On peut parler?

A l'Ouest de Kaboul,
à l'Est de New York


Une histoire afghano-americaine,
par Tamim Ansary

Lu par Melinda Barnhardt

Littérature étrangère




En partie mémoires et en partie exploration d'un Islam militant, ce livre imparfait parvient à transcender ces catégories et atteindre au statut de phénomène culturel. Comme il convient au genre, il a sa genèse dans un message électronique, le mode de communication le plus personnel mais aussi le plus public qui soit.
Le texte de ce message électronique, ajoute ici en appendice, a été envoyé par Tamim Ansary, un Américain d'origine afghane, qui vidait son coeur le jour après le désastre du World Trade Center, le 11 septembre 2001. En un instant, sa vision angoissée de l'attaque, basée sur 56 ans de vie chevauchant la division entre le Moyen Orient islamique et l'Occident, devint accessible au monde entier. Depuis son ordinateur à San Francisco, et en moins d'une semaine, il atteignit des millions de citoyens ordinaires, ainsi que les média.
Nouvel Ishmael reflechissant sur les origines du désastre, Ansary se trouva à cette occasion parler pour l'Afghanistan " avec sa voix américaine " , comme il dit. C'est seulement à ce moment là, dans l'imaginaire amené par l'acte d'écrire, qu'il sentit ses deux identités se réunir.
La suite de son discours, A l'ouest de Kaboul, à l'est de New York, utilise la lentille de cette vie divisée pour éclairer le conflit entre deux grandes civilisations, identifier les points de rencontre ou tout au moins les jouer l'un contre l'autre, sur des sentiers que l'esprit peut explorer. Là ou il réussit moins bien, les coupures font partie du territoire, indiquant la lutte honnête (et qui se poursuit toujours) de quelqu'un qui se décrit comme un Américain ordinaire mais qui se trouve aussi être le fils d'une famille afghane de renom.
Une unité éphémère semble régner au débuts. La première partie, élégamment écrite, recrée la toile attirante des relations humaines et de la culture qui nourrissaient " l'univers perdu " de son enfance dans le Kaboul de la fin des années quarante et des années cinquante.
Depuis sa position avantageuse dans la propriété familiale dont il se souvient, il nous fait faire le tour virtuel d'univers prive traditionnel en grande partie inconnu en Occident où l'identité individuelle se fondait dans celle de groupe, ou peu de possessions suffisaient, et ou des récits ou des discussions de généalogie remplaçaient la télévision. La, une varié naturelle de l'Islam conférait un rythme proche de celui de la respiration.
Mais les failles existaient déjà. Sur le plan personnel, sa propre identité quasi-afghane (son perte était Afghan pachtoune, sa mère, Américaine d'origine finlandaise) faisait que la magie ne pouvait jamais être totale. Déjà différents, lui et ses frères et soeurs eurent un premier goût de la distance d'avec leur culture quand leur perte fut transfère au poste de vice-président d'un projet, financé par les Etats-Unis, de développement de la vallée du Helmand.
Le projet lui-même se révéla représentatif d'une série d'efforts maladroits de modernisation par le gouvernement afghan: barrages et reformes agraires qui ne tenaient pas compte des systèmes d'irrigation communaux, transformations urbaines qui causaient des ruptures avec les régions rurales, et l'éducation de plus de jeunes gens que n'en pouvait accueillir la seule université du pays-- créant une jeunesse désaffectée, mure pour entrer dans un cadre communiste grandissant. Une lignée puritaine d'enseignants religieux multipliaient les effets désastreux. " L'infanterie des partis communistes qui renversèrent la monarchie en 1978 (avec l'aide soviétique) était faite de gens comme mes camarades de classe de l'école Lashkargah qui étaient battus pour avoir raconte des histoires affriolantes de sexe. "
A la suite du départ de la famille pour les Etats-Unis en 1964, quand Ansary atteint ses seize ans, le sentiment de perte devient habituel. Le gouvernement afghan supprimant le statut diplomatique de son perte et lui ordonnant de rentrer dans son pays (un ordre que sa mère, lui-même et son frère et soeur sont incapables de suivre) marque la cassure de la famille. Ansary pose son objectif sur son adaptation à une société apparemment sans racines: Après le lycée et université, il se réfugie dans la contre-culture du Portland, Oregon des années soixante-dix (avec son réseau de maisons communales ressemblant étrangement aux propriétés entremêlées de son univers perdu.)
Il change ensuite de direction et " nage " vers une acceptation active de ce qu'il considère le passage continuel des relations en Amérique, trouvant un travail à San Francisco, où il se laisse prendre dans le tourbillon d'une vie sociale trouble. (" Pendant un temps, je sortais avec l'énergie de ce cliche: le divorcé qui a une Porsche, sauf que je n'avais pas de Porsche et que je n'avais jamais été marie. En fait, je considérais le mariage comme un concept bourgeois démodé ")
Arrive toujours le moment de dire au revoir, mais il est décide à être le premier à partir, jusqu'au jour ou il rencontre une jeune femme au sourire irrésistible, appelée Debby Krant.
La romance en herbe est importante, mais tout aussi important est le besoin d'éclaircir une fois pour toutes son identité mal définie. Vers le milieu du livre, Ansary entraîne ses lecteurs dans un voyage difficile dans des pays islamiques, à la recherche de ses racines. Sur l'arrière-plan de l'occupation soviétique de l'Afghanistan et de la révolution iranienne, il mène des conversations impromptues avec des musulmans dans des trains, des cafés caches du style de ceux de université de Berkeley et des appartements à travers le Maroc, l'Algérie et la Turquie, tout en tentant d'atteindre le Pakistan et la frontière afghane. Oublions que certaines de ces conversations ressemblent à de pédants sermons, peu révisés depuis qu'il les a notés dans ses carnets de route; oublions que le fatras fragmenté de ses mésaventures ferait penser à un Candide post-moderne, affole et fantasmagorique. L'effet général est prenant, un portrait composite d'un Islam orthodoxe de plus en plus radicalisé, basé sur un modèle de communauté figé dans le septième siècle.
Tissées à travers ces expériences qui sont autant de révélations viennent des constatations sur la pauvreté et l'aliénation qu'elle provoque (quoique Ansary soit peu convaincu que seules les réalités économiques et l'oppression animent la résurgence de l'Islam), des aperçus sur la direction plus positive que l'Islam aurait pu prendre, des révélations frappantes sur les origines des théories de conspiration et une appréciation de ceux qui sont prêts à plier les dogmes pour se laisser aller à des faiblesses toutes humaines (tels l'Algérien ne pouvant se défendre de pincer les postérieurs féminins: " Oh, pardon, oui, excusez-moi, lui ai-je dit. A quoi bon mentir? J'ai péché, c'est tout ce qu'il y a à en dire. Son derrière était formidable. ") Il semblerait que chacun recherche une certitude. Alors que son voyage progresse, une tension narrative nous parvient, issue des efforts d'Ansary pour éclaircir ses propres sentiments sur une relation trouble avec son frère Riaz converti à l'Islam et sur son amour grandissant pour Debby. Avant le voyage, Riaz, (dans un chapitre d'abord publie dans la revue Chanteh sous une forme légèrement différente) accuse son frère de cultiver vis-à-vis de tout une attitude ironique, contrastant avec la foi sérieuse de Riaz lui-même Lors d'une conversation dans un appartement à Istamboul, avec un ami turc acquis lors d'un voyage en bus dans un autre pays, Ansary parle de la nature passager de l'amitié. Pas plus tôt n'a-t-il parle qu'un souvenir lui revient du chien adore qui fit quatre-vingt kilomètres à travers un terrain difficile pour rejoindre la famille qui avait tente de le céder avant de partir pour la vallée du Helmand. Une leçon importante est donnée là, que dans ce rêve coulant que nous appelons le monde, on trouve du roc après tout, que l'amour est le pouvoir que nous possédons face aux pertes.
Son voyage au-delà de la Turquie se trouvant bloque par le refus du consulat iranien à Istamboul de lui donner un visa, il reconnaît que la véritable destination de ce voyage est une maison sur la rue Valencia à San Francisco, avec Debby et que, implicitement, pour lui, le véritable foyer, le seul terrain solide est une relation qui offre du lest en même temps qu'il lui permet être tout ce qu'il est avec son don d'écriture, sa poursuite rationnelle de la vérité, et ses émotions en préparant la stratégie de demain.
Dans le segment final du livre, il fait face a l'incertitude, a présent qu'il a unifie ses capacités. L'expérience de la fragmentation n'en sera pas moins forte. Après le 11 septembre, l'Afghanistan ressemble a du verre brise. Mais Ansary en voit les morceaux kaléidoscopiques non comme des débris rejetés par la marée mais comme les éléments en puissance d'une reconstruction.
Il s'agit ici d'une prose courageuse et bien conçue par une personnalité exceptionnelle. Avec frère et soeur des deux cotes de la barrière culturelle (Rebecca, l'aînée, assume une identité conventionnelle dans une ville universitaire du sud américain) Ansary a vécu inconfortablement des deux cotes, tout en se demandant pourquoi. Jusqu'au jour ou le désastre catastrophique l'amène a prendre les morceaux divises de son expérience pour en faire une réflexion plus lumineuse qu'un quelconque rapport de nouvelles par les média. La qualité occasionnellement fragmentée de son texte reflète la trame éloquente d'un propos direct, celui de quelqu'un qui n'a guère le temps de faire une répétition mais se sent contraint de transmettre son message tout de suite a un public soudain éveillé mais dont l'attention peut tout aussi soudainement fléchir. Il est remarquable qu'il tienne ce propos avec une force qui offre de l'espoir a tous. Lui et son frère Riaz peuvent a présent, nous dit-il, avoir une conversation amicale, s'ils font attention a bien choisir leur sujet.

Traduit de l'americain par Saïdeh Pakravan