| Au
seuil des vacances dété, notre comité vous a déniché sept textes à déguster
avec un verre de fin daprès-midi, à lheure où ombre et lumière font des
peaux aux couleurs, à lheure ou lair sarrête et écoute la voix des
choses et où les mots trouvent cette étrange intonation, poreuse je dirais
Cette semaine, nous accueillons
deux nouveaux auteurs, et comme chaque fois, c'est un
vrai bonheur : Nicolas Kurtovitch et Olivier Requier. Autre
source de bonheur, celle de retrouver les chères familières, cette fois-ci celles de Michel
Bourhis, de Aaron de Najran et de Mireille Seassau.
Pour commencer, deux textes qui nous chantent et nous dansent dans loreille et dans
lil : Cétaient des heures et Un air de tango de Michel
Bourhis. Le deuxième est notre coup de cur de la semaine : J'aime l'ambiance
tango argentin. Le décor est très bien suggéré : air humide, relents de bière et
d'anisette, piste vide, et les émotions (pleurait l'exil, surtout en rappel) que
suggère cette danse sont vraiment bien rendues. Pour un peu on entendrait la musique et
on ressentirait une légère angoisse. Un voyage express en Amérique du Sud. Je pense à
la chanson de Brel dans les ports d'Amsterdam ; autre pays, mais ambiance aussi.
Bravo. (Ailen)
Sous les néons
tremblant au spleen du matelot,
Visages émaciés, tristesse de comptoir,
Jétais le figurant du zinc humide
Où sétalaient billets froissés, mouillés,
En acompte des gerbes à venir
Et le bandonéon pleurait lexil.
La voix de Mireille Seassau résonne douce, comme une voix qui nous aime, qui
connaît le lobe de notre oreille et le sourire calme de notre écoute. Nous avons adoré « Pensée d'amour à la Albert Cohen », recette
poétique et Kobo : On change d'étage. Une écriture très maîtrisée, un véritable
sens poétique, une façon d'associer les mots de manière suprenante. Ainsi que la
capacité étonnante de créer un univers en quelques lignes. Une architexture peut-être
un poil trop esthétisante qui manque parfois d'un battement de coeur humain qui saurait
louper une marche. Feu et glace mêlées, comme si l'auteur tendait à dissocier le beau
du vivant. Au bout du compte, voilà un texte angora, une sorte de bijou hypnotique. (Stéphane Méliade à propos de Kobo).
Voici donc un avant-goût de « Pensée d'amour à la Albert Cohen », recette
poétique, mais je ne vous donnerai que
les ingrédients
:
- Un invité à
la pensée fraîche du matin
- Une boîte de cigarettes « Abdoulla » (en chocolat de préférence)
- Un secrétaire
- Quelques pincées de sourires confits
- Un bon briquet caramélisé (or)
- Un fauteuil tendre et bien fait
Notre comité sest arrêté également sur un court texte de Aaron de Najran,
Étoiles brûlées, un texte à lécriture fine, dune précision dimage,
dune acuité et dune fraîcheur remarquables, où une forme dengagement
perce dans la densité démotion qui le traverse :
des étoiles
emmurées
bouches sans paroles
coeurs battus
des cris qu'on écrase à l'outil
ou au fusil
loin là-bas
Nous découvrons cette semaine avec Nicolas Kurtovitch, dans Le bouvier est
assis sur son buf, une écriture méditative aux accents de nostalgie et au
souffle ample qui résonne longtemps après la lecture :
Très tôt le
matin
Après qu'aient osé chanter les oiseaux
En même temps qu'un soleil voilé se lève
Entre de fins nuages blancs
Je retrouve de vieux amis
Perdus de vue depuis si longtemps
Depuis si loin déjà
Et là dans l'air leurs voix se posent
Avec justesse et surprise
Comme découvrant une nouvelle voie
Vers un lieu parfaitement connu
Comme l'immense silence d'une Montagne Froide
Avant qu'on y inscrive
Pas et chants tout droit sortis du vin et des torrents
Enfin, deuxième découverte cette semaine, Olivier Requier nous donne Oh dormir
,
un texte laconique, où roule un rythme anaphorique tout intérieur :
oh la sieste, la
sieste
au bout de l'absurde voyage
autour de soi,
autour de rien,
oh dormir
vers une terre
ferme.
Bonne
lecture.
Mathieu
Boily |