Semaine du  2 octobre  2000...

                           Quelque chose dans le vent

                     par Mathieu Boily

Quelque chose dans le vent fait dire un peu partout qu'un froid
avance, de derrière, comme une grande vague lente qui se lève de loin - enfin, c'est cette impression qui nous prend lorsqu'elle est là, dans nos  pas, mais ça c'est pour un peu plus tard quand même. -, quelque chose qui  n'est pas le vent et qu'on entend à peine, du bout de l'œil peut-être,  comme un lied de Hugo Wolf, qui brasille dans les feuilles. On sait déjà  dehors que l'automne nettoie ses meubles, à grande eau, que le vieil  automne s'apprête à emménager. Mais il est tôt, gardons-nous beaux, le  vert nous regarde encore.

 Bonne semaine poétique, chers lecteurs. Entrée en matière quelque  peu désabusée, les ouvrages de la rentrée réveillent la machine et la  ramènent à des rythmes plus ronds, quoique toujours aussi inouïs. La  rentrée démarre avec lenteur, mais elle est néanmoins partie à point et  c'est ce qui compte.

 Je vous donne de suite le menu poétique de la semaine.

 Le comité a retenu trois textes, cette semaine, ce qui nous fait
 accueillir et souhaiter la bienvenue à trois nouveaux auteurs à Ecrits... Vains?

 Tout d'abord, notre équipe a bien aimé « Terrain vague », de
 Frédéric Pierre, un court tableau tout en nuances qui laisse entendre une  voix sûre et riche, parsemé d'images justes. De l'atmosphère dans tout  cela, ce « terrain vague » est habité. (Juliette Schweisguth)

 Toutes les roches s'assombrissent lorsque l'été,
 sous le miroir relevé des châles,
 quelques herbes dessinent des prairies solitaires.
 Cachées dans des buissons d'aiguilles ou plaquées le long des murs en ruines,
 des petites flèches de mosaïque, comme des segments de verre  
chauffés au vent, comme des nefs issues de l'infini, nerveusement  
échappent aux soubresauts de l'œil.


 Deuxième texte, autre nouvel auteur, notre comité a aimé également « Le sexe de Paris » de Luka Azel. Ici, on passe à quelque chose de plus  direct, plus cru, enveloppé d'une espèce de spleen sensuel bien rythmé,  qui mène la voix tout contre une intime vérité :

 Et que faire un tel soir
 - je voulais vraiment ne pas
 me laisser aller -
 Comme un coup de téléphone un sourire.
 La difficulté somme toute
 Quotidienne
 Ce n'est pas un jeu
 Je me suis trompé.

 Enfin, plus léger peut-être, sans toutefois sombrer dans l'éther, «Souvenir de Dinard. » de Sémüjin Qagha accroche immédiatement le murmure  intérieur, avec une rythmique discrète et un filet anaphorique très  subtile qui donne à l'ensemble un air qu'on veut se rejouer une fois la  plage parcourue :

 Un petit peu petit peu de rien
 c'est un peu de tout
 comme un pas très court.

 qui s'en va au loin.

 Une petit goût salé qui se frotte aux pieds
 d'une toute autre marée
 qui s'étire au loin.

 entre mes deux doigts.


 Bonne lecture.

                                                                        Mathieu Boily


Une
photographie de Jim Hayes.