Semaine du  5 mars 2000...

                  Une crue pré-printanière...

Signe d'un resserrement de la ligne? ou bien est-ce tout simplement cet hiver qui fut un peu long? Quoi qu'il en soit, il y avait longtemps qu'on avait connu des coups de coeur poétiques, à Écrits...Vains?. Eh bien les premières débâcles de mars nous en auront libéré au moins deux que notre comité vous dévie ici comme des petits doigts de vents chauds pour aider à desserrer manteaux et doubles fenêtres.

D'abord une prose de Mireille Seassau, L'être à lettre, où se déploie lentement la puissance d'intimité d'une écriture tout en impressionnis[me], en touches de sensations (Nath). Les mots, la lettre et celle qui dit "je" ici se rencontrent au plus près des choses, tout contre les éléments, dans l'élaboration d'une véritable communion :

J'écris allongée sur le sable. Il trace de toutes petites marques sur la page. La lumière aussi, en taches d'ombres solaires. Je dessine alors un carré au milieu de la feuille. A l'intérieur, elle s'engouffre et se concentre. Vivante.

On demeure dans le geste de l'"offrande", avec le deuxième coup de coeur de la semaine. Aaron de Narjan nous donne ici, avec Les amants de Claire, un texte vaste et généreux où la voix se déplie comme un grand fleuve pour tout prendre. Il y a cet amusement magique dans cette voix du poète, où coule une légère brise comme venue tout droit des lèvres de Schéhérazade, et dans ce regard qui se fait un plaisir de recenser pour nous l'univers de Claire, tout en trésors de sonorités:

Elle jeta par la fenêtre d’abord le flacon de Fleurs de Rocailles
puis le vieux sac de crin ébourriffé
qui traînait dans son lit depuis la nuit de noces.
Ensuite elle fit faire un nouveau lit
en acajou et coeur d’amandier
un grand lit parce qu’elle avait un grand coeur
avec beaucoup de rallonges
un lit qui allait de Concarneau à Saint-Jean de Luz
en passant par la Saintonge.

À côté de ces coups de coeur, vous aurez le plaisir de retrouver Étienne Pinat qui nous donne Brusques sursauts d'espérances... et Yann Venner dont on lira deux textes Les oiseaux et Le foutoir et le futile.

Enfin, le comité a fait la découverte d'un nouvel auteur, Richard Larouche, qui s'inscrit dans cette crue pré-printanière avec une prose bien campée, Transmuté dans un monde d’eau.

Bonne lecture.

                                                            Mathieu Boily                                                                    


Une toile de F. Vignale