Nous n'avons pas fini d'entendre parler de cet
auteur ! C'est un premier livre, admirablement bien écrit.
Monsieur Valiquette a une maîtrise de la langue étonnante.
J'ai lu cette prose exceptionnelle tranquillement, pour mieux la savourer.
Séduite par le charme de l'écriture, j'ai vite voulu
savoir qui était ce magicien des mots au style métaphorique.
Ce jeune homme est né à
Mont-Laurier en 1972. Il a étudié à Hull où
il obtient, en 1995, un baccalauréat en éducation.
Surprise! Je suis chargée de cours aux sciences de l'éducation,
aux études langagières, à l'UQO. J'aurais pu
l'avoir comme étudiant dans mon Atelier de création
littéraire! On ajoute qu'il enseigne dans diverses écoles
de lOutaouais, dabord en francisation, puis au dernier
cycle du primaire. J'imagine qu'il doit encourager ses élèves
à faire de la composition littéraire assez souvent.
Ce livre est déroutant, même
mystifiant. Quel plaisir j'ai eu à lire ces dix-neuf nouvelles,
courtes, mais délirantes, désopilantes par moments,
noires et dramatiques! Histoires insolites de meurtriers ordinaires,
d'amoureux fous, de voyageurs errants sans retour qui vivent à
Prague, à Budapest, à Montréal.
Je suis restée bouche bée
devant ces hommes et ces femmes aux prises avec leurs passions cachées,
la démence qui les guette ou leur indécence. Je pourrais
comparer ce recueil à Mezzo Tinto de Jacques Flamand,
le livre aux histoires hallucinantes par moments, qui a gagné
le prix du consulat de France l'an dernier. Le tragique côtoie
le comique, le réel et l'imaginaire sont confondus, mais
la chute de la nouvelle énigmatique est toujours surprenante.
Habituellement, je ne suis pas friande
des plumes qui offrent des émotions bizarres et des scènes
macabres. Mais lorsqu'un auteur a le tour de m'intriguer...
Tenez, à titre d'exemple,
voici un extrait du début de la nouvelle pathétique
L'orfèvre :
Ariane
met le couvert à la place de Goya. Doucement, elle pose les
ustensiles, un à un, aggravant chacun de ses gestes d'une
telle minutie que, depuis toujours, Ariane est l'orfèvre
des choses simples. Elle va, vient, de l'armoire de chêne
à la table, posant avec un décorum exalté la
pièce finale, l'assiette, bien au centre d'un napperon de
semaine. Sur les barreaux de la rampe, des bas fraîchement
reprisés se tiennent le cou raide, comme si des orteils les
habitaient encore. Des chemises poudrées de détersif
trempent sagement dans l'écueil de la bassine. Viande et
purée fument dans l'auge du mari. Ariane vit toujours avec
Goya, dans une chaumière où elle habite désormais
seule. ( p. 41)
Comme le bleu de Chartres, qui
se justifiait pour éclairer les plus sombres voûtes
de la cathédrale, la première nouvelle Bleu sérénade,
rouge sacrilège est à sa place en guise de préliminaire,
par rapport à l'impression qu'elle produit.
Ma nouvelle préférée
? Maestro ! Et ce titre, je l'offre à l'auteur comme
nom de plume, il le mérite.
Bon moment de petites morts, en
prose évidemment !
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Lysette
Brochu
www.lysettebrochu.com
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