Semaine du  26  juin 2000...

Après les fraîcheurs du printemps, voici qu’arrivent les abondances d’été.  Oui, bon, c’est pas tout à fait encore l’été, mais on est si proche…

Toute nouvelle fournée poétique qui a le mérite d’être très généreuse, cette semaine, et pour au moins deux bonnes raisons.  Tout d’abord, parce que nous avons l’immense bonheur d’accueillir trois nouveaux auteurs à Écrits… Vains ? : Antoine Loth, Isabelle Trinque et Jean-Marc Labat. Ensuite, parce que notre comité est tombé littéralement sous le charme de la poésie de Marie Mélisou, non pas une ni deux, mais trois fois, avec les poèmes "Rivière sèche", "Les autres que je suis" et surtout la très belle "Lettre pour être lue par quelqu’un", où la voix est pleine et la phrase sinueuse. Ici, les mots ne sont plus mots, mais courbes, musique, chaleur de chair et caresses; les mots ici donnent puissamment à voir, à entendre, à sentir et à se souvenir. Notre coup de cœur, assurément :

à voix si basse 
que l'on ne peut les entendre
neuf étoiles sur un vase bleu en borne
de bout du tout chantent l'ampleur du pollen
de lorsque deux fleurs
rose et réséda
flambaient vivantes de doigts à merveilles

Deux textes cette semaine, "Le Miroir tendu entre les Montagnes" et "Les jeux écartés de l’architecte" nous ont fait découvrir l’écriture fine et lente d’Antoine Loth dont la sobriété de ton nous renvoie le reflet d’une attention à parler avec justesse, tout simplement :

Voici l’enfant en toi tout au milieu du monde
Qui parle et ne pense pas
Qu’apprendre à sourire et compter jusqu’à toi
("Le miroir tendu entre les Montagnes")


Au rang des nouveautés également, cette semaine, "un lit beaucoup trop grand…" d’Isabelle Trinque, un texte sensible et intimiste duquel notre comité a su apprécier le style tout en économie mais dense d'effet, ce ton aussi, pétri de regrets cueillis au ventre de la tendresse (Florence Noël) :

un lit beaucoup trop grand
et pourtant tu y respires

très large
pour occuper chaque coin libre
du quotidien à partager


Et pour boucler la boucle, en quelque sorte, nous accueillons Jean-Marc Labat qui nous donne "Marie", un texte au rythme discret, à la surface duquel monte lentement une vie, un visage, une voix, une vive douleur :

Puis elle entend sa voix
Mourir sur les mots creux,
Chanter, faute de mieux,
Profonde et sans émoi.
Marie s'accroche au pire,
Elle écorche des fleurs,
Elle crache ses peurs…


Bonne lecture.

Mathieu Boily

 


Une toile de F. Vignale