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Cette dizaine de nouvelles claque comme un fouet, ou plutôt comme autant de coups de fouet. Leur cruauté se mesure à l'aune de nos propres lâchetés et de notre méchanceté plus ou moins domestiquée. Parfois, l'auteur nous mène à une sorte de dérisoire rédemption comme dans "Combien de fois". Mais le plus souvent nous restons là avec nos interrogations et les valeurs aliénantes que nous nous sommes choisies en guise de laisse.
Entendons-nous bien, l'auteur c'est Martin Amis, alors on rit, souvent, même une fois la lecture achevée. Mais même dans "Nouvelle carrière" où les poètes sont plus enviés et "markétisés" que les scénaristes de polars ou de SF, ou encore dans "L'envers du placard" où les lecteurs de la "Gazette hétérobdomadaire" se trouvent stigmatisés, la caricature de nos préjugés plonge son miroir jusqu'au tréfonds de notre âme. Et même si, avec l'indulgence de l'auteur, on arrive à se dire qu'on vaut peut-être la peine d'être sauvés, d'être aimés en tout cas... la voix métallique du "Concierge de la planète Mars" nous ramène à la réalité :
"- ... Je ne pouvais établir de contact avec la terre avant que vous ne fassiez un pas qui déclanche le fil. Ce que vous avez fait le 9 juin [...]
- Que s'est-il passé le 9 juin ? demanda Montgomery Gruber (géophysiologue) [...] Nous avons fait une recherche, mais rien ne s'est passé.
- Vous voulez dire que vous avez fait une recherche et que vous pensez que rien ne s'est passé. En fait plein de choses. Une conne de loutre ou un crétin de castor a fermé un affluent mineur de la Lee dans l'Etat de Washington... le long de certaines latitudes une fraction critique de vie microbienne a commencé à changer de manière significative son métabolisme respiratoire... la quarante-sept milliardième canette de Coca a fait son rot d'hydrocarbones... et puis il y avait cet incendie de forêt en Albanie qui n'avait l'air de rien. Et voilà, c'est fait. Vous n'imaginez pas que ces choses-là soient reliées, mais elles le sont. Le tout sur fond de mobilisation de phosphore, d'ensevelissment de carbone et d'émission d'hydrogène. Toutes les synergies nécessaires sont nouées entre elles."
Et lorsqu'on vient de lire la nouvelle éponyme "Eau lourde" et que l'on a assité, impuissants, à la croisière glacée et glaçante de John et Mère, on se dit que les martiens n'avaient finalement pas tort.
Anita Beldiman-Moore
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