Je me souviens des nuits alanguies dans les fers
Ma parque me tirait des jours sous la veilleuse
Mes corbeaux assaillaient les nids de mitrailleuses
Les joueuses de dés jouaient un jeu d'enfer
Je me souviens des nuits de cette lampe à huile
Qui mourait lentement sur le "Spleen de Paris"
De ce coq à tous vents qui poussait les hauts cris
De cet arbre rongeant ma chambre sous les tuiles
Lorsque j'aurai vidé mon méchant havre-sac
Ma barque arraisonnée ma semaine d'amphores
Et lâché vers le jour mes chiens lanterniphores
Je larguerai ma voix au fracas du ressac
Lorsque j'aurai jeté mes mains aux mandolines
Chez quel écrivassier chez quel poètereau
Trouveras-tu le feu la paillasse le rôt
Les mouches et le rouge ô ma muse orpheline
Lorsque j'aurai flanqué ma guenille de bal
A votre orchis bouffon ma hâve cavalière
Je mêlerai ma voix à ces voix familières
Qui paient la symphonie des violons du mal
Lors je peloterai Notre-Dame vêtue
De l'aube éclaboussée de ses rouges flueurs
Et je n'entendrai plus aux dernières lueurs
Du jour les pas de bronze et le cri des statues
Je me souviens des nuits pavées de pavots bis
Des bouffées de guitare aux regards de l'impasse
Je couchais au béguin sur des autels de passe
Et les filles messées s'inondaient de rubis