Marie Gaudreau

La fille adoptive

Lanctôt éditeur, 2001

210 pages, 18,95$

par Lysette Brochu

Littérature étrangère


Coup de cœur pour ce récit qui raconte, avec beaucoup de candeur, une quête d’amour familial mais jamais dans le ton des victimes qui s'apitoient sur leur sort.

Si la narratrice se cherche une famille d’adoption, un lieu d’acceptation et de chaleur, c’est que cette amoureuse des mots est née dans une maison où les mots font très mal. Là, on la traite de « grosse torche » et de « ma criss de folle », on lui répète de « faire de l’air» et on lui reproche son « air de beu ».

Dès l’âge de quatre ans, son cœur n’y est plus et au fil du temps, elle en arrive à quitter cette famille, où elle est constamment bousculée, ignorée ou négligée. Se déclarant « orpheline », la mal-aimée ira alors cogner à plusieurs portes.

Truffée de perles littéraires, cette chronique, de style « confession » s’enracine peut-être dans une dure réalité mais elle se lit comme une douce fiction. J’ai suivi, avec grand intérêt, cette mendiante d’amour dans tous les chapitres de sa croissance.

D’abord, elle veut bien se faire adopter par le bouleau jaune qui l’abrite à quelques pas de l'entrée de la maison. C’est ce qu’elle appelle sa famille naturelle…

Vient ensuite son désir de se faire materner par son enseignante du préscolaire. Qui n’a pas connu de ces enfants aux cheveux ébouriffés et aux habits fripés qui s’accrochent à notre coeur et qui, de leur regard triste, nous supplient pour quelques miettes de bonté? Trouvera-t-elle sa place dans cette famille maternelle?

Toujours affamée, lorsqu’elle fait son primaire en étudiant chez les religieuses, elle se fait proche de sa famille de Dieu.

Puis elle vieillit et se cherche une sœur de sang ou un frère siamois… ce sont ses histoires de grande amitié et de premier amour. Où est sa place dans cette constellation familiale mal définie?

Sa recherche d’identité et d’appartenance l’amènera dans sa « famille d’élection » où elle travaillera comme bénévole pendant une période électorale.

Toujours en manque de tendresse, l’adolescente restera quelques mois chez une commerçante en Espagne mais encore une fois, elle n’y trouvera pas l’amour inconditionnel qu’elle cherche tant à trouver sur sa route. Chapitre savoureux que l’ écrivaine, au cœur candide a intitulé

« L’adoption internationale ».

J’ai beaucoup aimé la plume imagée de Marie Gaudreau. Si La fille adoptive est son troisième roman, ce ne sera certes pas son dernier. Auteure à suivre!

Maintenant, je vous lance le défi de lire ce livre sans vous y reconnaître?

Nous sommes toutes et tous, par moments, ces enfants qui errent à la recherche d’une terre d’accueil.

Bonne lecture!

Lysette Brochu

www.lysettebrochu.com