Semaine du  16 avril 2000...
 

" Au delà d'un certain point
on ne peut plus revenir en arrière.
C'est ce point qu'il faut atteindre. "

Kafka.


Quand nous avons commencé à lire les textes de cette semaine prose, nous ne savions pas encore quel en serait le voyage, jusqu'à quel point les auteurs allaient nous amener.

De ce voyage, nous avons rapporté deux coups de foudre. Le premier, "Ma mer", de Aaron de Najran :
"...Quand je me languis
ou quand les chauves-souris
descendent dans mon beffroi c'est facile
je sors ma mer de ma poche
je la déplie
je la déroule devant moi
et là, je la regarde
je la respire
et je la traverse
en nageant dans un long sillon de laine... "

Aaron nous prend par la main. Alors, on reçoit cette clarté troublante, intime. Puis il nous conduit au moment frontière où l'on sent la brûlure du sel, au fond de la poche, au bord des yeux.
C'est le paradoxe d'une écriture à la limpidité angélique qui nous offre le "retour brutal à la lèpre des jours", sa chute vertigineuse.

Notre second coup de foudre, "Le glaçon", de Alfred H. :
" ... Une capacité de description juste et précise, comme cet ennui de l'enfant, ce jeu de la paille et du glaçon... Cette présence, presque charnelle de l'été... La vie qui fait son numéro abracadabrant de rêve.."
(Florence Noël.)
Nous accueillons l'auteur sur Ecrits... Vains.

Le comité prose a également été sensible à trois autres textes : "Max la tactique", de Ludovic Kaspar que vous connaissez bien. Son écriture véhicule l'énergie, le mouvement électrique. Ecoutez :

"... How tout doux for se débarrasser une nuit de son Emilie ?
Bien jolie mais trop rabâchée sur les ressorts qui couinent. Trop de sans-dessous, de-ci... "


"Les saisons", de Jean-François Savouret, directeur de recherches à l'INSERM, biologiste, ancien routard et auteur de talent. Il nous dit apprécier la mécanique sur voiture anglaise ancienne, le blues et la marche en haute montagne. Nous lui répliquons " qu'il a tout compris de
la cohérence et nous le fait superbement comprendre"
(Aaron).

Enfin, je tiens à vous présenter "87, impasse de nulle part", de Zitouni Nadhem, en Tunisie. Les avis ont été partagés au sein du comité, à propos de son texte. Mais je veux vous le faire partager. Quand vous l'aurez lu, vous comprendrez pourquoi. Son texte est dédié :
" A tous ceux qui se sont retrouvés de l'autre côté des barrières plongeant dans un monde sordide, surréaliste mais bien authentique et qui se sont demandés si la vie valait vraiment la peine d'être vécue..."

Le voyage à bord des textes était beau. Je vous y invite et vous laisse sur la pointe des mots, avec Chagall dans le tableau de la joie :

Je dis "feu".
Et c'est moi, Marc Chagall, qui entre à mon tour dans le tableau, portant les couleurs de la joie.


Une toile de F. Vignale