Semaine du  2 septembre  2000...

 

Alors que l’herbe et les feuilles se font donner leur sursis de vert, à genoux tout au bout des travaux d’août à essayer de faire oublier un été strié de rayons pas toujours dorés, le comité de poésie d’Écrits… Vains ? se remet lui une bonne grande chemise, vide un espresso italien et sort cartes et compas du tiroir de sous la table d’étude, intacte. Le vent s’est levé un peu tôt, arrivé presque au tournant de la rentrée, et la rade a été bonne. C’est l’heure qui revient, qu’il se dit, réveillant radio et instruments de bord.
Heureux de vous retrouver tous, chers lecteurs, au sortir de cette longue vacance.
 
J'étais vers l'archipel d'îles aléatoires
Que la mer ciselait de nacre au yatagan de ses lames.
Les fous juchés aux promontoires me mataient godiller,
Mener ma périssoire sur le bleu de cobalt plein de soleils mouvants.
 
Pas un hasard, donc, que nous viennent spontanément des accents de départ en mer… Le comité cette semaine a eu un coup de cœur pour ce très beau texte de Jean Barbé : promenade légèrement élégante, à la Saint-John Perse, mais plus naturel, sans grossir les mots (Aaron de Najran) où une rythmique latente forge des courants internes puissants qui lient chaque ligne d’une manière très subtile, à laquelle Barbé nous habitue depuis quelques textes maintenant.
 
Et de la mer, on passe à l’amer (et admirez le glissement quand même, hein…), autre coup de cœur du comité, avec « Amemoire » d’Isabelle Godard. Ici, une forme tout autre de rythmique se présente, monologique viscérale, accrochée à la voix dans une justesse poignante :
 
pourquoi ne suis-je pas de toi
puisqu'il faut bien être de quelque part

je tricote des moufles pour l'été

il est gourd ce besoin de serrer à en mordre
d'agripper à en frémir jusqu'à la dernière main
ne pas te perdre des doigts
 
Également, cette semaine, dans cette fournée brève, on retrouvera l’écriture sensuelle organique de Florence Noël dans « Lettre à ta peau », un de ces textes rares qui donnent un sentiment d’universalité, alors que tant d’autres veulent le faire sans y parvenir (Nath), et enfin une petite prose de Jean-Rémy Fleuret, porte d’entrée de son recueil Paroles immobiles, et à qui nous souhaitons la bienvenue chez Écrits… Vains ?
 
Bonne lecture.
                                                Mathieu Boily.

Une
photographie de Jim Hayes.