant la "sécurité" ne pourrait qu'être forte, urgente et moins regardante sur l'origine de la main qui tiendrait le bâton ; le projet de l'administration américaine visant à "fournir clefs en main" l'autorité répondant à ce besoin et à cette urgence pouvait plus aisément trouver ce crédit qui s'avère plus difficile à obtenir que ce qu'elle avait peut-être un peu vite imaginé.
La seule "organisation" Iraquienne ayant su rétablir un semblant d'ordre et prenant quelque autorité est le clergé chiite… il ne s'y trompe pas et dénonce aujourd'hui ces " négligences " des coalisés qu'il juge lui aussi plus stratégiques qu'involontaires ce d'autant qu'elles s'inscrivent dans la durée.... et que cette durée incompréhensible et désormais difficilement justifiables les rend effectivement tout à fait suspectes.
En ce qui concerne le pillage des musées, notamment celui de Bagdad, il semble intéressant de rappeler qu'après ce sac le conseiller personnel de G W Bush pour les affaires culturelles (si, si il en avait un... son nom m'échappe ) a cru devoir démissionner en dénonçant l'incurie qui avait permis, toléré, ces faits alors qu'ils avaient été envisagés et qu'ils avaient suscité des mises en garde particulières… Ce à quoi, cyniquement, M. Rumsfeld répondit que c'était un peu comparable à ce qui se passe dans les gradins d'un stade de football : prévisible mais incontrôlable. Rumsfeld a des métaphores de "poète".
J'ajoute enfin que beaucoup stipulent que ces vols dans les musées, dûment et rondement menés, n'étaient sans doute pas que le fait d'une populace déchaînée … ils n'hésitent pas à prétendre que, pour beaucoup, ces pillages furent prémédités et organisés sur commande… ils s'attendent à retrouver une bonne part du butin sur les marchés parallèles de l'Art et antiquités assez rapidement … L'UNESCO a d'ailleurs approuvé et demandé que l'on instaure une surveillance, sinon une enquête, internationale afin de pouvoir, le cas échéant, rendre à Bagad ses trésors "perdus".
Mon Dieu, que la guerre est jolie !