Une photographie de Yann Beauson

L'élixir du bonheur

de Mary West

Sélection de février 2004

Je m’appelle Sylvain. J’ai trente ans et pense être un garçon équilibré. Je ne bois pas et ne m’adonne à aucune drogue particulière. Pourtant l’été dernier, il m’est arrivé une aventure très étrange.

Je crois sincèrement avoir été victime d’un phénomène disons….paranormal et avoir traversé la quatrième dimension.

Mais cher lecteur, commençons par le début, voulez-vous !

 

Hélène et moi étions en vacances à Calo-les-Bains, une petite station balnéaire charentaise. Notre hôtel se trouvant à deux pas de la plage,nous avions une vue magnifique sur la mer et les rochers.

Dès notre arrivée, nous fîmes la connaissance d’un jeune couple qui séjournait également aux « Flots Bleus » et devînmes très vite des amis.

Nous avions pris l’habitude de nous retrouver tous les jours sur le court de tennis de l’hôtel et disputions quelques parties « acharnées ». Le reste de la journée, nous le passions à la plage. Le soir, nous allions danser « Au Bilboquet », la seule discothèque du coin.

Puis un matin, je me réveillais avec un torticolis. La douleur était si vive, qu’elle m’empêchait de tourner la tête ou de remuer l’épaule.

Sachant, qu’il me serait impossible de tenir une raquette, je décidai de visiter les environs et en particulier la pinède. Hélène, qui était d’un naturel jaloux , ne voyait pas cette petite escapade d’un très bon œil. Aussi, pour apaiser ses doutes, je lui promis d’être de retour avant midi et quittai donc « Les Flots Bleus » après le petit déjeuner.

Je m’éloignai vers la plage où s’alignaient déjà de nombreux parasols. Le soleil était déjà haut dans le ciel et la journée promettait d’être chaude. Je longeai « Le Palace », bel hôtel cossu, qui s’élevait avec élégance au bout de la digue fleurie.

Assis sur un banc, un vieil homme au visage buriné par le grand air, fumait sa pipe en scrutant l’horizon.

Je le saluai. Nous échangeâmes ainsi quelques banalités et il m’indiqua un raccourci pour accéder à la pinède. J’empruntai donc un petit chemin sablonneux qui s’enfonçait dans les bois, où d’élégantes maisons victoriennes s’élevaient au milieu des arbres. Je continuai ma promenade en respirant la bonne odeur des pins et constatai avec soulagement que mon torticolis avait disparu. Je marchai encore un bon moment en écoutant le chant des oiseaux et traversai bientôt un autre bois, beaucoup plus épars. Les rayons du soleil qui perçaient entre les branches étaient brûlants et j’avais soif.

Au loin, un clocher sonna le quart de onze heures, il était temps de rentrer à l’hôtel rejoindre Hélène et les autres. Je fis donc demi-tour en direction de la plage, lorsque j’aperçus une petite route que je n’avais pas remarquée. Elle semblait contourner le bois et devait d’après mes calculs, rejoindre directement la digue. Je décidai de l’emprunter.

Je pressai le pas. Soudain, derrière un bouquet d’arbres, apparut une ravissante maison.

Toute blanche, elle était construite sur deux étages et surmontée d’un pignon. Des roses énormes avaient envahi le jardin et une glycine mauve entourait la porte d’entrée. Intrigué, je restai quelques instants à l’admirer. Qui pouvait habiter ici ?

-         Ma maison vous plait ?

Surpris, je me retournai et aperçus une belle femme qui m’observait amusée. Elle tenait un panier d’osier rempli de fleurs.

-         Excusez-moi…Je ne….balbutiai-je soudain intimidé. Elle passa tout près de moi et je sentis son parfum. Un parfum capiteux, presque…enivrant.

Elle fit basculer le hoquet de la barrière et pivota sur elle-même.

-         Il fait chaud aujourd’hui ! Voulez-vous entrer boire quelque chose ?

me proposa-t-elle d’ emblée.

Elle devait être âgée d’une quarantaine d’années. Avait de grands yeux bleus étonnés et un sourire magnifique.

-         Je ne voudrais pas vous déranger ! répondis-je sans la quitter du regard.

Ma réflexion parut l’amuser.

-         Vous ne me dérangez pas, au contraire ! Je vis seule et n’ai pas souvent l’occasion de parler à quelqu’un.

J’étais très étonné qu’une aussi jolie femme puisse vivre ainsi, mais j’en fus ravi. Allez savoir pourquoi ?

-         C’est vrai qu’il fait chaud ! reconnus-je en consultant ma montre.

Elle marquait déjà onze heures trente.

-         Mais j’accepte votre invitation !

A cet instant, je ne pouvais plus répondre de moi.

Elle remarqua pourtant mon hésitation et sourit :

-         Quelqu’un vous attend peut-être ? votre femme….

Elle s’interrompit et secoua sa jolie tête blonde.

-         Excusez-moi, je suis sans doute indiscrète !

-         Non, pas du tout ! m’empressai-je de répondre, je ne suis pas marié et je

 suis en vacances !

Hélène m’arracherait les yeux si….

-         En vacances ? répéta-t-elle surprise. C’est pour cela que je ne vous ai

jamais vu par ici !

La belle inconnue se dirigea vers la porte. Les larges pans de sa robe bleue tournoyaient autour de ses fines chevilles. Elle tourna la poignée et me fit signe de la suivre. Je n’hésitai pas un instant.

-         Vous devriez fermer votre porte à clé ! dis-je en pénétrant dans un intérieur

coquet et rutilant et le soleil inondait chaque pièce de la petite maison.

-         Ce n’est pas nécessaire ! répondit-elle avec un sourire un peu triste.

Je ne relevai pas le mot.

Elle me conduisit directement dans le jardin.

 

 

Une petite fontaine s’élevait au milieu d’un magnifique parterre de fleurs. Au-delà, s’étendait un gazon entouré de grands arbres. Sur une table, étaient disposés des verres et une carafe.

Pourtant, quelque chose clochait dans ce décor !

-         Servez-vous ! je vais mettre mes fleurs dans un vase.

Elle s’éloigna vers la maison sans se retourner. Je pris la carafe et remplis deux verres de ce liquide rouge qui n’avait aucune odeur particulière.

Elle revint et prit place en face de moi, mais refusa pourtant le verre que je lui tendais.

Je l’observais à la dérobée.

Elle avait de minuscules rides au coin des yeux, un petit nez droit et des oreilles délicates. Le soleil donnait à ses cheveux courts, un reflet doré. Altière, elle regardait dans le lointain.

Jamais, je n’avais rencontré une femme aussi belle et raffinée. Je pensai à Hélène, qui avec sa chevelure terne et son manque de féminité, paraissait si…..quelconque.

Je détournai les yeux de son visage et trempai mes lèvres dans la mixture doucereuse, au goût légèrement parfumé.

-         Qu’est-ce-que c’est ?demandai-je afin de combler un silence qui

devenait gênant.

Elle ne parut pas entendre et continuait de fixer un point précis. Je répétai ma question un peu plus fort.

-         Oh, excusez-moi ! dit-elle en sursautant légèrement. C’est un mélange de fruits et de sucre. On appelle cela l’élixir du bonheur !

-         L’élixir du bonheur ? je…

   A cet instant, un gros chat noir et blanc sauta sur mes genoux. Il me griffa le dessous de la main.

Elle rit joyeusement.

-         N’ayez pas peur, c’est Le Chat et il est très affectueux ! Aimez-vous les chats, Monsieur… ?

-         Appelez-moi Sylvain, voulez-vous ?

-         Sylvain ! répéta-t-elle doucement, c’est un curieux prénom pour un

garçon aussi brun que vous …

Elle me fit un sourire éclatant.

Je pensais qu’elle allait me dire le sien, mais n’en fit rien et se mit à caresser l’animal.

Il s’était couché sur mes genoux et ronronnait.

-         Il vous aime bien !

Un voile de tristesse passa dans ses beaux yeux.

-         Comment  s’appelle-t-il ? demandai-je en buvant une autre gorgée de cet étrange breuvage.

-         Je vous l’ai dit, Le Chat !

-         Le Chat, tout simplement ! répétai-je, Le Chat…

Ma voix résonnait soudain comme un écho.

Je me sentais fatigué et mes paupières étaient si lourdes…

-         Syl…vain… ?

Une ombre se pencha au-dessus de moi et ce parfum si….

 

 

-         Monsieur ! MONSIEUR !

J’ouvrai les yeux.

Un vieil homme se tenait au-dessus de moi.

-         Et bien, jeune homme ! dit-il.

Il me secoua violemment.

-         Où suis-je ? criai-je, en me levant d’un bond.

Il fit un geste circulaire.

-         Du calme fiston, vous êtes sur la plage, Vous avez dû vous endormir ! dit-il en rajustant sa casquette.

Le soleil avait pratiquement disparu à l’horizon et il faisait froid. Paniqué, j’attrapai l’homme par le bras :

-         Quelle heure est-il ?

J’en oublié que je portais une montre.

-         Presque neuf heures pourquoi ?

-         Mais ce n’est pas possible, j’étais avec…

Je pris ma tête entre mes mains.

-         Ca va ? demanda encore l’inconnu. Vous n’avez pas l’air très bien, vous devriez rentrer !

C’est alors, qu’une peur panique s’empara de moi. Je détalai tel un lapin en direction de l’hôtel, laissant le vieil homme médusé.

-         Hélène ! ne cessai-je de répéter.

Je l’avais quittée le matin pour une promenade ; elle devait être morte d’inquiétude.

-         Que m’était-il arrivé ?

Je me souvenais seulement de ce rêve… Il semblait si réel. Et aussi cette boisson, quel nom avait-elle déjà ? Ah oui ! L’élixir du bonheur. Ridicule…. !

-         Hélène !

Je courus à perdre haleine jusqu’aux « Flots Bleus ».

Je pénétrais dans le hall et l’aperçus qui bavardait avec le réceptionniste. Jérôme  et Marie étaient avec elle.

Je me précipitais vers eux .

Hélène pivota sur elle-même. Ses yeux étaient gonflés et elle était très pâle.

-         OU ETAIS-TU ? cria-t-elle hystérique.

-         Oh Hélène, je ne sais… pas… commençai-je en me blottissant contre elle.

Elle me repoussa et continua de crier.

-         COMMENT CA, TU NE SAIS PAS ! TU AS VU L’HEURE ! NOUS T’AVONS CHERCHE TOUTE LA JOURNEE….

Plusieurs personnes assises au bar nous écoutaient amusées.

-         Ne crie pas, ma chérie ! suppliai-je. Oh ! c’est terrible, je ne me souviens de rien !

-         - Comment ça, tu ne te souviens de rien ? répéta Jérôme en posant la main sur l’épaule d’Hélène.

Depuis le début des vacances, je le soupçonnais d’avoir un faible pour elle.

-         Tu étais où, enfin ? insista-t-il avec un sourire narquois, nous t’avons cherché partout !

Je me laissai tomber dans un fauteuil et essayai de rassembler mes souvenirs.

-         Je me rappelle être parti ce matin, dis-je à haute voix, avec l’intention

de me balader dans la pinède ! Puis…je suis sans doute aller sur la plage et…je me suis endormi ! Je ne vois que cette explication.

-         TU TE FICHES DE NOUS ! hurla Hélène, NOUS Y SOMMES ALLES, TU N’Y ETAIS PAS !

Ses yeux lançaient des éclaires. Je savais, qu’elle me soupçonnait d’avoir passé la journée avec une autre fille et je n’avais malheureusement aucune explication plausible à lui fournir.

-         Je me souviens seulement d’un rêve, dis-je en levant les yeux vers eux, et de… l’élixir du bonheur !

Dès que j’eus prononcé ces mots, Jérôme et sa femme éclatèrent de rire. Quant à Hélène, elle m’envoya une gifle retentissante et s’enfuit vers l’ascenceur.

-         Avoue que tu l’as bien méritée, mon vieux ! dit Jérôme en s’éloignant à

son tour, au fait, c’est quoi l’élixir du bonheur ! me lança-t-il ironique.

Je restai un long moment assis dans le hall. La joue me brûlait et j’avais faim.

Le réceptionniste parut avoir pitié de moi et me proposa un café. J’acceptai avec plaisir et allai aux toilettes me rafraîchir.

L’image que me renvoya la glace, me fit presque peur. J’avais une tête de papier mâché et une barbe naissante, machinalement, je passai la main sur ma peau rugueuse et vis la griffe….

Je l’effleurai… Elle était encore sensible.

J’eus alors l’impression que ma tête éclatait.

Je n’avais pas rêvé et avais vraiment passé la matinée avec cette femme… Oui ! Le puzzle se mettait en place…

Elle m’avait drogué, mais pourquoi, et qui m’avait transporté sur la plage ?

Une idée me traversa soudain l’esprit. Je tâtai la poche de mon Jean ; Mon portefeuille était toujours là.

J’en vérifiai le contenu, rien n’avait disparu.

-         Dans ce cas, que m’était-il arrivé ?

Mais j’allai en avoir le cœur net et tout de suite.

Je précipitai vers l’ascenseur, bousculant au passage le réceptionniste apportait mon café et m’y engouffrai.

Quelques instants plus tard, je tambourinai à la porte d’Hélène, au risque de réveiller tout l’hôtel.

Elle m’ouvrit et retourna illico se coucher. Mais avant de dormir, elle allait m’écouter.

-         Je ne bougerai pas de cette chambre, tu m’entends ! dit-elle avec détermination, pourquoi es-tu entré chez une inconnue ?

-         Je te l’ai dit ! j’étais en train d’admirer sa maison. Elle est arrivée de

 nulle part et m’a invité. C’est la vérité, ma chérie ! Viens, allons la voir !

-         Tu plaisantes, souffla-t-elle, en pleine nuit au milieu des bois !

Puis elle hocha la tête.

-         Je n’ai pas envie de goûter à ton… Comment appelles-tu cela déjà,

élixir du bonheur ? Mon pauvre Sylvain, tu me fais pitié !

Elle se tourna de l’autre côté et éteignit la lampe de chevet.

 

 

Epuisé, je m’installai dans le fauteuil et les heures s’écoulèrent sans que je trouve une explication valable à mon aventure.

-         Mais ce qu’elle était belle, mon dieu…

 

- Nous y sommes presque ! dis-je en pressant le pas.

Depuis notre départ de l’hôtel, Hélène ne m’avait pas adressé la parole.

-         Il faut continuer par cette route et ensuite prendre le chemin

de gauche !lançai-je avec enthousiasme. La maison se trouve derrière ces arbres !

Je lui pris la main et tentai de l’embrasser. Elle se recula.

-         Je ne t’ai pas mentie, tu sais ! répétai-je pour la inième fois, elle m’a

                        fait boire ce truc qui m’a fait dormir !

-         Mais pourquoi t’aurait-elle drogué ? demanda-t-elle un peu radoucie.

Elle ne t’as rien volé ! Au fait, était-elle jolie ?

Je détournai les yeux pour éviter de lui mentir.

-         Oui, elle l’était ! devina Hélène en me retenant par le bras, n’est-ce-pas ?

Je soupirai.

-         Plus jolie que moi ? REPONDS-MOI SYLVAIN, TU M’ENTENDS !

Elle enfonça ses ongles dans ma chair.

-         Tu m’ennuies ! répondis-je en chassant l’air avec ma main, je n’ai

pas fait attention à ça. Regarde, c’est ici !

Je pointai l’index vers le bosquet.

Hélène me lâcha le bras et courut au devant de moi :

-         Je vais avoir la réponse tout de suite ! me cria-t-elle avant de

                         disparaître derrière les arbres.

                        Mais elle revint vers moi presqu’aussitôt, les deux poings sur les hanches.

-         Il n’y a RIEN, absolument rien derrière ces arbres !

-         Comment, rien !  répliquai-je étonné.

Je la rejoins et constatai avec stupéfaction qu’à la place de la maison, il n’y avait qu’un terrain en friche que les mauvaises herbes avaient envahi. Hélène partit en courant, tant que je restai quelques secondes à réaliser.

-         Non ! ce n’était pas possible, je m’étais trompé de chemin. C’était ailleurs !

-         Hélène, attends !

-         LAISSE-MOI ! hurla-t-elle, TU M’AS MENTI, TOUT EST FINI,

                        TU  M’ENTENDS !

-         JE T’AIME HELENE ! criai-je à mon tour, regarde cette griffe, c’est son chat qui me l’a fait !

-         Tu m’écoeures ! dit-elle en pleurant, je ne sais pas ce que tu as fait hier

mais c’en est trop ! Je rentre à Paris par le prochain train et ne cherche pas à me revoir, ADIEU !

Elle me planta là.

A mon grand étonnement, je la regardai s’éloigner sans bouger.

Je retournai sur mes pas et inspectai l’endroit avec la plus grande attention. La terre était sèche et l’herbe brûlée par un été chaud. Je devais pourtant me rendre à l’évidence, il n’y avait jamais eu la moindre construction à cet endroit. Je finissai par croire que je devenais fou.

 

Cette griffe, j’avais très bien pu me la faire dans un excès de démence. Cette idée me terrifiait.

Mais avant de me faire examiner par un psychiatre, je decidai d’interroger les gens du pays. Après tout, une femme aussi belle ne passait pas inaperçue.

Je dévalai le petit chemin et sonnai à la porte d’une villa. Quelques instants plus tard, un homme à la large carrure apparut sur le seuil ; Je m’abstins pourtant de lui parler de la maison.

-         Non je ne connais aucune femme qui ressemble à ça ! répondit-il

                        Aimablement, mais vous devriez demander au village !

                        Je lui répondis que c’était mon intention et partai sans demander mon reste.

Je passai ainsi la matinée à interroger les commerçants et habitants de la station, mais aucun n’avait jamais vu ou entendu parlé de cette femme. Je commençai à désespérer, quand je crus l’apercevoir, se promenant au bord de l’eau. Je courus sur le sable et l’attrapai par les épaules, l’obligeant à me regarder.

Mais lorsqu’elle se retourna, ce n’était pas elle. La femme était loin d’avoir sa beauté et ses yeux étaient noirs.

-         Excusez-moi, dis-je en reculant, vous ressemblez à une autre personne !

Mais avant de m’éloigner, je lui posai la question :

-         Je suis vraiment désolé de vous avoir fait peur, dis-je avec un

grand sourire, mais connaissez-vous une femme blonde, ayant votre taille et qui habite dans la pinède ?

L’inconnue me regarda de la tête aux pieds et dénia enfin ouvrir la bouche.

-         Non ! A ma connaissance, il n’y  a aucune femme de ce genre là-haut,

c’est  l’une de vos amies ?

-         Si l’on veut ! Nous nous sommes rencontrés à Paris, mentai-je, elle

m’a invité à venir la voir, mais je ne connais pas son adresse exacte !

Elle sourit à son tour, montrant des dents inégales.

-         J’ai bien peur, qu’elle vous ait raconté des histoires ! il n’y a  aucune

habitation dans la pinède, hormis les villas que l’on loue aux touristes !

-         Bon, excusez-moi encore ! dis-je en faisant demi-tour, au revoir et merci !

-         Bonne chance ! lança-t-elle avec un regret dans la voix.

 

           L’heure du déjeuner était largement passée, lorsque je rentrai à l’hôte

Le réceptionniste me dit d’un air embarrassé, que mon amie avait quitté la chambre et n’avait réglé que la moitié de la note.

Je l’informai également de mon départ le lendemain matin et montai prendre une douche. Cette marche m’avait harassé.

Je passai l’après-midi au bar en compagnie d’une bouteille de whisky. N’ayant pas l’habitude de l’alcool, j’étais complètement ivre.

Jèrome et Marie qui me tenaient compagnie, furent bientôt las de ma conversation et m’abandonnèrent à mon triste sort ; Je ne devais jamais les revoir.

Quant au barman, il écouta mes confidences sans broncher. Il ne prêta aucune attention, quand j’évoquai cette femme sublime ; tel était le mot que

 

 

j’employai  pour parler de ma mystérieuse rencontre, faite un matin d’été dans la pinède.

Mais un petit sourire se dessina sur ses lèvres, quand je lui jurai que sa maison s’était volatilisée du jour au lendemain. Puis a bout d’arguments, je finis par m’endormir devant mon verre.

Le réceptionniste qui finissait son service me tapa sur l’épaule. Je relevai la tête mais le reconnus à peine.

-         Venez ! me dit-il, je vous ramène à votre chambre, appuyez-vous sur moi !

Il m’empoigna avec une force, que je n’aurais pas soupçonnée chez cet homme de petite taille et me traîna jusqu’à l’encenseur.

Arrivé dans la chambre, il me jeta sur le lit et pendant qu’il délaçait mes tennis, je lui racontai ma mésaventure.

Par politesse sans doute, il écouta sans m’interrompre et me rappela avant de quitter ma chambre, que mon train partait à huit heures.

 

 

Je rentrai à Paris le lendemain et interrogeai aussitôt mon répondeur, mais Hélène ne m’avait laissé aucun message.

Je repris donc mon travail et fus heureux de retrouver mes collègues qui s’étonnèrent pourtant, de me revoir si vite au boulot.

M’étant préparé à cette question, j’invoquais une maladie subite du père d’Hélène. (Celui-ci était mort un an après sa naissance).

Mais le souvenir de ma belle inconnue ne cessait de me hanter. Quand j’étais seul, il m’arrivait de sentir son parfum flotter dans l’air. J’avais l’impression, qu’elle se tenait à mes côtés….

Même dans mes rêves, elle revenait chaque nuit. Elle m’apparaissait toujours plus belle et souriante.

 

Quelques mois plus tard, je fus très étonné de recevoir une grosse enveloppe de Calo-les-Bains.

Intrigué, je l’ouvrai avec une certaine appréhension. Une lettre du réceptionniste des « Flots Bleus », accompagnait plusieurs coupures de journaux.

Je tremblai, lorsque je pris connaissance du premier article.

Il relatait la découverte d’un squelette dans la pinède, quelques semaines auparavant. Les ossements avaient été déterrés par le chien d’un randonneur et ce dernier avait immédiatement prévenu la gendarmerie.

Je jetai un œil sur les photos et reconnus immédiatement les lieux. Ils avaient été découverts à l’endroit où s’élevait « sa » maison, où moi-même, j’avais foulé le sol.

J’allai me verser un whisky (c’était la deuxième fois que j’avais besoin d’un verre) et m’assied pour continuer la lecture.

«  D’après les premières conclusions du légiste, les ossements étaient ceux d’une femme âgée de quarante à cinquante ans. Elle était décédée depuis près de trente ans, des suites d’une fracture du crâne . »

J’avalai mon verre d’un trait et dépliai la seconde coupure de journal, qui était plus récente ….

«  Grâce aux empreintes dentaire et après une enquête approfondie, ils avaient pu identifier la victime.

Il s’agissait d’une certaine Béatrice Montaigne, née à Paris et âgée de quarante trois ans au moment des faits.

Quelques fragments d’un tissu qui semble être de couleur bleue… »

Je fermai les yeux et son image m’apparut. Elle portait effectivement une robe de couleur bleue –d’ailleurs quelque peu démodée- le jour ou….

J’essuyai mon front trempé de sueur et lut à haute voix :

-         L’enquête concernant sa vie privée n’avait rien donné grand-chose. Elle n’avait pas été mariée et n’avait pas eu d’enfant. Sans doute, était-elle en vacances dans la région, lorsqu’elle avait rencontré son agresseur.

Quant à la cause du décès (il s’agissait bien d’un meurtre), on supposait que l’assassin s’était servi d’un objet contondant pour la frapper à la base du crâne. Puis, avait emporté le corps dans sa voiture pour l’enterrer soigneusement dans cette clairière.

« Et il a fallu que trente années s’écoulent, pour que l’on sache enfin, qu’un crime odieux avait été commis dans notre petite ville… », s’était cru obligé d’ajouter le journaliste. Quand à son assassin, il était peut-être mort ou, avait quitté la région après son crime et refait tranquillement sa vie. Il n’avait jamais été inquiété…

Un portrait-robot reconstitué grâce aux nouvelles technologies, s’étalait sur l’autre feuillet.

Je laissai tomber mon verre qui se brisa sur le carrelage. Le portait était loin d’être flatteur, mais il n’y avait aucun doute, c’était bien « ELLE ».

J’avais donc rencontré son fantôme.

Et cette maison n’avait jamais existé….pas plus que ce merveilleux jardin.

« Ils’ n’étaient là que pour m’attirer et faire illusion.

Je compris enfin ce qui clochait dans cet « havre de paix » ; aucun oiseau ne chantait et….le soleil inondait chaque pièce de la maison, ce qui est impossible bien entendu !

Pourtant la griffe, ELLE, était bien réelle !

Je passai mon doigt sur la petite cicatrice qui refusait de disparaître.

Je n’étais pas fou, j’avais simplement basculé dans un monde parallèle. « SON » monde, celui des morts !...

Je tombai à genoux et hurlai :

-         POURQUOI ? POURQUOI ?

Je fus gravement malade et s’ensuivit une grave dépression. Je songeais parfois téléphoner à Hélène, mais y renonçais définitivement, lorsqu’un ami commun m’apprit qu’elle était replacée avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle.

 

Aujourd’hui je vais mieux et j’essaie d’oublier.

Mais la trace indélébile sur ma main, me rappelle sans cesse Béatrice, qui n’existe plus que dans mon souvenir.

Et depuis ma guérison, j’ai un nouvel ami. Un gros chat noir et blanc a trouvé refuge sur mon balcon. J’ai voulu lui donner un nom, mais sans aucun succès.

Car le plus étrange voyez-vous ! c’est qu’il ne s’approche et se laisse caresser, que lorsque je prononce que deux petits mots…. LE CHAT !