Edward Stachura (1937 - 1979)

par Mary TELUS

marytelus@yahoo.fr

Littérature étrangère

 

« seul celui pour qui la vie n’est pas très dure est en mesure de l’apprécier »

Lao Tseu  p. 18

 

 

 

 

 


SOMMAIRE

 

Ø      Poète "proscrit"

Ø      L'errance et l'œuvre

Ø      "Me résigner au monde"

Ø      Une légende

Ø      Choix de 12 traductions originales par Mary Telus

 

 

Poète "proscrit"

 

Tu empêches les gens de dormir,

Tu les réveilles à la vie.

 

Edward Stachura est né en France en 1937 dans une famille polonaise. Ses parents décident de revenir en Pologne en 1948 alors que le jeune Edward avait  déjà onze ans.

Cette France quittée malgré lui va le poursuivre toute sa vie.

Il étudie la philologie romane et son mémoire de fin d'études est consacré à Henri Michaux.

Il traduit : Henri Michaux, Gaston Miron, Jacques Brant et Michel Deguy ainsi que les inédits de Baudelaire, Lautrémont, Valéry et Rimbaud.

Il puise son inspiration poétique dans les poèmes de Rimbaud.

Il est chanteur et traducteur de chansons de Jacques Brel et de Georges Brassens.

Après sa première tentative de suicide Edward parle en français : "Doucement. Rien ne vaut la modération. Doucement."

Le 24 juillet 1979 il se pend dans son appartement à Varsovie.

 

Edward traduit également de l'espagnol. La Pologne peut le remercier pour les œuvres de : Ocatvio Paz, Ramon Lopez Velarda, Jorge Luis Borges, Julio Cortazar, Onetti Gabriel, Garcia Marquez.


L'errance et l'œuvre

 

J'ai tellement couru de par le monde(…) Peut-être parce que je suis un proscrit.

Ni Français, ni Polonais, ni Mexicain.

Je ne sentait pas la terre sous mes pieds, ma terre natale, comme on dit" p.41

 

-         1966- voyage en Yougoslavie

-         1969/70 - un séjour au Mexique

-          1971 -  un séjour au Moyen Orient

-         1972/73 - un séjour en Norvège

-         1973 - un voyage en Suisse puis en France

-         1974 - voyage aux Etats-Unis et au Canada

-         1978 - voyage à Paris

 

 

J'ai toujours écrit de tout mon cœur  p. 36

1957 - "Rêves retrouvés", les premiers poèmes

1962 - "Un seul jour", recueil de nouvelles

1963 -"Beaucoup de feu" - le premier recueil de poèmes

1966 - "Je m'approche de toi" - poèmes

1974 - "Soi" - poèmes

1969 - "Toute la clarté" - roman

1974 - "Tout est poésie"- essais

1979 - "Me résigner au monde" - journal rédigé de la main gauche

 

 

Je suis prêt à mendier un peu de paix. Qui pourrait m'offrir un peu de paix,

un peu de goût pour la vie ? " p. 29


 

 


"Me résigner au monde"

 

Stachura, Edward, Me résigner au monde, 1991

 

Le titre peut être traduit : "Me réconcilier avec le monde", une petite nuance de traduction qui montre que le poète et écrivain cherche malgré tout une voie de secours.

Pour apprécier ce journal il faut d’abord savoir dépasser son douloureux sujet. Comprendre que tout changement pour chaque individu pose un problème majeur. Accepter le fait que nous tous sommes en constante lutte intérieure : d’un côté entre le désir de la vie, de l’harmonie et de l’autre entre la pulsion de la mort, de la transgression et de la destruction.

Que la souffrance provoque un fort désir de fuite, ers la mort, si on ne peut pas faire autrement.

 

Le journal de Stachura contient seulement 84 pages. Il est très concentré et décrit la lutte contre sa maladie.

Edward Stachura a écrit son journal après sa première tentative de suicide : il s’est allongé sur les rails et en sorti mutilé. Il n'a pu  écrire son journal que de la main gauche.

 

C'est son  dernier essai pour :  "enfin trouver l’apaisement " p. 17

 

 

Une légende

 

 

J'ai retenu mes larmes.

Je ne suis ni vraiment vivant, ni vraiment mort. p.35

 

On ne peut pas dissocier l'œuvre de Stachura de sa vie. A quinze ans il rompt avec sa famille et décide "de devenir orphelin" en coupant tous liens avec celle-ci. Il se cherche, il observe la vie avec du recul.  Elle le suit, reflète ses pensées.

D'abord c'est une œuvre de jeunesse pleine d'enthousiasme et de confiance.

Edward fige les instants de la vie. Il  s'émerveille devant la nature et son harmonie.

"La nature respire la paix"

Puis, vient la période de réflexion mystique et religieuse avec un recueil d'essais.

Il en arrive à la conclusion que la religion est le seul moyen pour pouvoir survivre.

 

"J'ai perdu mon TOUT" p.22 La dernière étape c'est le renoncement, c'est le triste constat que jamais il n'apprendra à vivre.

 

 

Edward Stachura est un grand poète des "petites" choses. Ces sujets, il les puise dans la vie quotidienne et dans sa propre expérience. Lors de ses nombreux voyages, il s'immerge à tel point  dans le pays qu'il en adopte la langue pour écrire. Il faut dire que le poète possède une grande ouverture linguistique. Il n'apprend le polonais qu'à douze ans ; il n'en maîtrisera jamais tout à fait la grammaire et l'orthographe. Cela constitue sa grande force créatrice, il transgresse les règles, crée des néologismes, devient un poète inventif.

Il possède au plus haut point l'art de faire monter la tension, tout en utilisant un langage simple, pratiquement dépourvu de métaphores. Son écriture est un mélange de force, de brutalité et de sensibilité exacerbée.

 

Après sa mort Stachura devient une légende.

 

C'est un poète proche, auquel chacun peut facilement s'identifier.

C'est un rebelle en éternelle lutte pour la justice,

un chercheur de vérité,

C'est un homme plein de tendresse pour l'homme

et

sa poésie est un cri …

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Choix de 12 poèmes inédits

 

 

-         Introït (chant d'entrée)

-         Communion

-         N’importe où…

-         C’était qui au juste cette belle dame

      qui cette nuit solitaire m’a rendu visite ?

-         La vie n'est pas un  théâtre

-          Avec lui tu seras plus heureuse

-         Le temps s'écoule et tue les blessures

-         Nuit ou l'attente du petit déjeuner

-         L’Homme pour l’homme

-         La vie est un cheminement d’homme

-         Tango triste

-         Confiteor

-         Anathème sur la mort

-         Lettre à ceux qui restent

 

 

 

Introït (chant d'entrée)

 

Viens, homme, j'ai quelque chose à te dire
Venez, tous, de toutes les conditions :
multicolores, blancs, noirs.
Venez, surtout vous, les plus humbles.
Au travers du portail largement ouvert.  

Il y a la place pour tout le monde
sous le grand toit du ciel.
Installez-vous sur les routes,
sur les prés, sur les étendues,
sur les champs, sur les gagnages, dans les pâturages,
dans la lumière du soleil, dans l'ombre des nuages.  

Installez-vous en haut.
Installez-vous  en bas.

Installez-vous sur le plat .
Dans la lumière du soleil, dans l'ombre des nuages.  

Il y a la place pour tout le monde
sous le grand toit du ciel, sur la terre que moi et toi aussi
on a transformé en mer de larmes

Introit (Pieśń na wejście)

Choć człowieku, coś ci powiem
Chodźcie wszystkie stany
Kolorowi, biali, czarni
Chodźcie zwłaszcza wy, ludkowie
Przez na oścież bramy

Dla wszystkich starczy miejsca
Pod wielkim dachem nieba

 

Rozsiądźcie się na drogach
Na łąkach, na rozłogach
Na polach, błoniach i wygonach
W blasku słońca, w cieniu chmur

Rozsiądźcie się na niżu
Rozsiądźcie się na wyżu
Rozsiądźcie się na płaskowyżu
W blasku słońca, w cieniu chmur

Dla wszystkich starczy miejsca
Pod wielkim dachem nieba
Na ziemi, którą ja i ty też
Zamieniliśmy w morze łez

Communion

 

Si c'est une chose spontanée
Si c'est une chose évidente
Si c'est une chose naturelle  

Prends  

Ce qu'on donne ici
Au nom du soleil
Et de son coursier :
Le rossignol sifflotant, amen

Komunia

I jeżeli spontaniczna to rzecz
I jeżeli oczywista to rzecz
I jeżeli naturalna to rzecz

 

Weź

To co się tu daje
W imię słońca
I jego gońca:
Skowronka gwiżdżącego
, amen

N’importe où…

 

Où que tu sois,
sors devant le portail !
Va dans les champs
Tu entends un appel
C’est moi qui t'appelle !  

Où que je sois,
Je n'y suis pas.
C’est la fièvre

puisque tu n’y es pas
C’est le désert.  

Où que tu sois,
tu n’y es pas.
C’est la fièvre

puisque j'y ne suis pas
C’est le désert.  

Où que je sois,
Tu y es
Oui, nous y sommes
Comme le silence,
Après ce chant,  

Comme deux pommes
Sur un cerisier.

Gdziekolwiek

Gdziekolwiek jesteś,
Wyjdź za bramę!
Idź na pola,
Słysz wołanie!
To ja wołam.

Gdziekolwiek jestem,
To mnie nie ma.
Jest maligna,
Bo cię nie ma.
Jest pustynia

 

Gdziekolwiek jesteś,
Też cię nie ma.
Jest maligna,
Bo mnie nie ma.
Jest pustynia.

Gdziekolwiek jestem,
Tam ty jesteś.
Tak jesteśmy
Jak milczenie
Po tej pieśni.

Jak dwa jabłka
Na czereśni.

 

C’était qui au juste cette belle dame
qui en cette nuit solitairee
m’a rendu visite ?  

Personne ne connaît le chemin des étoiles ;
Quel est l’élu parmi nous ?

Quelqu’un frappe
N'est-ce pas un invité ? !  

J’ai traîné comme une ombre,
J’attendais ce jour là
et tu es devant la porte…
comme un oiseau étrange.  

S’il te plaît, rentre !
A
ssieds-toi ici, fais comme chez toi 
et  révèle-moi, qui tu es 
Madame ? 
Ou non ne me le révèle pas.
Le mieux est de ne rien dire
 

Timidement s’approche l’aurore.
Je voudrais tant arrêter le temps.
C’est autrement …
Le temps doit courir.  

Le coq chante déjà.
Tu remets tes habits démodés.

Déjà tu es à la porte…
comme un oiseau étrange.  

Alors tu dois partir,
Tu m’envoies à travers le seuil

ton sourire éphémère,
Madame …  

Je veux attendre, viens !
Quand tu veux, viens !

On va vivre ensemble !

Je veux attendre, viens !
Quand tu veux -viens !…

Kim właściwie była ta piękna pani

co dzisiejszej nocy w mojej samotni mnie odwiedziła?

Nikt nie zna ścieżek gwiazd;
Wybrańcem kto wśród nas?
Zapukał ktoś...
To do mnie gość?!

Włóczyłem się jak cień,
Czekałem na ten dzień;
I stoisz w drzwiach...
Jak dziwny ptak.

Więc bardzo proszę, wejdź,
Tu siadaj, rozgość się
I zdradź mi, kim tyś jest,
Madame?
Albo nie zdradzaj mi,
Lepiej nie mówmy nic.


Nieśmiało sunie brzask,
Zatrzymać chciałbym czas.
Inaczej jest...
Czas musi biec.

Gdzieś w dali zapiał kur,
Niemodny wdziewasz strój,
Już stoisz w drzwiach...
Jak dziwny ptak.

Więc jednak musisz pójść,
Posyłasz mi przez próg
Ulotny uśmiech swój,
Madame...

Lecz będę czekać, przyjdź!
Gdy tylko zechcesz, przyjdź!
Będziemy razem żyć!
Ja będę czekać, przyjdź!
Gdy tylko zechcesz - przyjdź!...

La vie n'est pas un  théâtre  

La vie n'est pas un  spectacle, tu parles sans cesse et tu contes ;
Tu mets sans arrêt divers masques, trompeurs ;
Tout cela n'est qu'un jeu
Avec la porte ouverte ou fermée.
Qu'un jeu !  

La vie n'est pas un  spectacle, je te réponds ;
la vie n'est pas une mascarade multicolore,
la vie est plus terrifiante et plus grandiose encore ;
devant elle tout devient fade, la mort même est blême !

Toi et moi, deux pièces de théâtre !
Toi et moi !  

A toi, la vraie larme n'échappe pas,
Tu fronces seulement les sourcils
La douleur, tu ne l'avoues pas. 
Qu'un jeu !  

Moi, j'ai une âme qui m'écrase les épaules
Je suis  construit des blessures;
mais la faille est chez toi et non chez moi !

 

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Aujourd'hui, un banquet d'artistes,
nombreux invités, inaccessible élite.
Flirts et alcools ; une danse.
Puis la porte claquera 
et salut !  

Un moment j'y passerai, avant que cela ne gonfle,
quelques vodkas je boirai puis, je m'éclipserai,
dans la rue je sortirai, ma tête dans la fontaine je tremperai.


Je sortirai dans l'immensité, et un  poème enivrant, je créerai.
Toi et moi, deux pièces de théâtre !
Toi et moi !  

A toi, la vraie larme n'échappe pas
Tu fronces  seulement les sourcils
Ton rire ne passe pas.
Qu'un jeu !  

Moi, j'ai une âme qui m'écrase les épaules
Je suis bâti de blessures
Et mon rire fait s'esclaffer
Tout un monde entier  !

 

Życie to nie teatr

 

Życie to jest teatr, mówisz ciągle, opowiadasz;
Maski coraz inne, coraz mylne się zakłada;
Wszystko to zabawa, wszystko to jest jedna gra
Przy otwartych i zamkniętych drzwiach.
To jest gra!

Życie to nie teatr, ja ci na to odpowiadam;
Życie to nie tylko kolorowa maskarada;
Życie jest straszniejsze i piękniejsze jeszcze jest;
Wszystko przy nim blednie, blednie nawet sama śmierć!
Ty i ja - teatry to są dwa!
Ty i ja!

Ty - ty prawdziwej nie uronisz łzy.
Ty najwyżej w górę wznosisz brwi.
Nawet kiedy źle ci jest, to nie jest źle.
Bo ty grasz!

Ja - duszę na ramieniu wiecznie mam.
Cały jestem zbudowany z ran.
Lecz kaleką nie ja jestem, tylko ty!

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Dzisiaj bankiet u artystów, ty się tam wybierasz;

ści będzie dużo, nieodstępna tyraliera;

Flirt i alkohole, może tańce będą też,
Drzwi otwarte zamkną potem się.
No i cześć!

Wpadnę tam na chwilę, zanim spuchnie atmosfera;
Wódki dwie wypiję, potem cicho się pozbieram;
Wyjdę na ulicę, przy fontannie zmoczę łeb;
Wyjdę na przestworza, przecudowny stworzę wiersz.
Ty i ja - teatry to są dwa.
Ty i ja!

Ty - ty prawdziwej nie uronisz łzy.
Ty najwyżej w górę wznosisz brwi.
I niezaraźliwy wcale jest twój śmiech.
Bo ty grasz!

Ja - duszę na ramieniu wiecznie mam.
Cały jestem zbudowany z ran.
Lecz gdy śmieje się, to wkrąg się śmieje świat!

 

Avec lui tu seras plus heureuse

 

Comprends ce que je veux dire
Essaie de bien le comprendre
Comme les vœux les meilleurs, ceux  d'anniversaire
Ou ceux du nouvel an, peut - être encore les meilleurs
Prononcés à minuit d'une voix tremblante, et véritables  

Avec lui tu seras plus heureuse
Beaucoup plus heureuse tu seras avec lui
Moi, quoi -
Le vagabond, l'âme inquiète
Avec moi on ne peut
qu'aller dans la lande
et tout oublier
quelle époque, quel siècle
quelle année, quel mois, quel jour
et quelle heure
s'arrêtera
et laquelle commencera   

Ne pense pas que je ne t'aime pas
Ou juste un peu

Combien je t'aime, je ne dirai pas

car c'est indicible
Si énormément, et plus encore
Et justement, adieu
Comprends  bien, adieu  

Avec lui tu sera plus heureuse
Beaucoup plus heureuse tu seras avec lui
Moi, quoi -
Le vagabond, l'âme inquiète
Avec moi on ne peut
qu'aller dans la lande
et tout oublier
quelle époque, quel siècle
quelle année, quel mois, quel jour
et quelle heure
s'arrêtera
et laquelle commencera  

Avec moi on ne peut seulement
Que disparaître loin silencieusement
  

Z nim będziesz szczęśliwsza

Zrozum to, co powiem,
Spróbuj to zrozumieć dobrze
Jak życzenia najlepsze, te urodzinowe
Albo noworoczne, jeszcze lepsze może
O północy gdy składane
Drżącym głosem, nieskłamane

Z nim będziesz szczęśliwsza
Dużo szczęśliwsza będziesz z nim.
Ja, cóż -
Włóczęga, niespokojny duch,
Ze mną można tylko
Pójść na wrzosowisko
I zapomnieć wszystko
Jaka epoka, jaki wiek,
Jaki rok, jaki miesiąc, jaki dzień
I jaka godzina
Kończy się,
A jaka zaczyna

 

Nie myśl, że nie kocham
Lub że tylko trochę
Jak cię kocham, nie powiem, no bo nie wypowiem
Tak ogromnie bardzo, jeszcze więcej może
I dlatego właśnie żegnaj,
Zrozum dobrze, żegnaj

Z nim będziesz szczęśliwsza
Dużo szczęśliwsza będziesz z nim.
Ja, cóż -
Włóczęga, niespokojny duch,
Ze mną można tylko
Pójść na wrzosowisko
I zapomnieć wszystko
Jaka epoka, jaki wiek,
Jaki rok, jaki miesiąc, jaki dzień
I jaka godzina
Kończy się,
A jaka zaczyna

Ze mną można tylko
W dali znikać cicho

 

Le temps s'écoule et tue les blessures

 

Ecoute, abandonnée par lui,
L'inconnu ami :
dans ta détresse
sur le balcon, ne sors pas,
ne sors pas !
Sur le pavé élevé ne va  pas,
ne va pas !
Sur le trait de l'ombre ne cours pas !
Attends, seulement attends un peu !  

Ecoute, abandonné par lui
l'inconnue amie :
dans ta détresse
sur le balcon, ne sors pas,
ne sors pas !
Sur le pavé élevé ne va pas,
ne va pas !
Sur le trait de l'ombre ne cours pas !
Attends, seulement attends un peu !  

Je vous jure que le temps coule !
Qu'il s'écoule et tue les blessures !
Je vous jure.
Je vous jure.
Je vous jure qu'il passe !
Qu'il soigne les blessures, je vous jure !  

Donnez le temps au temps,
(Laissez le passage aux noirs nuages :
sur vous, à travers vous et entre vos lèvres
Ils sont déjà loin, derrière les montagnes.
Et voici, le jour arrive, le jour nouveau !)
Seulement laissez-lui le temps.  

Donnez le temps au temps.
Sinon  quel, quel,
Oh ! quel dommage
Ce serait pour nous !

Czas płynie i zabija rany

Posłuchaj, porzucony przez nią,
Nieznany mój przyjacielu:
W rozpaczy swojej
Nie wychodź na balkon, nie wychodź,
Do bruku z góry nie przychodź, nie przychodź,
Na smugę cienia nie wbiegaj,
Zaczekaj, trochę zaczekaj!

Posłuchaj, porzucona przezeń,
Nie znana mi przyjaciółko:
W rozpaczy swojej
Nie wychodź na balkon, nie wychodź,
Do bruku z góry nie przychodź, nie przychodź,
Na smugę cienia nie wbiegaj,
Zaczekaj, trochę zaczekaj!

Przysięgam wam, że płynie czas!
Że płynie czas i zabija rany!
Przysięgam wam, przysięgam wam,
Przysięgam wam, że płynie czas!
Że zabija rany  przysięgam wam!

Dajcie czasowi czas,
(Zwólcie czarnym potoczyć się chmurom
Po was, przez was i między ustami,
I oto dzień przychodzi, nowy dzień,
One już daleko, daleko za górami!)
Tylko dajcie mu czas,

Dajcie czasowi czas,
Bo bardzo, bardzo,
Bardzo szkoda
Byłoby nas!

Nuit ou l'attente du petit déjeuner

 

Penche-toi rose-dieu
penche-toi sur moi
comme une boucle d'oreille, rose-dieu  

Un vase pareil à mon oreille,
nulle autre ne peut y boire - que toi,

mais ta boucle est prise  

Pour la prière tu m'incites, oh m'incites
jusqu'à  l'éclair du couteau
enfoncé dans le tendre cœur d'une chèvre  

Avec toi, garder l'innocence est rude
Chaque lion aurait brûlé depuis des lustres.
Rien ne subsistera de sa crinière que la forêt de cendres !
Penche-toi rose-dieu
penche-toi sur moi, en moi
 

Nous éclaterons comme le soleil éclatera

 

 

Noc albo oczekiwanie na śniadanie

 


Ty się pochyl róża-bóg

ty się do mnie pochyl

i na ucho jak kolczyk róża-bóg

 

Moje ucho ma dzban

z niego pić tylko tobie nikomu

a twój kolczyk jak ucho ma dzban

 

O modlitwę mnie wabisz o, wabisz

że błysk noża

w najpiękniejsze serce kozy

 

Z tobą czystość zachować to gorzej

Każdy lew by się spalił już dawno

las popiołu z jego grzywy nic więcej

 

Ty się pochyl róża-bóg

ty się do mnie pochyl we mnie

 

Wytryśniemy jak słońce wytryśnie



L’Homme pour l’homme

 

L’homme est un loup pour l’homme
L’homme est une corde pour l’homme
Ne te laisse pas engouffrer
Ne te laisse pas  serrer  

L’homme est une pelle pour l’homme
L’homme est un traître pour l’homme
Ne te laisse pas anéantir
Ne te laisse pas  trahir  

L’homme est un fauve pour l’homme
L’homme est une peste pour l’homme
Ne te laisse pas bouffer
Ne te laisse pas crever  

L’homme est un ravage pour l’homme
L’homme est une foudre pour l’homme
Ne te laisse pas démolir
Ne te laisse pas assourdir  

L’homme est un loup pour l’homme
Ne te laisse pas vampiriser