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Une photographie de Stéphane Popu

CHANT DE BATAILLE

par Robert Vitton

 

Je trempe ma plume d’Argail

Tour à tour parée nue nimbée

Dans l’œil blanc dans la bouche bée

Dans la panse des macchabées

Qui rosissent le frais aiguail

 

Gardez vos faveurs vos largesses

Vos rosettes vos résédas

Je me coltine un lourd barda

Je ne suis pas de vos soldats

Armés jusqu’aux dents de sagesse

 

Las je ne m’attends qu’à moi seul

Je joue je chante je fulmine

Nul ne me prend par la famine

Je bois je mange je rumine

Je n’entre plus dans mon linceul

 

Je casse les lois scélérates

Les jeux les vers de société

Je suis le plus grand entêté

Que la vieille boule ait porté

Cent fois je décharge ma rate

 

Je crève la grosse Bertha

Et ses boulets rouges de honte

Paris je les mets à la fonte

Qu’un chant noir de tes pavés monte

J’en rêve dans mon galetas

 

La poudre n’est qu’une traînée

Qui parle parle et parle encor

Qui refuse le corps à corps

Qui se répand dans nos décors

Qui grise ses âmes damnées

 

Et du vieux Caron pas un mot

Si je dois partir que je parte

Sans revoir Naples sans voir Sparte

Sous la pluie de flèches d’un Parthe

D’un Eros d’un Geronimo

 

Les baïonnettes de Bayonne

Saignent dans les coquelicots

Dans les roses de Jéricho

Dans les flammes des flamencos

O rythmiciens que l’or bâillonne

 

Robert Vitton