Hyères, été 97
Un ruban de papier jaune soleil, beau. Je l'accroche à la page. Du
crépon, au toucher il fait doux froissé sur la peau. En haut de la
feuille, une photo. Atmosphère à deviner. Ici tout est beau,
bêtement, comme sur les cartes postales qu'on envoie, parfois. Bleu
intense parmi les bleus, et blanc aussi, quand je ferme les yeux.
J'aime la mer. L'écouter.
Au fond de l'enveloppe, des grains de sable. Leur bruit aigu de
vague fossile. La mer, en nappes immenses de couleurs, posée sur mes
yeux. Les teintes se mélangent, forment des mirages.
SUD. Sensation de vivre la chaleur. Une présence. J'écris allongée
sur le sable. Il trace de toutes petites marques sur la page. La
lumière aussi, en taches d'ombres solaires. Je dessine alors un
carré au milieu de la feuille. A l'intérieur, elle s'engouffre et se
concentre. Vivante.
Lorsque tu déplieras cette lettre, la lumière prisonnière
s'échappera, emplira tes yeux une seconde, t'aveuglera, puis tu
liras : « carré de lumière emprisonnée » comme un papillon dans un
filet. Et pendant un instant, tu penseras à moi, je sais.
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