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Je
m’appelle Sylvain. J’ai trente ans et pense être un garçon équilibré.
Je ne bois pas et ne m’adonne à aucune drogue particulière. Pourtant
l’été dernier, il m’est arrivé une aventure très étrange.
Je
crois sincèrement avoir été victime d’un phénomène disons….paranormal
et avoir traversé la quatrième dimension.
Mais
cher lecteur, commençons par le début, voulez-vous !
Hélène
et moi étions en vacances à Calo-les-Bains, une petite station balnéaire
charentaise. Notre hôtel se trouvant à deux pas de la plage,nous
avions une vue magnifique sur la mer et les rochers.
Dès
notre arrivée, nous fîmes la connaissance d’un jeune couple qui
séjournait également aux « Flots Bleus » et devînmes très
vite des amis.
Nous
avions pris l’habitude de nous retrouver tous les jours sur le court
de tennis de l’hôtel et disputions quelques parties « acharnées ».
Le reste de la journée, nous le passions à la plage. Le soir, nous
allions danser « Au Bilboquet », la seule discothèque
du coin.
Puis
un matin, je me réveillais avec un torticolis. La douleur était
si vive, qu’elle m’empêchait de tourner la tête ou de remuer l’épaule.
Sachant,
qu’il me serait impossible de tenir une raquette, je décidai de
visiter les environs et en particulier la pinède. Hélène, qui était
d’un naturel jaloux , ne voyait pas cette petite escapade d’un très
bon œil. Aussi, pour apaiser ses doutes, je lui promis d’être de
retour avant midi et quittai donc « Les Flots Bleus »
après le petit déjeuner.
Je
m’éloignai vers la plage où s’alignaient déjà de nombreux parasols.
Le soleil était déjà haut dans le ciel et la journée promettait
d’être chaude. Je longeai « Le Palace », bel hôtel cossu,
qui s’élevait avec élégance au bout de la digue fleurie.
Assis
sur un banc, un vieil homme au visage buriné par le grand air, fumait
sa pipe en scrutant l’horizon.
Je
le saluai. Nous échangeâmes ainsi quelques banalités et il m’indiqua
un raccourci pour accéder à la pinède. J’empruntai donc un petit
chemin sablonneux qui s’enfonçait dans les bois, où d’élégantes
maisons victoriennes s’élevaient au milieu des arbres. Je continuai
ma promenade en respirant la bonne odeur des pins et constatai avec
soulagement que mon torticolis avait disparu. Je marchai encore
un bon moment en écoutant le chant des oiseaux et traversai bientôt
un autre bois, beaucoup plus épars. Les rayons du soleil qui perçaient
entre les branches étaient brûlants et j’avais soif.
Au
loin, un clocher sonna le quart de onze heures, il était temps de
rentrer à l’hôtel rejoindre Hélène et les autres. Je fis donc demi-tour
en direction de la plage, lorsque j’aperçus une petite route que
je n’avais pas remarquée. Elle semblait contourner le bois et devait
d’après mes calculs, rejoindre directement la digue. Je décidai
de l’emprunter.
Je
pressai le pas. Soudain, derrière un bouquet d’arbres, apparut une
ravissante maison.
Toute
blanche, elle était construite sur deux étages et surmontée d’un
pignon. Des roses énormes avaient envahi le jardin et une glycine
mauve entourait la porte d’entrée. Intrigué, je restai quelques
instants à l’admirer. Qui pouvait habiter ici ?
-
Ma maison vous plait ?
Surpris,
je me retournai et aperçus une belle femme qui m’observait amusée.
Elle tenait un panier d’osier rempli de fleurs.
-
Excusez-moi…Je ne….balbutiai-je soudain intimidé.
Elle passa tout près de moi et je sentis son parfum. Un parfum capiteux,
presque…enivrant.
Elle
fit basculer le hoquet de la barrière et pivota sur elle-même.
-
Il fait chaud aujourd’hui ! Voulez-vous entrer
boire quelque chose ?
me
proposa-t-elle d’ emblée.
Elle
devait être âgée d’une quarantaine d’années. Avait de grands yeux
bleus étonnés et un sourire magnifique.
-
Je ne voudrais pas vous déranger ! répondis-je
sans la quitter du regard.
Ma
réflexion parut l’amuser.
-
Vous ne me dérangez pas, au contraire ! Je vis
seule et n’ai pas souvent l’occasion de parler à quelqu’un.
J’étais
très étonné qu’une aussi jolie femme puisse vivre ainsi, mais j’en
fus ravi. Allez savoir pourquoi ?
-
C’est vrai qu’il fait chaud ! reconnus-je en
consultant ma montre.
Elle
marquait déjà onze heures trente.
-
Mais j’accepte votre invitation !
A
cet instant, je ne pouvais plus répondre de moi.
Elle
remarqua pourtant mon hésitation et sourit :
-
Quelqu’un vous attend peut-être ? votre femme….
Elle
s’interrompit et secoua sa jolie tête blonde.
-
Excusez-moi, je suis sans doute indiscrète !
-
Non, pas du tout ! m’empressai-je de répondre,
je ne suis pas marié et je
suis en vacances !
Hélène
m’arracherait les yeux si….
-
En vacances ? répéta-t-elle surprise. C’est pour
cela que je ne vous ai
jamais
vu par ici !
La
belle inconnue se dirigea vers la porte. Les larges pans de sa robe
bleue tournoyaient autour de ses fines chevilles. Elle tourna la
poignée et me fit signe de la suivre. Je n’hésitai pas un instant.
-
Vous devriez fermer votre porte à clé ! dis-je
en pénétrant dans un intérieur
coquet
et rutilant et le soleil inondait chaque pièce de la petite maison.
-
Ce n’est pas nécessaire ! répondit-elle avec
un sourire un peu triste.
Je
ne relevai pas le mot.
Elle
me conduisit directement dans le jardin.
Une
petite fontaine s’élevait au milieu d’un magnifique parterre de
fleurs. Au-delà, s’étendait un gazon entouré de grands arbres. Sur
une table, étaient disposés des verres et une carafe.
Pourtant,
quelque chose clochait dans ce décor !
-
Servez-vous ! je vais mettre mes fleurs dans
un vase.
Elle
s’éloigna vers la maison sans se retourner. Je pris la carafe et
remplis deux verres de ce liquide rouge qui n’avait aucune odeur
particulière.
Elle
revint et prit place en face de moi, mais refusa pourtant le verre
que je lui tendais.
Je
l’observais à la dérobée.
Elle
avait de minuscules rides au coin des yeux, un petit nez droit et
des oreilles délicates. Le soleil donnait à ses cheveux courts,
un reflet doré. Altière, elle regardait dans le lointain.
Jamais,
je n’avais rencontré une femme aussi belle et raffinée. Je pensai
à Hélène, qui avec sa chevelure terne et son manque de féminité,
paraissait si…..quelconque.
Je
détournai les yeux de son visage et trempai mes lèvres dans la mixture
doucereuse, au goût légèrement parfumé.
-
Qu’est-ce-que c’est ?demandai-je afin de combler
un silence qui
devenait
gênant.
Elle
ne parut pas entendre et continuait de fixer un point précis. Je
répétai ma question un peu plus fort.
-
Oh, excusez-moi ! dit-elle en sursautant légèrement.
C’est un mélange de fruits et de sucre. On appelle cela l’élixir
du bonheur !
-
L’élixir du bonheur ? je…
A cet instant, un gros chat noir et blanc sauta
sur mes genoux. Il me griffa le dessous de la main.
Elle
rit joyeusement.
-
N’ayez pas peur, c’est Le Chat et il est très affectueux !
Aimez-vous les chats, Monsieur… ?
-
Appelez-moi Sylvain, voulez-vous ?
-
Sylvain ! répéta-t-elle doucement, c’est un curieux
prénom pour un
garçon
aussi brun que vous …
Elle
me fit un sourire éclatant.
Je
pensais qu’elle allait me dire le sien, mais n’en fit rien et se
mit à caresser l’animal.
Il
s’était couché sur mes genoux et ronronnait.
-
Il vous aime bien !
Un
voile de tristesse passa dans ses beaux yeux.
-
Comment s’appelle-t-il ?
demandai-je en buvant une autre gorgée de cet étrange breuvage.
-
Je vous l’ai dit, Le Chat !
-
Le Chat, tout simplement ! répétai-je, Le Chat…
Ma
voix résonnait soudain comme un écho.
Je
me sentais fatigué et mes paupières étaient si lourdes…
-
Syl…vain… ?
Une
ombre se pencha au-dessus de moi et ce parfum si….
-
Monsieur ! MONSIEUR !
J’ouvrai
les yeux.
Un
vieil homme se tenait au-dessus de moi.
-
Et bien, jeune homme ! dit-il.
Il
me secoua violemment.
-
Où suis-je ? criai-je, en me levant d’un bond.
Il
fit un geste circulaire.
-
Du calme fiston, vous êtes sur la plage, Vous avez
dû vous endormir ! dit-il en rajustant sa casquette.
Le
soleil avait pratiquement disparu à l’horizon et il faisait froid.
Paniqué, j’attrapai l’homme par le bras :
-
Quelle heure est-il ?
J’en
oublié que je portais une montre.
-
Presque neuf heures pourquoi ?
-
Mais ce n’est pas possible, j’étais avec…
Je
pris ma tête entre mes mains.
-
Ca va ? demanda encore l’inconnu. Vous n’avez
pas l’air très bien, vous devriez rentrer !
C’est
alors, qu’une peur panique s’empara de moi. Je détalai tel un lapin
en direction de l’hôtel, laissant le vieil homme médusé.
-
Hélène ! ne cessai-je de répéter.
Je
l’avais quittée le matin pour une promenade ; elle devait être
morte d’inquiétude.
-
Que m’était-il arrivé ?
Je
me souvenais seulement de ce rêve… Il semblait si réel. Et
aussi cette boisson, quel nom avait-elle déjà ? Ah oui !
L’élixir du bonheur. Ridicule…. !
-
Hélène !
Je
courus à perdre haleine jusqu’aux « Flots Bleus ».
Je
pénétrais dans le hall et l’aperçus qui bavardait avec le réceptionniste.
Jérôme et Marie étaient avec elle.
Je
me précipitais vers eux .
Hélène
pivota sur elle-même. Ses yeux étaient gonflés et elle était très
pâle.
-
OU ETAIS-TU ? cria-t-elle hystérique.
-
Oh Hélène, je ne sais… pas… commençai-je en me blottissant
contre elle.
Elle
me repoussa et continua de crier.
-
COMMENT CA, TU NE SAIS PAS ! TU AS VU L’HEURE !
NOUS T’AVONS CHERCHE TOUTE LA JOURNEE….
Plusieurs
personnes assises au bar nous écoutaient amusées.
-
Ne crie pas, ma chérie ! suppliai-je. Oh !
c’est terrible, je ne me souviens de rien !
-
- Comment ça, tu ne te souviens de rien ? répéta
Jérôme en posant la main sur l’épaule d’Hélène.
Depuis
le début des vacances, je le soupçonnais d’avoir un faible pour
elle.
-
Tu étais où, enfin ? insista-t-il avec un sourire
narquois, nous t’avons cherché partout !
Je
me laissai tomber dans un fauteuil et essayai de rassembler mes
souvenirs.
-
Je me rappelle être parti ce matin, dis-je à haute
voix, avec l’intention
de
me balader dans la pinède ! Puis…je suis sans doute aller sur
la plage et…je me suis endormi ! Je ne vois que cette explication.
-
TU TE FICHES DE NOUS ! hurla Hélène, NOUS Y SOMMES
ALLES, TU N’Y ETAIS PAS !
Ses
yeux lançaient des éclaires. Je savais, qu’elle me soupçonnait d’avoir
passé la journée avec une autre fille et je n’avais malheureusement
aucune explication plausible à lui fournir.
-
Je me souviens seulement d’un rêve, dis-je en levant
les yeux vers eux, et de… l’élixir du bonheur !
Dès
que j’eus prononcé ces mots, Jérôme et sa femme éclatèrent de rire.
Quant à Hélène, elle m’envoya une gifle retentissante et s’enfuit
vers l’ascenceur.
-
Avoue que tu l’as bien méritée, mon vieux ! dit
Jérôme en s’éloignant à
son
tour, au fait, c’est quoi l’élixir du bonheur ! me lança-t-il
ironique.
Je
restai un long moment assis dans le hall. La joue me brûlait et
j’avais faim.
Le
réceptionniste parut avoir pitié de moi et me proposa un café. J’acceptai
avec plaisir et allai aux toilettes me rafraîchir.
L’image
que me renvoya la glace, me fit presque peur. J’avais une tête de
papier mâché et une barbe naissante, machinalement, je passai la
main sur ma peau rugueuse et vis la griffe….
Je
l’effleurai… Elle était encore sensible.
J’eus
alors l’impression que ma tête éclatait.
Je
n’avais pas rêvé et avais vraiment passé la matinée avec cette femme…
Oui ! Le puzzle se mettait en place…
Elle
m’avait drogué, mais pourquoi, et qui m’avait transporté sur la
plage ?
Une
idée me traversa soudain l’esprit. Je tâtai la poche de mon Jean ;
Mon portefeuille était toujours là.
J’en
vérifiai le contenu, rien n’avait disparu.
-
Dans ce cas, que m’était-il arrivé ?
Mais
j’allai en avoir le cœur net et tout de suite.
Je
précipitai vers l’ascenseur, bousculant au passage le réceptionniste
apportait mon café et m’y engouffrai.
Quelques
instants plus tard, je tambourinai à la porte d’Hélène, au risque
de réveiller tout l’hôtel.
Elle
m’ouvrit et retourna illico se coucher. Mais avant de dormir, elle
allait m’écouter.
-
Je ne bougerai pas de cette chambre, tu m’entends !
dit-elle avec détermination, pourquoi es-tu entré chez une inconnue ?
-
Je te l’ai dit ! j’étais en train d’admirer sa maison.
Elle est arrivée de
nulle part et m’a invité. C’est la vérité, ma
chérie ! Viens, allons la voir !
-
Tu plaisantes, souffla-t-elle, en pleine nuit au milieu
des bois !
Puis
elle hocha la tête.
-
Je n’ai pas envie de goûter à ton… Comment appelles-tu
cela déjà,
élixir
du bonheur ? Mon pauvre Sylvain, tu me fais pitié !
Elle
se tourna de l’autre côté et éteignit la lampe de chevet.
Epuisé,
je m’installai dans le fauteuil et les heures s’écoulèrent sans
que je trouve une explication valable à mon aventure.
-
Mais ce qu’elle était belle, mon dieu…
-
Nous y sommes presque ! dis-je en pressant le pas.
Depuis
notre départ de l’hôtel, Hélène ne m’avait pas adressé la parole.
-
Il faut continuer par cette route et ensuite prendre
le chemin
de
gauche !lançai-je avec enthousiasme. La maison se trouve derrière
ces arbres !
Je
lui pris la main et tentai de l’embrasser. Elle se recula.
-
Je ne t’ai pas mentie, tu sais ! répétai-je pour
la inième fois, elle m’a
fait boire ce truc
qui m’a fait dormir !
-
Mais pourquoi t’aurait-elle drogué ? demanda-t-elle
un peu radoucie.
Elle
ne t’as rien volé ! Au fait, était-elle jolie ?
Je
détournai les yeux pour éviter de lui mentir.
-
Oui, elle l’était ! devina Hélène en me retenant
par le bras, n’est-ce-pas ?
Je
soupirai.
-
Plus jolie que moi ? REPONDS-MOI SYLVAIN, TU
M’ENTENDS !
Elle
enfonça ses ongles dans ma chair.
-
Tu m’ennuies ! répondis-je en chassant l’air
avec ma main, je n’ai
pas
fait attention à ça. Regarde, c’est ici !
Je
pointai l’index vers le bosquet.
Hélène
me lâcha le bras et courut au devant de moi :
-
Je vais avoir la réponse tout de suite ! me cria-t-elle
avant de
disparaître derrière les arbres.
Mais elle revint vers moi
presqu’aussitôt, les deux poings sur les hanches.
-
Il n’y a RIEN, absolument rien derrière ces arbres !
-
Comment, rien ! répliquai-je étonné.
Je
la rejoins et constatai avec stupéfaction qu’à la place de la maison,
il n’y avait qu’un terrain en friche que les mauvaises herbes avaient
envahi. Hélène partit en courant, tant que je restai quelques secondes
à réaliser.
-
Non ! ce n’était pas possible, je m’étais trompé
de chemin. C’était ailleurs !
-
Hélène, attends !
-
LAISSE-MOI ! hurla-t-elle, TU M’AS MENTI, TOUT
EST FINI,
TU M’ENTENDS !
-
JE T’AIME HELENE ! criai-je à mon tour, regarde
cette griffe, c’est son chat qui me l’a fait !
-
Tu m’écoeures ! dit-elle en pleurant, je ne sais
pas ce que tu as fait hier
mais
c’en est trop ! Je rentre à Paris par le prochain train et
ne cherche pas à me revoir, ADIEU !
Elle
me planta là.
A
mon grand étonnement, je la regardai s’éloigner sans bouger.
Je
retournai sur mes pas et inspectai l’endroit avec la plus grande
attention. La terre était sèche et l’herbe brûlée par un été chaud.
Je devais pourtant me rendre à l’évidence, il n’y avait jamais eu
la moindre construction à cet endroit. Je finissai par croire que
je devenais fou.
Cette
griffe, j’avais très bien pu me la faire dans un excès de démence.
Cette idée me terrifiait.
Mais
avant de me faire examiner par un psychiatre, je decidai d’interroger
les gens du pays. Après tout, une femme aussi belle ne passait pas
inaperçue.
Je
dévalai le petit chemin et sonnai à la porte d’une villa. Quelques
instants plus tard, un homme à la large carrure apparut sur le seuil ;
Je m’abstins pourtant de lui parler de la maison.
-
Non je ne connais aucune femme qui ressemble à ça !
répondit-il
Aimablement, mais vous
devriez demander au village !
Je lui répondis que c’était
mon intention et partai sans demander mon reste.
Je
passai ainsi la matinée à interroger les commerçants et habitants
de la station, mais aucun n’avait jamais vu ou entendu parlé de
cette femme. Je commençai à désespérer, quand je crus l’apercevoir,
se promenant au bord de l’eau. Je courus sur le sable et l’attrapai
par les épaules, l’obligeant à me regarder.
Mais
lorsqu’elle se retourna, ce n’était pas elle. La femme était loin
d’avoir sa beauté et ses yeux étaient noirs.
-
Excusez-moi, dis-je en reculant, vous ressemblez à
une autre personne !
Mais
avant de m’éloigner, je lui posai la question :
-
Je suis vraiment désolé de vous avoir fait peur, dis-je
avec un
grand
sourire, mais connaissez-vous une femme blonde, ayant votre taille
et qui habite dans la pinède ?
L’inconnue
me regarda de la tête aux pieds et dénia enfin ouvrir la bouche.
-
Non ! A ma connaissance, il n’y a aucune femme de ce genre là-haut,
c’est l’une de vos amies ?
-
Si l’on veut ! Nous nous sommes rencontrés à
Paris, mentai-je, elle
m’a
invité à venir la voir, mais je ne connais pas son adresse exacte !
Elle
sourit à son tour, montrant des dents inégales.
-
J’ai bien peur, qu’elle vous ait raconté des histoires !
il n’y a aucune
habitation
dans la pinède, hormis les villas que l’on loue aux touristes !
-
Bon, excusez-moi encore ! dis-je en faisant demi-tour,
au revoir et merci !
-
Bonne chance ! lança-t-elle avec un regret dans
la voix.
L’heure du déjeuner était largement
passée, lorsque je rentrai à l’hôte
Le
réceptionniste me dit d’un air embarrassé, que mon amie avait quitté
la chambre et n’avait réglé que la moitié de la note.
Je
l’informai également de mon départ le lendemain matin et montai
prendre une douche. Cette marche m’avait harassé.
Je
passai l’après-midi au bar en compagnie d’une bouteille de whisky.
N’ayant pas l’habitude de l’alcool, j’étais complètement ivre.
Jèrome
et Marie qui me tenaient compagnie, furent bientôt las de ma conversation
et m’abandonnèrent à mon triste sort ; Je ne devais jamais
les revoir.
Quant
au barman, il écouta mes confidences sans broncher. Il ne prêta
aucune attention, quand j’évoquai cette femme sublime ; tel
était le mot que
j’employai pour parler de ma mystérieuse rencontre, faite
un matin d’été dans la pinède.
Mais
un petit sourire se dessina sur ses lèvres, quand je lui jurai que
sa maison s’était volatilisée du jour au lendemain. Puis a bout
d’arguments, je finis par m’endormir devant mon verre.
Le
réceptionniste qui finissait son service me tapa sur l’épaule. Je
relevai la tête mais le reconnus à peine.
-
Venez ! me dit-il, je vous ramène à votre chambre,
appuyez-vous sur moi !
Il
m’empoigna avec une force, que je n’aurais pas soupçonnée chez cet
homme de petite taille et me traîna jusqu’à l’encenseur.
Arrivé
dans la chambre, il me jeta sur le lit et pendant qu’il délaçait
mes tennis, je lui racontai ma mésaventure.
Par
politesse sans doute, il écouta sans m’interrompre et me rappela
avant de quitter ma chambre, que mon train partait à huit heures.
Je
rentrai à Paris le lendemain et interrogeai aussitôt mon répondeur,
mais Hélène ne m’avait laissé aucun message.
Je
repris donc mon travail et fus heureux de retrouver mes collègues
qui s’étonnèrent pourtant, de me revoir si vite au boulot.
M’étant
préparé à cette question, j’invoquais une maladie subite du père
d’Hélène. (Celui-ci était mort un an après sa naissance).
Mais
le souvenir de ma belle inconnue ne cessait de me hanter. Quand
j’étais seul, il m’arrivait de sentir son parfum flotter dans l’air.
J’avais l’impression, qu’elle se tenait à mes côtés….
Même
dans mes rêves, elle revenait chaque nuit. Elle m’apparaissait toujours
plus belle et souriante.
Quelques
mois plus tard, je fus très étonné de recevoir une grosse enveloppe
de Calo-les-Bains.
Intrigué,
je l’ouvrai avec une certaine appréhension. Une lettre du réceptionniste
des « Flots Bleus », accompagnait plusieurs coupures de
journaux.
Je
tremblai, lorsque je pris connaissance du premier article.
Il
relatait la découverte d’un squelette dans la pinède, quelques semaines
auparavant. Les ossements avaient été déterrés par le chien d’un
randonneur et ce dernier avait immédiatement prévenu la gendarmerie.
Je
jetai un œil sur les photos et reconnus immédiatement les lieux.
Ils avaient été découverts à l’endroit où s’élevait « sa »
maison, où moi-même, j’avais foulé le sol.
J’allai
me verser un whisky (c’était la deuxième fois que j’avais besoin
d’un verre) et m’assied pour continuer la lecture.
«
D’après les premières conclusions du légiste, les ossements étaient
ceux d’une femme âgée de quarante à cinquante ans. Elle était décédée
depuis près de trente ans, des suites d’une fracture du crâne . »
J’avalai
mon verre d’un trait et dépliai la seconde coupure de journal, qui
était plus récente ….
«
Grâce aux empreintes dentaire et après une enquête approfondie,
ils avaient pu identifier la victime.
Il
s’agissait d’une certaine Béatrice Montaigne, née à Paris et âgée
de quarante trois ans au moment des faits.
Quelques
fragments d’un tissu qui semble être de couleur bleue… »
Je
fermai les yeux et son image m’apparut. Elle portait effectivement
une robe de couleur bleue –d’ailleurs quelque peu démodée- le jour
ou….
J’essuyai
mon front trempé de sueur et lut à haute voix :
-
L’enquête concernant sa vie privée n’avait rien donné
grand-chose. Elle n’avait pas été mariée et n’avait pas eu d’enfant.
Sans doute, était-elle en vacances dans la région, lorsqu’elle avait
rencontré son agresseur.
Quant
à la cause du décès (il s’agissait bien d’un meurtre), on supposait
que l’assassin s’était servi d’un objet contondant pour la frapper
à la base du crâne. Puis, avait emporté le corps dans sa voiture
pour l’enterrer soigneusement dans cette clairière.
« Et
il a fallu que trente années s’écoulent, pour que l’on sache enfin,
qu’un crime odieux avait été commis dans notre petite ville… »,
s’était cru obligé d’ajouter le journaliste. Quand à son assassin,
il était peut-être mort ou, avait quitté la région après son crime
et refait tranquillement sa vie. Il n’avait jamais été inquiété…
Un
portrait-robot reconstitué grâce aux nouvelles technologies, s’étalait
sur l’autre feuillet.
Je
laissai tomber mon verre qui se brisa sur le carrelage. Le portait
était loin d’être flatteur, mais il n’y avait aucun doute, c’était
bien « ELLE ».
J’avais
donc rencontré son fantôme.
Et
cette maison n’avait jamais existé….pas plus que ce merveilleux
jardin.
« Ils’
n’étaient là que pour m’attirer et faire illusion.
Je
compris enfin ce qui clochait dans cet « havre de paix » ;
aucun oiseau ne chantait et….le soleil inondait chaque pièce de
la maison, ce qui est impossible bien entendu !
Pourtant
la griffe, ELLE, était bien réelle !
Je
passai mon doigt sur la petite cicatrice qui refusait de disparaître.
Je
n’étais pas fou, j’avais simplement basculé dans un monde parallèle.
« SON » monde, celui des morts !...
Je
tombai à genoux et hurlai :
-
POURQUOI ? POURQUOI ?
Je
fus gravement malade et s’ensuivit une grave dépression. Je songeais
parfois téléphoner à Hélène, mais y renonçais définitivement, lorsqu’un
ami commun m’apprit qu’elle était replacée avec un homme beaucoup
plus âgé qu’elle.
Aujourd’hui
je vais mieux et j’essaie d’oublier.
Mais
la trace indélébile sur ma main, me rappelle sans cesse Béatrice,
qui n’existe plus que dans mon souvenir.
Et
depuis ma guérison, j’ai un nouvel ami. Un gros chat noir et blanc
a trouvé refuge sur mon balcon. J’ai voulu lui donner un nom, mais
sans aucun succès.
Car
le plus étrange voyez-vous ! c’est qu’il ne s’approche et se
laisse caresser, que lorsque je prononce que deux petits mots….
LE CHAT !
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