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(c) Catherine Merdy

Tu chanteras

par Isabelle Servant

Sélection du 25 juin 2001


Ce sera le matin ce sera triste et mort
On sentira le flou d'une vapeur d'été
L'herbe aura pris l'odeur des brumes de cédrat
Il y aura des lignes grises sur les murs
Et puis dans la maison, immense, des routines
Auront plié les mille muscles dans nos têtes
Empli les enthousiasmes aminci les attentes
Nous serons tous présents, bien sûr, pour le silence
A cet endroit l'absurde aura soudain requis
De toi que tu me croises, enfin, penseras-tu
Croiser une vivante ou bien une inutile
Je ne le saurai pas. J'entendrai seulement
Que tu me dis très fort la mer en tintamarre
Je n'aurai jamais vu un homme tel que toi
Des rouleaux de fureur déferlant sur la glace
Et des couteaux saignants des phrases à mèche longue
En parure, des mots soudain déchiquetés
L'inquiétude d'orage intense de la fin
Et parfois rarement l'amour la déchirure
Un amour sans amour sans fond dans l'anormal
Je croirai que tu joues. Tu me diras que non
Et puis comme il se doit tu prendras tes quartiers
Ailleurs. Loin. Jamais plus. Ton présent ton noué
J'aurai comme une faille. Au clavier assourdi
Sur mes doigts insensibles au froid de la maison
Ne restera qu'une ombre où marqué dans la chair
De mon intime oubli, debout, tu chanteras.

Isabelle Servant

 
                                                                                  

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