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Affreux,
sales et méchants : les personnages de Joseph Connolly se disputent
la palme du personnage le plus immonde et déjanté tout au long d’un
roman où le lecteur (français) n’en peut plus de rire au dépens de
nos amis d’outre-Manche.
Drôle
de bazar : le tire est faible. C’est plutôt les mots de
sacré bordel ou de totale déconfiture qui s’appliqueraient.
En
effet les héros de Joseph Connoly sont tous plus lâches, veules et détestables
les uns que les autres. Tout le monde couche avec tout le monde. Ils se
cognent sans vergogne, se vendent, se saoulent à mort, incendient leur
propre maison et celle des amis, montent leur propre enlèvement….
Impossible
de dire qui est le plus frappadingue : entre Emily, une décoratrice
infernale, une teigne innommable qui ne cesse de démolir son faible mari
qui ne vaut guère mieux. A
pour idéal une “ maison ou on voit jamais traîner de gens.
Parce Que les gens font du désordre ”. Son amant,
Raymond un fou furieux qui saute sur tout ce qui bouge. Amanda, la
secrétaire de Raymond folle à enfermer, peut-être la plus dangereuse
sous ses aspects très classiques. Et les autres qui n’ont rien à
envier aux premiers rôles. Ainsi, Maureen
l’épouse ivrogne, Rosie sa mère totalement
barrée qui affirme “ être arrivée en Angleterre avec
Guillaume le Conquérant ” . Les enfants des uns et des
autres, abrutis, ou intéressés, ou
les deux, mais toujours violents qui ajoutent encore à la confusion.
Chacun
raisonne et agit dans son coin en suivant
d’abord et exclusivement son propre intérêt.
Certains
ont vu dans ce livre une critique des bourgeois Anglais de l’ère Thatcher.
Il faut plutôt comprendre une farce hilarante, qui à chaque page
dévoile son lot de malentendus et de lâchetés inouïes. Ainsi la
cérémonie du thé, qui pour tout Anglais est un pur moment de
raffinement unique sur la planète, dégénère dans “ Drôle de
bazar ” en un pugilat sans nom. Le tout se déroulant entre adultes
d’une respectable maison d’édition pour un éclair au chocolat que
l’un aurait volé à l’autre. La bagarre qui s’ensuit est digne de
sauvageons de la pire des cités de la banlieue londonienne.
Ainsi
les personnages foldingues de
Conolly vont tous inexorablement, à leur façon vers un dénouement de
folie où personne n’est épargné : alors que l’un finit en
prison, l’autre se voit totalement déshonorée, un troisième ruiné,
et pire encore……
C’est
irrésistible. Incorrect, épouvantable mais drôle à mourir. Et si après
tout, chacun avait sous un
aspect responsable et policé quelque chose des héros de ce drôle
et très méchant roman ?
DROLE
DE BAZAR
Joseph
Connolly
Gallimard
22,50 euros
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